Le jugement dernier

 

 

 

 Le jugement dernier

       Jean 5 : 24-29 

         Jean 12 : 31

 

Introduction :

 

Le chanteur Michel Polnareff a bien résumé la légitime aspiration humaine à échapper à ce que l’on appelle communément : le jugement dernier. Le texte de sa chanson dit ceci : « On ira tous au paradis, toi et moi, qu’on soit béni qu’on soit maudit, on ira ». Qui aime  voir une instance fouiller dans sa vie pour juger ses faits et gestes ? De ce fait,  on peut comprendre le désir humain d’éviter une mise en examen de toute autorité, y compris celle qui vient de Dieu. Cette répulsion est d’autant plus forte que toutes les imageries du Moyen Age et même au-delà, nous présente un scénario à nous faire dresser les cheveux sur la tête.  Les mises en scène sont terrifiantes et abominables. Il est clair qu’elles avaient pour objectif de susciter peur et angoisse dans la pensée populaire. Les tourments des damnés avaient de quoi faire pâlir l’être humain le plus insouciant. Toute cette imagerie, nous le comprenons aujourd’hui, a servi d’exutoire à de nombreuses générations. Cette apologie de la terreur, fort heureusement, n’a plus cours, mais alors que faut-il penser des descriptions des damnés et de ce feu purificateur ?  En bref ! Que nous disent le Christ et les apôtres sur le sujet ?  

 

Développement :                                                                                   

Qui a-t-il de certain ?  Un premier point semble incontournable : Nous sommes tous mortels (cf. Romains 8 : 11 ; 3 : 9-12 ; 6 : 23). Un deuxième aspect rejoint bibliquement la même évidence : « chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même »  Romains 14 : 12, version TOB. L’apôtre Pierre précise : « Ils rendront compte à celui (Dieu par Jésus-Christ) qui est prêt à juger les vivants et les morts »  1 Pierre 4 : 5, version LSG. On aurait pu penser que cette question du jugement dernier ne soit qu’une vieille histoire faisant partie de l’ancienne alliance ! Il n’en est rien ! Le Nouveau Testament est éloquent sur le sujet : sur les 27 livres qui le composent, seul le billet qu’adresse Paul à Philémon n’en parle pas. C’est dire l’importance du sujet qui ponctue la première partie d’un programme qui a trait à notre passage sur cette terre. Bien sûr, tous les livres n’en parlent pas avec la même intensité, c’est parfois une simple mention comme dans Actes 17 : 31. Pour autant, la variété des métaphores est surprenante. On parle de moisson, d’un filet, d’un festin, d’une cérémonie nuptiale, d’une porte ouverte, de talents remis, d’un roi qui délivre un verdict etc.

 

Tout l’enseignement délivré par Jésus de Nazareth a pour objet de nous éveiller au sens à donner à la vie. Puisqu’à l’évidence, nous ne sommes que de passage, notre responsabilité est engagée. Jésus l’exprimera de plusieurs manières : « En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile, la sauvera. Et quel avantage l'homme a-t-il à gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie ? Que pourrait donner l'homme qui ait la valeur de sa vie ? Car si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges »  Marc 8 : 35-38, version TOB. Ailleurs, Matthieu nous rappelle la description faite par le Seigneur du jugement dernier : « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: ‹Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde » Matthieu 25 : 31-34, version TOB. 

 

Ces passages nous redisent que Dieu a parlé, que le Christ est venu commenter ses paroles et que désormais nous sommes tenus pour responsables de la gestion de notre vie. Après nous avoir donné vie, Dieu a édicté les règles de son bon fonctionnement. Il nous appartient maintenant d’en tenir compte. C’est la raison pour laquelle, Dieu par Jésus-Christ, en toute souveraineté, prononcera la vérité sur chacun de nous. Sera-ce pour notre joie ou sera-ce pour notre honte ?

L’aspect le plus évident du jugement repose sur la responsabilité. Dieu nous octroie le droit d’ accepter ou de refuser son offre. Il n’use d’aucun procédé pour nous forcer à vivre d’une manière contraire à notre volonté.  Notre liberté est totale. Seulement elle est assortie d’un codicille : nous en sommes, et serons comptables. Les apôtres l’ont bien intégrée : « Selon la grâce que Dieu m'a donnée, comme un bon architecte, j'ai posé le fondement, un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit. Quant au fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place: Jésus Christ. Que l'on bâtisse sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou de la paille, l'œuvre de chacun sera mise en évidence. Le jour du jugement la fera connaître, car il se manifeste par le feu, et le feu éprouvera ce que vaut l'œuvre de chacun »  1 Corinthiens 3 : 10-13, version TOB.

 

En fait, la foi dans le jugement dernier anéantit toutes les prétentions humaines. Si Dieu ne ponctuait pas notre histoire, c’est le danger de la toute-puissance des hommes qui aurait raison de la sagesse de quelques-uns. A coup sûr, l’ambition humaine entraînerait la destruction du genre humain. Toutefois, contrairement aux imageries médiévales, le jugement dernier sera une bonne surprise pour celui ou celle qui croit. Bienheureux seront déclarés ceux qui ont opté pour la justice, celle qui s’accueille par la foi (cf. Matthieu 5 : 6,10 ; Romains 1 :17). Elle nous est accordée au travers du sacrifice du Christ (cf. 2 Corinthiens 5 : 21). Ainsi rechercher premièrement la justice de Dieu, c’est faire sien son accomplissement en Jésus-Christ à la croix (cf. Matthieu 6 : 33). Mais pourquoi parler de surprise en lien avec le jugement dernier ? Vous voulez le savoir ? Relisez alors Matthieu 25 : 31- 46.

Jusqu’à présent, la révélation biblique n’a fait que soulever un pan du dessein divin (c’est le sens du mot apocalypse). Mais, après le jugement dernier, nous pourrons prendre connaissance de l’ensemble du projet éblouissant de Dieu. Pour l’heure,  les descriptions et allusions au jugement dernier annoncent une vérité que nous ignorons. La justice divine, qui procède de son amour, sera démontrée magistralement le moment venu. Elle balayera toutes nos parodies de propre justice. C’est la raison pour laquelle, le Christ a posé l’interdit suivant : « Ne jugez pas » Matthieu 7 : 1. Et si malgré tout nous nous hasardons a posé sur autrui un jugement, rappelons-nous que la même règle nous sera apposée. Le boomerang mortifère nous atteindra en pleine figure. Certes, le Christ a dénoncé le péché, mais il a aimé le pécheur. Il ne s’est pas attardé à dénoncer les erreurs humaines, il a proposé une solution radicale au problème du mal…

Le jugement dernier révèlera ce qui est, et ce que nous sommes vraiment. Personne ne pourra fabuler pour nous discréditer. La vérité sera dévoilée. La parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare est éclairante sur ce point. Luc, le médecin bien-aimé, est le seul à nous rapporter ce récit imaginaire et symbolique (cf. Luc 16 : 19-31). Ce qu’il nous apprend est édifiant.

Ce conte, qui devait circuler dans la pensée populaire, est utilisé par notre Seigneur Jésus pour compléter son enseignement sur le déroulement du jugement dernier. Il nous fournit des indices précis. Le plus solennel est de nous rappeler notre responsabilité dans la gestion de notre vie (cf. Luc 16). La mise en scène met en présence deux situations opposées : celle d’un riche qui a fait bombance toute son  existence, et celle d’un pauvre (d’un Sans Domicile  Fixe pour actualiser). A leur mort que se passe-t-il ?  Lazare (dont le nom signifie Dieu vient en aide) est porté par des anges dans le sein d’Abraham, et le riche est tout simplement enterré. L’un est au ciel, l’autre sous terre. Un dialogue surréaliste s’engage. Il met en exergue l’implacable conséquence des actes de chacun. C’est l’heure où l’on ne fait plus de sentiment. Le verdict tombe sans appel. Notons en passant que ce riche n’a pas de nom. Il est décrit, non par ce qu’il est, mais par ce qu’il a,  et il est riche. Observons encore que ce n’est pas sa richesse qui fait problème, mais le fait que sa porte soit restée fermée. Cet homme replié sur lui-même dans une satisfaction égoïste, n’a pas été ouvert à la détresse de ce très proche qui était derrière sa porte. Le récit laisse percevoir un jugement qui inverse les situations : le pauvre est accueilli, le riche est abandonné. Le pauvre devient riche d’une présence bienfaisante (cf. dans ou sur le sein d’Abraham = symbole d’accueil et de protection), le riche pauvre en soutien est dans la souffrance et la solitude. Jésus avait déjà prévenu que ces inversions se produiront : « Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé » Luc 14 : 11.

 

Ainsi, le jugement dernier révèlera des surprises… Notons encore que ce pittoresque récit met en opposition deux mondes étanches, sans possibilités  de communication entre les deux. Le texte parle d’un abîme qui les sépare (cf. Matthieu16 : 26). Celui qui ici-bas a été laissé dehors est maintenant consolé, tandis que celui qui était barricadé sur lui-même, demeure dans une condition d’enfermement sans issue. Nous revient en mémoire la logique qui nous sera appliquée : «  car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous »  Matthieu 7 : 2, version FBJ. En étant centré uniquement sur lui-même, le riche a créé son propre enferment. Ce confinement créera son malheur (cf. J’emploie le futur car le verbe grec est au passif). Cependant dans notre fable, le riche semble s’ouvrir à ses frères. Sachant qu’il ne peut plus rien pour lui-même, il pense à ses cinq frères. Une demande surprenante jaillit de ses lèvres : « Père Abraham, envoie Lazare dans la maison de mon père ». Le riche veut éviter à sa famille le même piège dans lequel il est tombé. La réponse d’Abraham est sans nuances : « s'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu'un ressuscitait d'entre les morts »  Luc 16 : 31, version DRB. Pour nous qui lisons ce récit, nous sommes dans la position de cette famille terrestre, il est encore temps de réfléchir. Cette parabole nous confirme que nous sommes libres de choisir notre monde à venir. Notre passage ici-bas est un temps probatoire qui nous dit que notre liberté est assortie d’une responsabilité. Cette dernière implique un choix engageant. La parabole attire encore notre attention sur Moïse et les prophètes (cf. Luc 16 : 29). Pourquoi faut-il les écouter ? Si Moïse a fait transiter son peuple de l’esclavage vers la liberté, c’est ce passage qu’il nous faut revisiter. Quant aux prophètes, la caractéristique de leur enseignement a une constante. Ils n’ont pas cessé d’appeler le peuple d’Israël à la repentance (cf. Luc 3 : 8). La nécessité d’un repositionnement spirituel de notre part, a encore plus de force aujourd’hui. Le jugement dernier n’a pas pour objectif de nous confiner dans la terreur ou l’angoisse, mais bien de nous remobiliser pour opter pour la vie dans la confiance en Dieu. Jésus, qui nous conte cette parabole, a confirmé cette réalité par le don de sa vie. Il nous responsabilise à faire le bon choix.

 

Le jugement dernier confirmera nos propres choix (cf. Jean 3 : 17,18). La réponse que nous aurons donnée à l’offre de vie, incarnée par le Christ, servira de pièces à conviction. Elle alimentera le verdict qui sera prononcé. En réalité, d’après les textes bibliques, Dieu n’exerce pas une vengeance sur l’humain. La nature profonde de son être (cf. Dieu est amour) nous laisse énoncer, nous-mêmes, notre propre verdict. A ce sujet, le Christ rappellera qu’il n’est pas venu juger le monde, mais le sauver (cf. Jean 3 : 17). Elle est bien là, la grande révélation du jugement dernier. Dieu aime à ce point l’humain qu’il le laisse libre de prononcer lui-même son propre verdict. Qui aurait pu l’imaginer !

Le Christ ira même jusqu’à dire : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie »  Jean. 5 : 24, version TOB. Contrairement aux imageries populaires, l’apôtre Paul confirmera la bonne intention divine : « Dieu ne nous a pas destinés à subir sa colère, mais à posséder le salut par notre Seigneur Jésus Christ… »  1 Thessaloniciens  5 : 9, version TOB.

Pourquoi donc, certains croyants trouvent-ils une satisfaction à parler de l’enfer (mot inexistant dans toute la Bible) en faisant mention d’un feu éternel ? Est-ce qu’une rôtissoire céleste inextinguible est compatible avec l’amour de Dieu ?  Dieu serait-il à ce point si démuni devant le mal, que seule une peine à perpétuité pourrait lui donner satisfaction ? Dieu serait-il encore Dieu, si le mal devait se consumer physiquement quelque part à l’infini ? Le livre de Jean nous révèle que Dieu éradiquera définitivement le mal. Il ne sera plus. Jean est formel. Sous l’inspiration divine il affirme : « J'entendis alors une voix clamer, du trône : " Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n'y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n'y en aura plus, car l'ancien monde s'en est allé. " Alors, Celui qui siège sur le trône déclara : " Voici, je fais l'univers nouveau. " Puis il ajouta : " Écris : Ces paroles sont certaines et vraies » Apocalypse 21 : 3-5, version FBJ.  Les descriptions d’un feu purificateur qui ne s’éteint point (cf. Marc 9 : 48 : Esaïe 66 : 24 ; apocalypse 20 : 10) sont à prendre au sens symbolique (preuve : la géhenne du texte de Marc n’existe plus, c’était l’endroit où l’on brûlait les ordures de Jérusalem). Ces symboles nous affirment que ce sont les conséquences de nos actes qui auront une portée éternelle.

 

A bien approfondir les textes qui parlent du jugement dernier on s’aperçoit que l’accent est mis moins sur son échéance historique et cosmique que sur notre présent qui validera la sentence. D’une façon solennelle le Nouveau Testament met principalement l’accent sur la vie qui doit recevoir son poids d’éternité bienheureuse. Notre témoignage doit être centré sur cette admirable bonne nouvelle. Le jugement dernier est moins un scénario-catastrophe, qu’une clarification. Dieu veut composer avec ceux qui auront décidé d’être en sa présence. C’est le propre de l’amour de trouver du plaisir en la présence de l’être aimé. L’apôtre Paul a rendu caduc toutes les superstitions juives de son temps, même si on observe, encore aujourd’hui, que certaines sont toujours tenaces…

 

Conclusion :

 

En définitive, le jugement n’équivaut pas inexorablement à une condamnation, il n’est même pas une comptabilité de toutes nos erreurs… Jésus répondant aux principaux sacrificateurs et anciens du peuple d’Israël a dit : « Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu »  Matthieu 21 : 31, version NEG. Même ceux que nous cataloguons comme païens pourront être accueillis. Pourquoi ? « Quand des païens, sans avoir de loi, font naturellement ce qu'ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, eux qui n'ont pas de loi. Ils montrent que l'œuvre voulue par la loi est inscrite dans leur cœur; leur conscience en témoigne également ainsi que leurs jugements intérieurs qui tour à tour les accusent et les défendent »  Romains 2 : 14-15, version TOB.

Jésus et les apôtres ont été unanimes à dire que le jugement dernier n’aura aucun impact négatif sur ceux et celles qui adhèrent de cœur à son projet de salut. Jésus-Christ a été clair et sa parole est digne de foi « Celui qui croit en moi vivra … » Jean 11 : 25. L’apôtre Paul confirmera. Quiconque croit en Dieu sera déclaré juste devant lui (cf. Romains 3 : 20-24). L’apôtre Jacques sera tout aussi explicite : « Parlez et agissez comme devant être jugés par une loi de liberté, car le jugement est sans miséricorde pour qui n'a pas fait miséricorde. La miséricorde triomphe du jugement » Jacques 2 : 12-13, version NEG. (cf. La miséricorde est la bonté de Dieu = ἔλεος = eleos; et le verbe grec   κατακαυχάομαι = katakauchaomai= triompher, exulter, se glorifier d'un préjudice (sur une personne ou sur une chose). Autrement dit, le verdict du jugement sera la publication irréfragable de l’amour de Dieu. A nous de relire nos vies à la lumière de cette vérité. Apprenons à nous adresser à "notre Père"...

                                                                                  Jacques Eychenne

 

PS : LSG, version Louis Segond; TOB, version Tradition Œcuménique de la Bible; FBJ, Version French Bible de Jérusalem; NEG, version Nouvelles Editions de Genève.

 

 

 

 

 

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