Les deux visages du Christ

 

 

          Les deux visages

          du Christ

                      ou

      les deux grandes révélations

  Marc 9 : 2-10 ; Marc 15 : 15-41

 Matthieu 17 : 1-9 ; Luc 9 : 28-36

 

Introduction :

 

Le Seigneur, après avoir dispensé la bonne nouvelle sur les rives de la mer de Méditerranée, du côté de Tyr et Sidon (aujourd’hui au Liban), est revenu vers le lac de Galilée. Puis,  après (selon Marc) un bref détour en Décapole (plateau du Golan au Sud de la Syrie),  Jésus, sur les bords du lac, aussi appelé de Génésareth,  a présenté à ses disciples une esquisse d’un futur peu réjouissant. Le Seigneur leur a signifié l’aboutissement de son combat spirituel : « il commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. »  Marc 8 : 31, version TOB. Nous sommes loin du climat de liesse populaire ponctué par les deux multiplications des pains sur les versants du lac !  C’est pourquoi nous allons réfléchir ensemble à l’aspect psycho-spirituel des deux facettes du ministère du Sauveur. Le Seigneur nous présente deux visages : celui de la gloire et celui de la mort.

 

Développement :

 

Nous avons une toute petite idée de l’ambiance exaltante qui a régné au sein du collège apostolique lors du ministère du Christ en Galilée. La popularité de Jésus de Nazareth allant grandissante  (au point de vouloir le couronner roi, cf. Jean 6 : 15), a habitué les apôtres à partager l’euphorie de ses victoires. Victoire sur les maladies, victoire sur la discrimination des galiléens les plus défavorisés, victoire sur les institutions religieuses gangrénées par le pouvoir et la suffisance, victoire en lien avec un message d’espoir qui définissait un nouvel état d’esprit, victoire sur les forces du mal, et ouverture à une vie nouvelle…

Les apôtres se sont humainement totalement immergés dans ce bain de jouvence. Dans cet élan, on comprend encore mieux la confession de l’apôtre Pierre : «  tu es le Christ » Marc 8 : 29 ou « le Christ de Dieu » Luc 9 : 20 ou «  Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant » Matthieu 16 : 16. Matthieu précise que la déclaration de Pierre  a été faite sous l’action de Dieu le Père (cf. Matthieu 16 : 17). Quoi qu’il en soit, il y a eu convergence entre un climat d’exaltation et une révélation inspirée.

Dès lors, pour le Seigneur, s’est présentée une difficulté peu ordinaire : comment faire comprendre à ses disciples que ce ministère glorieux en Galilée serait  suivi  de conséquences moins réjouissantes ? Comment leur expliquer le passage de la gloire à la mort ? On mesure mal le défi devant lequel le Seigneur s’est trouvé, psychologiquement et affectivement : faire cheminer ses disciples d’une épopée gratifiante et exaltante, à une réalité plus douloureuse. La réaction de l’apôtre Pierre est très significative à cet endroit. Quand Jésus esquisse la présentation de sa souffrance et des oppositions de la part des anciens et principaux sacrificateurs de Jérusalem qui le conduiront à la mort, l’apôtre Pierre réagit au quart de tour : « Pierre le tirant à part (Jésus), se mit à le réprimander. »  Marc 8 : 32, version TOB. Pierre s’est cru autorisé à donner une leçon au Christ, alors qu’il venait de l’identifier, quelque temps auparavant, comme le fils de Dieu. Quelle méprise ! Dans un climat quelque peu euphorique, Pierre a laissé ses sentiments humains dominer la situation. Cette sortie de route, bien compréhensible, au vu de l’ambiance générale du moment, a de suite été dénoncée par le Seigneur. C’est très certainement avec fermeté qu’il a recadré l’ancien du collège apostolique : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.»  Marc 8 : 33, version TOB.

Il est vrai que le contraste a dû être assez laborieux, ardu ou pénible à intégrer. Contraste entre un passé récent glorieux et un avenir finalement dramatique. Il faut rappeler à cet endroit l’immense espoir que le Seigneur avait suscité dans le cœur de tous ceux qui l’entendaient annoncer « une bonne  nouvelle » Luc 4 : 14-18 ; 13 :17. L’espoir est essentiel pour envisager l’avenir avec confiance. Or, Jésus avait déclenché un enthousiasme sans précédent. L’espoir fait appel à deux réalités : des idées novatrices (cf. l’annonce d’une bonne nouvelle actait ce fait), et une action constructive (cf. en redonnant à l’humain sa dignité). Le Christ a réalisé ce que personne n’avait jusqu’à ce jour pu entreprendre. Dès lors, quand le Maître esquissa le profil des contreparties de cet espoir, le choc psychologique du contraste s’est ancré dans le réel. Marc précise : « puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu'il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera. Et quel avantage l'homme a-t-il à gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie ? Que pourrait donner l'homme qui ait la valeur de sa vie ? Car si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges »  Marc 8 : 34-38, version TOB.

Même si la conclusion parle de gloire, le contenu de ce qui la précède est difficile à accepter simplement. Car, il est bien question ici dans cette révélation de perdre sa vie pour le Christ ! On fait référence à un engagement sans concessions, total, et sans amendement. L’apôtre Jean, à une autre occasion, mais dans le même contexte, parlera de l’ambiance qui régnait au sein des disciples. Les paroles du Seigneur étaient qualifiées de dures à entendre (cf. σκληρός= pénible, difficile ; cf. Jean 6 : 60) On mentionne encore des murmures, comme jadis dans le peuple d’Israël après sa sortie d’Egypte… Pour plusieurs disciples, ce fut le temps de la rupture avec le Christ : « dès ce moment, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils n'allèrent plus avec lui. »  Jean 6 : 66, Nouvelles Editions de Genève (NEG).

On comprend mieux la démarche du Christ, quand 6 jours après son enseignement au bord du lac, il choisit trois membres influents du collège des apôtres, pour les conduire à l’écart sur une haute montagne, très probablement sur un versant du mont Hermon, au Nord de la Galilée. Et là, Pierre, Jacques, et Jean, vont être les témoins privilégiés de la plus spectaculaire manifestation divine appelée la transfiguration.  Mais de quoi parle-t-on ?

Le verbe grec μεταμορφοω (métamorphoau) a donné en français métamorphose. C’est un changement de forme. Ici, ce serait plus précisément une transformation d’aspect.

Matthieu dit : « son visage brilla comme le soleil, mais ces vêtements devinrent blancs comme la lumière. » Matthieu 17 :2

Marc précise : « ses vêtements devinrent resplendissants, très blancs, tels qu’un foulon sur la terre ne peut ainsi blanchir. »  Marc 9 :3.

Luc parle de : « l’aspect de son visage devint autre et sa vêture, fulgurante. »  Luc 9 :29.

La Nouvelle Bible Segond traduit : « Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle qu’il n’est pas de teinturier sur terre qui puisse blanchir ainsi. » idem

Tout cela se passe devant Pierre, Jacques et Jean. Cela a dû être très impressionnant !

 

Mais enfin pourquoi cette démonstration ?

 

Pour soutenir les motivations de ses apôtres et aussi pour lui-même, le Seigneur a ressenti le besoin de communier avec le ciel. A ce moment précis, aussi bien pour le Christ que pour les trois apôtres, il devenait indispensable qu’une nouvelle connexion se fasse avec l’atmosphère céleste, avant le combat final, dans la dernière ligne droite vers Jérusalem. Il fallait que les apôtres contemplent le visage lumineux de leur sauveur avant d’être mis devant l’évidence de l’horreur de la mort en croix. Au mont des Oliviers, ils observeront le visage du Seigneur, visage défait, tendu, buriné par l’intensité d’un  combat spirituel… Pour surmonter l’épreuve terrible qui attendait les apôtres (cf. Rappelons que tous, hormis Jean, ont abandonné le Christ, de son procès à Golgotha, cf. Marc 14 : 50), il devenait nécessaire qu’ils puissent avoir une vision du visage glorieux de leur Seigneur et Sauveur, celui-là même qu’il conservera pour l’éternité. D’autre part, il devenait incontournable qu’ils vivent cette expérience pour intégrer ce que Jésus leur redira peu de temps après : « ils partirent de là, et traversèrent la Galilée. Jésus ne voulait pas qu’on le sache. Car il enseignait ses disciples, et il leur dit : le Fils de l'homme sera livré entre les mains des hommes; ils le feront mourir, et, trois jours après qu'il aura été mis à mort, il ressuscitera. Mais les disciples ne comprenaient pas cette parole, et ils craignaient de l’interroger. » Marc 9:30-32, version NEG.

C’est cette vision qui permettra aux apôtres d’affronter l’avenir avec plus de sérénité, même si nous le voyons, à aucun moment, ils avaient intégré la nécessité de la mort de leur Seigneur. C’est peu après ce temps de grâce que Pierre pourra répondre à la question que Jésus posera aux apôtres : « Jésus donc dit aux douze : et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ? Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru et nous avons connu que tu es le Christ, le Saint de Dieu. »  Jean 6 : 67-69, version NEG. 

 

Le Christ a eu deux visages :

 

la gloire a précédé l’horreur de la mort. La gloire aura le dernier mot. Mais Quel  contraste  entre les deux situations ! Essayons de souligner les traits distinctifs de ces deux tableaux, en deux lieux différents, mais sur deux montagnes élevées (le mont Sion est à près de 800m d’altitude, même s’il n’est pas comparable avec le mont Hermon 2814m, mais dont les versants sont à plus de 1000m ; le mont Thabor lui est aux environs de 600 m).

  • L’Hermon est la montagne la plus haute de la Galilée, il est plus élevé que le mont Sion où Jésus a été mis en croix. Symboliquement on peut entrevoir la supériorité de la gloire sur l’horreur.
  • Les apôtres ont contemplé sur la haute montagne le visage lumineux du Christ. Il était brillant comme le soleil (cf. Marc 9 : 3), autant dire insoutenable à leurs yeux humains. Mais à la croix, changement de décor, on observe un visage ensanglanté, marqué par une grande souffrance. Le prophète Esaïe a décrit, sous l’inspiration divine, cet instantané : « De même qu'il a été pour plusieurs un sujet d'effroi, tant son visage était défiguré, tant son aspect différait de celui des fils de l'homme, de même il sera pour beaucoup de peuples un sujet de joie; devant lui des rois fermeront la bouche ; car ils verront ce qui ne leur avait point été raconté, ils apprendront ce qu'ils n'avaient point entendu. »  Esaïe 52 : 14-15, version NEG.
  • Sur la haute montagne ses vêtements sont devenus resplendissants. Matthieu définit leur blancheur comme celle de la lumière (cf. Matthieu 17 : 2). Marc parle d’une blancheur incomparable que personne n’a pu égalé (cf. Marc 9 : 3) et enfin Luc décrit des vêtements d’une éclatante blancheur ou d’une vêture blanche, fulgurante (cf. Luc 9 : 29). Alors qu’à la croix, le Christ a probablement été mis à nu, comme c’était la coutume pour tout condamné. Ses vêtements lui ont été ôtés. Ils ont été partagés par les soldats en les tirant au sort (cf. Matthieu 27 : 35 ; Luc 23 : 34).
  • Sur la montagne deux personnages apparaissent : deux anciens de la terre et pas n’importe lesquels ! Deux personnages qui symbolisent, par anticipation, la victoire du Christ sur le mal. D’abord Moïse, qui selon le disciple Jude, a occasionné contestation et dispute avec le diable, en rapport avec la résurrection de son corps. (cf. Jude 1 : 9). Moïse est un type de Christ. Il a été l’instrument de la libération d’un peuple. Les oracles divins lui ont été transmis pour qu’il conduise ce peuple en Canaan, pays promis, pays sécurisé, pays de la prospérité. Le Christ a le même projet avec son peuple spirituel, dispersé parmi les peuples. Il veut le conduire aussi en Canaan, mais le royaume céleste qu’il veut inaugurer n’est pas de ce monde, c’est un royaume qui ne passera point et subsistera éternellement. (cf. Jean 18 : 36 ; Daniel 2 : 44). Moïse a été un grand législateur, il a reçu l’expression la plus précise de la volonté de Dieu pour le bien et le bonheur des humains. Toute son attention d’amour s’est déployée pour protéger et faire grandir spirituellement ce peuple dans la joie et l’harmonie, avec le respect de la loi. Jésus a été le rénovateur de la loi. Il l’a explicitée, développée, commentée. Il l’a surtout ancrée dans un savoir-vivre. Il a de  surcroît démontré, qu’elle était langage de relation, dans la fidélité à ce Dieu qui donne tout. Quant à Elie, il est le symbole du prophétisme annonçant le triomphe de Dieu. Il est aussi un type de Christ. Christ a révélé tout le projet de Dieu. Sa méthode préventive n’a pas varié (cf. Jean 13 : 19). Il est venu réaliser ce qu’il avait promis. Il annonce que lui-même reviendra pour l’accomplissement final et parfait de son projet d’amour.

A la croix, Jésus est entouré de deux brigands, tandis que ses proches se tenaient à distance (cf. Luc 23 : 49). Le Christ est seul face à son destin.

  • Sur la haute montagne, une nuée lumineuse couvrit les présents (cf. Matthieu 17 : 5), alors qu’à Golgotha, il y eut des ténèbres sur toute la terre pendant trois heures  (cf. Matthieu 27 : 45 ; Luc 23 : 44). En Galilée on parle de lumière resplendissante (cf. Matthieu 17 : 5), au mont Sion on décrit l’obscurcissement du soleil (cf. Luc 23 : 45).
  • Sur la montagne on parle d’installation de tentes (cf. Matthieu 17 : 4). A Jérusalem on parle du voile du temple qui se déchire de haut en bas (cf. Marc 15 : 38). D’un côté on a une ambiance de mort avec des insultes et des provocations (cf. Matthieu 27 : 44), de l’autre, on parle d’une atmosphère céleste (cf. Marc 9 : 5).
  •  A la transfiguration, une voix céleste arrive de la nuée pour attester que Jésus est bien le fils de Dieu (cf. Marc 9 : 7) tandis qu’à Golgotha Jésus s’écrie d’une voix forte : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » Matthieu 27 : 46. La tendresse d’une voix paternelle est en contraste avec l’appel lugubre d’un fils souffrant.

Que nous disent ces contrastes dans lesquels nous observons d’une part une atmosphère de paix, au point que Pierre souhaite prolonger ce moment heureux (cf. Marc 9 : 5) et de l’autre un drame affreux, avec des cris et un terrible tremblement de terre, suivi d’un évènement unique (cf. Matthieu 27 : 50-53).

 

Conclusion :

 

Cette chronologie des évènements fait partie d’un plan minutieux. Ces contrastes nous disent qu’il fallait que les trois personnes les plus influentes du collège apostolique soient les témoins de cette révélation céleste. Il était nécessaire que les apôtres contemplent le vrai visage du Christ, avant d’être confronté au spectacle horrible de la crucifixion. Le Seigneur aussi a eu besoin de laisser transparaître sa vraie nature pour mieux affronter la dernière grande épreuve, celle qui devait racheter notre humanité. La recommandation du Seigneur sur la haute montagne peut nous paraître surprenante : « comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur recommanda de ne dire à personne ce qu'ils avaient vu, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. Ils retinrent cette parole, se demandant entre eux ce qu'il entendait par ressusciter des morts. » Marc 9 : 9-10, version NEG.

Cette dernière remarque, qu’ils retinrent, avait pour objet de leur dire qu’il est impossible de comprendre la mission du Christ si l’on fait l’impasse de sa mort en croix et de sa résurrection. Les apôtres ont eu le privilège d’entendre, mais sans la comprendre, la prophétie la plus révolutionnaire. Du même coup, cette prophétie rangeait au placard l’attente d’un Messie déboutant l’occupant romain. En filigrane, ces récits nous disent plus simplement, que le recul du temps est souvent nécessaire pour comprendre la portée considérable de l’enseignement profond du Seigneur Jésus.

De toute évidence, c’est la gloire de Dieu qui triomphera … (cf. Apocalypse 22 : 6-21)

                                                                                   Jacques Eychenne

 

 

 

 

 

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