Heureux les morts

 

   

  Heureux les morts

                  ou

   un message d’espérance

 Apocalypse 14 : 13

 

 

Introduction:

 

Dans le contexte actuel d’une pandémie dont on ne voit plus la fin, de nombreuses questions se posent au citoyen lambda de tout pays. On nous abreuve de chiffres et de statistiques qui génèrent plus d’anxiété que de sérénité. Dans cette ambiance, il est bon de s’interroger sur les questions qui concernent notre existence. Comme chacun le sait, toute personne connaît le bonheur de la vie et sera confrontée à la réalité de la mort. Justement, est-ce que cette dernière est pour nous une épouvante, un mauvais moment à passer, un grand point d’interrogation ?

Puisque la Bible nous parle des origines de la vie, que nous dit-elle sur la dernière échéance de la mort ? (1).

L’apôtre Jean (le dernier apôtre à nous avoir laissé un message) nous dit dans son livre : « j'entendis une voix qui, du ciel, disait : Écris : Heureux dès à présent ceux qui sont morts dans le Seigneur ! Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent de leurs labeurs, car leurs œuvres les suivent. » Apocalypse 14 : 13, version TOB. L’apôtre écrit cette phrase qui lui est dictée par une voix céleste. Elle émerge positivement, alors que Jean voit défiler des scènes de jugement et de fin du monde. Comme un puits de lumière dans une cellule obscure, cette béatitude a de quoi nous surprendre. Peut-être même que pour certains « heureux les morts » se présente comme une provocation. Quoi qu’il en soit, essayons d’approfondir la portée de cette déclaration solennelle.

 

Développement :

 

Rappelons tout d’abord que le livre de l’Apocalypse se définit comme la révélation de Jésus-Christ (cf. Apocalypse 1 : 1). Le mot apocalypse est un mot composé en grec. Le verbe qui donne son sens original signifie : découvrir, regarder sous le voile. En réalité le livre de l’Apocalypse, loin d’être explicitement une description de catastrophes, est avant tout un livre qui nous parle de la suite du ministère de Jésus-Christ. On pourrait intituler ce livre : à la découverte de Jésus-Christ. (Cette précision est rendue nécessaire à cause de l’usage populaire et journalistique que l’on en fait).

La grande nouveauté spirituelle nous plonge dans le ministère d’intercession que le Christ a poursuivi auprès de son Père. Non seulement il a donné sa vie pour nous, mais encore, depuis ce temps, il plaide notre cause. L’apôtre Jean déclare : « Mes enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas ; et si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste » 1 Jean 2 : 1, version DRB. L’apôtre Paul avait déjà confirmé ce propos : « Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie ! Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède

pour nous ! »  Romains 8 : 33-34, version TOB.

Il est agréable pour nous d’acter le fait que Jésus de Nazareth n’a pas cessé de défendre la cause de tous les humains ; cf. Hébreux 5 : 7. Cette plaidoirie l’a conduit à accepter le sacrifice suprême de la croix. Mais, désormais ressuscité et à la droite, il poursuit son ministère de Souverain sacrificateur (cf. Hébreux 8 : 1). C’est la plus haute fonction qui ait été confiée au Christ, « car il est le médiateur d’une bien meilleure alliance, dont la constitution repose sur de meilleures promesses » Hébreux 8 : 6, version TOB.

Beaucoup de croyants ne posent leur regard que sur la croix d’un mourant à Golgotha. Mais la vérité est que nous ne vénérons plus un mort, mais un vivant. Il est ressuscité et il intercède pour nous. Elle est là la glorieuse bonne nouvelle ! Prenons-nous vraiment conscience que nous sommes sauvés autant par sa mort, que par son intercession permanente ?

 

Ceci dit, revenons au texte ci-dessus et reformulons précisément les mots. Le premier que Jean doit écrire est : heureux = μακάριος = makarios = béni, heureux, bienheureux. C’est le même mot que nous retrouvons dans les béatitudes que Jésus de Nazareth prononça sur les berges du lac de Galilée (cf. Matthieu 5 : 1-12).  

Près de quatre siècles avant lui, Platon (428-348 ; dernier dialogue après le philèbe ; second volume des lois, livres 7 à 12) avait déjà donné ce sens de bienheureux à ce mot.

Comment comprendre un bonheur dans la mort ? et cela d’autant plus que le texte parle d’un bonheur instantané.  L’expression grecque ne laisse planer aucun

doute : ἀπ᾽ ἄρτι = à partir de maintenant, depuis ce temps. L’adverbe ἄρτι = arti = à l’instant, maintenant, cf. Jean 13 : 19).

Plusieurs traductions confirment : « Heureux dès à présent ceux qui sont morts dans le Seigneur » version TOB ; « Heureux dès maintenant les morts… » version Pirot-Clamer ; « heureux les morts qui meurent dans le Seigneur, et ce dès maintenant ! » version Segond 21. Précisons, comme le fait la Bible annotée, que le « dès maintenant » ne se rapporte pas « à ceux qui meurent », mais à « Heureux ».

Ajoutons que mourir dans le Seigneur ne fait pas automatiquement et exclusivement référence aux premiers martyrs du christianisme. Cette expression explicite d’une manière générale ceux qui meurent dans la foi en Jésus-Christ (cf. Apocalypse 14 : 12).

 

Pourquoi sont déclarés heureux ceux qui meurent dans le Seigneur ?

 

Le texte qui suit donne la réponse : « Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent de leurs labeurs, car leurs œuvres les suivent ».

 

  1. Le croyant devrait être heureux d’entrer dans le repos de la même manière qu’un travailleur est heureux de finir sa semaine et d’entrer dans le repos du week-end.

 

Bibliquement, il est apaisant de savoir que la mort est comparée à un sommeil. C’est l’image favorite usitée par notre Seigneur.

- Souvenons-nous de l’histoire de ce notable (cf. Le chef de la synagogue, nommé Jaïrus, selon Marc 5 : 22) qui vint trouver Jésus, car sa fillette était morte. Que déclare solennellement le Christ dans cette maison entourée d’une foule bruyante et où se produisaient des joueurs de flûte : « retirez-vous ; car la jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui » Matthieu 9 : 24, version LSG.

 

- Souvenons-nous de la tristesse de Marthe et Marie, les amies que Jésus aimait. Lazare leur frère était mort depuis quatre jours, et tout le monde pleurait dans le village de Béthanie (il surplombe Jérusalem). Lazare avait été déposé dans une grotte et l’accès était fermé par une grosse pierre. Le Christ avait rassuré les deux sœurs par ces mots « Lazare, notre ami dort, mais je vais le réveiller » Jean 11 : 11, version LSG. Mais, devant le tombeau et le corps de son frère qui était déjà en décomposition, Marthe entendit la parole du Seigneur lui dire : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » Jean 11 : 40, version LSG. Et Jésus ressuscita Lazare.

La mort est un sommeil. De même qu’après une dure journée de travail on est content d’entrer dans un bon sommeil réparateur, de même la mort met un terme à tous nos labeurs pour nous faire entrer dans un repos bienfaisant. Mais qui dit sommeil dit réveil ! toute la nature nous enseigne que rien ne meure. Tout se transforme. Cette assurance a pour objectif de nous éviter toutes les angoisses à l’approche de cette dernière échéance. C’est la raison qui pousse la voix du ciel (dans notre texte) a déclaré heureux ou même bienheureux et bénis ceux qui entrent dans ce repos.

Jean d’Ormesson, ancien membre de l’Académie française, cet agnostique mort depuis quelques années, nous avait donné sa version de la mort. Il en parlait fort élégamment et sans réserve. Le sujet ne le dérangeait pas. Il avait écrit : « La mort est le but et l’issue de toute vie et il est impossible de rien en dire. Nous savons tout -ou presque- de la vie jusqu’à la mort. Nous pouvons parler de cette part de la mort qui appartient encore à la vie. Nous ne savons rien de la mort après la mort. Nous n’en avons jamais rien su. Nous n’en saurons jamais rien. Et peut-être n’y a-t-il rien à savoir » guide des égarés, Gallimard, Editions Héloïse D’Ormesson, décembre 2017, p.66.

Véhiculant une pensée populaire, notre écrivain se trompe. Nous savons que la mort est un sommeil et que la vie l’emportera. Redisons-le : qui dit sommeil dit réveil ! Dès lors, à quoi supputer plus encore ! il est vrai que nous voulons tout savoir ! Si le croyant doit faire confiance à Dieu sur les origines de la vie qu’il est impossible scientifiquement d’expliquer et de préciser, pourquoi ne pas faire de même pour la fin de vie ! Pourquoi avancer des hypothèses sur la vie après la mort au lieu de nous centrer sur les paroles rassurantes du Christ ? Il est vrai qu’au cours des siècles les tentatives humaines n’ont pas manqué de vouloir apaiser nos angoisses, mais est-ce à dire que la foi serait insuffisante ? A-t-on besoin de tout connaître pour aimer ?

 

  1. Leurs œuvres les suivent :

 

Il est question ici des actions et des motivations de ceux qui meurent dans la foi au Christ ressuscité. Ces actions n’ont pas de valeurs méritoires. Celui ou celle qui a foi en Christ est convaincu que le salut offert par Dieu est pure grâce. La foi agit comme une main qui la saisit (cf. Ephésiens 2 : 8). Le croyant est heureux, car il actionne sa confiance en lien directe avec le Christ ressuscité. Nous ne sommes pas dans un rapport commercial : « j’ai fait, tu me dois ! » Nous n’avons aucun mérite, car notre résurrection a été acquise par Jésus lui-même. Comme le dira l’apôtre : « Si Christ n’est pas ressuscité votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés… Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts » 1 Corinthien 15 : 17,20, version LSG. Ailleurs, l’apôtre précisera : « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ; et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ… Où donc est le sujet de se glorifier ? il est exclu. Par quelle loi ? par la loi des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi » Romains 3 : 23-24,27, version LSG.

Nos œuvres nous suivent, car la prise de conscience que tout est grâce et don de Dieu nous habite. L’apôtre Paul en a largement rendu témoignage (cf. Romains 15 : 17-18).

Relevons une précision du texte. Il est dit « leurs œuvres les suivent ». Qu’exprime le verbe suivre : ἀκολουθέω = akoloutheo = suivre celui qui précède, se joindre à sa suite, accompagner ; se joindre comme disciple, devenir ou être un disciple.

Autant dire que tout ce que nous faisons n’est pas à mettre en avant. Nos motivations et nos actions sont derrière nous comme une queue de comète. Elles ne sont que la traînée de notre amour pour Dieu le Père et son envoyé Jésus-Christ.

Dès lors, on saisit mieux pourquoi les fidèles sont appelés bienheureux. Ils sont allégés d’un poids énorme. Ils peuvent avancer vers la mort le cœur léger, car tout le poids de leurs culpabilités a déjà été porté par le Christ sur la croix. C’est la raison pour laquelle Jean parle du chant des rachetés de la terre (cf. Apocalypse 14 : 3—4).

Pourquoi ceux qui meurent dans la foi au Christ ressuscité sont heureux ? parce que leur foi est l’expression de leur amour, or l’amour bannit la crainte. L’amour fait confiance à l’autre et s’appuie sur la valeur de ses paroles. Or, le Christ a été limpide dans son message d’amour : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » Jean 5 : 24, version LSG.

Quelle sublime promesse !

Celui ou celle qui adhère par amour aux paroles du Christ a cette assurance inexplicable, mais prodigieuse, d’éviter le jugement dernier et de passer directement de la mort à la vie. C’est « le passe sanitaire » le plus sûr et le plus efficace ! Avec lui, on peut entrer directement sans contrôle dans la vie éternelle. En accueillant cette exquise bonne nouvelle, notre mort se confond avec une résurrection de vie (cf. Jean 5 : 29). Gageons que le plus grand nombre opte pour « ce passe sanitaire ! » Son efficacité n’est plus à prouver…

 

« J’entendis une voix qui, du ciel, disait : Écris : Heureux dès à présent ceux qui sont morts dans le Seigneur ! Oui, dit l'Esprit, qu'ils se reposent de leurs labeurs, car leurs œuvres les suivent. » Apocalypse 14 : 13, version TOB.

 

Les raisons de la joie profonde de ceux qui ont foi en Christ reposent sur un double fondement :

  • Cette foi repose sur les faits objectifs de la Toute-puissance de Dieu au travers de son magnifique projet de vie, mais aussi de sa volonté rédemptrice pour sauver le genre humain de son tragique naufrage.
  • Cette foi repose sur une expérience personnelle qui se mue en certitude d’un salut gratuit. C’est ce que l’apôtre Paul a merveilleusement bien décrit :

 

 « Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur » Romains 8 : 37-39, version TOB.

 

Jean d’Ormesson a traduit avec ses mots ce double fondement de la foi :

« Les chrétiens ont deux convictions, et peut-être seulement deux. Ils croient à Dieu comme source et comme sens de l’univers. Et ils croient à un homme nommé Jésus en qui leur Dieu s’est incarné et qui enseigne conjointement l’amour de Dieu et l’amour des hommes » idem, op. cit, p 114.

 

Pourquoi redouter la mort ? Aucune explication satisfaisante ne peut être évoquée pour attiser nos craintes et nos angoisses. A moins que nous fassions le choix de refuser ce que Dieu nous propose…

 

Conclusion :

 

Oui ! ceux et celles qui adhèrent aux paroles de vie du Seigneur Jésus peuvent regarder l’avenir avec sérénité. Les apôtres, et tous les croyants qui nous ont précédés, ont gardé au fond de leur cœur cette prégnante assurance d’une autre vie plus belle et plus durable.

Non ! la crainte ne fait pas partie de l’amour. L’expérience humaine des gens qui s’aiment en témoigne. De ce fait, nous pouvons avancer heureux, bienheureux, béni.

 

« Chercher Dieu, c’est la foi, le trouver c’est l’espérance, le connaître c’est l’amour, le sentir c’est la paix, le goûter c’est la joie, le posséder c’est l’ivresse » Marthe Robin (19002-1981) religieuse.

 

« La mort, c’est la vie…Et vous savez pourquoi nous mourons ? C’est parce que nous vivons. Et nous avons de la chance de mourir » Jean d’Ormesson.

 

L’apôtre Paul a dit : « Christ est ma vie, et mourir m’est un gain…J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur » Philippiens 1 : 21 et 23, version LSG.

 

« Car nous marchons par la foi et non par la vue ; nous sommes pleins de confiance, et nous aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur » 2 Corinthiens 5 : 7-8, version LSG.

 

                                                                            Jacques Eychenne

 

 

 

Ps : (1) brève explication du processus de vie et de mort.

  • Vision hébraïque retenue dans tout l’Ancien Testament (la définition est objectivement analytique). L’être humain est composé de deux éléments seulement. Un élément matériel : la terre ; un autre le souffle divin (cf. Genèse 2 : 7). Equation : Corps + Esprit = âme vivante.
  • Vision grecque présentée par Paul. Il est le seul parmi le collège apostolique à avoir développé cette pensée, et nous pouvons le comprendre, car il s’est adressé principalement aux habitants du monde gréco-romain. (La définition est subjective. Elle définit l’être vu de l’intérieur).  L’être est composé de trois éléments : le corps, l’esprit et l’âme. (Cf. 1 Thessaloniciens 5 : 23).

A la mort l’esprit retourne à Dieu et l’être n’est plus. Jésus a véhiculé la vision hébraïque. A sa mort, ce n’est pas son âme qui est montée vers Dieu son Père, mais son esprit (cf. Matthieu 27 : 50 ; Jean 19 : 30). L’esprit est impersonnel, il est rendu à Dieu. Dans la conception hébraïque l’âme est mortelle (cf. Ezéchiel 18 :20). L’âme n’est qu’un mot décrivant l’union du corps et de l’Esprit. A la mort l’esprit retourne à Dieu et le corps retourne à la poussière, l’âme n’est plus. Même dans la pensée paulinienne l’âme ne monte jamais au ciel. Aucun texte n’appuie cette thèse. Dans la pensée du christ la mort et la résurrection ne font qu’un. La notion de temps disparaît.

 

TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible ; LSG, version Louis Segond.

 

 

 

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