La violence

Introduction :

 

Nous vivons de plus en plus dans un monde de violence… L’insécurité est d’ailleurs au centre des préoccupations des français.

Mais qu’en est-il pour nous chrétiens, devons nous être des pacifistes résolus ? Mais d’un autre coté, ne sommes nous pas contaminés par cette violence ? Devons nous la subir sans broncher ? Tendre la joue droite, quand la gauche est frappée ? Y a-t-il une violence positive ? etc.

A cet endroit, il est bon de consulter les Ecritures Saintes pour avoir un avis qui fasse autorité. Donc, examinons ce que le Christ a dit d’essentiel sur le sujet.

 

Développement :   Matthieu 10 :34-39     Comment comprendre ce texte ?

 

L’épée fait référence tout de suite à la guerre, surtout quand elle est opposée dans le texte à la paix. Le mot grec μαχαιρα  traduit par épée ou glaive, a d’ailleurs la même racine que le mot μαχη traduit par bataille ou combat.

Que faut-il donc en conclure ?

 

Avant d’examiner de plus près ce passage, disons qu’en général la violence fait partie de l’histoire de notre humanité. Pour mémoire, le supplice de la croix, pratiqué par les Romains, était horrible de cruauté. Il était d’une extrême violence. Pourtant, le Christ a assumé cette barbarie. Il connaissait l’issue de son parcours. Il a même consenti, par amour pour nous, à accepter ce supplice d’une extrême violence. (Cf. Jean 12 : 25-27)

Mais revenons au texte de Matthieu.

 

1) Le premier niveau de compréhension du texte de Matthieu serait donc de nous faire comprendre que notre vie s’apparente à un vrai combat.

Le Larousse définit le combat par ces mots : «  - lutte armée ou non… Fig. affrontement d’éléments hostiles, de difficultés. La vie est un combat = opposition. Combat du bien et du mal. »

 

Je vous propose donc, en première intention, de comprendre que le Seigneur veut nous indiquer que, comme lui, nous sommes appelés à la réalité quotidienne d’un affrontement entre le bien et le mal.

 

Cette opposition va contaminer toutes nos relations, comme le décrit le texte de Matthieu :

Entre Père et fils, mère et fille, belle-mère et belle-fille, pour ne parler que de nos proches…

Je note curieusement à ce propos, que la psychanalyse moderne, vient surenchérir sur le sujet, en précisant que cette opposition est nécessaire. Elle l’est, pour se définir comme personne indépendante et autonome. Les Psychiatres précisent même que l’absence même de cette confrontation peut engendrer des dommages psychologiques invalidants pour l’avenir.

 

Plus simplement, nous devons comprendre que notre engagement spirituel ne peut rester neutre dans toutes nos relations, y compris avec notre propre famille. Le Christ veut nous faire saisir de près, que le suivre, c’est lui donner une priorité absolue dans la relation.

 

Cette exigence nous dérange pour le moins, et peut s’apparenter à la volonté d’un despote.

Mais il n’en est rien… Alors, pourquoi notre relation à Dieu, à Christ, doit être prioritaire par rapport à notre famille ?

 

Assurément parce que nous avons été déformés par le mal et que nous ne savons plus aimer. En fait, cette exigence est pour notre bien. Elle est plus pour nous, que pour Dieu. En la vivant profondément, on réapprend à aimer et les premiers bénéficiaires sont nos proches. Ce choix individuel fondamental, de mettre Dieu en premier dans nos relations, est loin d’être contradictoire avec la nécessité d’aimer ses proches ou son prochain. Cette priorité a la vertu de bonifier nos rapports familiaux et extra-familiaux. C’est une expérience à vivre. Elle a en point de mire, l’absolu de Dieu. Elle nous fait prendre conscience du coté inconditionnel de son Amour pour nous. Face au constat que nous sommes incapables d’aimer vraiment, nous avons besoin d’une aide extérieure. L’engagement d’amour du Christ, demeure à tout jamais un repaire référent.

 

Voyons maintenant un autre aspect du problème !

Notre engagement peut avoir pour conséquence un affrontement, (au sens étymologique d’aborder de front, de faire face) mais nous ne devons pas le rechercher. C’est pourquoi l’apôtre Paul dira que les serviteurs du Seigneur ne doivent pas se battre ou combattre, mais qu’ils soient affables envers tous, aptes à enseigner et supportant la méchanceté. (Traduction littérale de 2 Timothée 2 : 24)

L’apôtre Pierre de son coté nous invite à : « ... sanctifier dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » et il conclut sa démonstration par ces mots : « Il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant le bien qu’en faisant le mal. » 1 Pierre 3 : 15,17.

En résumé sur ce point, on peut très bien assumer de front une difficulté relationnelle, sans pour autant s’engager dans une violence destructrice. Les actes de violence appellent une surenchère de la violence. Seule la non-violence, qui renvoie à l’agresseur la responsabilité de sa propre violence, peut désactiver le processus…

 

2) Un deuxième niveau de lecture du texte de Matthieu nous conduit dans la symbolique de l’épée : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée ».

Tout en restant dans la réalité d’un vrai combat, l’apôtre Paul le recadre et apporte des précisions. Lire Ephésiens 6 : 11-17.   Il ne faut pas se tromper de combat !

Notre priorité dans ce combat n’est pas l’autre, appelé mon frère ou ma sœur, mais plutôt toute domination venant de l’adversaire de Dieu. Le Christ ne s’est pas trompé de combat, quand il inaugura son ministère, après son baptême. Il affronta l’incarnation personnelle du mal (Satan) au désert. Le combat auquel nous sommes appelés est avant tout spirituel.

 

Nous n’avons pas à combattre les humains. Cependant, nous avons la responsabilité d’assumer nos choix, en approuvant ou désapprouvant. Savoir dire non fermement, est une marque de responsabilité, et de respect vis-à-vis de soi, et de son prochain. Mais nous devons rester compagnons de route les uns des autres, autant que cela dépende de nous. En passant disons que personne ne détient la vérité sur tout.

 

L’épée dans ce combat est celle de l’Esprit qui est la parole de Dieu. C’est vers ce sens symbolique, que les textes bibliques orientent notre compréhension.

C’est bien cette arme que le Seigneur veut que nous utilisions suivant son exemple.

Il est à noter que face à la réalité du combat contre le mal, le Christ n’a pas fait appel à sa toute-puissance. Il a utilisé l’épée comme seule arme offensive. Or, l’apôtre Paul a développé le sujet de la symbolique de l’épée :

 « Prenez aussi le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu » Ephésiens 6 :17 

Cette Parole, telle une épée à deux tranchants, a pour objectif de couper, de séparer, de mettre en pièces. Le texte biblique suivant est très explicite à cet endroit :

« La parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles ; elle juge les sentiments et les pensées du cœur » Hébreux 4 :12

Le Christ a utilisé cette arme au désert, face à l’adversaire séculaire. Par trois fois, Jésus a répondu par le seul : « Il est écrit ». (Cf. Matthieu 4 :4, 7,10)

Notre sauvegarde est donc de suivre l’exemple de notre Seigneur en toutes circonstances. Nous sommes donc appelés à gérer nos émotions et nos pulsions négatives (souvent agressives d’ailleurs) en utilisant l’épée des Saintes Ecritures, la Parole de Dieu.

 

3) Un troisième niveau de lecture peut compléter l’analyse des ces textes.

Pour me faire comprendre, je vais citer un évènement à signification pédagogique, à mon sens. Luc 22 :35-38 // Matthieu 26 : 51, 52, 53 // Jean 18 :10-11

 

Comment comprendre que le Seigneur demande que l’on achète une épée, et approuve le fait que les apôtres en acquièrent deux, pour ensuite reprocher à Pierre d’avoir utilisée la sienne pour le défendre ?

La pédagogie utilisée par le Christ va servir de repère à tous les apôtres, et cela durant toute leur vie. Que fallait-il donc comprendre ? Principalement une chose essentielle : Le combat est avant tout d’ordre spirituel.

Ce qui soutient cette démonstration sont les versets 53 et 54 de Matthieu 26 

« Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ? Comment donc s’accompliraient les Ecritures, d’après lesquelles il doit en être ainsi ? ». (Voire aussi Jean 18 :33-38)

Le combat ne se justifie qu’en regard d’un enjeu éminemment spirituel.

D’ailleurs, Jésus fait remarquer à Pierre qu’en utilisant son épée, il contrarie le plan de Dieu. Il agit en sens contraire… Jésus dit à Pierre :

 «  Remets ton épée dans le fourreau. Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ? » Jean 18 :11.

Il fallait donc que Pierre porte l’arme défensive commune à l’époque, pour bien montrer que cette attitude était du registre de l’humain, afin de lui donner une autre signification plus importante. Cette dernière devait en permanence faire partie de la panoplie du combattant spirituel.

 

A chaque fois que l’on quitte le combat spirituel, pour régler des comptes humains par la violence physique ou verbale, on est dans le sens contraire du plan de Dieu. On transgresse l’esprit même de la loi, car Jésus a dit :

 « quiconque se met en colère contre son frère est passible de jugement » Matthieu 5 :22.

Souvent comme Pierre, on croit bien faire en prenant la défense de Dieu par la violence de nos mots ou attitudes ! Alors qu’en réalité, on marche en sens inverse du bon sens du vrai

combat. Que de massacres n’a-t-on pas fait au nom de Dieu ? En général, il est plus facile de se servir de Dieu que de servir Dieu… Utiliser la force, en croyant prendre la défense de Dieu est une erreur. Dieu n’a pas besoin que l’on défende sa cause ! Nos réactions humaines n’ont pas leur place. Seule la confiance en Dieu doit demeurer. Le contrôle de soi fait partie des dons de l’esprit. Il devrait nous conduire à un lâcher-prise. L’œuvre de Dieu n’est pas la notre. Il vaut mieux s’en remettre à Lui, plutôt que de se placer sur un terrain où l’on sera toujours perdant.

 

J’en arrive maintenant à un autre passage qui mérite réflexions : Matthieu 11 :11,12.

Que dit le texte ?

 « Le royaume des cieux est l’objet de violence et ce sont ceux qui usent de violence qui l’enlèvent de force ou le ravissent ou s’en emparent » (traduction libre).

 N’y a t il pas là une contradiction avec tout ce que nous venons de dire ?

 

Le texte parle bien de violence, c’est un élément incontournable. Dès lors, comment le comprendre ? Sans éluder la question, disons d’abord que le verbe est rare dans le nouveau testament.

Nous n’avons que deux seules occurrences dans le nouveau testament, et toujours à la même forme grammaticale grecque, c'est-à-dire : le moyen passif. Le plus souvent le moyen s’emploie quand le sujet exécute l’action pour lui-même ou la fait faire pour lui. En français ce serait la forme réfléchie qui serait la plus proche. On se fait violence ! Sur ce détail grammatical, le texte de Luc 16 :16,17 est éclairant.

 

Il s’agirait de se faire violence pour entrer dans le royaume des cieux.

Cela revient à dire qu’il faut rassembler toutes ses forces pour pénétrer dans ce royaume. La force et la violence ayant la même racine en grec, on peut aussi dire qu’à l’origine de la violence se trouve la dynamique et prodigieuse force de vie. En grec, βια  est la force, la violence, βιοσ  est la vie. Le lien qui rassemble ces deux notions est étroit. La racine est la même…

Dans ce sens l’accouchement d’un enfant est un fabuleux acte de violence.

 

Il y aurait donc une violence positive nécessaire à notre développement de vie, mais cette violence est utilisée pour soi et pas contre quiconque.

 

Si la vie est un combat, il faut assurément de la force pour faire les bons choix dans nos parcours. En langage plus moderne nous dirions qu’il faut de la détermination, de la volonté et de la persévérance pour réussir sa vie.

Mais cela ne suffit pas, sans l’aide divine, notre réussite n’est que passagère, éphémère, appelée à disparaître. Ce serait dommage d’avoir vécu pour rien, en ayant négligé de mettre Dieu en premier dans sa vie.

C’est pourquoi, le royaume de Dieu est pour ceux et celles, qui de toutes leurs forces désirent y être. Grâce à Jésus-Christ, la foi rend possible cette merveilleuse aventure.

L’apôtre Paul témoigne :

 «  Je peine, en combattant avec la force (de Christ) qui agit en moi avec puissance ».Colossiens 1 :29

A Timothée, son petit protégé, il dira avec conviction : 

« Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle… »1 Timothée 6 :12 

 

Notre engagement de foi doit être bouillant et consistant, chaud et dense.

Dans l’Apocalypse il y a cette phrase : « Puisses-tu être froid ou bouillant ! Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je vais te vomir de ma bouche. »Apocalypse 3 :15,16

On a traduit par tiède, le mot χλιαροσ. Or dans ce mot, il est question non seulement de chaleur, mais aussi de consistance et de densité. (Caractère de ce qui est mou, voire efféminé)

 

 

Il y a donc, une violence positive. Elle est dirigée vers soi pour traduire, ou faire sortir, ou faire jaillir, cette force que Dieu nous donne.

Elle a pour objet de nous amener à saisir à pleines mains, plus précisément avec des mains fermes, le salut gratuit en Jésus-Christ.

 « Ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse. » 2 Timothée 1 :7

 

Le Seigneur veut nous communiquer la force, qui alliée à l’amour et à la sagesse, nous permet de ne pas avoir honte du témoignage à rendre à Jésus-Christ.

L’apôtre Paul conseille à son disciple Timothée de renflammer, de ranimer ou d’attiser le don de Dieu qui est en lui. (Idem. V. 6) Pour conforter cette conviction, Paul rappelle à son enfant spirituel, que Dieu ne nous transmet pas de la timidité. En fait, le mot  δειλια en grec est plus fort que cela :

Le sens premier concerne la lâcheté et la pusillanimité. Or être pusillanime, du latin pisillus animus, c’est avoir un esprit étroit, c’est quelqu’un qui manque d’audace, de courage, qui a peur des responsabilités. C’est un peu le caractère de ceux qui sont souvent craintifs. On peut aussi parler de poltronnerie.  

La violence positive, qui est force communiquée par Dieu, est tout l’inverse.

Elle donne du sens à notre engagement d’amour pour Dieu. Elle alimente une modération, un bon sens, dans notre témoignage à la gloire de Dieu. Concrètement, elle renvoie à ce que l’on nomme, la maîtrise de soi.

 

Dès lors, si on me frappe sur la joue droite, tendre la gauche (Cf. Matthieu 5 :39), n’est plus un acte de faiblesse, mais de force. Celle qui renvoie à l’agresseur sa propre faiblesse. Infirme qu’il est dans sa capacité de dialogue. Il n’a d’autre recours que l’agression. Ce faisant, il démontre que le plus faible des deux n’est pas celui qu’on pense ! C’est pourquoi Jésus a dit au garde qui l’avait giflé en présence du souverain sacrificateur, lors de son procès :

« Si j’ai mal parlé, explique moi ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé pourquoi me frappes-tu ? ». Quelle force, quelle violence positive, quelle maîtrise de soi ! Le Christ a tout simplement renvoyé cet huissier de service, à sa propre violence.

 

Conclusion :

 

Il y a pour nous une violence positive et une négative. L’une nous concerne, elle est don de Dieu. Elle fait jaillir, comme avec la samaritaine, la source d’eau vive de notre cœur.

L’autre est dirigée contre notre prochain. Elle traduit des gestes d’impuissance, mais aussi une illusion de domination et de pouvoir. La première ne peut venir que de Dieu, la deuxième est du registre de l’humain.

L’apprentissage de la vie consiste à donner la priorité à ce qui vient de Dieu pour notre plus grand bien. Vouloir changer la société ne sert pas à grand-chose, quand le cœur n’est pas concerné par ce changement. La véritable révolution est celle que le Christ a initié : c’est la révolution du cœur. Elle place Dieu au cœur de nos actions. C’est ce combat là qu’il nous faut mener !

 

Gandhi a écrit dans un extrait de lettre à l’Ashram : « La non-violence ne consiste pas à renoncer à toute lutte réelle contre le mal. C’est au contraire contre le mal, une lutte plus active et plus réelle que la loi du talion ».                

                                                                                                

                                                                                                            Jacques Eychenne

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