La veuve de Sarepta - 1ère partie

ou

la mort face à la vie

1ère partie

 

1 rois 17:1-16


 

Introduction :

 

Ce récit nous transporte dans la deuxième moitié du 9ème siècle avant Jésus-Christ. il nous relate la rencontre du prophète Elie avec le roi d’Israël Achab. Achab est un roi idolâtre ; il révère les divinités païennes de Baal et Astarté. Cette situation dramatique obère l’avenir d’Israël. Dieu va donc agir, en inspirant Elie son serviteur. S’adressant à Achab, Elie prédit : « Il n’y aura ces années-ci, ni pluie ni rosée, si ce n’est à mon commandement » 1 Rois 17 : 1 (Version du Rabbinat Français)

 

Puis, Dieu envoie son serviteur se cacher à l’Orient du Jourdain, dans les gorges encaissées du torrent de Kérith, probablement en Galaad. Cette mise au vert nécessaire, permet à Elie de contempler chaque jour la bonté du Dieu d’Israël : Il est nourri par les corbeaux 2 fois par jour. Au menu : pain et viande. Il a donc à boire (l’eau claire du torrent) et à manger. Ces faits sont en eux-mêmes déjà surprenants. La gastronomie divine est riche en protéine. Les diététiciens allègeraient certainement le repas du soir …

Quant au maître de service, le choix se porte sur un animal impur : le corbeau. Pour forcer le trait, disons que cet oiseau n’a pas pour habitude de partager sa pitance. Pourtant, c’est bien lui qui est choisi pour apporter la nourriture nécessaire au prophète. En effet, le corbeau fait partie de la famille des charognards. Dieu a dû contrarier son instinct naturel pour rendre ce convoyeur de pain et de viande efficient. (Il est vrai que dans les mythologies nordiques, 2 grands corbeaux, Hugin et Munin, étaient des messagers des dieux). 

 

Première réflexion sur la démarche : quand Dieu donne un ordre, il fournit en même temps les moyens pour le rendre réalisable. Cela nous permet de remarquer que Dieu ne nous demande rien qu’il ne nous fournisse déjà en puissance. (Cf. Ephésiens 2 :10)

 

Observons de même que pour les serviteurs de Dieu, la mise au vert a toujours fait partie de son plan. (Cf.1 Samuel 23 :14 ; 1Rois 19 :4 ; Amos 2 :10 ; Luc 3 :2 ; 4 :1 ; Galates 1 :17) La solitude dans les déserts, où comme ici, dans cet endroit retiré, a pour objectif de  rendre l’action à venir plus réfléchie et donc plus percutante.

La bonne question est toujours de savoir si on est là où Dieu veut que l’on soit !

 

La sécheresse ayant sévi, le torrent ayant tari, l’Eternel adresse à Elie ces paroles :

« Lève-toi, va à Sarepta, qui est près de Sidon, et tu t’y établiras. Là est une femme veuve, que j’ai chargée de te nourrir ». 1 Rois 17 : 9  

 

Développement :

 

« Lève-toi et va... » Cette expression souvent usitée, est le temps du passage à l’action. Elie se met en marche suivant l’ordre divin. Il part pour Sarepta sur les bords de la méditerranée à 110 km environ à vol d’oiseau, non loin de 2 villes bien connues : Au nord Tyr (22 km) et au sud Sidon (13 km) en Phénicie.

De prime abord, on est surpris. Une veuve étrangère au peuple élu, habitant en territoire païen, est chargée de nourrir au quotidien l’un des plus impressionnants prophètes de l’ancienne alliance !

 

Pourquoi ce choix ?

 

Jésus lui-même nous fournit la réponse : «  En vérité, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Je vous le dis en vérité : il y avait plusieurs veuves en Israël du temps d’Elie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois et qu’il y eut une grande famine sur toute la terre ; et cependant Elie ne fut envoyé vers aucunes d’elles, si ce n’est vers une femme veuve, à Sarepta, dans le pays de Sidon. » Luc 4 : 24-26

Le texte veut donc mettre en évidence que l’action de Dieu se porte là où elle peut être entendue et reçue. La différence spirituelle se fait moins par l’appartenance à tel groupe, communauté, église, qu’au désir d’accueillir la volonté de Dieu. Les étiquettes n’ont jamais garanti le contenu des bouteilles ! On peut se croire très spirituel et être en fait obtus face à l’accueil de l’action divine !

Elie a quitté sans murmurer le pays d’Israël pour se rendre dans cette contrée, dite païenne, à cause de l’extrême misère spirituelle de son peuple. Cette démarche illustre l’universalité du message de Dieu. Le Christ et les Apôtres établiront définitivement sa réalité.

 

Elie part donc dans le territoire de Tyr et de Sidon, dont est originaire la terrible et impétueuse épouse du roi d’Israël, la célèbre Jézabel. A l’entrée de la ville de Sarepta, Elie rencontre une veuve ramassant du bois. Assurément se dit-il, c’est celle qui doit me fournir le gîte et le couvert ! Mais connaît-il seulement ses ressources ?

Il va s’en assurer par une question qui nous rappelle une autre rencontre, celle de Jésus avec la Samaritaine (Cf. Jean 4). C’est presque la même demande !

«  Prends moi, je te prie, un peu d’eau dans un vase, pour que je boive. » 1 Rois 17 :10 b Puis, alors qu’elle est entrain de s’éloigner, il rajoute : «  Prends en main, je te prie, une tranche de pain pour moi ». (Idem v.11 Version du Rabbinat français)

Jusque là, elle avait pudiquement caché son dénuement. Mais devant cette demande supplémentaire, elle craque et présente sa pitoyable et désespérée situation : « Par le Dieu vivant que tu sers ! Je n’ai pas une galette, rien qu’une poignée de farine dans une cruche, un peu d’huile dans une bouteille. Je ramasse maintenant deux morceaux de bois ; je vais rentrer, je ferai un plat pour moi et mon fils, nous le mangerons et nous attendrons la mort. » Idem v. 12

 

Cette veuve est dans la désespérance la plus complète. On le serait à moins. Elle était sur le point de préparer son dernier repas.

A cet instant, je me dis qu’Elie à vue humaine aurait pu se dire : « Je me suis trompé de veuve, je n’ai pas frappé à la bonne porte ! J’ai voulu, pour aller plus vite, interpeller la première personne, mais j’ai été un peu trop pressé d’accomplir ma mission ! »

Cependant, devant l’inventaire des ressources de cette veuve, l’envoyé de Dieu ne semble pas découragé.

Il faut dire que sa foi avait pris la bonne habitude d’aller au-delà du visible. Quand on est nourri par les corbeaux matin et soir, la foi a des ailes. Elie était dans la conviction que tout est possible à Dieu.

En fait, cette veuve et Elie sont dans une même situation : Ils sont tous les deux au terme de ce qu’ils peuvent faire. Cette femme est à l’extrémité de son possible et Elie l’est aussi par sa double demande, avec à l’arrière plan la pensée de la faillite spirituelle de son peuple. La suite appartient à Dieu, et seule la foi va faire la différence.

 

Quand l’humain touche l’extrémité de son possible, quand il est à bout de ses ressources et le reconnaît, alors avec la foi tout peut être possible par la puissance de Dieu. Notre Père céleste peut répondre à tous les besoins de ceux qui se tournent vers lui. Mais cela sollicite la foi. (Cf. Philippiens 4:19)

La différence est qu’Elie a l’expérience d’une relation étroite avec son Créateur. Dieu, en effet, va montrer sa puissance en inspirant son serviteur. Mais, point fondamental : la misère extrême de cette veuve a aussi été vue et entendue.

 

Comme souvent dans les Ecritures Saintes, Dieu déploie son amour et sa grâce en faveur de ceux et celles qui semblent, au départ, être étrangers aux choses spirituelles. La bonté de Dieu va pousser cette veuve à accueillir ce qu’Il veut lui donner. De même, la bonté de Dieu pousse l’homme à la repentance pour son plus grand bien. (Cf. Romains 2 :4)

Elie, porté par sa foi, et inspiré par Dieu, va apaiser cette pauvre veuve :

 

«  Ne crains rien, lui dit Elie, rentre, et fais comme tu l’as dit. Seulement, tu en feras un petit gâteau pour moi d’abord, et tu me l’apporteras... » 1 Rois 17 :13 

 

Si Elie n’avait pas eu la foi, il aurait pu penser que Dieu se moquait de lui. En effet, la démarche est insolite. L’envoi de son serviteur vers une veuve qui est dans le plus total dénuement, sans ressources et sans moral (elle parle de mort !) peut paraître incompréhensible. En dehors du processus de foi, Elie aurait eu une démarche déplacée, pour ne pas dire gonflée, voire insensée.

 

Assurément, la pédagogie de Dieu est déroutante pour l’humain. Nous sommes trop habitués à ne croire que ce que nous voyons. Tout au moins peut-on comprendre que le but de Dieu n’est pas toujours de nous sécuriser, de nous protéger, de nous coconner, mais de nous apprendre à vivre, en nous donnant l’occasion d’opter pour la foi-confiance. C’est elle qui scelle la relation solide avec notre Père céleste.

 

Non ! Elie ne s’est pas trompé, il a rencontré la veuve qu’il fallait, celle qui lui permettrait de voir la puissance divine en action, d’en être l’exécutant, et le témoin.

 

Si nos yeux pouvaient aller au-delà du visible, nous pourrions encore de nos jours être témoins de telles merveilles de la grâce toute puissante de Dieu.

 

Elie ne s’arrête donc pas à cette situation dramatique... Alors que cette pauvre veuve parle de mort, lui pense à la vie. Car Dieu a parlé, et c’est elle qui doit le nourrir, or la nourriture dans ce contexte fort, est la vie. (Pour voir la symbolique de la nourriture lire Jean 6 : 30-58). C’est pourquoi Elie dit à la veuve : «  Ne crains rien, rentre et fais comme tu l’as dit... »

 

Face à l’angoisse existentielle de cette femme, le prophète inspiré, rassure, apaise, tranquillise. Aucune remarque désobligeante, aucun reproche, aucune injonction sévère, mais parole de grâce. (Cp. Proverbes 15 :23)

Dans un premier élan, il invite cette femme à ne rien changer à ce qu’elle a décidé de faire et dans un deuxième temps, il rajoute juste un petit complément d’information. Et cette initiative va tout changer. Quelle merveilleuse pédagogie divine !

 

Dieu n’agit-il pas de même dans nos vies ? Face à notre désespérance, à nos constats de misère, à notre conviction que nous ne pourrons jamais nous sortir de situations compliquées ou dramatiques, Dieu nous laisse aller à l’extrême limite de nos faux raisonnements pour ajouter un tout petit complément d’information, qui d’un coup, change toute notre situation. Rappelons-nous la parole de Jésus au chef de la synagogue dont la fille était morte : «  Ne crains pas, crois seulement, et elle sera sauvée » Luc 8 :50 L’apprentissage de la marche vers l’invisible prend toute une vie.

 

Mais revenons à la demande complémentaire du prophète : «  Seulement, tu en feras un petit gâteau pour moi d’abord, et tu me l’apporteras. »

Encore une fois, posons-nous la question : « Pourquoi cette formulation ? »

 

Si l’envoyé de Dieu devait être le premier servi, n’est-ce pas pour que cette veuve comprenne qu’elle devait donner à Dieu la première place. Elle devait premièrement servir l’homme de Dieu, donc Dieu lui-même, au travers de son serviteur.

Dans les crises les plus graves de notre existence, si nous avons le bon réflexe de servir premièrement notre Dieu, alors des expériences inoubliables verront le jour et notre route sera éclairée. Souvenons-nous des paroles de Jésus : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus » Matthieu 6 : 33

Le prophète, porte-parole de Dieu, ne demande qu’un petit gâteau. Le détail est intéressant. Dieu sollicite les petits gestes, les plus insignifiants, ceux qui paraissent dérisoires, pour accomplir en nous de grandes transformations. (Cp. Marc 6 :34-44)

Elie réclame juste un petit quelque chose pour se mettre sous la dent, juste un petit nécessaire vital. Mais, il faut que cette femme accueille dans son cœur cette priorité, et qu’elle fasse la démarche de venir lui apporter ce petit gâteau.

 

Dieu ne fera jamais pour nous la démarche qui nous appartient. Celle qui révèle au grand jour nos vraies priorités. (Remarquons au passage que la farine et l’huile étaient les composants essentiels du sacrifice de l’oblation, c'est-à-dire du don de reconnaissance dans le Lévitique – voire chapitre 2) Pour recevoir, il faut au préalable donner. Donner ce que l’on a, ce que l’on est.

 

Elie invite cette veuve à le nourrir en priorité, après quoi, elle pourra prendre soin d’elle et de son fils. « Tu feras cuire ensuite pour toi et pour ton fils » v. 13

 

Alors la promesse tombe comme une rosée bienfaisante sur son cœur de mère :

 

« Car, ainsi a parlé le Seigneur, Dieu d’Israël : La cruche de farine ne se videra pas, ni la bouteille d’huile ne diminuera, jusqu’au jour où le Seigneur répandra la pluie sur cette contrée. Elle s’en alla et fit ce qu’avait dit Elie ; et elle eut à manger, elle, son fils et sa famille, pour longtemps. La cruche de farine ne se vida pas, ni la bouteille d’huile ne diminua, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’entre-mise d’Elie. » 1 Rois 17 : 14-16

 

Ceux et celles qui mettent Dieu en premier dans leur vie, ceux et celles qui ont compris qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Actes 20 :35b) ne manqueront jamais de l’aide du Tout-Puissant. Cette vérité n’a jamais été démentie par l’expérience de tous les ayant-foi.

 

Nous n’avons rien à craindre de l’avenir, si notre foi est au rendez-vous, car les promesses de Dieu sont certaines, et elles accompagneront avec certitude notre marche confiante. Quel réconfort, quelle force de savoir que Dieu fait concourir toutes choses au bien de ceux qui accueillent sa bonté. (Cp. Romains 8 :28) Cette promesse a dû surprendre notre pauvre veuve, mais elle a fait confiance à une parole donnée. Face à sa situation dramatique, à vue humaine sans issue, elle crut et elle vit la puissance de Dieu en action au quotidien. A l’instar d’Abraham « Espérant contre toute espérance », (Romains 4 :18) elle fut un témoin privilégié de la bénédiction divine. Elle, qui quelques temps auparavant exprimait son profond désespoir, la voilà comblée. Non seulement elle eut de quoi traverser cette période critique, mais elle eut suffisamment pour son fils, et le texte rajoute : sa famille.

 

La bénédiction de Dieu déborde ; elle va toujours au-delà de nous-même, elle contamine aussi nos proches, ceux qui n’ont rien demandé. Ils reçoivent aussi. Ce récit nous permet d’en prendre davantage conscience.

Quand Dieu donne, c’est toujours au-delà de nos espérances. Sa générosité n’est-elle pas proclamée dans toute sa création ?

Notons aussi l’assurance du prophète. A aucun moment son comportement ne laisse place au doute. Il fait corps avec le projet de Dieu. Pourtant, cette veuve était sidonienne, étrangère à la culture spirituelle d’Israël. Une telle ouverture de cœur et d’esprit ne pouvait qu’être l’œuvre de Dieu. Là encore la vision universelle du salut éclaire ce récit.

Sachons à notre tour dépasser les contours de nos définitions de l’appartenance au peuple de Dieu. Ce récit, comme d’autres d’ailleurs, nous démontrent que nos critères de sélection ne correspondent pas à ceux de Dieu. Il ne fait heureusement acception de personnes. « Elle s’en alla et fit ce qu’avait dit Elie ». La veuve de Sarepta a accueilli la promesse et a fait confiance à celui qu’elle avait identifié comme serviteur de Dieu. Cette simplicité et cette profondeur, rarement égalée, ont marqué l’histoire, et son témoignage a été consigné pour toujours. Il demeure pour nous un repère, une référence, un encouragement, une invitation à prendre Dieu au mot avec confiance.

 

Conclusion :

 

Nous vivons, nous aussi, aujourd’hui dans le monde, un temps de famine et de sècheresse. Cette réalité est visible bien au-delà de la matérialité des faits quotidiens.   La plus importante sécheresse est bien d’ordre spirituel.

 

« Voici, des jours vont venir, dit le Seigneur Dieu, où j’enverrai de la famine dans le pays : ce ne sera ni la faim demandant du pain ni la soif de l’eau, mais le besoin d’entendre les paroles de l’Eternel... » Amos 8 :11

 

Elles sont nombreuses ces veuves étrangères à l’héritage spirituel, ramassant quelques morceaux de bois pour faire cuire leur dernier repas en attendant la mort !

Qui peut apporter l’espérance, si ce n’est ceux que le Seigneur inspire pour transmettre des paroles de vie.  « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » Matthieu 4 :4

 

Soyons ces porteurs d’eau et de pain pour tous ceux et celles qui ouvriront leurs mains et leur cœur. « Ceux qui s’attendent à l’Eternel renouvelleront leur force » Esaïe 40 :31 Et encore « Fais de l’Eternel tes délices et il te donnera ce que ton cœur désire » Psaumes 37 :4

 

                                                                                                                Jacques Eychenne

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