La prière du "Notre Père" 4ème partie

La prière de référence

Matthieu 6 : 9-13 ; Luc11 2-4

 

4ème partie

 

 

 

Introduction :

 

La fois dernière, nous avons étudié l’importance du nom de Dieu. Bien que ce nom sacré soit intraduisible (YHWH), les humains, suivant les circonstances, lui ont donné un sens différent. Près d’une vingtaine de noms sont utilisés dans l’ Ancien Testament pour définir qui est Dieu. En fait, Dieu n’a pas décliné son identité, il a agit. Il se laisse découvrir à travers ses actions, à commencer par la création du monde. De plus, Il s’est présenté comme un présent permanent, donc éternel. Par exemple, Dieu demande, à Moïse de répondre aux enfants d’Israël en leur disant :

 « Celui qui s’appelle « Je suis » m’a envoyé vers vous » Exode 13 :14. A l’instar de David, prononcer le nom de Dieu devrait être pour chacun de nous, source de joie et de bonheur. Derrière ce nom indicible, nous rencontrons avant tout un Père.

Par ailleurs, dans la phrase, nous avons remarqué que le terme « sanctifié » avait un double sens : mettre à part, et consacrer. Et puis, nous nous sommes attardés sur le double sens de cette demande : « Que ton nom soit sanctifié » Matthieu 6 :9b. On s’adresse d’abord à Dieu, et on s’implique par la suite. Autant dire que notre implication est bien présente. Elle se vit au travers d’un témoignage personnel. Ce dernier est le résultat de l’œuvre de Dieu dans nos vies. Ce processus s’appelle, bibliquement parlant : la sanctification.

Examinons maintenant, la suite de cette merveilleuse prière de référence…

 

Développement :

 

« Que ton règne vienne » Matthieu 6 :10a ou «  Fais venir ton règne » T.O.B

Suivant notre habitude, précisons déjà les termes. Litt. : « (Que) vienne ton règne ».

L’accent est mis sur la venue. (Que) vienne ελθετω est un impératif aoriste à la 3è personne du singulier du verbe ερχομαι. Il signifie venir, arriver, aller, avec une notion de temps et de déplacement. Ce n’est pas un ordre que l’on donne à Dieu, (suivant le mode impératif en grammaire française), c’est plutôt l’expression d’un profond souhait…

Matthieu utilise ce verbe pour décrire la démarche de quelqu’un qui vient.

Dans son évangile, Matthieu rapporte le questionnement de Jean-Baptiste :

« Il envoya ses disciples (demander au Christ) : Est-ce toi, celui qui vient, ou devons-nous en attendre un autre ? » Matthieu 11 :3

Pour rappeler l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, Matthieu rappelle la prophétie du prophète Zacharie : « Dites à la fille de Sion : Voici, ton roi vient à toi, plein de douceur et monté sur une âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse. » Matthieu 21 : 5

L’évangéliste Matthieu emploie comme verbe ou substantif (ό ερχομενοσ) une trentaine de fois le verbe mentionné ci-dessus. C’est dire l’importance du sujet.

D’autre part, précisons encore que le mot règne (ϐασιλεια) peut aussi être traduit par royaume. (Cf. Matthieu 12 :25 ; Marc 3 :24 ; Luc 11 :17) Le mot règne est plutôt choisi quand le contexte fait référence à l’autorité de Dieu ; le mot royaume est préféré quand il fait référence à l’espace. (Ex : « entrer dans le royaume des cieux. » Cf. Matthieu 19 :24)

Maintenant que nous avons posé des mots précis, essayons de comprendre le sens de cette phrase.

 

Deuxième requête : «  (que) vienne ton règne. »

 

Remarque préliminaire : peut-on demander à Dieu de faire venir son royaume ou d’établir son règne, si on ignore de quoi il s’agit ?

 

Le repère de la première venue du Christ peut nous éclairer… En effet, Jésus est venu dans un premier temps, pour réaliser le projet de son Père. Dit autrement, il vient pour accomplir les prophéties. Le seigneur, l’envoyé du Père, est venu accomplir le plan de Dieu sur la terre. (Cf. Matthieu 5 :17) A la fin de son ministère, c’est cette vérité cardinale que le Seigneur a voulu rappeler aux disciples d’ Emmaüs, et aux apôtres. (Cf. Luc 24 : 25-27,44-48)

Pour bien se pénétrer de cette réalité, il faut se souvenir de l’importance de l’attente messianique en Israël. Siméon attendait « la consolation d’Israël » (Cf. Luc 2 : 25-32). La venue d’un messie était depuis fort longtemps annoncée. Déjà du temps du prophète Daniel en exil. (Cf. Daniel 2 : 35c, 43-45 ; 9 : 24-26).

Cette attente s’est muée en espérance au cours des temps. Elle ne nous a pas déçus, car le Seigneur est venu apporter le salut au monde. (Cf. Jean 3 :16-17) Mais pouvait-on en rester là ?

 

Le salut n’a de sens, que si il débouche sur une réalité concrète, qui nous sort de ce bourbier dans lequel nous sommes. Malgré tous les efforts humains, et la bonne volonté de nombreux dirigeants de ce monde, la solution aux problèmes de l’homme est extérieure à lui. Dieu, dans un premier temps, a réalisé les conditions de notre salut. Mais cela appelait une suite… Elle est directement en rapport avec l’avènement de son apparition et l’instauration de son royaume.

 

Toute l’espérance des héros de la foi, dépeinte dans la galerie des portraits d’Hébreux 11, en témoigne. Depuis Abel, jusqu’aux prophètes, «  tous sont morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. » Hébreux 11 : 13, 39-40

Si la consolation d’Israël était toute entière dans l’attente du Messie promis, Toute l’attente de l’Eglise Chrétienne, à travers les siècles, s’est elle aussi tournée vers le retour du Christ.

Le Seigneur a engagé sa parole : «  Que votre cœur ne se trouble point. Croyez en Dieu, et croyez en moi. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n’était pas, je vous l’aurais dit. Je vais vous préparer une place. Et, lorsque je m’en serai allé, et que je vous aurai préparer une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi. » Jean 14 : 1-3

Luc, rapportant les faits liés à l’ascension de notre Seigneur Jésus, raconte : « Il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent. Et ils dirent : Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel. » Actes 1 : 9-11

Ainsi Hénoc, Job, David, Esaïe, Paul, Pierre, Jean, tous ont parlé directement ou indirectement de ce retour en gloire du Seigneur. Il revient pour établir un royaume éternel.

Quand nous disons « Que vienne ton règne » c’est toute cette espérance que nous véhiculons, ou devrions véhiculer…

 

Du coup, très concrètement, cela nous interpelle. En vérité, sommes-nous au clair sur ce règne ? Sur la venue du Christ ? Comment revient-il ? Pourquoi revient-il ? Quand revient-il ? Qu’implique cette attente dans mon quotidien ? Avons-nous vraiment envie de faire partie de ce royaume ?

Plus simplement, quand nous nous adressons à Dieu pour lui demander que son règne vienne, est-ce un vrai désir que nous exprimons ? Ou est-ce une formulation rassurante et apaisante, sans plus ?

 

En fait, il s’agit de comprendre que lorsque nous prononçons ces mots, nous affirmons notre foi, ou alors nous nous trompons nous-mêmes. Quand nous disons ces mots, nous affirmons que nous croyons en Dieu, certes, mais encore à son projet d’établissement de son royaume. Et encore, à la venue de Christ qui viendra pour l’introniser. Alors, les paroles de l’apôtre Jean peuvent prendre sens pour nous : 

«  Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus… Dieu habitera avec les hommes, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu…Ces paroles sont certaines et véritables. » Apocalypse 22 : 3-5

 

« Que vienne ton règne » a un double sens.

 

1)  c’est avant tout, une demande qui s’adresse à Dieu : Elle lui exprime notre désir de voir s’accomplir sa Parole. (Les prophéties sont l’expression de cette Parole). L’accomplissement des paroles des prophètes crédibilise l’engagement de Dieu envers chacun de nous.

     Cette Parole est langage de vérité.

« Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils ; il l’a établi héritier de toutes choses ; par lui il a aussi créé l’univers » Hébreux 1 :1-2

Pour fortifier, sur ce point, notre confiance, l’apôtre Pierre précise :

« Ce n’est pas par une volonté d’homme qu’une prophétie a jamais été apportée, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » 2 Pierre 1 : 21

Et, l’apôtre Paul nous prévient : « Ne méprisez pas les prophéties »

1 Thessaloniciens 5 :20

Le premier sens de cette demande renvoie au fait de prendre au sérieux toute Parole venant de Dieu. Elle nous renseigne sur qui est Dieu : Il est Amour et cet Amour est prévenant et responsable.

 

-         Prévenant et responsable : Dieu ne nous prend pas en traître. Il avertit avant d’agir.

« Je suis l’Eternel, c’est là mon nom… Voici, les premières choses se sont accomplies, et je vous en annonce de nouvelles ; avant qu’elles arrivent, je vous les prédis » Esaïe 42 : 8-9

Ailleurs, le prophète Amos affirme : « Le Seigneur, l’Eternel, ne fait rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes » Amos 3 : 7

Le Seigneur Jésus, dans le même esprit, déclare : «  Dés à présent je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu’elle arrivera, vous croyiez que je suis » Jean 13 :19 ; idem 14 :29.

Dire «  que vienne ton règne » c’est reconnaître la souveraineté de Dieu et son implication dans l’histoire des hommes.

 

2)  C’est une parole qui engage notre foi. C’est demander que ce règne de Dieu s’installe, ici et maintenant, dans nos cœurs. Cette démarche, dès ici bas, doit être en harmonie avec les fondamentaux de ce royaume, définis dans le sermon sur la montagne (Cf. Matthieu 5 à 7) C’est dans ce sens que le Seigneur a répliqué aux pharisiens : « Le royaume de Dieu est au milieu de vous » Luc 17 :21b

 

Notre foi doit avoir confiance en la véracité des Paroles de Dieu. Elle doit saisir au présent cette merveilleuse réalité du règne qui vient, et qui commence aujourd’hui dans nos cœurs. Etre prêt pour entrer dans ce royaume, c’est accueillir l’œuvre de Dieu en nous. Nous l’avons identifiée par le mot : sanctification.

Notre attente de la venue de son règne ne nous laisse pas oisif. Nous sommes mobilisés dans ce combat. L’œuvre de Dieu en nous, doit supplanter les sirènes de ce monde de séduction,de pouvoir et de domination.

 

Plusieurs paraboles nous mettent en garde sur le sérieux de notre préparation en vue de notre présence dans le royaume. (Cf. Matthieu 25 :1-13 ; 21 : 28-32 ; Luc 17 :20-37 ; 12 :41-48). Elles nous préviennent aussi des dangers et des contrefaçons.

 «  Il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes ; ils feront des prodiges et des miracles pour séduire les élus, s’il était possible. Soyez sur vos gardes : je vous ai tout annoncé d’avance. » Marc 13 :22-23

 

Dans ce même contexte, Luc, rapportant les paroles du Maître, écrit :

 « Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos cœurs ne s’appesantissent par les excès du manger et du boire, et par les soucis de la vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste… Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui arriveront, et de paraître debout devant le Fils de l’homme. » Luc 21 :34,36

 

Dans ce deuxième sens, c’est bien notre foi qui s’empare des promesses de Dieu. En toute cohérence, elle nous incite à vivre le plus en harmonie possible avec la Parole de Dieu. (Cf. 1 Jean 2 : 28 ; 2 Pierre 3 : 12-14 ; 1 Thessaloniciens 5 :23). Ainsi, si notre désir est mobilisé, Dieu accomplit dans nos vies le processus de la sanctification. (Cf. 1 Pierre 5 : 10 ; 2 Timothée 4 :18) Quel bonheur !

 

Au-delà de ce double sens, cette demande de la venue de son règne, est aussi la reconnaissance de la royauté de Dieu. Si il y a royaume ou règne, il y a nécessairement un roi. Il y a là, à fortiori, la reconnaissance d’une gouvernance. L’apôtre Paul identifie le Rois des rois et le Seigneurs des seigneurs à Dieu lui-même.

A son retour, le Christ montrera à l’univers que Dieu est le Rois des rois. (Cf. 1 Timothée 6 : 13-16 ; 1 Corinthiens 15 : 22-24)

 

La souveraineté de Dieu ayant été contestée par le diable - déclaré prince de ce monde - le Christ, mandaté par son Père, a aussi revêtu ces attributs de la royauté. Il a vaincu le mal. (Cf. Jean 18 : 28-37 ; Luc 23 :1-3) Jean dans ses visions a encore témoigné de cette réalité. (Cf. Apocalypse 17 :14 :19 :16)

Mais, il semble que cette royauté soit ensuite transmise à Dieu le Père, dans la phase finale de la restauration de notre monde.

 

« Que vienne ton règne » c’est assurément encore être dans une attente active, heureuse et sereine. Point d’inquiétude pour notre avenir. La venue du Seigneur et l ‘intronisation de son royaume combleront toutes nos espérances.

«  Le jour du Seigneur viendra comme un voleur, en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. Puisque tout cela est en voie de dissolution, combien votre conduite et votre piété doivent être saintes. Attendez et hâtez l’avènement du jour de Dieu, jour à cause duquel les cieux enflammés se dissoudront et les éléments embrasés se fondront ! Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. » 2 Pierre 3 :10-13

Cette description de l’apôtre Pierre confirme l’option de l’attente active. Le verset suivant parle même d’être appliqué, d’être empressés avec sérieux. A propos du verbe hâter, le dictionnaire grec de Labor et fidès, mentionne d’autres sens, comme : aspirer, rechercher avec empressement, avoir du zèle, prendre au sérieux.

C’est toute l’ambiance des retrouvailles avec l’être aimé qui s’exprime !

 

Conclusion :

 

Comme nous venons de le constater, prononcer «  que vienne ton règne » n’est que la partie immergée de l’iceberg. Ces mots soutendent un espace secret, invisible aux hommes, mais connu de Dieu. Ils traduisent la profondeur de notre relation avec Dieu. Lorsque nous prions, toute notre espérance dans ses promesses éclate et transparaît au grand jour.

«  Or, l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » Romains 5 :5

 

Cette deuxième requête révèle vraiment l’état d’esprit qui nous anime. De plus, elle nous rappelle que l’enseignement du règne ou du royaume est au centre de la prédication de Jésus. C’est bien Dieu qui ponctuera l’histoire des hommes de la façon la plus appropriée pour le bien de ceux qui ont placé en Lui leur espérance. Cette fin de l’histoire peut être moquée par notre présent siècle (Cf. 2 Pierre 3 :3-4), elle l’a toujours été… Mais, quand la réalité cachée de ce règne apparaîtra, Matthieu et Luc nous disent qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. (Cf. Matthieu 8 :12 ; Luc 13 :28)

 

Le Seigneur Jésus a invité ses auditeurs à reconnaître l’autorité de Dieu. Elle se manifeste par une reconnaissance actuelle, concrète de sa royauté. Le double sens de présent et futur, ou de présence et d’attente, se retrouve dans le ministère du Seigneur. Le repas, au cours duquel il a institué la cène, révèle cette double réalité : Celle d’un partage au présent et d’un autre repas, d’un autre festin, dans le royaume à venir. (Cf. Marc 14 :25, 1 Corinthiens 11 :26).

Oui ! « Notre Père qui es aux cieux, que ton règne vienne » aujourd’hui dans nos cœurs.

        

                                                                                        

                                                                                                                              Jacques Eychenne


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