Eutychus, l'adolescent.

 

 

               Eutychus

              ou

    Le triomphe de la vie

   Actes 20 : 7-12

 

Introduction :

 

L’apôtre Paul est dans son troisième voyage missionnaire. Après être passé à Antioche de Pisidie, avoir parcouru successivement la Galatie et la Phrygie,  avoir traversé les hautes provinces de l’Asie, Paul s’arrêta pendant trois ans à Ephèse. Son message ayant soulevé une émeute parmi les orfèvres de la ville, Paul partit vers la Macédoine et poursuivit son voyage jusqu’en Grèce. (Il est vrai qu’auparavant, il avait reçu une vision, lors de son 2eme voyage, pendant la nuit : « Un Macédonien lui apparut, et lui fit cette prière : passe en Macédoine, secours-nous ! ») Actes 16 : 9.  Après avoir embarqué au port de Philippes, il arriva donc au bout de 5 jours à Troas où il resta une semaine. Et c’est là que commence le récit qui va retenir notre attention.

 

Développement :

 

« Le premier jour de la semaine, alors que nous étions réunis pour rompre le pain, Paul, qui devait partir le lendemain, adressait la parole aux frères et il avait prolongé l'entretien jusque vers minuit. » Actes 20 : 7 (version T.O.B)

 

Ce texte nous parle d’une réunion fraternelle au cours de laquelle, la fraction du pain, symbole de la pratique de la Cène, est l’instant privilégié de cette réunion tardive. Ne se prolonge-t-elle pas jusqu’à minuit ? Pour éviter toute méprise sur le temps de cet évènement, rappelons que les jours sont comptés dans l’Eglise primitive à partir du sabbat. « … τῇ μιᾷ τῶν σαββάτων ». Or le sabbat commence le vendredi soir au coucher du soleil (ou à l’apparition des premières étoiles) et se termine 24 heures plus tard de la même façon. Si nous respectons cette chronologie historique, la réunion prolongée jusqu’à minuit se situerait à notre actuel samedi soir et non dimanche soir. Ce détail peut paraître insignifiant s’il n’avait donné lieu à toute une argumentation tardive pour prouver que le véritable jour de repos de la nouvelle Eglise naissante était le dimanche. Rappelons que dans le Nouveau Testament le 7ème jour est le sabbat, appelé sabbat de l’Eternel et que le premier jour de la semaine est le dimanche. D’ailleurs, si à cette époque le vrai jour de repos n’ était pas le sabbat, d’une part le Seigneur l’aurait clairement dit, et d’ autre part sa prophétie n’ aurait eu aucun sens (cf. Matthieu 24 : 20) Mais laissons les querelles théologiques pour nous recentrer sur l’essentiel de ce texte concis et complet.

 

Cette réunion de sabbat prolongé nous dit l’importance de la Cène comme ciment des communautés naissantes. Cette prolongation du message de Paul prouve aussi l’avidité spirituelle des membres de cette communauté. Aujourd’hui se pourrait-il encore qu’il en soit ainsi ? Nos réunions d’édification ne sont-elles pas programmées dans un temps imparti ? Il ne faut surtout pas être trop long pour ne pas fatiguer l’auditoire. (Telle est la remarque souvent faite, avant même que le partage spirituel prenne forme.) Rappelons-nous les sentiments de David : « Mieux vaut un jour dans tes parvis que mille ailleurs » Psaume 84 : 11

 

Paul qui devait se remettre en route le dimanche matin, n’a pas compté ses heures. Galvanisé par son désir intense de transmettre la parole de vie, il a prolongé son enseignement jusqu’à minuit.

Après avoir mis en exergue la fraction du pain, le texte poursuit : « Or il y avait beaucoup de lampes dans la chambre haute où nous étions assemblés » Actes 20 : 8 (version Darby.) Ce détail apparemment insignifiant, voire logique puisqu’il faisait nuit, est toutefois éclairant. Le symbolisme de la lumière dans l’enseignement chrétien.

 

En fait ce récit met en évidence 5 points essentiels :

  • La fraction du pain
  • Le partage de la parole de Dieu
  • La lumière
  • La mort d’Eutychus
  • La résurrection d’Eutychus

Nous venons d’aborder l’importance de la fraction du pain. « Nous étions assemblés pour rompre le pain ». v. 7  C’est pour cela qu’ils étaient réunis en premier. Ensuite l’accent est mis sur le partage de la parole révélée à Paul. Il la partage avec très certainement des disciples (cf. Actes 20 : 1).

 

Ainsi on comprend l’importance de cette convocation pour participer à la fraction du pain. Le désir d’être édifié par une parole spirituelle contribue à la solennité de l’instant.

 

Puis vient le symbolisme de la lumière. Il est au bon endroit dans notre récit. Le don de la lumière permet d’avancer en toute sécurité. La lumière éclaire notre chemin sans que personne ne nous dise ce que nous devons faire. On peut même imaginer que chacun soit venu avec sa lampe, comme dans la parabole des dix vierges (cf. Matthieu 25 : 1-13). Mais leur lampe ne prodigue qu’une pâle lumière, comparée à l’éclairante prédication de Paul. Ils vivent comme une mini Pentecôte. Aux différentes lumières des uns et des autres, vient se rajouter celle venant de Dieu. Lumière transcendante relayée par l’apôtre Paul. La diversité des participants est entourée par le halo de lumière venant de Dieu. C’est elle qui unifie. Ce rassemblement dans cette atmosphère spirituelle nous parle d’espérance. Il nous dit qu’il est essentiel de redire et de proclamer que Jésus est mort et qu’il est ressuscité. Il nous dit encore combien est précieuse la communication de sa parole, expression de sa bonté bienveillante pour chacun. Il nous dit enfin qu’il est nécessaire d’être éclairé pour ne pas s’égarer et demeurer unis dans l’espérance.

 

Mais ce récit met en scène une mort, qui plus est, celle d’un jeune homme (la Bible de Jérusalem parle d’un adolescent). C’est un peu comme si on voulait nous rappeler la triste condition humaine dans sa finalité. Cette mort est dérangeante alors que l’atmosphère spirituelle est empreinte de paix, de joie et d’espérance. Est-ce que le discours de Paul était trop long ? Et qui est cet adolescent ? Il n’apparaît que là dans le Nouveau Testament. Sa présence nous dit sa motivation. Il ne craint pas de s’associer à cette assemblée d’adultes. Est-il le seul, on ne le sait pas.

Il devait faire chaud dans cette chambre haute. On parle de chambre haute, car rarement les constructions ne dépassaient pas un étage. Les plus communes comprenaient un plein pied avec une toiture plate que l’on utilisait souvent. Rappelons-nous la sainte cène et la Pentecôte eurent lieu dans une chambre dite haute (cf. Luc 22 : 12, Actes 1 : 13). (Ceux qui ont eu le plaisir d’aller à Jérusalem, ont été impressionnés par les dimensions du Cénacle, lieu probable (mais contesté) de la mémorable célébration de la Cène. Ce lieu d’une trentaine de mètres de long par 7ou 8 de large peut accueillir, selon mon estimation, plus de deux cents personnes) Le livre des Actes utilise ce qualificatif à 4 reprises.

 

Mais revenons à notre adolescent. Il devait manquer d’air ou il était curieux de voir ce qui se passait dans la rue. Peut-être était-il en observation pour donner  l’alerte si un danger  survenait. Bref ! Il était adossé à la fenêtre, et il était assis sur le rebord. Entraîné par le sommeil, il tomba du 3ème étage et quand on voulut le relever, on constata qu’il était mort (cf.v.9). (Ces trois niveaux nous rappellent les 3 étages de l’arche de Noé (cf. Genèse 6 : 16) Faut-il comprendre que l’Eglise est comme une arche flottant au-dessus d’un déluge destructeur, mais qui pourtant annonce une nouvelle alliance ? Cette  mort ne sera-t-elle pas porteuse d’espérance ?)

 

Comment peut-on s’endormir quand on écoute la parole de Dieu ? La parole de vie, peut-elle se transformer en acte de mort ?

 

Plus symboliquement, est-ce que ce jeune ne représente pas notre nature humaine avec ses limites et ses faiblesses ?  Dans la parabole des 10 vierges, c’est l’attente qui a été fatale à 5 d’entre elles, ici ce serait plutôt la lassitude. Esaïe ne dit-il pas :

« Les adolescents se fatiguent et se lassent, et les jeunes hommes chancellent. » Esaïe 40 : 30

Nous sommes toujours bien disposés à entendre la parole, mais est-ce que les soucis de la vie, les préoccupations du moment nous submergent ?  On peut entendre sans écouter, recevoir sans s’édifier, accueillir sans partager. La parabole du semeur n’est-elle pas à cet endroit, de circonstance ! Méditons là avec profit (cf. Matthieu 13 : 1 : 23)

Revenons à notre récit et voyons le comportement de l’apôtre Paul :

« Paul est alors descendu, s'est précipité vers lui et l'a pris dans ses bras: «Ne vous agitez pas! Il est vivant! » Actes 20 : 10 (version T.O.B) litt. «  γὰρ ψυχὴ αὐτοῦ ἐν αὐτῷ ἐστιν »= son âme est en lui.

Nous restons étonnés par l’attitude de Paul. Après avoir fait cette remarque, il remonte pour poursuivre la cérémonie. Pourquoi cette phrase ? Et pourquoi cette attitude ?

 

- D’abord la phrase : 

« Ne vous agitez pas ! Il est vivant ! » Pourquoi ce verbe ? Pouvons-nous l’entendre comme une réprobation à l’adresse de son auditoire ? Le verbe grec θορυβεω signifie faire du bruit ou du vacarme, être turbulent. (Provoquer de l’agitation Actes 17 : 5, au passif comme dans notre texte, faire du bruit, s’agiter, se troubler, s’inquiéter Marc 5 : 39. Acte 20 : 10 ; Dict. grec-français du Nouveau Testament, 1991, 4ème éd, p.119)

Cette mort (qui est une vraie mort=νεκρός. v. 9) a provoqué un émoi bien naturel, et pourtant Paul semble ne pas être perturbé. Devant le constat de la mort, il déclare : « il est vivant ! ». D’après la théologie traditionnelle l’âme quitte le corps au moment de la mort, or là, on nous dit qu’il y a constat de mort et pourtant présence de l’âme en lui. L’explication la plus rationnelle est donnée par les traducteurs. L’âme = la vie qui habite le corps. (La théologie de l’immortalité de l’âme sera très tardive dans la pensée chrétienne, même si elle a fait partie de la théologie juive du temps de Jésus).

 

- L’attitude de Paul :

« Quand il fut remonté, il rompit le pain et mangea, et il parla longtemps encore jusqu'au jour. Après quoi il partit. »    Actes 20 : 11 (version Nouvelle édition de Genève, 1979)                 

Paul semble laisser Eutychus sur le carreau… Il remonte les 3 étages et  se préoccupe d’ abord de vivre la sainte cène, puis de poursuivre son enseignement jusqu’au petit matin. Après cela, il s’en alla.

Loin de nous la pensée de dire que l’apôtre Paul a été négligent ou peu charitable dans cette situation. L’esprit qui conduit l’apôtre est le même que celui qui a conduit le Seigneur à présenter la parabole du bon berger (cf. Jean 10 : 1-42). Souvenons-nous, le bon berger laisse l’ensemble du groupe pour aller à la recherche de la brebis perdue. Si notre récit semble dire le contraire, c’est assurément pour nous livrer un autre message.

La signification du nom d’Eutychus peut nous repositionner dans la bonne interprétation du comportement de l’apôtre Paul. En grec Εὔτυχος est un mot qui signifie heureux, fortuné, chanceux. Le récit serait une invitation à regarder le contraste entre une prédication de vie et la réalité de mort, comme positif.

C’est la vie qui triomphe, la mort n’a pas eu le dernier mot. (cf. 1 Corinthiens 15 : 55-58) Elle est comme mise entre parenthèses. Paul semble banaliser cette mort pour attirer l’attention de l’assemblée sur une mort plus importante : celle du Seigneur. Aussitôt remonté, il célèbre de suite la cène. Elle annonce aussi la résurrection. En cela Eutychus est chanceux, car il a vécu la puissance de la grâce de Dieu. Il est passé de la mort à la vie. La foi de l’apôtre était telle que pour lui le doute n’était tout simplement pas possible. Eutychus porte bien son nom. Il a eu la chance de revivre…

 

« Et ils amenèrent le jeune garçon vivant, et furent extrêmement consolés. » Actes 20 : 12 version Darby.

 

Le final de ce récit transporte tout le monde dans la joie et la reconnaissance. Le verbe grec signifiant cette vérité parle de consolation, mais on aurait tout aussi bien pu traduire par réconfortés et même encouragés. Ainsi un fait dramatique se mue en sujet de joie et de louange.

 

Conclusion :

 

Ce court récit est riche en instructions.

Il nous parle en premier de l’incontournable besoin de communier avec Jésus-Christ. Le ressentons-nous ainsi ? Puis, d’entendre sa parole afin de nourrir notre foi. Cette démarche se fait en pleine lumière. Elle éclaire notre route. N’avons-nous pas besoin d’être, chaque jour, conduit par l’esprit de Dieu ?

Comme David demandons-lui : « Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher » Psaume 143 : 8c

Ce récit poursuit en nous parlant d’une mort qui est une fausse mort, car c’est la vie qui va triompher.

L’essentiel de l’espérance chrétienne est bien là. La vie est appelée à se poursuivre « pour un héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir; cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi pour le salut prêt à se révéler au moment de la fin. » 1 Pierre 1 : 4-5 version T.O.B

Jésus-Christ a engagé sa parole :

« Que votre cœur ne se trouble pas: vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures: sinon vous aurais-je dit que j'allais vous préparer le lieu où vous serez? Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. » Jean 14 : 1-3

« Comme le Père ressuscite les morts et donne la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut. » Jean 5 :21

                                                                                        jacques Eychenne

 

 

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