La prière du "Notre Père" 10ème partie

Ou
La prière de référence
Matthieu 6 : 9-13 ; Luc 11 2-4

 10ème  partie 

 

   

 

 

 

Introduction :

 

 

 

Avant de conclure et de procéder à une rétrospective des points édifiants de la prière du « Notre Père », rappelons que la glorification finale ponctue bien notre requête. Qu’importe si son rajout est tardif, cette doxologie donne à cette prière un sens élevé de la relation à Dieu. Elle s’harmonise avec toutes les séquences d’adoration des êtres célestes. (Cf. Apocalypse 4 : 8-9 ; Esaïe 6 :2-3) Elle est un hymne à la gloire de notre Père.

 

 

 

Elle démontre qu’au-delà des demandes, la prière définit un état d’esprit. Il est avant tout désir de relation filiale. Enfin, cette glorification est surtout élan de foi et d’espérance en un avenir que notre Père maîtrise parfaitement.

 

Nous pouvons donc nous abandonner en toute confiance dans cette espérance. L’apôtre Paul dit à ce sujet :

 

« L’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » Romains 5 : 5

 

 

 

Conclusion :

 

 

 

Cette merveilleuse prière du « Notre Père » est le socle sur lequel la chrétienté peut s’appuyer. Elle est un concentré du plan de Dieu pour l’homme. La formulation bien équilibrée en 6 demandes en est une démonstration patente et concrète :

 

 

 

- Trois demandes concernent notre relation avec le Père.

 

- Trois demandes explicitent nos besoins. Mais aussi, notre positionnement en tant que fils et filles de notre Père. Se tourner vers lui, simplement et spontanément, fait partie de notre quotidien.

 

 

 

La priorité de nos requêtes est de nous repositionner dans une vraie relation au Père. Il est bon de se souvenir que tout commence avec Dieu. Avant de présenter nos doléances, il est nécessaire de reconnaître ce Père et ce qui nous rattache à lui.

 

 

 

Notons que la loi royale, comme l’appelle l’apôtre Jacques (Cf. Jacques 2 : 8) a la même structure. Les quatre premiers commandements définissent nos rapports avec Dieu, les six autres, nos devoirs vis-à-vis de notre prochain. (Cf. Exode 20 : 1-17)

 

En passant, constatons l’harmonie entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Notons aussi la progression dans la révélation. Si Moïse révèle un Dieu transcendant et libérateur, Jésus nous révèle un Père. Le message du Seigneur a pour objectif de réunir la famille désunie.

 

 

 

Les deux versions de cette prière référente, celle de Matthieu et celle de Luc, recouvrent la même réalité.

 

 

 

Elles disent la même vérité, malgré quelques difficultés de traductions et les malentendus inhérents à la compréhension de certains mots, comme pardon, tentation, induire… Elles s’adressent de plus à des destinataires différents. Matthieu a le projet de démontrer que l’ Ancien Israël et les nouvelles communautés chrétiennes ne forment qu’un seul peuple. Luc a le souci de s’adresser à ces nouvelles communautés chrétiennes essaimées autour du bassin méditerranéen. Mais le contenu est le même, il dit que notre prière est avant tout désir de relation vivante au quotidien.

 

 

 

Faut-il dès lors reprendre la formulation du Christ pour un usage personnel, ou faut-il lui donner une dimension liturgique ?

 

 

 

Le consensus des exégètes et chercheurs sur ce texte est éloquent : Avant de répondre à une préoccupation d’ordre liturgique, les textes de Matthieu et de Luc ont une vocation évangélique. L’évangile est avant tout bonne nouvelle à partager. Ce n’est que plus tard que les diverses communautés ont, suivant leur tradition, donné à ce texte un caractère plus liturgique. Mais pour être collective, il aurait fallu que chaque demande reflète un besoin collectif et ce n’est pas le cas. D’ailleurs chez Luc, Jésus répond à une question d’un de ses disciples. (Cf. Luc 11 : 1) La question personnelle attend une réponse personnelle.

 

 

 

Pourquoi insister sur ce point alors que les aspects personnels et communautaires sont complémentaires ?

 

 

 

Parce que la prière est avant tout une relation personnelle. Elle s’inscrit dans une relation intimiste. C’est entre Dieu et moi. Le contexte immédiat de la prière du Seigneur est éloquent.

 

« Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme la porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » Matthieu 6 : 6 .

 

Moment de grâce entre le Père et son enfant. Cette relation est aux antipodes du formalisme. (Cf. Matthieu 6 : 7) Elle est vivante, pleine d’expressions, de nuances et d’émotions. Elle est riche en ressentis, en respect, en sentiments. Il faut en témoigner inlassablement. Le « Notre Père » n’est pas une formule à réciter, ni à redire machinalement. C’est plutôt une référence à conserver dans son cœur, un modèle qui nous dit comment nous exprimer, si nous sommes en difficulté d’expression. C’est encore un chemin à suivre, embaumé d’un parfum exhalant un état d’esprit d’amour.

 

Cette prière référente est comme un bon pain complet, riche de tous les éléments nutritifs nécessaires à notre développement spirituel. Il faut le mastiquer lentement, càd, prononcer lentement chaque demande. Faire une pose afin de s’impliquer pleinement.

 

Chaque demande est comme un engagement dans l’amour filial. Il est aussi acte de foi. De ce fait, il doit être précédé par une réflexion sur soi, par rapport à ce qui nous lie vraiment au Père.

 

Certes, nous pouvons aussi nous appuyer sur la formulation du Seigneur. Mais nous sentirons très vite la nécessité de l’accompagner de nos propres mots, pour prolonger, dans le même esprit, cette relation vivante. La prière devient alors le lieu privilégié d’un partage apaisant. Il ne faut d’ailleurs pas hésiter à utiliser diverses traductions afin d’écorner la routine et sa monotonie.

 

Une vieille tradition chrétienne, déjà pratiquée au Moyen-Age, prenait chaque jour une demande du « Notre Père ». Pendant les six jours, chaque demande était détaillée et on reprenait l’ensemble des requêtes, en communauté le 7ème jour de la semaine.

 

C’est dans la mesure où cette prière dominicale aura fait l’objet d’une méditation personnelle qu’elle aura du sens dans une évocation communautaire universelle.

 

 

 

Pourquoi cette prière ne s’adresse qu’au Père ? Pourquoi le Christ n’est pas mentionné ?

 

 

 

La Bible nous enseigne que tout part du Père. C’est lui le géniteur. C’est lui qui donne une descendance. C’est lui qui protège et apporte la nourriture nécessaire à la famille. Le Père symbolise celui qui peut parfaitement satisfaire tout ce qui est nécessaire au plein épanouissement de chacun et chacune. (Cf. 2 Corinthiens 1 : 3-4)

 

 

 

Implicitement, cette prière nous relie à Jésus-Christ. Comment ?

 

« Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils ; et si tu es fils, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu » Galates 4 : 6-7

 

Et Luc nous rapporte la révélation du Seigneur :

 

« Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils, si ce n’est le Père, ni qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Luc 10 : 22

 

 

 

Pourquoi cette prière présente-t-elle deux séquences ?

 

 

 

On commence par le temps de Dieu, et ensuite par celui de l’homme. Qu’est-ce à dire sinon que Jésus nous invite à adhérer au projet global du Père, avant même que nous ressentions le besoin de formuler nos propres demandes. Si le Père est tout disposé à nous donner du pain afin que l’on vive, c’est assurément pour que nous soyons rattachés à un grand projet d’amour. Ce projet est clairement présenté : Chaque fils et fille de Dieu le Père se positionne dans l’attente de son règne, dans l’avènement de son royaume.

 

Ainsi nos demandes éclairent une marche vers une destination précise. Elles ne sont pas déconnectées d’une réalité qui appartient au Père. Nos demandes sont cohérentes dans cette perspective.

 

 

 

Avec le pain, le Père soutient au quotidien notre vie. Cette grâce imméritée nous est accordée pour marcher dans son projet de vie.

 

Avec le pardon, Le Père nous dégage un espace de liberté pour que l’on avance sereinement. Nos sacs à dos sont allégés en vue d’une meilleure progression vers le royaume.

 

Avec la délivrance du mal, c’est l’assurance que tout se terminera bien. Le triomphe de notre Père est déjà une réalité. Il nous faut l’accueillir avec humilité, sachant que notre rapport au mal n’est pas du tout confortable. Reconnaissons que notre volonté ne s’harmonise pas souvent avec celle du Père. Il faut apprendre à s’abandonner, et à se laisser conduire dans le chemin le plus heureux pour nous. Il n’ y a pas de plus belles louanges que de laisser notre Père achever en nous son projet de vie éternelle. (Cf. Philippiens 1 : 6)

 

 

 

En résumé, prononcer de tout son cœur :

 

« Notre Père qui es dans les cieux»,

 

 

 

C’est reconnaître que nous sommes fils et filles d’un unique Père, Père de tous les hommes.   Nous faisons corps avec son projet d’amour, sans discrimination, reconnaissant que nous sommes tous frères d’humanité. Nous ne sommes pas le fruit du hasard. Notre Père est créateur des cieux et de la terre, créateur du visible et de l’invisible, soyons fiers et heureux de porter son nom, et de nous positionner comme ses enfants.

 

 

 

« Que ton nom soit sanctifié »,

 

 

 

C’est par son nom que nous sommes reliés à lui. Cette résonance a pour écho le désir de connaissance, le besoin de relation et de découverte, et la joie d’être reconnu et accueilli. En contrepartie, elle nous engage à glorifier, respecter, mettre à part ce nom dans nos vies. Cela pose la question de la place qu’occupe ce Père dans notre quotidien.

 

 

 

« Que ton règne vienne »,

 

 

 

C’est désirer entrer dans le projet du Père. C’est permettre à notre foi de s’emparer de ses promesses. C’est dire que notre attente doit être active, joyeuse et sereine. C’est dire aussi notre confiance dans l’avènement de ce royaume éternel, et montrer qu’ici bas, nous sommes en marche vers ce point d’orgue de l’histoire de notre humanité.

 

 

 

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »,

 

 

 

C’est avant tout accepter qu’elle se fasse en nous, tout comme elle l’est dans le ciel. C’est reconnaître nos limites et notre besoin d’aide. C’est dire encore notre désir de proximité avec ce tendre Père. C’est lui redonner la première place dans nos vies.

 

 

 

« Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien »,

 

 

 

C’est reconnaître que Notre Père pourvoira à tous nos besoins matériels et spirituels et que nous pouvons nous approcher de lui en toute assurance. Notre inquiétude n’a plus de raison d’être.

 

 

 

« Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »,

 

 

 

Cette demande de remise de dettes nous redonne un espace de liberté. Il nous permet d’avancer vers le royaume. Sachons accorder la même réciprocité à autrui. Cette demande est aussi reconnaissance de nos limites à satisfaire les exigences d’amour de notre Père.

 

Elle nous responsabilise et nous invite à ne pas refuser à notre prochain, ce que Dieu nous accorde comme grâce imméritée. Si le Père nous décharge de nos pesants fardeaux, c’est afin de nous donner envie de transmettre à notre prochain ce magnifique espace de liberté. Recevoir et donner le pardon est un acte libérateur.

 

 

 

«  Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin »,

 

 

 

C’est prendre conscience que nous ne sommes pas seuls dans les épreuves. Nous sommes accompagnés dans nos expériences de vie par un Père veillant et aimant. Il ne permettra pas que nous soyons éprouvés au-delà de nos forces. Il est prêt à guider nos pas, afin que nous surmontions les zones dangereuses, les situations critiques. Cette assurance nous rassure.

 

Notre Père nous arrache au danger, nous délivre des pièges du malin, nous libère et nous sauve. Protection et sécurité nous sont communiquées. Quoi de plus merveilleux !

 

 

 

«  Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles, Amen ! »

 

 

 

C’est dire que notre prière ne se limite pas à des demandes. Elle est avant tout énoncée dans un esprit d’adoration et de louange. Cette proclamation de foi est aussi cri d’espérance. Notre Père garde bien en main la gouvernance de notre monde pour une destination glorieuse. Sa puissance d’amour n’a pas d’égal. Elle triomphera de tous les malheurs de cette terre. C’est dans la lumière incandescente de sa personne que la famille universelle se rassemblera pour vivre une éternité bienheureuse. Dieu retrouvera sa première place, la vérité brillera comme le soleil, et notre Père entendra le chœur universel de tous les êtres créés lui rendre un vibrant hommage.

 

Qu’il en soit ainsi, c’est le plus cher et grand désir de notre cœur ! Amen !

 

 

 

                                                                                               Jacques Eychenne

 

PS : Faisons un bond de plus de deux mille ans d’histoire chrétienne, et prononçons le « Notre Père » dans la langue du Christ.                                    

 

           Texte en araméen

 

       Prononciation phonétique

 

 

 

Awoun       douèshméïa,
   Notre Père qui es aux cieu

 

Nèth (q)radash(e)    shmarh
    Que soit sanctifié  votre nom

 

Tété merkouzarh(z= th anglais) 

 

    Vienne votre règne

 

Névé      sévianarh
    Soit faite  votre volonté 
Eikén en douèshméya abb’hara
 
    Comme  aux cieux  sur terre

 

Haoul’ann lar’man-sourane    èn’yomana
Donnez nous  notre pain quotidien  aujourd’hui

 

Ouérsh’ourl’ann   houbènn ou arbarènn
Pardonnez   nous    nos    offenses
Eikén ann-ap  nann shouaria     faïawénn
Comme nous,  nous pardonnons nos offenseurs

 

Oulla   tal’ann   in    tçiona
Ne nous soumettez pas à la tentation

 

Ella-pass’ ann èn bicha
Délivrez nous du mal

 

Motorrl-dilar’y merkouzarh
Car vous appartient le règne
Ourhail’o tèchporta all’almine
La puissance et la gloire
Amen


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