La prière de Jaebets

Cachée dans la Bible, presque inaperçue à notre regard, nichée dans le livre des Chroniques de l’A.T, (1 Chroniques.4. 9-10), comme pour la découvrir aux détours des lectures, apparait une perle d‘une grande beauté. Une prière d’une sobriété et d’une brièveté étonnantes, qui bouleverse toute notre façon de prier et toutes nos certitudes quant aux réponses de Dieu. Cette demande va être instantanément exaucée! Elle est audacieuse, courte, contenant à mon avis, la clé d’une relation extrêmement privilégiée avec Dieu ou alors émanant d’une parfaite puérilité, une authentique naïveté qu’aime Dieu pour agir. Prononcée par un personnage zélé nommé Jaebets, comme un cri déchirant sa vie, presque comme un marchandage, et bien cette requête va être agrée par Dieu, qui va bénir aussitôt.

 

«  Jaebets était plus considéré que ses frères ; sa mère lui donna le nom de Jaebets, en disant : C’est parce que je l’ai enfanté avec douleur. Jaebets invoqua le Dieu d’Israël, en disant : Si tu me bénis et que tu étendes mes limites, si ta main est avec moi, et si tu me préserves du malheur, en sorte que je ne sois pas dans la souffrance …..Et Dieu accorda ce qu’il avait demandé. »

 

Jaebets on ne le connait pas, ou très peu. De plus son nom en hébreu signifie : douleur, souffrance. Une traduction littérale évoque même un homme qui causera de la douleur.

Jaebets n’avait aucun avenir. Il ne domine pas dans l’ A.T. Ce n’est pas une figure emblématique come Moïse ou David .Il est là perdu dans ces récits les moins lus, les moins connus, comme oublié au milieu de l’arbre généalogique officiel des tribus hébraïques. Quel ennui à la lecture de cette liste de plus de cinq cents noms qui décourage le lecteur. Mais comme une trouée, une bouffée d’oxygène au beau milieu du chapitre, s’ouvre la prière de cet homme. Et au verset suivant continue l’interminable liste des énumérations de le tribu de Juda comme si rien ne s’était passé rien n’était arrivé.

Etonnant, stupéfiant!

 

Examinons sa prière. Tout d’abord nous constatons que Jaebets connaît le Dieu d’Israël puisque il l’invoque: « Si tu me bénis ». Je pense que le personnage avait en lui le profond désir de servir le Dieu de ses pères. Il ressentait cet appel qui montait dans son cœur, l’appel du Dieu d’Israël.

 

Jaebets voulait faire plus; être plus pour Dieu. Illustre inconnu dans une généalogie rébarbative, Dieu, Lui, connait le désir de son cœur. Il connaît les profondeurs de sa motivation spirituelle, la soif de se mettre en relation avec Lui et de le servir avec zèle. Dieu le connait et sa prière va être aussitôt exaucée. Car Jaebets demande une bénédiction non pas pour sa gloire, mais pour la gloire de son Dieu. C’est la façon dont il a prié qui nous interpelle .C’est un révolutionnaire qui coupe court à nos idées bien carrées sur la forme des prières que nous devrions adressées à notre Dieu. Oui Dieu va bénir, sachant tout de même que Dieu n’est pas à notre disposition et qu’on ne commande pas Dieu. Je crois qu’au-delà des mots surprenants prononcés par Jaebets, nous constatons que Dieu a des myriades de bénédictions à nous donner et que nous n’en sommes pas conscients. Nous ne les demandons pas ou si mal. Manifestement, un tel résultat ne peut être attribué qu’à sa prière. Quelque chose dans sa requête, quelque chose de simple et de direct que Jaebets a adressé à Dieu, a changé sa vie et a laissé une marque permanente dans l’histoire d’Israël. Juste sous la surface de chaque requête gît une puissance extraordinaire capable de briser n’importe quel moule voulant conditionner notre vie de prière. Le « Si tu me bénis », nous plonge dans la constatation suivante : sans l’intervention du Seigneur dans notre vie, nous ne pouvons rien faire par nous-mêmes et encore moins pour lui. Hors de sa présence, de sa proximité, nous sommes dans l’incapacité d’agir correctement car notre chair conduit nos actes. C’est par cette bénédiction que l’agir produit des fruits. Nous sommes alors comme Jaebets sous l’influence de Dieu. Cette prière qui paraît égoïste, égocentrique, est en réalité un acte hautement spirituel et exactement la forme de requête que Dieu désire vivement entendre. Dieu agrée aussitôt, car cette prière est sincère et spontanée.

 

Il y a là une piste à suivre.

 

Jaebets demande de cette façon pour entrer dans une autre vie, une autre dimension. « Seule la bénédiction du Seigneur donne la prospérité ».(Proverbes.10.22). Les efforts de l’homme n’y ajoute rien! Rechercher la bénédiction de Dieu comme seule véritable valeur dans la vie, c’est nous projeter totalement dans le fleuve de son amour, de sa puissance et de son dessein pour nous.

 

Car bénir est dans la nature même de Dieu.

 

Si cette stupéfiante requête se trouve mentionnée dans l’histoire d’Israël, c’est pour nous révéler que nous dépendons de Dieu et de Dieu seul afin que nous comprenions ce que nous voulons être pour lui et que nous le lui demandions par une simple mais ambitieuse prière.  

 

Jaebets vit la conquête du pays de Canaan par Josué, et la division de la Terre Promise entre les différentes tribus. Son activité principale ne le comble pas. Il veut voir la puissance de son Dieu, et il lui demande, sous la forme d’un marchandage, d’ouvrir son cœur d‘homme, d’élargir son entendement, d’être sous son influence pour pouvoir agir. Il veut servir et dans le service Dieu comble aussi matériellement. Car les bénédictions ne sont pas que d’ordre spirituel. Dieu peut et veut déplacer nos limites bien exigües et que nous devenions pour lui des conquérants œuvrant sous son étendard mû par son Esprit Saint. Oui, Dieu désire que nous sortions, avec son appui, de nos espaces réduits, étriqués pour vivre dans les grands espaces de la foi. Il veut nous les donner pour nous en faire propriétaires. Osons demander l’impossible à Dieu et il fera des merveilles. Il élargira l’espace de notre tente, de nos cœurs et de notre amour.

 

Où serions nous le mieux si ce n’est dans la main de Dieu. Nous verrons alors le bras de Dieu se mettre en mouvement. Etre dans sa main, c’est être assuré que nous serons toujours protégé. Le cri de notre coeur libère la puissance d’amour du Seigneur afin que nous puissions accomplir sa volonté et lui donner gloire. Une fois étendues les limites, il nous faut la force divine pour entrer dans le service. Si rechercher la bénédiction de Dieu est notre plus grand acte d’adoration, si lui demander de faire davantage pour lui est notre ambition suprême, alors demandons que la main de Dieu soit sur nous. C’est le meilleur choix spirituel que nous pouvons faire. Il nous soutiendra de sa main, de son bras, de sa droite triomphante pour continuer les grandes choses qu’il a commencées dans notre vie. C’est pour cela que nous pourrions appeler la main de Dieu : le sceau de la grandeur. Nous ne devenons pas grand, c’est Lui qui grandit en nous ; nous devenons simplement dépendant de la main puissante de Dieu. Le fait de nous abandonner et de devenir totalement dépendant de lui, nous ouvre des frontières nouvelles, des terres inconnues. Alors Dieu s’invite dans notre vie et prend toute la place.

La main du Seigneur est un terme biblique pour désigner la puissance et la présence de Dieu dans la vie de son peuple. Dans le livre des Actes, le succès extraordinaire de l’Eglise primitive n’était attribué qu’à une seule chose: « La main du Seigneur était avec eux, et grand fut le nombre de ceux qui crurent et se convertirent au Seigneur ». Dans le N.T, un signe plus spécifique survenait sur ceux qui était touchés par la main de Dieu. Ils étaient remplis du Saint Esprit.

 

Oui, dépouillons-nous devant le Seigneur de nos habits de chair. Osons demander avec spontanéité de cœur, sincérité, même maladroite, et nous verrons le bras de Dieu se mouvoir. Alors nous verrons la puissance d’amour de Dieu se manifester en nous, nous fortifier, nous structurer pour le servir richement. Là est notre position de chrétien. Oublions-nous et laissons Lui toute la place.

 

Que nos prières soient celles de Jaebets.

 

Amen.

 

                                                                    Claude Albano.

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