"Simon, j'ai quelque chose à te dire"

 

 

 

        « Simon j’ai quelque

           chose à te dire »

             Luc 7 : 36-50

Introduction :

 

Le récit, for connu, qui va alimenter notre réflexion nous conduit sur les chemins de Galilée, avant que Jésus se dirige vers les territoires de Tyr et de Sidon. Puis, le Seigneur se dirigera vers Jérusalem…Mais auparavant, Le médecin Luc nous rapporte, après avoir fait des recherches, le déroulé d’un entretien. Jésus répond à l’invitation d’un Pharisien. On apprendra plus tard qu’il s’agit d’un certain Simon. Marc rapporte un récit ressemblant et situe la scène à Béthanie, l’apôtre Jean fait de même (cf. Marc 14 : 3-9). Mais s’agit-il du même évènement ? (1). C’est difficile à dire, car le temps et les lieux divergent, alors restons sur la présentation de Luc.

Jésus répond à l’invitation d’un Pharisien. Pourquoi cette démarche ? le contexte immédiat est éclairant. Le Seigneur répond à des accusations erronées : « Le fils de l’homme est venu, il mange, il boit, et vous dites : voilà un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs. Mais la Sagesse a été reconnue juste par tous ses enfants » Luc 7 34,35, version TOB.

Jésus accepte cette invitation pour faire la démonstration de la reconnaissance de sa sagesse. Or, cette dernière bannit toutes les frontières et les préjugés. Elle a pour objectif le salut de chaque individu, quelle que soit sa condition. Le récit peut se résumer comme une application pratique de son enseignement. La cohérence du Maître traduit sa sagesse.

 

Développement :

 

Jésus accueille l’invitation du Pharisien et se met à table. Quand on pense à l’hostilité farouche que les pharisiens ont manifestée à son encontre, on se dit qu’il lui a fallu une force de résilience inouïe. Elle en dit long sur ses sentiments d’amour en faveur de l’humain. Le Seigneur a voulu aller au-delà de l’attitude commune, liée aux querelles intestines de la société religieuse, pour s’adresser à l’individu dans ce qu’il a de plus personnel.

Jésus est allongé comme c’était la coutume à l’époque. Chacun s’installe quand arrive une femme tenant dans ses mains un vase d’albâtre rempli de parfum. A la surprise générale, cette femme tout en pleurs se met à côté du Seigneur et de ses larmes mouillent ses pieds. D’un geste plein de tendresse, elle les essuie avec ses cheveux, les couvre de baisers et répand sur eux du parfum. Les convives ont dû être pour le moins perplexes devant ce comportement insolite. Intérieurement, plusieurs, comme Simon, ont dû s’indigner devant l’attitude de cette femme. Apparemment ce scénario n’avait pas lieu d’être, car le texte nous dit qu’elle était connue comme une pécheresse (ἁμαρτωλός = Hamartolos = dévoué au péché ; non libéré du péché ; gens de mauvaise vie).

En regard de cette réputation, on ne peut que s’interroger ! Pourquoi Simon a-t-il accepté que cette pécheresse s’installe près de l’invité d’honneur ? Il aurait très bien pu la mettre dehors sur le champ. Était-il bienséant qu’elle s’impose sans avoir, au préalable, été invitée ? Assurément, Simon devait bien connaître cette femme dont le récit tait le nom. Pourquoi donc l’a-t-il autorisée à rester ?

Le texte établit un lien entre la popularité de cette femme et un questionnement sur la qualité de prophète de Jésus.

Ainsi, si Simon a accepté que cette femme reste à table, n’est-ce pas par opportunité ? La suite du récit nous éveille à le penser. Si Simon a invité Jésus, c’est certainement pour cerner ce personnage dont la réputation devenait grandissante. Avait-il lui-même était l’objet de l’attention du Seigneur ? On peut supposer que son invitation reposait sur une rencontre antérieure. Reconnaissance, admiration, désir d’en savoir plus, tous ses sentiments devaient s’entremêler. Une question pourtant s’imposait : Jésus de Nazareth était-il réellement prophète ?

L’intrusion soudaine de cette femme devient pour Simon une belle opportunité pour asseoir sa conviction. Du coup, il laisse agir cette femme à sa guise et il attend une réaction du Maître. Sans vouloir délibérément piéger notre Seigneur, Simon se sert de cette situation comme d’un révélateur pour le tester. Cette démarche était typique des pharisiens ! (Ils cherchaient constamment à piéger le Christ, cf. Luc 11 : 54).

 

Mais, Simon ignore que le Seigneur connaît le fond de sa pensée. le Seigneur n’est pas dupe ! Il a accepté l’invitation avec un autre objectif. Aussi, connaissant les sentiments qui traversent Simon, le Seigneur va prendre l’initiative d’une mise au point qui révèle toute la profondeur de son message d’amour.   

Jésus prenant la parole lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire » Luc 7 : 40. Quelle délicatesse ! Cette approche pleine d’empathie était la seule qui pouvait permettre à ce Pharisien de réfléchir sur sa conduite, ses préjugés, sa conception de la justice. Il s’adresse personnellement à lui, après avoir été le sujet des attentions de cette femme pécheresse. Jésus s’est laissé touché par une femme de mauvaise vie, quel scandale pour un puritain !

Avant de poursuivre, observons que ce Simon n’est que le représentant d’un courant religieux qui met en doute le ministère du Christ. Les Pharisiens contestaient et murmuraient contre le Seigneur à la première occasion (cf. Luc 5 : 17,21,30,33 ; 6 : 7 ; 7 : 30). Or, au départ de notre récit, il est précisé que Simon est l’un d’entre eux : « Et un des pharisiens » Luc 7 : 36, Version la Bible de Jérusalem et Darby. Certes, le Seigneur veut dénoncer un courant de pensée, mais plus précisément, il prend soin d’interpeler un individu qu’il appelle par son nom. Si celui de la femme est ignoré, et si celui de Simon est cité, c’est que le Christ veut souligner un contraste fort de situation. L’anonymat de la femme va mettre en évidence son action, tandis que le nom de Simon met l’accent sur ses pensées. Or, c’est l’intérieur du cœur que vise le Christ ! Plus tard, s’adressant à des pharisiens Jésus dénoncera leurs faux semblants : « Vous pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et à l’intérieur vous êtes pleins de rapine et de méchanceté. Insensés ! celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? » Luc 11 : 39-40, version LSG. Simon a été formaté par l’enseignement de son parti !

Mais le Seigneur connaissait les sentiments profonds de son cœur, tout comme il connaît les nôtres. Nous pouvons cacher beaucoup de choses aux humains, rien ne résiste au regard divin. Ce récit nous dit que nous devons prendre en considération cette réalité. Le fait est encourageant. Même si nous avons de mauvaises pensées, mêmes si nos préjugés sont tenaces, le cas de Simon démontre que nous sommes tous et toujours accueillis. C’est comme si le Seigneur se penchant sur chacun de nous, en prononçant notre prénom, nous disait : « J’ai quelque chose à te dire ». A nous de faire ou pas bon accueil à cette voix intérieure !

Mais revenons au récit. Jésus utilise un style familier d’interpellation : une simple parabole. Sa compréhension est d’une évidence limpide. Un enfant aurait pu y répondre facilement. Entre 500 et 50 pièces d’argent, l’hésitation n’est pas permise. Cette simple réponse met en évidence que chacun de nous peut être accueilli indépendamment de ses erreurs passées. La grâce de Dieu supplante nos dettes (cf. expression du texte). Cela peut être la grande et belle découverte de nos vies !

Mais revenons à Simon. Sa réponse est jugée correcte par le Maître. Autrement dit, sur le principe, Simon a donné la bonne réponse, mais était-ce suffisant ?

Le Seigneur va mettre à l’honneur, non pas la compréhension de bons principes, mais une pratique de vie. Il va mettre en évidence les actes de cette femme pécheresse au comportement inopportun. Ce qui est touchant est révélé. Le Seigneur a été sensible à tous les détails des gestes d’amour de cette femme. Il les énumère avec précision : Elle a arrosé mes pieds de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux ; elle n’a pas cessé de me baiser les pieds ; elle les a oints de parfum. Et Jésus a conclu : « c’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés : car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu » Luc 7 : 47, version LSG.

Pourquoi cette femme a-t-elle pris le risque d’être rejetée et mise dehors ? Parce que ce qu’elle avait pu engranger comme information l’avait conduite à une conviction ferme : l’assurance d’être accueillie par le Christ. Cette femme, souvent pointée du doigt, n’a pas été dans une connaissance dogmatique d’un enseignement religieux. Savoir si Jésus de Nazareth était prophète ou pas, n’était pas sa préoccupation. Elle avait senti que cet homme avait une capacité d’accueil hors du commun. Elle a ressenti au plus profond d’elle-même qu’elle pouvait être comprise. Cette conviction se heurtait à son quotidien : sa réputation faite, elle devait, soit être exploitée, soit évitée, soit rejetée. Sachant qu’elle avait été sensible à l’amour du Christ (elle avait certainement dû l’entendre parler), elle n’a pas hésité à saisir cette occasion pour lui ouvrir son cœur.

C’est parce qu’elle a beaucoup aimé que le Seigneur lui a pardonné ses nombreux péchés. Ce récit met en exergue un aspect fondamental de l’enseignement du Maître : le pardon est la conséquence de l’amour et non son préalable. Autrement dit, spirituellement, si l’amour est absent, le pardon est obsolète. C’est quand l’amour est présent que le pardon de Dieu s’accueille vraiment. L’amour se donne, le pardon s’accueille.

Simon devait toucher du doigt cette bienheureuse réalité, de plus il lui fallait rectifier ses jugements sur cette femme. Il en est de même pour nous, surtout si nous croyions avoir tout compris de la vie et des êtres. Alors, le seigneur utilise des petites paraboles de la vie courante pour nous interpeler personnellement.

La conclusion du récit est lumineuse. Jésus déclare à cette femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix » Luc 7 : 50, version LSG. 

Ce récit met en évidence ceci : la foi est une adhésion du cœur. Nos erreurs si lourdes soient-elles n’interfèrent pas sur la dispensation de la grâce divine et l’annonce de son pardon.

Simon, qui adhérait au parti des pharisiens, avait été contaminé par toutes sortes de préjugés sur Jésus. Sa conception de la justice était erronée. Pour lui les gens de mauvaise vie devaient être marginalisés de la société religieuse. Il avait été habitué à ne voir que l’extérieur de la personne. Son manque d’indulgence trahissait une certaine dureté de cœur. Le Seigneur a pris à contre-pied ce courant aux approches superficielles. Il est venu rencontrer l’individu dans ce qu’il a de plus profond et de plus beau. Son regard intérieur, perçant et bienveillant, nous dévoile son grand projet d’amour.

Mais le Seigneur lui aussi a été opportuniste en la circonstance ! Il a saisi l’occasion d’une situation touchante pour développer les enjeux de sa démarche et la profondeur de son enseignement. De cette façon magistrale, le Seigneur amendait la conception pharisaïque de la justice divine, telle qu’elle était enseignée par les rabbins de l’époque. Le débat entre les formes et le fond des choses demeure. Il perdurera jusqu’à la fin des temps.

En réalité, sur le plan spirituel, la même difficulté d’appréciation perdure. Il y a d’un côté le formalisme religieux, très attaché aux formes. Dans cet univers, c’est le regard extérieur qui prend le dessus. Il alimente des jugements sans concession. Et, puis, en opposition, il y a la foi. Celle qui est authentique. Elle ne s’embarrasse pas d’un regard extérieur toujours trompeur. La foi se vit d’abord de l’intérieur du cœur. Son rayonnement fait l’impasse de jugements hâtifs. La foi profonde porte sur l’humain un regard bienveillant pour au moins deux raisons : la première est que nous manquons d’informations pour discerner avec précisions les pensées d’autrui. La deuxième est que nous sommes tous loger à la même enseigne : nous sommes tous pécheurs (Romains 3 : 9-12 ;23-24). Jésus a été clair sur le sujet : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous muserez. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » Matthieu 7 : 1-3, version LSG. Dans Luc, Jésus prononce la même phrase peu avant notre récit (cf. Luc 6 : 41).

Sommes-nous Simon ? ou cette anonyme ?

Sommes-nous dans le jugement ou dans l’amour ? où à mi-chemin ?

Je pense que nous zigzaguons entre les deux ! D’où l’importance de prendre le temps de réfléchir aux motivations de nos vies. Il se peut que le Seigneur nous dise aujourd’hui « Jacques, Charles, Raymonde, Francine… J’ai quelque chose à te dire ».

Pour forcer la réflexion de Simon, le Seigneur va lui poser une question banale : « Vois-tu cette femme » Luc 7 : 44. Bien sûr qu’il l’a vue ! Mais de quelle vue parle-t-on ? d’une vision accusatrice sans complaisance. Il l’avait même jugée avant qu’elle agisse ! C’est précisément ce type de regard que le Maître a voulu modifier. Une correction de vision qui en dit long sur l’être profond.

Jésus met admirablement bien en opposition les deux approches. Par trois fois il établit le contraste entre le « tu » et le « elle ». Deux attitudes opposées, deux comportements. Entre le propre juste et cette pécheresse, le fossé paraît profond. Pourtant Simon, au départ est « peut-être bien intentionné ». N’a-t-il pas invité le Seigneur ? C’était « une attitude sympathique ! » Malgré tout, derrière cette invitation, d’autres sentiments moins glorieux étaient en sommeil. Le Seigneur va les mettre en pleine lumière. Il va révéler devant tous les convives (cf. Luc 7 : 49) ce qui était resté secret. Plus tard, reprenant ce concept, l’apôtre Paul écrira aux chrétiens de Rome : « Dieu jugera les actions secrètes des hommes » Romains 2 : 16, version LSG. Ainsi, ce ne sont pas nos discours qui sont importants, seulement les pensées qui donnent vie à nos actes.

Observons que la femme, qui je le rappelle n’a pas de nom dans le récit, ne prononce aucune parole. Seuls ses gestes sont mis à l’honneur. Elle en a fait trois :

  • Elle a pleuré sur les pieds du Seigneur (je laisse à l’appréciation de chacun la motivation de ses larmes)
  • Elle les a essuyés avec ses cheveux.
  • Elle a versé du parfum sur ses pieds.

Trois gestes simples auxquels on peut donner une portée symbolique… Le Seigneur les a traduits par une phrase : « Elle a beaucoup aimé » Luc 7 : 47 bis. C’est la raison pour laquelle le Christ précise « ses nombreux péchés ont été pardonnés » idem. Puis, faisant fi des réactions secrètes (non exprimées) des convives, le Seigneur s’adresse une dernière fois à cette femme et lui déclare : « Ta foi t’a sauvée, va en paix » Luc 7 : 50, version LSG. Paroles sublimes que nous aimerions tous entendre !

Assurément, nous ne pouvons marcher en paix que quand nous avons l’intime conviction d’avoir été totalement pardonnés.

 

Conclusion :

 

C’est le miracle de la force d’un récit des évangiles ! En quatorze versets nous avons un condensé de tout l’enseignement spirituel du Christ. Chacun peut se retrouver en Simon. Nous sommes tous des Simon, et nous sommes tous des anonymes connus du Seigneur. Tantôt capables du meilleur, tantôt contaminés par des pensées négatives. Le Seigneur veut nous repositionner dans la bonne trajectoire du bonheur. Aujourd’hui, il nous dit « J’ai quelque chose à te dire ». Accueillons la sagesse divine. Ne craignons pas d’imiter cette femme au grand cœur. Ses pleurs nous disent son repentir et sa reconnaissance. Ses cheveux qui essuient les pieds du Maître nous parlent de tendresse, de douceur. Son parfum exprime ce qui était caché au fond de son cœur et que personne n’avait jusque-là exhalé. L’occasion l’a révélé. Cette anonyme a été réhabilitée dans toute sa dignité. Mieux encore, Jésus de Nazareth l’a comblée. Elle fera partie de la grande assemblée des rachetés. Pour l’heure, il l’invite à poursuivre sa route. La paix intérieure sera désormais son parfum. On avance d’un pas plus léger quand on se sait vraiment pardonné…

                                                                                  Jacques Eychenne

 

PS : TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible ; LSG, version Louis Segond.

  1. Pourquoi n’ai-je retenu que le récit de Luc ?

Tout simplement parce que Marc situe une scène analogue à Béthanie, et Jean fait de même à la fin du ministère du Seigneur, quelques jours avant sa crucifixion. Or, Luc place le récit en Galilée, tout au plus à la fin de son ministère dans cette région. Vous pourriez me dire, mais il y a le nom de Simon, puis le vase avec le parfum. Mais Simon est un nom très utilisé. Chaque famille avait aussi des vases et du parfum. Par précaution j’ai choisi de rester sur le déroulé de Luc, car il nous assure avoir fait des recherches sur l’exactitude des faits.

 

 

 

 

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