La foi chretienne au risque du 21ème sciècle

« Ils étaient assidus à l’enseignement» (Actes 2.42)


Le pasteur Philippe  Augendre présente une nouvelle série: «Beautés de Dieu pour les naïfs ». De toutes les tâches essentielles liées à la proclamation verbale de la Parole du Christ (sermons d’édification, d’exhortation à la vie chrétienne ou au témoignage missionnaire, etc.), celle consacrée à l’enseignement revêt une importance particulière. Dans une perspective adventiste, l’auteur nous propose une approche systématique de la pensée chrétienne.

Beautés de Dieu pour les naïfs «Beautés », parce que la bonté de Dieu (Matthieu 19.17) est aujourd’hui trop contestée et irrecevable pour de nombreuses personnes. On peut le comprendre, et il nous semble préférable
de ne pas présenter la bonté a priori. Comme celle de l’arbre
(Matthieu 7.17), elle ne peut transparaître qu’a posteriori dans la «beauté » de ses fruits. Et puis cette notion d’esthétique, ouverte à chacun, sans démonstration, est forte et parlante. C’est pour beaucoup une perspective plus acceptable. Or, il y a dans
la découverte de la Parole d’immenses et de nombreuses beautés.Pour les «naïfs » dans le sens de tout-petits, de simples, sans préjugés. Dans des disciplines difficiles pour ceux qui ne les ont pas fréquentées étant jeunes, comme l’informatique, une volonté pédagogique voit le jour qui se traduit, loin des modes d’emploi incompréhensibles, dans des ouvrages aux titres provocateurs
du genre : L’ordinateur pour les nuls ou Internet sans ta mère. Une théologie pour les «petits », pour les «naïfs » voudrait traduire, sans condescendance aucune à l’égard de quiconque, un souci de pédagogie sérieuse qui n’exclut pas le sourire et le plaisir.
Cet itinéraire parcourra, en prenant le temps qu’il faut, quelques grandes étapes :

 

1) la Révélation, fondement matériel de la foi (ce sera notre premier thème d’étude),

 

2) Dieu, auteur de toutes choses,

 

3) l’Homme, objet du salut,

 

4) La personne et l’oeuvre du Christ, centre et manifestation du salut,

 

5) la vie chrétienne individuelle,

 

6) la vie communautaire et

 

7) le Dieu qui vient, espérance et eschatologie (choses de la fin).


Vivre sa foi au risque de son temps
Le contexte général du monde environnant et le croyant désirant vivre authentiquement sa foi rendent nécessaire cet enseignement en lui donnant, à chaque époque, une coloration particulière.
Cela veut dire, entre autres, que si son fond ne change pas (en principe !), il doit, tout au moins, se couler dans une langue, faire référence à des problématiques qui sont
pertinentes pour celui à qui l’on s’adresse. Comment le serait-il s’il ne l’est pas d’abord pour celui qui témoigne ?


À chaque confrontation, petite ou grande, de sa foi avec les mentalités ou les pratiques environnantes, le christianisme
a toujours fait preuve d’une dynamique, d’un courage et d’une liberté extraordinaires. C’est le cas du Ier siècle,lors de son affrontement tant religieux que culturel avec le monde païen. C’est vrai, par exemple, pour Paul
face au stoïcisme ou pour l’apôtre Jean face à la pensée d’un Philon d’Alexandrie. Ce sera vrai, quoique avec une prise de risque plus grande, et pas toujours maîtrisée, pour
sa rencontre avec le platonisme, plus tard avec la mentalité juridique romaine ou, au XIIIe siècle, avec la pensée d’Aristote, puis face à la Renaissance, à la Modernité, etc.
La doctrine nous apparaît souvent à tort comme un ensemble immuable et figé. Nous l’abordons souvent sans perspective historique. Elle est au contraire le résultat d’un long travail de forme et de fond pour exprimer, souvent avec bien des errements, les richesses potentielles de la Révélation biblique. Tout au moins dans l’idéal.
Or, la fin du IIe millénaire nous apporte des bouleversements scientifiques et techniques (dans les domaines biologiques ou informatiques, pour ne citer que deux exemples criants), économiques et politiques, philosophiques et moraux d’une ampleur et d’une nature radicalement différentes. On peut certes continuer à exprimer sa foi
dans les termes du Moyen Âge ou du XIXe siècle, mais il ne faudra plus s’étonner alors d’une perte totale de crédibilité...
et d’auditoire. C’est pourquoi notre projet, dont l’énoncé peut paraître un peu pompeux, est « la foi chrétienne au risque du XXIe siècle ».
Ce projet s’inscrit dans une dynamique d’exigence intellectuelle
motivée par le sentiment d’une urgence (1Corinthiens 9.16).
Celle d’essayer de dire Dieu avec des mots et des concepts d’aujourd’hui, en évitant autant que faire se peut le « sommeil
dogmatique de la répétition facile ». Essayons d’en préciser la nature, les intentionnalités et les modalités de mise en oeuvre.
L’enseignement:
De quoi s’agit-il ? Nous l’avons dit : d’enseignement. Le Christ a beaucoup enseigné et avec autorité (Marc 1.22). Il a prescrit de le faire (Matthieu 28.10 ; Marc 6.30) et c’est une oeuvre de l’Esprit ( Jean 14.26). Les premiers chrétiens s’y livrèrent avec un tel enthousiasme (Actes 2.42; 5.42) que ce fut même une des raisons de leurs ennuis (Actes 4.18; 5.21,28). C’était le fer
de lance de leur évangélisation (Actes 15.35; 18.11). Ils insistaient avec raison sur l’importance de l’enseignement (ou de la
doctrine, même mot dans l’original), qualifié de sain (Tite 1.9) et de beau (1 Timothée 4.6). Les vrais chrétiens de tous les
âges, les «docteurs » de l’Église, les réformateurs, les pionniers de la foi adventiste furent des étudiants zélés et de solides enseignants.
Ce projet pédagogique s’efforcera d’être systématique.
Dans un monde postmoderne, qui n’a plus les références religieuses et bibliques des siècles passés, mais qui en garde souvent les notions les plus caricaturales ou les plus contestables, l’annonce de la Parole se doit d’être reprise à partir des fondements,
comme si tout était à redécouvrir (ce qui n’est certes pas le cas), à repenser, à réexprimer. Évidemment, comme nous l’avons dit,
avec des mots, dans des mises en perspective aussi contemporaines que possible.
Pourquoi ce projet ? Parmi les principales
raisons :


1) À la suite du Christ, l’importance du ministère de l’enseignement est soulignée par Paul et par Pierre (2Timothée 3.17, 2Pierre 1.5-11). Plus près de nous, ce conseil : « Il faudrait prêcher moins et enseigner

davantage.» Première raison donc :
répondre à une mission.


2) La pratique pastorale révèle que des conceptions immatures ou inexactes de Dieu et de son action sont à l’origine de graves
tourments spirituels (du genre, à propos d’un malheur : pourquoi moi ? Qu’ai-je fait ? Pourquoi un innocent ? Il existe de
nombreuses autres questions). Examiner la Parole, la réexaminer sans cesse, approfondir les vérités fondamentales, écouter les questions de nos contemporains et surtout si elles nous gênent ou nous choquent, ne pas les disqualifier a priori, reconnaître nos propres préjugés, nos erreurs et nos limites, exercer notre foi sans déifier la raison mais sans être non plus incohérents ou stupides (Matthieu 15.16 ; Marc 12.33; Luc 24.45).
Telles sont quelques-unes des tâches de la théologie. Cette seconde raison répond à un besoin de l’Église et des croyants pour eux-mêmes comme pour leurs interlocuteurs potentiels.


3) Ces interlocuteurs sont la troisième raison. Si des conceptions erronées peuvent engendrer des difficultés inconscientes
au chrétien, elles en créent aussi de

conscientes et de sévères
aux non-chrétiens. Nous ne saurons jamais combien ont été révoltés et poussés à l’athéisme par des doctrines, prétendument
chrétiennes, et qui sont des erreurs voire des horreurs.
Quand on veut faire un cadeau, il vaut mieux que ce soit une vraie « bonne nouvelle » et non un ersatz empoisonné,
d’où la nécessité d’une solide étude critique.


4) La quatrième raison tient à notre environnement social, intellectuel et spirituel devenu radicalement différent de celui du passé. C’est pour la foi un défi impressionnant.
Après la modernité et la Shoah, il n’est plus possible de penser Dieu et la foi de la même manière. Ainsi, à notre époque, les preuves traditionnelles de l’existence de Dieu font sourire ou agacent. Plus important, des menaces sans précédent, pire que le terrorisme, qui pourtant n’est pas rien, pèsent sur l’homme, sur sa santé physique et mentale, sur sa liberté, sur son humanité comprise à travers ses multiples facettes métaphysique, éthique et génétique. Il ne s’agit pas de jouer les Cassandre, mais de bien comprendre les enjeux pour faire
front et trouver les mots forts d’une prédication biblique, seule solution aux angoisses humaines.


5) Retour vers le futur de l’Église. Ces difficultés extérieures trouvent d’involontaires soutiens à l’intérieur de l’Église par un formalisme, et aussi une tendance à l’anti-intellectualisme souvent revendiqué comme de « bon ton ». C’est le symptôme d’un dangereux fidéisme : ce qui compterait, diton,
c’est la foi-confiance et la recherche du Saint-Esprit.
Inutile de «perdre son temps » avec l’effort, la connaissance approfondie, la recherche laborieuse. Cet état d’esprit est perceptible dans une partie de la population, même chez les étudiants. Bien sûr, la foi-enthousiasme et l’Esprit sont fondamentaux, mais pas au détriment de l’effort dans tous les
domaines (2 Pierre 1.5-11). Le chrétien parlant de ses convictions est, entre autres, qu’il le veuille ou non, un intellectuel.
Refuser ou mépriser la théologie, c’est souvent en faire de la mauvaise, sans méthode sérieuse et sans contrôle
extérieur. La tâche de penser sa foi est à assumer et à bien assumer. C’est un vrai acte de foi parce que c’est un acte et
un exercice de réflexion dont les objectifs doivent être placés très haut. Penser non pour croire, mais pour mieux croire,
de manière aussi mature que possible, et parce que l’homme est un tout, sentiment et intelligence.
Cette démarche demandera de chacun foi, prière, amour de la vérité, persévérance pour affronter les difficultés qui succéderont
aux enthousiasmes du début (Apocalypse 10.
10,11
), courage intellectuel, effort dans l’étude. C’est donc un appel lancé pour que chacun se prépare en son for intérieur.
Mais on peut faire confiance à la Parole de Dieu et à ses promesses : de multiples richesses, bénédictions et joies ne peuvent manquer d’en résulter (Psaume 126.5).

A suivre...

                                                  

                                       Philippe Augendre

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