Jean-Baptiste, l' annonceur

 

 

 

 

      Jean-Baptiste

                           Ou

Une révolution annoncée

Introduction :

 

Dans le registre des personnages insolites, il y a celui de Jean dit le Baptiste. Jean, en Hébreu, veut dire « Dieu fait grâce » et Baptiste, en Grec, signifie « immerger ». Ce nom définit l’action de Dieu et la mission qu’il confie à son serviteur. L’action de Dieu dans le sens que Dieu fait grâce en s’immergeant lui-même au travers de son fils dans notre humanité. Quant à Jean, il est le bénéficiaire de cette grâce, et il devient lui-même son instrument en devenant « l’immergeur ». (Par la suite l’enseignement du baptême traduira cette double réalité cf. Romains 6 : 3-10). Jean est cousin de Jésus, car sa mère Elisabeth était parente de Marie, mère de Jésus (cf. Luc 1 : 36). Sa naissance est déjà un évènement. Zacharie et Elisabeth étaient avancés en âge et de surcroît Elisabeth était stérile (cf. Luc 1 : 7). Pendant que Zacharie officiait dans le temple en tant que sacrificateur de la lignée d’Abia, un ange, du nom de Gabriel, lui apparut et lui annonça la naissance d’un fils. L’ange précise : « tu lui donneras le nom de Jean » Luc 1 : 13. Sa naissance miraculeuse avait un objectif précis : « Il ramènera plusieurs des fils d’Israël au Seigneur, leur Dieu. Il marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance d’Elie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. » Luc 1 : 16

A cette fin Jean fut rempli de l’Esprit-Saint dès le sein maternel (cf. Luc 1 : 15). Zacharie essaya bien de poser quelques questions à l’ange, mais comme elles traduisaient sans doute un manque de foi, l’ange lui dit en conséquence qu’il sera rendu muet jusqu’à la naissance de son fils Jean (cf. Luc 1 : 19-20). Ce qui fut le cas…

Elisabeth devint enceinte et quatre mois plus tard environ, elle alla se cacher. La raison qu’elle invoque est la suivante : « C’est la grâce que le Seigneur m’a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes » Luc 1 : 25. Six mois après la naissance de Jean, Jésus naît et cela déclenche la fureur du roi Hérode le grand. Furieux de savoir qu’un futur roi vient de naître, il décrète le massacre des enfants de moins de deux ans à Bethléem et dans tout son territoire  (cf. Matthieu 2 : 16). On suppose qu’Elisabeth et Zacharie ont pris soin de bien cacher Jean jusqu’à la mort d’Hérode, pendant que Marie et Joseph, les parents de Jésus, partaient en Egypte. Puis, le récit de Matthieu nous plonge directement, bien des années plus tard, au commencement de son ministère dans le désert.

 

Développement :

 

Disons de suite que le ministère de Jean-Baptiste est le signal d’une révolution qui arrive. Il n’avait pas eu l’occasion de connaître auparavant son cousin Jésus. Certainement depuis plusieurs années, Jean-Baptiste était parti vivre en ermite. Puis poussé par le Saint-Esprit, l’heure de sa première proclamation arriva. « Il disait : repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. ». Plus précisément ce n’était pas une voix, mais un cri dans le désert. « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers »  Matthieu 3 : 3. Jean-Baptiste a donc préparé le terrain pour que la révolution des cœurs puisse arriver à son point culminant. A propos du témoignage de Jean, Jésus dira : « Je vous le déclare, parmi ceux qui sont nés d'une femme, aucun n'est plus grand que Jean ; et cependant le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui. »  Luc 7: 28, version TOB.

Essayons donc de comprendre ce qui distingue Jean-Baptiste des autres prophètes.

 

  1. Le contexte historique :

Jean fait irruption dans l’histoire en un temps où l’attente Messianique est forte. L’évangéliste Marc introduit son évangile par la référence à Jean : « Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Selon ce qui est écrit dans Esaïe, le prophète : Voici, j’envoie devant toi mon messager, qui préparera ton chemin ; c'est la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers, Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour le pardon des péchés. » Marc 1 : 1-4.   

Son ministère a la spécificité d’avoir été annoncé plusieurs siècles à l’avance par le prophète Esaïe. 

Dès le début de sa proclamation, Jean-Baptiste laisse entendre que le temps est venu d’être les témoins de la venue d’un autre prophète hors norme. « Moi, je vous baptise d’eau, pour vous amener à la repentance ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint -Esprit et de feu. Il a son van à la main; il nettoiera son aire, et il amassera son blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint point. »  Matthieu 3 : 11-12 

 

  1. Le contenu de son message :

Notons de suite que l’importance du ministère de Jean-Baptiste est attestée par les 4 évangiles. Il comprend plusieurs éléments particuliers.  Le message central est sans conteste l’appel à la repentance. Il est associé à la confession et au pardon des péchés (cf. Matthieu 3 : 8,6). De plus, Jean-Baptiste introduit un fait novateur. pour souligner l’importance d’un engagement, qui traduit une nouvelle orientation spirituelle, il met en scène le baptême. Le mode de célébration comprend l’immersion totale. « Jean aussi baptisait à Enon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d'eau; et on y venait pour être baptisé ».  Jean 3 : 23  (à comparer avec le texte de l’apôtre Paul dans Romains 6 : 3-10)

D’après l’évangile de Marc, Jean baptisait dans le désert et prêchait le baptême de repentance, pour le pardon des péchés (cf. Marc 1 : 4) Le mot repentance est la traduction du mot grec μετανοία. Ce mot, comme souvent en grec, est un mot composé. Il est formé d’une préposition  μετα qui avec le sens d’accompagnement veut dire : en communauté avec, ou en compagnie avec. La racine de νοία est la même que celle de  νοῦς qui est le siège de la pensée, de l’esprit. Le νοῦς concerne aussi bien l’intelligence que la raison, que l’entendement. (cf. Luc 24 : 45). Comme on le constate la repentance va bien au-delà d’un simple regret. La repentance appelle une transformation profonde : la révolution du cœur. La repentance repense les orientations et les pratiques de vie, elle modifie les priorités qui régissent les comportements.

Le message de Jean-Baptiste est puissant. Il déconnecte la référence à Abraham (« ne prétendez pas dire en vous-mêmes: Nous avons Abraham pour père… » Matthieu 3 : 9)   pour la repositionner sur celui qui vient. Par humilité, Jean-Baptiste déclare qu’il n’est pas digne de porter ses souliers (de J.C) (cf. Matthieu 3 : 11).

 

  1. Une attitude d’humilité.

Elle va caractériser toute sa mission. On retiendra cette célèbre phrase : « il faut qu’il croisse, et que je diminue» . La popularité qu’il connaît ne lui fait pas tourner la tête. L’apôtre Jean souligne ce trait de caractère : « voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des lévites, pour lui demander: Toi, qui es-tu ? Il déclara, et sans restriction, il affirma qu'il n'était pas le Christ. Et ils lui demandèrent: quoi donc ? Es-tu Élie ? Et il dit: Je ne le suis point. Es-tu le prophète ? Et il répondit: Non. Ils lui dirent alors: Qui es-tu ? Afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même ? Moi, dit-il, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit Esaïe, le prophète. »

Aux prêtres et aux lévites venus de Jérusalem pour l’interroger, Jean-Baptiste ne déviera pas de sa mission. A la question : pourquoi baptises-tu si tu n’es pas le Christ, ni Elie, ni le prophète ? Jean-Baptiste répond : « moi, je baptise d’eau, mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, qui vient après (ou derrière) moi ; et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers ». Jean 1 : 26-27

 

  1. Un message révolutionnaire :

Jean-Baptiste est convaincu d’avoir reçu un mandat divin, il dira : « un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel ». .  Mais Jean-Baptiste a aussi des phrases énigmatiques : «  celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi. » . Or, on sait que Jean-Baptiste était de 6 mois plus âgé que Jésus, comment peut-il l’avoir précédé et être avant lui ? Est-ce que Jean-Baptiste faisait allusion à la divinité du Christ ? Quand Jésus vint au Jourdain pour se faire baptiser, Jean revient sur cette question en la reliant à l’universalité du salut que Jésus vient apporter au monde et il redit : « après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi ».

Jean-Baptiste, poussé par l’Esprit, est conscient d’être en présence du sauveur du monde. Dès lors, le fait de croire à sa divinité  devait s’imposer naturellement. Devant la majesté du Seigneur, Jean-Baptiste est réticent à le baptiser. Il déclare : « C’est moi qui est besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi ! » Matthieu 3 : 14 . Touchant et émouvant face à face, au cours duquel, Jésus rassure Jean-Baptiste et l’invite à donner suite à sa demande. Le lendemain de ce jour mémorable, Jean-Baptiste avec deux de ses disciples  voit passer Jésus. Il a alors cette phrase mémorable qui désigne clairement celui qui faut suivre désormais : « voici l’Agneau de Dieu » Jean 1 : 35-36. Et à partir de cet instant, ses disciples suivirent Jésus. A tous ceux qui voulaient le prendre pour le Christ, il dira clairement : « je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. » Jean 3 : 28

Le message de Jean-Baptiste n’a pas une tonalité doucereuse et consensuelle. Malgré son immense popularité, il ne fait aucun compromis. Aux Pharisiens et aux Sadducéens venus l’écouter, il  clame : « races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? » Matthieu 3 : 7. Aux Publicains venus pour être baptisés et questionner Jean-Baptiste, il répond : « ne percevez rien au-delà de ce qui vous est ordonné » Luc 3 : 13, version Darby. De même aux soldats romains venus le questionner, il répond : « ne molestez personne, n'extorquez rien, et contentez-vous de votre solde. » Luc 3 : 14, version TOB.

La popularité de Jean-Baptiste était si grande que le peuple se demandait s’il n’était pas en présence du Christ attendu (cf. Luc 3 : 15), mais humblement, il clarifia constamment.

 

  1.  L’arrestation de Jean-Baptiste :

Jean-Baptiste avait une proclamation tonitruante. Il ne reculait devant aucun personnage. Il dénonça la conduite adultère d’Hérode le tétrarque (Il avait pris pour femme, Hérodias femme de Philippe, son frère. cf. Marc 6 : 18). Mais en plus, il dénonçait « tous les méfaits qu’il avait commis. » Luc 3 : 19, version de Jérusalem. C’en était trop pour le monarque. Il voulut le tuer, mais il craignait la foule (cf. Matthieu 14 : 5). L’évangéliste Marc donne une autre version. « Hérode craignait Jean, sachant que c'était un homme juste et saint, et il le protégeait. Quand il l'avait entendu, il restait fort perplexe; cependant il l'écoutait volontiers. »  Marc 6 : 20, version TOB. Matthieu confirme que c’est à cause d’Hérodias que Jean fut mis en prison. (cf. Matthieu 14 : 3). Marc nous explique que c’est à l’occasion de l’anniversaire d’Hérode, que la fille d’ Hérodias dansa. Hérode subjugué, lui fit cette parole imprudente : « demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai… serait-ce la moitié de mon royaume. » Marc 6 : 22-23. La jeune  fille demanda conseil à sa mère qui lui dit sans ambages : «  la tête de Jean-Baptiste » Marc 6 : 24. Ainsi périt ce héros. Il fut décapité.

  1. Le  doute  de Jean-Baptiste :

Alors qu’il était encore dans sa prison, il écoutait avec attention les nouvelles qui lui parvenaient, grâce aux informations que lui transmettaient ses disciples (cf. Matthieu 11 : 2 ; Luc 7 : 18). Il prit ainsi connaissance des œuvres que le Christ accomplissait. S’est-il alors réjoui de ce qu’il entendait, que l’on attribuait au Seigneur, et qui valorisait sa mission ? Jean-Baptiste semble décontenancé. Il envoie deux de ses disciples afin qu’ils posent à Jésus cette question surprenante : « es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » . Le Christ répond : « allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. »et il rajoute cette phrase : « heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! ». Comment cette dernière phrase adressée aussi à Jean-Baptiste a-t-elle été perçue ? Nous ne le savons pas. Par contre, le Christ va surmonter par amour son doute supposé, en faisant un éloge appuyé de Jean-Baptiste (cf. Luc 7 : 19-35).A-t-il eu conscience d’avoir été l’ouvreur d’un tracé de piste révolutionnaire ? Comment a-t-il pu douter, lui qui entendit le jour du baptême du Christ cette voix venant des cieux : « tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute mon affection. »ou encore « Tu es mon fils ; moi aujourd’hui, je t’ai engendré» , version de Jérusalem.

Comment comprendre son questionnement, alors même qu’il avait prêché l’annonce de la venue du Messie (l’agneau de Dieu) avec hardiesse et « avec bien d'autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle. »  Luc 3 : 18, version TOB. Comment trouver une bonne explication à sa question ? N’avait-il pas répondu lui-même en identifiant Jésus au Fils de Dieu et au Messie attendu par Israël ?  Pouvons-nous entendre, comme le dit Calvin, qu’il ne pose pas cette question pour lui, mais pour ses disciples ? Il est vrai que l’attachement de ses disciples semble fort, un sevrage s’imposait peut-être. Ou alors, en envoyant deux de ses disciples vers Jésus, Jean-Baptiste se sachant condamner, a-t-il voulu envoyer un signal à son Sauveur pour qu’il entame sans tarder la grande révolution des cœurs ? Ce serait une sorte d’appel à lancer l’insurrection contre le pouvoir… Mais hélas pour lui,  Jésus n’a pas donné suite. Alors entre autres possibilités, pourquoi ne pas admettre tout simplement, que Jean-Baptiste exprime un doute. Depuis le baptême, il semble qu’ils ne se soient plus revus. L’absence de contact a peut-être créé une inquiétude sur la personne de Jésus. Il n’agit pas comme il l’aurait pensé, il ne s’impose pas, il fréquente les gens de mauvaise vie… Sa vision du Messie pourfendant le pouvoir romain semble erronée. S’est-il alors trompé ? Les apôtres n’ont-ils pas eu le même vide après la mort de leur Maître ? Mais eux ont eu le temps de combler leurs doutes par la foi. Une foi qui s’est appuyée sur une relation concrète avec le Seigneur. N’a-t-il pas multiplié ses paroles et ses gestes rassurants ?

 

Conclusion :

 

A méditer le parcours de Jean-Baptiste, on est frappé par la force des contrastes. Il y a de la force et de la faiblesse, de la hardiesse et de l’humilité, de la foi et du doute. Pourtant son engagement fut complet, total sans calcul. Il accepta de vivre en ermite, comme un homme des cavernes, coupé de toutes les commodités de vie. Il fut l’homme d’une mission, la plus belle, celle d’avoir ouvert la voie d’une proclamation révolutionnaire. Sa dernière douloureuse question dans sa prison ouvre cependant une porte. Celle de se faire une conviction personnelle sur le personnage historique de ce Jésus de Nazareth. Si la question est émouvante, c’est la réponse de Jésus qui construit l’espérance. Elle renvoie non à des discours, mais à des faits actés, donc vérifiables. Mais voir et entendre ne peuvent se résumer à un constat. Inévitablement voir et entendre suggèrent réflexions, discernements, convictions, pour retenir l’essentiel qui parle au cœur.

                                                                                     Jacques Eychenne

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