Le bon combat

 

 

   Le bon combat

                        ou

     Peut-on se tromper

          de combat ?

 

Introduction :

 

La notion de combat induit tout naturellement un concept de violence, mais est-ce toujours le cas ? Ne faudrait-il pas dissocier le combat de la violence ? Autrement dit, peut-on combattre sans violence ? Reconnaissons qu’un combat sous-tend le plus souvent la présence d’un adversaire, mais ne peut-on pas aussi livrer combat contre soi-même ? Y aurait-il en conséquence un bon et un mauvais combat ? D’où la question subsidiaire : peut-on se tromper de combat ?

Etymologiquement le mot combat (com-bat) est le fait de se battre avec ou contre un ou plusieurs adversaires. Par extension, on a utilisé ce terme pour décrire une lutte menée contre des difficultés ou pour défendre une cause. Dans ce sens, dès notre naissance, la vie est un combat. La phrase d’Héraclite d’Ephèse, au VI siècles av. J.C., trouve là toute sa place, quand il dit : « le combat est père de toutes choses ». Il concerne aussi bien les relations humaines que toutes les tracasseries de nos quotidiens, les tensions hommes-femmes, l’éducation des enfants, notre position au travail… Mais pour l’heure concentrons-nous sur un aspect plus sensible : le combat spirituel.

Que nous enseigne la Bible à ce sujet ?

 

Développement :

 

Il n’y a pas un mot qui le définisse vraiment, mais il y a de nombreuses situations qui décrivent sa réalité. La Bible traite l’ensemble de cette problématique. Ainsi, dans l’Ancien Testament, il est souvent question de combats. Le peuple d’Israël a dû livrer bataille contre des ennemis pour sa survie, et la possession d’un territoire. Ici la bataille devient synonyme de combat. Certes, nous avons bien un concept de bataille agressive, mais les israélites ne devaient jamais oublier que c’est l’Eternel qui combattait pour eux. (Cet aspect incompatible, pour certains, avec la notion d’un Dieu d’amour, échappe à notre raisonnement. Nous n’avons pas tous les éléments pour apprécier le bien-fondé de la volonté divine. Nous ne pouvons que prendre acte et faire confiance, en pensant que Dieu avait de bonnes raisons pour agir ainsi. La révélation du Nouveau Testament nous confirme cette analyse).

Ainsi, Josué n’a cessé de rappeler à son peuple, l’accompagnement de Yaweh-Adonaï (Dieu) dans sa longue marche vers la terre promise (cf. Josué 23 : 3,5,9-10). Salomon a aussi pris conscience de cette réalité, il a bien retenu la leçon quand il écrit : « On prépare une cavalerie pour le jour du combat, mais en définitive la victoire dépend du SEIGNEUR » Proverbes 21 : 31, version TOB. David a fait concrètement la même expérience (cf. Psaume 56 : 3). Dans les rouleaux des prophètes, il est vrai que le mot combat est souvent synonyme de bataille. Mais, il y a des cas où le combat revêt une autre

forme, plus personnelle. Le sage Salomon déclare : « L'homme n'est pas maître de son souffle pour pouvoir le retenir, et il n'a aucune puissance sur le jour de la mort ; il n'y a point de délivrance dans ce combat, et la méchanceté ne saurait sauver les méchants »

 Ecclésiaste 8 : 8, version LSG.

Plus rarement, l’Ancien Testament emploie le mot combat pour désigner une querelle de personne. Par exemple, Rachel jalousait sa sœur à cause de sa stérilité. Elle pria, et Dieu l’exauça. Suite à cette histoire de famille, elle déclara : « J'ai livré un dur combat à ma sœur et j'ai gagné ». Genèse 30 : 8, version BFC. Héraclite d’Ephèse avait bien raison !  Le combat quotidien est multiforme, même si nous nous concentrons sur l’aspect spirituel…

Si l’Ancien Testament parle surtout d’un combat physique contre des adversaires, le Nouveau Testament donne un autre sens. Il présente un combat qui équivaut à donner le meilleur de soi-même. Un peu comme dans un match de football, où il n’est pas question de détruire l’adversaire, mais plutôt de donner le maximum de sa personne pour remporter la victoire. Il en va de même dans bien d’autres disciplines sportives.

Cette perspective sur le plan spirituel est enthousiasmante (dans son sens original : enthousiaste= εν θεός = en Dieu). Nous ne sommes plus dans une dynamique d’agressivité ou de destruction, mais dans une optique de construction de soi et de conviction. On ne lutte pas contre, mais pour révéler ce que l’on veut faire ou dire dans le quotidien.

Sans ce combat, la vie n’est plus la vie. Nous en avons la preuve quand on dit d’une personne : « elle n’a plus la force de combattre ».

Il y a donc un combat positif. Il est aux antipodes de toute agressivité et destruction du prochain. Certes, nous aimerions que les choses changent magiquement d’elles-mêmes, mais c’est impossible. Beaucoup considèrent le combat comme usant, lassant, difficile, mais il n’y a pas d’alternative. Soit nous acceptons de subir les évènements, soit nous décidons de leur faire face (d’où le verbe affronter).

Spirituellement, le bonheur se découvre, quand nous décidons de nous engager à faire de notre mieux en toutes circonstances. Là, nous sommes sur un terrain vivifiant, tonique et créateur.

 

Mais peut-on se tromper de combat sur un plan spirituel ?  

L’exemple de Saul de Tarse, qui deviendra l’apôtre Paul, est signifiant à ce sujet. Il croyait servir Dieu en combattant les nouvelles communautés chrétiennes (après la mort du Christ). Il en témoignera devant le roi Agrippa, le petit-fils d’Hérode le grand, le dernier roi juif de Judée : « Pour ma part, j'avais donc vraiment cru devoir combattre par tous les moyens le nom de Jésus le Nazôréen. Et c'est ce que j'ai fait à Jérusalem ; j'ai en personne incarcéré un grand nombre des saints en vertu du pouvoir que je tenais des grands prêtres et j'ai apporté mon suffrage quand on les mettait à mort. Parcourant toutes les synagogues, je multipliais mes sévices à leur égard, pour les forcer à blasphémer et, au comble de ma rage, je les poursuivais jusque dans les villes étrangères ». Actes 26 : 9-11, version TOB.

Aujourd’hui, comme hier, beaucoup pensent servir Dieu en voulant éradiquer violemment tout ce qui ne cadre pas avec leur perception de la volonté divine. Comme L’apôtre, ils se trompent de combat.

 

Vouloir imposer aux autres ses convictions est un faux combat. Donner le

meilleur de soi n’est jamais pour détruire l’autre, son frère ! Il y a dans le bon combat spirituel (mais pas que) : respect de soi et du prochain, mise en action de tout ce qui peut enrichir l’autre, tout en se faisant du bien. Le bon combat n’impose rien, il propose, suggère, donne envie d’aller de l’avant. Il favorise l’épanouissement de la personne.

Le vrai combat est précédé d’un choix fondamental. Il faut savoir où l’on veut aller et pourquoi ? Il faut réfléchir avant d’aborder le comment y aller ? La détermination qui a animé David face au géant Goliath est significative sur ce point (cf. relire 1 Samuel 17 : 45). Ainsi, au lieu de voir le combat comme une lutte épuisante et lancinante, prenons en compte son sens profond en regard de l’exemple du Seigneur Jésus.

Jamais dans son combat contre les forces occultes, il n’a attenté à la dignité d’une seule créature de Dieu. Même au désert, face au diable, le Christ n’a fait que l’interpeler. Il lui a répondu, non avec sa propre parole, mais avec celle des rouleaux des prophètes (cf. Luc 4 : 1-13). Jude nous démontre que dans un vrai combat d’idées, le respect doit rester la marque distinctive de ceux qui prétendent servir Dieu. L’archange Michel en a fait la démonstration (cf. Jude 9).

Tout au long de son ministère le Seigneur Jésus a prouvé que le vrai combat n’avait pas pour objet de détruire, mais de construire et d’édifier.

A chaque fois que ses disciples se sont écartés de cette donnée fondamentale, le

Seigneur les a vertement repris : « il envoya devant sa face des messagers. Et s'en étant allés, ils entrèrent dans un village de Samaritains pour lui préparer un logis ; et ils ne le reçurent point, parce que sa face était tournée vers Jérusalem. Et ses disciples, Jacques et Jean, voyant cela, dirent : Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume, comme aussi fit Élie ? Et, se tournant, il les censura fortement et dit : Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ! Et ils s'en allèrent à un autre village » Luc 9 : 52-56, version DRB.

Le Nouveau Testament, par l’entremise de l’apôtre Paul, a bien posé les termes du vrai combat spirituel. « Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes. C'est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté » Ephésiens 6 :11-13, version NEG.

Le combat spirituel n’est pas en lien avec la chair. C’est un combat réel avec des forces et des influences négatives. C’est dans la pensée que se situe l’enjeu, tout comme pour la foi. Ce combat est le plus souvent une résistance à tout ce qui peut pervertir ou édulcorer notre foi (cf. Jacques 4 : 7).

Après avoir défini l’objectif, l’apôtre développe comment y parvenir. Il préconise une tenue de combat avec des armes défensives et une seule offensive.

« Tenez donc ferme : ayez à vos reins la vérité pour ceinture ; revêtez la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussures à vos pieds le zèle que donne l'Évangile de paix ; prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin ; prenez aussi le casque du salut, et l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu » Ephésiens 6 : 14-17, version NEG.

Loin d’un contexte guerrier à la manière de l’Ancien Testament, les écrits des disciples du Christ nous dépeignent une autre tenue de combat. Elle nous parle de fermeté dans la conviction, d’une vérité qui n’est pas simplement cérébrale, d’une adhésion à une justice qui respecte le plus démuni, d’un engagement zélé mais pacifique, d’une confiance en Celui qui a initié l’espérance, d’une assurance dans les promesses divines, d’une assistance avec le radar de l’esprit. Les ordres de commandement sont clairs, ils parlent d’amour et ils ont la force d’une directive qui a fait ses preuves à travers les siècles.

On ne s’improvise pas combattant d’un seul jour. Une préparation est absolument nécessaire. Elle requiert humilité, disponibilité, confiance, détermination. Peu de gens ont conscience que ce combat est vital pour leur devenir. A l’échelle du temps cosmique, notre passage ici-bas n’aura eu la durée que d’une seule seconde. C’est la raison essentielle qui nous porte à ne pas nous tromper de combat. Il nous concerne en premier chef, d’où l’importance de savoir pourquoi et pour qui l’on vit. Le principal danger est en nous. Voilà pourquoi l’apôtre nous dit que nous n’avons pas à lutter contre les humains, mais contre tout ce qui peut pervertir ou fausser notre jugement. Mais, il est plus facile de s’en prendre aux autres, que de se remettre en question sur des sujets existentiels… Le célèbre évangéliste Moody a marqué son étonnement en constatant qu’il y avait beaucoup de personnes qui se disaient innocentes dans les prisons.

Le vrai combat spirituel, non seulement ne se positionne pas contre l’humain, mais plus encore, il lui est solidaire. C’est ainsi qu’Epaphras, serviteur de Jésus-Christ, agissait. L’apôtre Paul rapporte : « Il ne cesse de combattre pour vous dans ses prières, afin que vous teniez bon, comme des hommes faits, demeurant disposés à faire toute la volonté de Dieu » Colossiens 4 : 12, version LSG.

De même l’apôtre Paul, recommandera à son enfant spirituel Timothée de combattre le bon combat, en gardant la foi et une bonne conscience (précisons que le qualificatif grec καλός peut aussi être traduit indifféremment par bon ou par beau. Cf. traduction de la version TOB dans 1 Timothée 1 : 18).

Mener ce combat de nos jours est loin d’être chose aisée. On peut même y perdre sa foi. Quant à conserver une bonne conscience ou avoir une conscience pure (cf. 2 Timothée 1 : 3), c’est un autre défi ! Notons que nous sommes loin de la conception d’un combat/bataille décrit dans l’Ancien Testament…

Avoir une conscience pure, requiert une bonne connaissance de soi. Cette bonne conscience est en lien avec une vigilance sur tous nos actes et pensées. Le Christ nous a prévenus. Dans un contexte de fin des temps, il nous dit « Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos cœurs ne s’appesantissent par les excès du manger et du boire, et par les soucis de la vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste » Luc 21 : 34, version LSG.

Non seulement il faut bien se connaître et intégrer ses limites, mais en plus, il nous faut spirituellement avoir recours à une aide extérieure. Le Christ l’a appelée le : παράκλητος = paracletos = c’est quelqu’un qui est appelé à être à côté d’une personne. C’est donc quelqu’un qui vient en aide, qui plaide la cause d’un autre, comme un assistant légal ou un avocat. L’enseignement du Seigneur a montré que le Saint-Esprit était appelé à porter ce ministère d’aide et de soutien. Il agit pour nous conduire à une plus profonde connaissance de soi et de l’évangile de vérité. En condensé, c’est une force divine qui peut nous rendre aptes au service, et nous rendre capables de vaincre toutes les épreuves de la vie.

Certes ! Si ce combat est loin d’être une promenade de santé, convenons que c’est gratifiant de se sentir soutenu, épaulé, encouragé, fortifié. Une des plus belles découvertes du chrétien est de prendre conscience qu’il n’est pas seul dans ce combat.

C’est la raison pour laquelle l’apôtre Paul a transmis à son disciple Timothée l’injonction de combattre le bon combat de la foi et de saisir la vie éternelle (cf. 1 Timothée 6 : 12). Nous venons d’insister sur l’incontournable défi qui est proposé à tout être humain. Nous l’avons qualifié de spirituel, mais pour quelles principales raisons ?

L’apôtre Paul les détaille dans sa deuxième lettre adressée à son enfant spirituel Timothée. Il dit expressément que dans les derniers temps de l’histoire humaine, les gens ne supporteront plus tout ce qui concerne Dieu et sa révélation : « ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables » 2 Timothée 4 : 3-4, version LSG.

Déjà en son temps l’apôtre adjurait son disciple de mener avec vigueur ce combat spirituel, en étant sobre en toutes choses, en supportant les souffrances, en diffusant un message d’espoir, en remplissant bien son ministère (cf. 2 Timothée 4 : 5). Pourquoi une telle tonalité solennelle ? Peut-être parce que l’apôtre se souvenait d’une parole rapportée par le médecin Luc. Citant le Seigneur Jésus, elle disait : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Luc 18 : 8, version LSG.

Autant dire que dans ce combat spirituel, tout sera mis en œuvre pour ridiculiser ceux et celles qui ont foi en une parole donnée par Jésus de Nazareth. Mais qu’importe ! Ne dit-on pas : « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

 

Pour fortifier la détermination de Timothée, Paul, sachant que son départ approche, lui laisse son poignant témoignage : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi. Désormais la couronne de justice m'est réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour-là, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son avènement» 2 Timothée 4 : 7-8, version LSG.

Le combat est âpre, mais le Christ a remporté la victoire à notre place. De plus, l’assistance du Saint-Esprit nous est précieuse. Nous n’avons rien à craindre des autres. Il suffit d’être vigilant sur soi. C’est la raison pour laquelle, rapatrié d’Algérie et faisant mon service militaire au 101e Régiment des chars de combat à Rambouillet, j’avais écrit en gros caractère cette phrase au-dessus de mon lit : « N’abandonne pas ton assurance à laquelle est attachée une grande rémunération. Car tu as besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, tu obtiennes ce qui t’est promis » Hébreux 10 : 35, version LSG personnifiée.

 

Conclusion :

 

Dans ce combat, ce n’est pas les difficultés qu’il faut redouter, mais notre aptitude à les affronter. Nous avons tout pour réussir notre parcours du combattant. A nous d’utiliser à bon escient, tout ce que Dieu, par Jésus-Christ, et avec l’aide du Saint-Esprit, a déposé dans nos cœurs. La vie est un bien spolié quand on refuse d’aller au bout de ce que l’on désirait.

 

« Tout est combat, lutte : seul mérite l'amour et la vie, celui qui quotidiennement doit les conquérir » Johann Wolfgang Goethe (1833).

                                                                                        

« Seuls l'amour et l'amitié comblent la solitude de nos jours. Le bonheur n'est pas le droit de chacun, c'est un combat de tous les jours. Je crois qu'il faut savoir le vivre lorsqu'il se présente à nous » Orson Welles.

                                                                                     

                                                                                  Jacques Eychenne

 

PS : TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible ; LSG, version Louis Segond ; DRB, version Darby ; NEG, version Nouvelles Editions de Genève.

 

 

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