Amour ou Foi ?

 

 

 

       Amour ou Foi ?

                        ou

  comment être sauvé ?

 

Introduction :

 

Quand on est traversé par la pensée centrale du Nouveau Testament, une question s’éveille en nous : Pourquoi sommes-nous sauvés par la foi et non par amour ? Cette interrogation est d’autant plus prégnante que Jésus de Nazareth, dont les historiens consentent à authentifier l’existence, a été perçu comme le chantre inégalé de l’amour. Dépassant une lecture linéaire de la loi, ne fit-il pas référence à ce qui a présidé à l’énoncé des commandements ? Aucun autre maître en religion n’a été aussi loin que Jésus sur le sujet de l’amour. N’a-t-il pas même prôné l’amour des ennemis !

« Et moi, je vous dis: Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. » Matthieu 5 : 44, version TOB. Ailleurs, il dira à ses auditeurs : « Mais je vous dis, à vous qui m'écoutez: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre. À qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique. À quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas. Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance vous en a-t-on? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance vous en a-t-on? Les pécheurs eux-mêmes en font autant. Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu'ils vous rendent, quelle reconnaissance vous en a-t-on? Même des pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu'on leur rende l'équivalent. Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. »  Luc 6 : 27-35, version TOB.

Aucun référent spirituel religieux n’avait précisé avec autant de majesté et de profondeur les contours des vertus de l’amour

 

Développement :

 

Alors, si les Evangiles présentent le Christ comme le grand dispensateur d’un amour d’essence et d’inspiration divine (en grec : ἀγάπη), comment se fait-il que nous ne soyons pas sauvés par la pratique de l’amour tout simplement ? La question devient encore plus pertinente quand les apôtres développent le sujet. Jean va même jusqu’à nous dire :

« nous, nous connaissons, pour y avoir cru, l'amour que Dieu manifeste au milieu de nous. Dieu est amour: qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. »  1 Jean 4 : 16, version TOB. Par ailleurs, l’apôtre écrira  cette salutation: « que la grâce, la miséricorde et la paix soient avec vous de la part de Dieu le Père et de la part de Jésus -Christ, le Fils du Père, dans la vérité et l'amour ! »  2 Jean 1 : 3, version Nouvelle Edition de Genève. De son côté l’apôtre Paul précisera : « l'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné. »  Romains  5 : 5, version TOB. 

 

Réitérons volontairement la question : si le carburant spirituel est manifestement dans la prédication du Seigneur Jésus, l’amour, comment se fait-il que la condition cardinale d’entrée dans le royaume de Dieu soit la foi et non l’amour ?

Car Jésus de Nazareth a déclaré formellement : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. »  Marc 16 : 16, version TOB. Plus précisément : « Celui qui aura la foi (cf. πιστεύω = avoir la foi)… sera sauvé ».

Certes, il n’est pas nécessaire d’opposer amour et foi. Bibliquement parlant les deux viennent de Dieu. C’est comme un capital qui nous a été donné au départ. A chacun et chacune de les faire fructifier. Toutefois, il faut  chercher à comprendre ce qui distingue l’un et l’autre. En français l’un est au masculin, l’autre au féminin. Mais allons plus loin qu’une simple définition grammaticale !

 

  1.  L’amour : défini comme un élan du cœur, il se présente comme le lien de communication par excellence. Il fait appel plus précisément à des sentiments. Il révèle en fait qui nous sommes vraiment. L’apôtre Paul a sublimement dépeint cette vérité qui nous concerne au premier chef : « s'il me manque l'amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante… quand j'aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s'il me manque l'amour, je n'y gagne rien. L'amour prend patience, l'amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'irrite pas, il n'entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. » 1 Corinthiens 13 : 1-7, version TOB.

Le propos poétique est extrêmement fort. Même la foi ne résiste pas à l’amour… Alors pourquoi ne sommes-nous pas sauvés par amour ? D’après l’enseignement du Seigneur, il semblerait que l’amour soit en priorité ce qui lie les humains entre eux, même s’il nous demande d’aimer Dieu en premier…

La formulation des béatitudes, l’importance du pardon, l’appel à la non-violence, le soin à apporter aux plus démunis, la défense de la veuve et de l’orphelin, le respect des êtres et de la vie, tous ces éléments qui s’agrègent ont pour vocation première le lien harmonieux de la vie entre les humains. Gardons-nous toutefois de transformer l’enseignement du Seigneur en bouillon de culture ou en potée populaire et de faire de Jésus une sorte de prophète baba cool sympa qui rajouterait une dernière béatitude : «  Nous irons tous au paradis ».

 

Cela dit, l’amour est la valeur morale la plus éminente, mais c’est aussi la plus exigeante … c’est une force qui transforme le regard sur soi et sur les autres. Fiodor Dostoïevski disait : « Aimer un être, c’est le voir comme Dieu a voulu qu’il soit ».

 

Pourquoi Dieu, notre créateur,  nous a transmis une partie de ce qu’il est, c’est-à-dire l’essence même de l’amour ? (nous avons été créés à son image, cf. Genèse 1 : 27), N’est-ce pas pour que nous réalisions que sans amour, donc sans lui, notre vie peut être vide. Bien sûr, cet objectif peut paraître inaccessible autant que Dieu peut l’être. Qui sommes-nous pour oser prétendre aimer vraiment ? Le chemin est parsemé de chausse-trappes. Il faut vaincre la peur d’être déçu, l’appréhension d’être rejeté, la crainte d’être incompris, l’impossibilité d’accéder au vrai bonheur, même si l’évangile du Christ nous dit que nous avons tout à espérer, tout à saisir, tout à vivre pleinement. Il ne s’agit pas de s’alambiquer l’esprit et de compliquer les choses. Affirmons-le sans ambages, ce que le Christ nous propose fait référence à des valeurs inoxydables et irréfragables, car l’amour ne périt jamais. N’est-ce pas le plus grand des commandements ? (cf. Matthieu 22 : 34-40). Mais alors, si l’amour est indispensable à notre bien-vivre, que vient apporter la foi ? Pourquoi est-elle source de salut ?

 

  1.  La foi : Jésus de Nazareth n’a jamais dit : «  va ton amour t’a sauvé », mais toujours « va ta foi t’a sauvé ». Pour saisir la nuance pertinente des propos du Seigneur, il nous faut revenir à une approche des diverses définitions de la foi. L’écrivain biblique de l’épître aux Hébreux nous en propose une : « la foi est l'assurance des choses qu'on espère, et la conviction de celles qu'on ne voit pas. » , version Darby. La foi se différencie de la croyance. Par exemple le diable croit en Dieu (cf. Matthieu 4 : 1-11), mais il n’a pas la foi. Avoir la foi, c’est avoir une confiance totale en Dieu et en son projet de salut avéré en Jésus-Christ. Avoir foi en Dieu, c’est être sûr que l’espérance qu’on cultive est déjà une réalité. C’est avoir une telle confiance en Dieu que notre intime conviction appréhende l’invisible. Autrement dit, la foi nous place en contact direct avec la transcendance divine. C’est une force intérieure qui nous ouvre le chemin comme des lunettes infra-rouges dans la nuit la plus sombre. Bien sûr, que la foi est en lien avec l’amour, mais elle va au-delà des sentiments naturels. Elle est réponse de l’homme à l’appel de Dieu. Or, cet appel défie la raison et le cœur. Il y a de l’insondable, de l’incompréhensible dans la foi, même si au cœur de notre acte de foi, nous pouvons aisément acter la confiance en Dieu. La foi brise notre fantasme à vouloir tout contrôler. Elle nous pousse à accueillir ce qui vient de Dieu, non comme une fatalité mais comme une bénédiction.

La notion de salut devient appropriation d’un acte d’amour délivré par l’envoyé de Dieu, Jésus-Christ, notre sauveur. Comme le disait Paul Claudel lors d’une interview le 19 février 1953, « la foi, c’est la grâce, ce n’est pas un mérite ».

 

Le Seigneur a pour vocation de nous délivrer de nous-mêmes, du poids de nos transgressions et en conséquence de toutes nos culpabilités, pour nous faire accéder à la vraie liberté intérieure. C’est cette liberté qui nous fournit l’opportunité de choisir d’être ou de ne pas être participant de ce royaume de Dieu à venir. Cette foi qui appréhende avec joie ce glorieux avenir se construit au quotidien par une expérience réelle avec le créateur de l’univers. Ainsi la foi, aux formes très personnelles, repose sur un socle concret pour s’élancer vers l’inaccessible et l’irrationnel. Preuve est donnée dans les évangiles !

 

Regardons, par exemple, cette femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans ! Elle souffre depuis longtemps de ce mal. Comment projette-t-elle sa foi ? En pensant pouvoir toucher un bout de tissu du vêtement du Christ. Est-ce que ce tissu avait une propriété spéciale, un pouvoir magique ?Cela relève de l’irrationnel  à notre niveau, mais pas pour cette femme. Elle se dit : « si seulement(μόνος = adverbe) je touche son vêtement, je serai guérie ». Pour elle, une seule chose importe : seulement, oui seulement toucher son vêtement. Ce geste traduit l’attouchement de sa foi. Il dit son immense attente, car pour elle, Jésus seul peut solutionner son problème… Voilà pourquoi Jésus se retourne et lui dit : « Confiance ma fille ! Ta foi t’a sauvée » Mattieu 9 : 22. (cf. le verbe est à l’impératif présent : θαρσέω de θαρρeω = être de bon courage ou avoir du courage, avoir confiance, ne pas craindre, être résolu, être hardi… Tout ce qui définit la foi est contenu dans ce verbe)…

Un autre homme a vécu pareille expérience ! Chez Luc, cette dernière précède et prolonge le premier exemple ci-dessus. Il s’agit d’un père, chef d’une synagogue des bords du lac de Galilée, son nom est Jaïrus. Sa fille âgée de douze ans se meurt, et il désire vivement que Jésus intervienne. Il se prosterne à ses pieds et le supplie d’imposer sa mainsur sa fille (cf. Matthieu 9 : 18; Luc 8 : 41,42). Mais Jésus ne répond pas, la foule le presse, il avance, et c’est à cette occasion que la femme hémorroïsse (dont nous venons de parler) touche la frange du vêtement du Seigneur, et le miracle s’accomplit à l’instant même. Mais Jaïrus n’a toujours pas de réponse, pourtant il continue à suivre la foule, quand soudain quelqu’un de sa maison vient lui dire : « ta fille est morte. N’ennuie plus le maître » Luc 8 : 49, version TOB. Certainement l’information a été portée à haute voix, car Jésus l’entend et cette fois répond à Jaïrus (qui est toujours là) par ces mots : « Sois sans crainte; crois seulement (μόνον πίστευσον = fait seulement acte de foi) et elle sera sauvée. ».  Luc 8:50 TOB. (Notons au passage que le seigneur est plus préoccupé du salut des personnes que de leur guérison).

 

Ces exemples démontrent que la foi va au-delà des sentiments profonds. Même si nous avons de la difficulté à séparer amour et foi, car les deux notions sollicitent l’adhésion de notre être dans son entier, la foi relève du mystère. Certains diront mais non ! Vous n’avez qu’à lire ce qu’écritl’apôtre Paul, ne dit-il pas explicitement: « la foi vient de la prédication et la prédication, c’est l’annonce de la parole de Christ. » Version TOB. Mais alors, pourquoi dès lors, tous n’ont pas la foi ?

 

Il y a une part d’énigme, d’inattendu et de complexité dans l’avènement de la foi. L’analyse humaine ne saurait séquencer le travail de l’esprit. Nous ne pouvons que témoigner de sa réalité dans nos quotidiens…

 

Mais, il se pourrait aussi que le Seigneur transforme en foi nos gestes d’amour. Rappelons-nous l’expérience de cette femme pécheresse qui s’invite dans la maison de Simon le pharisien. Elle mouille de ses larmes les pieds de Jésus, les essuie avec ses cheveux et les parfume (cf. Luc 7 : 38). Simon perçoit cette attitude comme totalement déplacée, mais le Seigneur va prendre sa défense. Il présente à Simon une autre version des faits :

« Tu vois cette femme? Je suis entré dans ta maison: tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds, mais elle, elle a baigné mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas donné de baiser, mais elle, depuis qu'elle est entrée, elle n'a pas cessé de me couvrir les pieds de baisers. Tu n'as pas répandu d'huile odorante sur ma tête, mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Si je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c'est parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour. Il dit à la femme: « tes péchés ont été pardonnés.», version TOB. Magnifique plaidoirie du Sauveur. Mais que déclare le maître en conclusion à cette femme : « Ta foi t’a sauvée, va en paix» v. . On s’attendrait à ce que Jésus loue l’amour de cette femme ! Mais c’est sa foi qu’il retient pour la faire hériter du royaume de Dieu.

C’est peut-être cela la foi… reconnaître que Dieu transforme en foi toutes nos gestes d’amour. Si bien que certainement beaucoup ont la foi sans le savoir… Dieu qui sonde les cœurs, c’est la révélation qu’il a faite à Salomon, le fils de David : « l'Éternel sonde tous les cœurs et discerne toutes les imaginations des pensées. Si tu le cherches, il se fera trouver de toi… , version Darby.

Si le plus grand des commandements divins donne la priorité à la pratique de l’amour, n’est-ce pas aussi pour laisser le Seigneur métamorphoser cet amour en foi ? C’est exactement ce que Jésus a prédit pour le jour du jugement dernier. Au travers de l’amour que nous n’aurons pas prodigué à nos semblables, c’est en fait le Christ lui-même que nous aurons oublié (cf. Matthieu 25 : 31-46).

Pourquoi sommes-nous sauvés par la foi et non par l’amour ? Ne serait-ce pas pour laisser à notre Père céleste le soin de convertir notre amour imparfait en acte de foi ? D’une foi qui nous permet de saisir l’invisible et qui entretient une espérance joyeuse…

Notre président de la République a parlé dans ses vœux de « la capacité à nous aimer ». Lui qui a été formé à l’école des Jésuites, à la Providence d’ Amiens, sait très bien que cette capacité a besoin d’un souffle et d’une référence. Pour nous chrétiens, pas d’hésitation, c’est faire référence à l’envoyé de Dieu : Jésus-Christ !

Grâce à sa vie et à son message nous avons toutes les raisons d’espérer en un changement radical que le monde présent ne peut nous offrir. L’amour et la foi nourrissent l’espérance. L’apôtre Paul a raison de nous rappeler que « si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes » , version Louis Segond 1975.

Nous sommes invités à bâtir nos vies sur du solide… A cette fin l’apôtre Paul nous rappelle que trois valeurs échappent à l’érosion du temps. Que dit-il ?

" Maintenant donc ces trois là demeurent, la foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand " 1 Corinthiens 13:13, version TOB.

Restons debout et en marche dans la foi, l’espérance et l’amour ! Avec l'aide du Seigneur ne lachons rien !

 

                                                                        Jacques Eychenne

 

 

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