Les deux chemins

 

Les deux chemins

    Psaume 1 : 1-6

 

Introduction :

 

Le recueil liturgique des Psaumes est introduit par ces six premiers versets. A leur lecture, notre sentiment peut être partagé entre l’admiration et la déception, entre le joyeux et le triste, entre l’encourageant et le désobligeant, entre le positif et le négatif… Quoi qu’il en soit de notre perception, le texte présente deux chemins radicalement opposés. La distinction, au demeurant, est parfaitement claire dans cet enseignement. Et, même si nous pouvons trouver curieux que ce recueil important commence par la réflexion d’un célèbre inconnu, reconnaissons aussi, qu’il synthétise bien les deux options fondamentales qui s’offrent aux choix existentiels de l’homme. Ces deux voies, posées d’emblée à la réflexion, ouvrent les pistes des deux possibles : celle du croyant et du non-croyant, celle d’une relation à Dieu ou celle d’un refus de l’intégrer dans son schéma de vie. Essayons de les analyser…

 

Développement :

 

« Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs et ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve  son plaisir dans la loi de l’Eternel et la médite jour et nuit ! » Psaume 1 : 1-2 (version Segond 21)

Heureux :

 

André Chouraqui, le virtuose de la traduction hébraïque, opte pour l’expression : en marche. Il commente en note : « En marche, ashréi : Cette interjection à l’état construit revient quarante-cinq fois dans la Bible hébraïque. Elle dérive de la racine ashar qui revient seize fois dans la Bible et a pour sens fondamental la marche, le pas de l’homme sur la route sans obstacle qui conduit vers IHVH-Adonaï. Le sens de ce mot a dévié quand les LXX l’ont traduit par makarioï, « heureux », « bienheureux » ; et cette traduction a influencé toutes celles qui ont été faites dans les langues indo-européennes, ainsi que le grec du Nouveau testament. En réalité, le verbe ashar et les mots qui en dérivent signifient moins le bonheur que la démarche qui y conduit, dans la mesure où elle permet d’atteindre YHVH-AdonaÏ. » La Bible traduite et commentée par André Chouraqui, éd. Lattès, 1994, p. 50

 

Si donc nous devions donner un sens plus précis à ce mot, disons qu’est déclaré heureux, celui ou celle qui a la volonté d’assumer sa condition humaine en recherchant le bonheur. A l’évidence, cette démarche entraine des actions concrètes. Elles peuvent se vivre  AVEC ou SANS Dieu. Notons avec intérêt, que le texte précise « heureux l’homme ». Il représente la race humaine. Il n’est pas ici question de juif, de musulman, de chrétien, ou de non-croyant. C’est l’homme, en tant que créature de Dieu, mâle ou femelle, jeune ou vieux, sans distinction de race ou de couleur. La vie est mouvement. Le fait d’être en marche est en soi un privilège. Il est associé au bonheur. Le Nouveau Testament ira dans cette voie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Jésus, lors de son premier enseignement public, d’ après Matthieu, commence son discours sur la montagne, par ces mots : « heureux…» Matthieu 5 : 3

La visée du bonheur, quel sublime programme ! Deux voies se présentent : rechercher le lien avec Dieu et son prochain, ou uniquement avec le prochain. Car le bonheur passe par la relation. Nous avons été construits ainsi. L’homme n’est pas fait pour vivre seul, la femme non plus. C’est donc tout naturellement que le verset présente un choix de relation.

 

« Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des méchants, »

Première réaction : pourquoi commencer par une formule négative ?  (On retrouve la même problématique avec l’énoncé du décalogue). Il semblerait que notre apprentissage relationnel commence pédagogiquement par le savoir dire non. Cela nous rappelle l’interdit posé en Eden avec le fruit défendu. Le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. (cf. Genèse 2 :17) Petit clin d’œil : l’enfant naturellement exprime d’abord le non avant le oui …

Sur quoi repose ce non ? Il consiste à ne pas se tromper de route, c'est-à-dire, ici dans notre texte, à ne pas suivre le conseil des méchants. Apparemment cela parait une évidence. Mais, serions-nous aveugles à ce point, de ne pas pouvoir discerner les pièges des mauvais conseilleurs ?  C’est bien là la question ! Le sage Salomon a écrit : « Telle voie parait droite à un homme, mais son issue, c’est la voie de la mort. » Proverbes 14 : 12 .  Jésus a fait une remarque analogue aux deux disciples, sur le chemin d’ Emmaüs : «  O hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’on dit les prophètes ! » Luc 24 : 25 Certes, nous sommes en marche, mais si nous ne savons pas où nous voulons aller, les difficultés n’en seront que plus grandes.

Méfions-nous des évidences ! Dans les stages de formation relationnelle, le sujet est abondamment développé. Ce qui parait évident, ne l’est pas toujours. Le conseil biblique est donc bien judicieux. La première bonne habitude consiste à apprendre à penser par soi-même, avant de reproduire la pensée des autres. Apprendre à se donner des moyens d’appréciations. Se positionner comme responsable de ses choix. Apprendre à rechercher quelles sont les bonnes références, celles qui peuvent faire autorité dans sa vie. Si c’est l’expérience qui ancre la conviction, il importe d’avoir des repères fiables. (Le décalogue a pour vocation de baliser un chemin sécurisé, il a un rôle de protection, avant d’être perçu comme une contrainte ou une obligation. Il induit un principe de précaution face aux dangers)

 

Les méchants : Qui sont-ils ? La version en français courant traduit : « les conseils des gens sans foi, ni loi » autrement dit, ceux qui n’ont de référence qu’eux-mêmes, ceux pour qui Dieu n’existe pas. Ceux qui ont des conceptions anarchiques et perverses.  C’est le comportement de ces gens-là qu’il nous faut éviter ! Leur conception du bonheur va à l’encontre de ce que nous découvrons dans la Bible. C’est Dieu qui a défini ce qui  est bon pour l’homme, (exactement comme un ingénieur conçoit le bon fonctionnement de sa machine, avec son mode d’emploi)

Dans un libellé positif, disons que la  prise en compte de la réalité de la vie, devrait nous diriger vers celui qui en est à l’origine. Dieu est le Créateur et l’initiateur de toute vie. Le bonheur de l’homme est en regard d’une attitude constructive.  Elle consiste à ne pas donner suite à toutes les sollicitations qui l’éloignent de cette source de vie (d’où la formulation négative qui oriente cependant vers un sens obligatoire, et non interdit).

Le texte du Psalmiste, dans un premier mouvement, nous dit simplement de ne pas aller, de ne pas marcher, de ne pas suivre les mauvais conseils. Puis dans un deuxième mouvement, de ne pas s’arrêter sur la voie des pécheurs. Il y a là une progression dans le processus d’évitement du danger.

S’arrêter, c’est presque consommer disent les spécialistes en marketing. S’arrêter, c’est prêter attention, c’est prendre le temps de voir, d’entendre et de parler. Avec qui ? Des pécheurs. La version en Français courant traduit : « ceux qui se détournent de Dieu ». La progression s’accentue : « Et ne s’assied pas en compagnie des moqueurs ».

Après avoir marché dans la mauvaise direction, on s’arrête, et on finit par s’asseoir. Cette voie sans issue doit être bien identifiée. Cela n’est pas toujours facile. Nous avons besoin de discernement. Mais sur ce point, nous pouvons être aidés. L’apôtre Paul déclare :

« Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréable et parfait. » Romains 12 : 2 et ailleurs : « Mais la nourriture solide est pour les hommes faits, pour ceux dont le jugement est exercé par l’usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal. » Hébreux 5 : 14

Méfions-nous des évidences ! Ceux qui pensent faire une nette distinction entre le bien et le mal ne sont pas toujours les meilleurs conseillers. Les chefs religieux du temps du Christ en sont un éloquent témoignage.  A l’opposé, on voit un apôtre Paul s’en remettre totalement à Christ, car, en toute humilité, il reconnait ses limites : « Je ne sais pas ce que je fais : je ne fais pas ce que je veux, et je fais ce que je hais. » Romains 7 : 15

Restons simples et vigilants sur nous-mêmes. Evitons de marcher dans la mauvaise direction. Ayons le bon réflexe de ne pas nous arrêter complaisamment pour écouter ceux qui parlent en vain (cf. Tite 3 : 8-11)  et refusons de nous asseoir en compagnie de ceux qui nient toute inspiration divine, et se moquent de Dieu (cf. Galates 6 :7 ; 2 Pierre 3 :3)

Le texte du psalmiste, après nous avoir interpellés sur l’apprentissage du savoir dire non, poursuit son développement pédagogique en nous indiquant un deuxième chemin. Quel est-il ? « Heureux l’homme…qui trouve son plaisir dans la loi de l’Eternel et la médite jour et nuit ! » Psaume 1 : 2

Voilà une formulation positive intéressante. Cela ne veut pas dire qu’elle soit plus facile à vivre !  Mais les mots résonnent mieux en nous. Lorsqu’on parle de bonheur notre oreille est plus attentive, car chacun est en quête de ce graal. Or, le bonheur ne peut se vivre, que s’il est associé au plaisir. Et le texte parle précisément de trouver son plaisir. André Chouraqui introduit une nuance, il traduit : « Mais a son désir dans la tora de IHVH-Adonaï et murmure sa tora jour et nuit. » Alors, désir ou plaisir ? Peuvent-ils exister l’un sans l’autre ? N’est-ce pas le désir qui engendre le plaisir, et n’est-ce pas le plaisir qui appelle le désir ! Quoique l’on puisse penser, nous sommes bien dans le registre de l’amour. C’est la force de nos sentiments amoureux pour Dieu, qui nous permet de surmonter le travail du mal. Nous sommes construits par les sentiments qui nous habitent. Notre vie se nourrit d’amour. S’il fait défaut, nous sombrons dans toutes sortes de pathologies qui relèvent d’un accompagnement thérapeutique (Le XX et XXI s. ont vu l’émergence des psys). L’important n’est pas de sombrer dans le mal, mais d’avoir le désir de le dominer. L’apôtre Paul a cette pertinente réplique : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » Romains 12 : 21 (version Segond 21) Redisons le, le problème n’est donc pas de tomber, mais de ne pas avoir la volonté de se relever. Et, c’est l’amour de Dieu qui nous pousse à nous redresser et reprendre courage. (Ainsi, nous poursuivons notre chemin…)

 

Quel est donc l’objet suprême de notre amour ? Le psalmiste répond : «  la tora de YHWH ». La tora du Seigneur-Dieu. Mais que désigne cette tora ? Trop facilement elle a été traduite par loi. Certains l’ont encore réduit au décalogue. Les spécialistes de la langue hébraïque sont d’ accord pour reconnaître que la tora est  d’ abord, tout ce qui émane de Dieu. Cela comprend non seulement les écrits inspirés, mais aussi tout l’enseignement contenu dans la nature, le cosmos, l’univers. La tora peut se lire, se respirer, être méditée, être ressentie comme une présence douce et bienfaisante. A la tora de Dieu doit répondre la tora de l’homme, c'est-à-dire le meilleur qui jaillit de son cœur. Nous sommes loin d’un repère de conduite rigide et absolu. La spiritualité est avant une question de relation avec le divin. Elle a pour conséquence de nous renvoyer vers l’humain, notre frère, notre sœur. Le Christ a eu raison de répondre au diable, lors de sa tentation dans le désert : « l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Matthieu 4 : 4 

A notre naissance, le premier acte que nous accomplissons se traduit par le verbe respirer, le deuxième est boire. Ce n’est que plus tard que nous nous mettons à parler. Pourquoi dis-je cela ? Parce que la relation à Dieu relève des mêmes aspects. La méditation est la respiration profonde. Tout comme l’enfant, nous devons apprendre à respirer la présence de Dieu, puis ensuite boire ses enseignements pour enfin parler de lui et en son nom. Dans l’original hébreu, il est question de « murmurer dans sa tora ».

Murmurer jour et nuit la tora de l’Eternel, n’est-ce pas accueillir la présence permanente du Seigneur ?  Dieu a utilisé le murmure, qualifié de doux et léger, pour parler à Eliphaz, ou à Elie, le prophète (cf. Job 4 :16 ; 1 rois 19 : 12-13).

Dans une relation amoureuse, la violence n’a pas sa place. Le murmure de la loi est une entrée en relation délicate, respectueuse et sincère. La question n’est pas d’être parfait ou de croire que toutes ses actions sont pures, mais plutôt de se présenter humblement devant Dieu, en respirant sa présence vivifiante. Dieu n’a que faire de rituels sans âme, de gestes répétitifs, de comportements de marchands, et de moulins à prières (cf. Esaïe 1 :10-17) L’Eternel se complet avec l’homme contrit et humilié, dit le prophète (cf. Esaïe 57 :15). Le mot « humilié » est à entendre comme celui ou celle qui a conscience de la présence divine. Il est habité de sentiments d’amour et de reconnaissance.

 

Cet homme-là « ressemble à un arbre planté près d’un cours d’eau : il donne son fruit en sa saison, et son feuillage ne se flétrit pas. Tout ce qu’il fait lui réussit. » Psaume 1 :3  l’arbre nous parle de relation : relation avec la terre par ses racines, relation avec le ciel, vers lequel poussent ses branches et mûrissent ses fruits. Cet arbre nous dit que présentement nous sommes en lien avec la terre, mais aussi, que nous pouvons, en esprit, être en lien avec le ciel. Le moyen qui nous permet d’échapper à l’attraction de la terre est la prière. Elle est communion (comme une union) avec Dieu. Elle ne peut se résumer en cahiers de doléances, ou en simples informations de nos désirs. Dieu les connait, et n’a point besoin qu’on l’informe. Il attend le désir de sa présence. Il éprouve, lui aussi, le besoin d’être aimé : « Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur. » Jérémie 29 :13

Un arbre planté près d’un cours d’eau est assuré du nécessaire vital. Il ne craint pas les rigueurs de la sécheresse. Cette eau est la vie, la Samaritaine l’a découverte en son temps (cf. Jean 4 :13-15). Elle a étanché sa soif de Dieu. Quand un arbre est bien arrosé, alors, on peut s’attendre à voir ses fruits en sa saison. Il en est de même du croyant. Dieu dépose en lui les fruits de l’Esprit (cf. Galates 5 :22)

 

« Les méchants, au contraire, ressemblent à la paille que le vent disperse. Voilà pourquoi les méchants ne résistent pas lors du jugement, ni les pécheurs dans l’assemblée des justes. En effet, l’Eternel connaît la voie des justes, mais la voie des méchants mène à la ruine. » Psaume 1 :4-6 (idem, version Segond 21)

Triste condition pour ceux qui empruntent la voie sans Dieu. C’est un chemin sans espoir, sans perspective, parsemé de joies éphémères, mais on peut s’en satisfaire… (C’est notre liberté )

 

Conclusion :

 

Après réflexion, notre sentiment partagé du début s’est estompé. Ce psaume pose bien le choix de deux chemins différents. Deux manières de vivre. L’une est centrée sur la Source de la vie, en lien avec d’autres humains, l’autre uniquement en lien avec l’humain. L’une nous parle d’un amour de Dieu, l’autre du mauvais rapport à l’humain. Le choix paraît simple, il ne l’est pas pour autant. Savoir qui l’on est ? Et où on va ? Telles sont les questions fondamentales qu’un jour ou l’autre, chacun se posera… La quête du bonheur est possible, mais elle n’a pas les contours que l’on avait imaginés. Heureusement, un Dieu d’amour est là, en soutien, pour nous aider à faire les bons choix (cf. Jérémie 29 : 11).

Ce texte édifiant nous rappelle que le bonheur est en regard de la relation à Dieu, à soi, aux autres. Le bonheur semble un concept simple. Seulement,  le fait qu’il ne soit conjugable qu’à la première personne de l’indicatif du présent, le rend complexe. Sans une aide extérieure, on se perd dans les fausses pistes. En prendre conscience est un excellent départ. Regardons donc où nous portons nos pas (cf.marcher). Evitons les arrêts dans les stationnements interdits (cf. s’arrêter). Et refusons de nous asseoir en compagnie de ceux qui polluent notre marche (cf. s’asseoir).

Puisse nos vies être comme cet arbre au feuillage toujours vert et porteur de fruits succulents, plutôt que cette paille dispersée au vent.

                                                                                           Jacques Eychenne

 

 

 

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