La grippe de la belle-mère

 

La grippe de la

   belle-mère  

Marc 1 : 28-39

 

Introduction :

 

Le premier évangile, celui de Marc, a été probablement écrit entre les années 55 et 65. Marc ou Jean-Marc est cité dans les Actes des apôtres. On sait qu’il habitait Jérusalem et que sa mère s’appelait Marie (cf. Actes 12 : 12). (En contrepoint des habitudes qui font référence au père, on ignore le nom de ce dernier). Marc a accompagné Barnabas (très certainement son cousin) et Paul, lors de leur premier voyage missionnaire. Mais, à cette occasion, Marc décida, pour des raisons que nous ignorons, de rentrer à Jérusalem. Cette attitude déplut à l’apôtre Paul. Il ne voulut plus le prendre avec lui dans ses voyages. Suite à ce différend, Barnabas se sépara de Paul et prit Marc avec lui pour se rendre à Chypre (cf. Actes 15 : 36-41). Marc devait être un garçon sensible, car les souffrances humaines sont très présentes dans son évangile. Il nous présente le Christ comme un serviteur. Il nous invite à découvrir sa personnalité, non en nous rapportant de grands discours, mais au travers de simples actions.

Ainsi, dès le premier chapitre, nous percevons, après le récit du choix des premiers apôtres, l’intention de l’auteur. Il met d’emblée l’accent sur l’action bienfaisante du Christ face à la souffrance humaine. Marc décrit la présence de Jésus en Galilée, plus précisément à Capernaüm, dans la synagogue, le jour du sabbat. Et c’est après l’office du jour, à la sortie de cette synagogue, que Jésus se dirige vers la maison de Simon et d’André. C’est là que Marc nous relate la suite des évènements qui vont retenir notre attention. Le récit qui suit est d’une grande limpidité…

 

Développement :

 

« En sortant de la synagogue, ils se rendirent avec Jacques et Jean à la maison de Simon et d'André. La belle-mère de Simon était couchée, ayant la fièvre; et aussitôt on parla d’elle à Jésus. S'étant approché, il la fit lever en lui prenant la main, et à l'instant la fièvre la quitta. Puis elle les servit. » Marc 1 : 29-31

 

La question que l’on peut se poser est la suivante : pourquoi un fait aussi coutumier, et banal, a-t-il été retenu et décrit par trois des auteurs des évangiles ? D’après le contexte de ce récit, y a-t-il une commune mesure entre le fait de libérer une personne d’une possession démoniaque (cf. Marc 1 : 23-28) et une forte fièvre (d’après Luc 4 :38) ? Ou bien, est-ce aussi parce qu’il s’agissait de la belle-mère de Simon ?

Ce qui est clair en pareille circonstance, c’est que ce texte nous a été conservé afin de nous communiquer un enseignement. A nous de découvrir lequel ? Le Christ n’a-t-il pas dit « apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur » Matthieu 11 : 29

 

Laissons-nous donc instruire par le Seigneur et examinons le contexte du récit.

Le contraste entre la stupéfaction des fidèles de Capernaüm, et le récit de la guérison de la belle-mère de Simon semble éloquent. Que nous dit-il ?

D’un côté, nous avons les gens de la synagogue. Ils sont percutés par l’enseignement de Jésus, au point de croire qu’ils sont en présence d’une « nouvelle doctrine » (cf. Marc 1 :27) ; de l’autre on informe simplement Jésus que la belle-mère de Simon est alitée.

D’un côté, on souligne l’autorité du Seigneur, il  commande les esprits impurs (cf. Possession démoniaque de l’époque), de l’autre on parle de fièvre, mais on ne connait pas sa gravité. Seul l’évangéliste Luc dit qu’il s’agit d’une forte fièvre.

En fait, au lieu de cristalliser l’attention sur les guérisons, le récit synthétise ce qui sera la constante de l’action du sauveur tout au long de son ministère terrestre : sa grande compassion pour la souffrance humaine. Ce court récit semble nous dire qu’il n’y a pas de grand et de petit miracle. C’est seulement l’humain qui établit une hiérarchie et une classification des actes du Sauveur.

 

De plus, ce texte nous révèle un trait de la personnalité du Seigneur : sa simplicité. Elle est souvent occultée dans les commentaires, pourtant elle est touchante et remarquable. Comment s’exprime-t-elle ?

- Il va à la synagogue comme tout le monde. « Jésus entra d'abord dans la synagogue, et il enseigna » Marc 1 : 21. Nous dirions aujourd’hui, Jésus va d’abord au culte ou à l’église, il fréquente l’assemblée des fidèles.

-  Puis, il enseigne, c’est-à-dire qu’il partage. Il n’est pas simple auditeur, il s’implique.

- Jésus ne résume pas sa présence à un discours, il ne donne pas un message, puis disparaît. Il joint l’acte à la parole. Il agit dans la synagogue, il guérit.

- Ensuite, le service terminé, il décide de faire avec Jacques et Jean, une visite aux voisins. Car Simon et André, les deux frères, sont aussi pécheurs de profession et ils habitent à deux pas de là (La maison de Pierre que l’on nous fait visiter à Capernaüm est distante de quelques mètres de la synagogue). Et puis, Simon et André, n’ont-ils pas été appelés en premier par le Seigneur ? (cf. Marc 1 : 16-20). Quoi donc de plus normal que de leur rendre visite.

- Dès son arrivée, le Seigneur est informé. Dès lors, c’est la souffrance qui devient prioritaire. Il va vers cette femme alitée, la prend par la main, la remet sur pieds et la fièvre la quitte. Comment faire plus simple ! Pas de prière théâtrale, pas de gestes grandiloquents, pas de questionnement, de culpabilisation, rien de tout cela.

- D’ailleurs, tout aussi simplement, le Christ accepte naturellement d’être servi par cette femme, comme si rien ne s’était passé. La beauté de ce récit est donc bien dans sa grande simplicité.

Par lui, nous apprenons à mieux connaître qui est, en vérité, Jésus de Nazareth.

 

Essayons maintenant de souligner les aspects édifiants contenus dans sa démarche.

  1. Sa compassion pour les souffrances humaines.
  2. Sa  qualité relationnelle.
  3. Sa simplicité d’homme.

 

1) Sa compassion pour les souffrances humaines :

 

si on examine attentivement le programme de cette journée, on s’aperçoit que le Christ n’a pas rempli une journée de fonctionnaire. De plus, sa parole n’était pas ordinaire. Elle tranchait avec le ronronnement habituel des scribes (cf. Marc 1 : 22). Mais, le Christ ne se contentait pas de parler. Il agissait. Il guérissait. Il libérait les êtres de leur souffrance. On le voit avant de se rendre chez Simon et André, on le constate pendant qu’il demeure chez eux, et on le voit encore le soir, après le coucher du soleil, à la lumière des torches et des lampes à huile, donner pleine mesure à sa compassion. Le texte précise : « Le soir, après le coucher du soleil, on lui

amena tous les malades et les démoniaques. Et toute la ville était rassemblée devant sa porte.  Il guérit beaucoup de gens qui avaient diverses maladies » Marc 1 : 32- 34

De fait, l’attitude bienfaisante du Seigneur n’a pas de caractère sélectif. Après avoir été face à un groupe, il se penche sur la personne : la belle-mère de Simon-Pierre. Tout au long de son ministère le seigneur construira cette alternative entre le groupe et l’individu, entre l’ensemble et l’unique. C’est comme si, dans le condensé de cette journée, tout le programme futur du Christ était annoncé.

Il a enseigné le matin à la synagogue à un groupe (notons que Matthieu rappelle cet évènement après le sermon sur la montagne Matthieu 7 : 28,29), mais, il intervient pour lever cette parente de Simon. Il guérit beaucoup de personnes, mais il se penche aussi sur le cas isolé de cette femme, à la demande des disciples (cf. Marc 1 : 30 ; Luc 4 : 38). La qualité première du Seigneur est bien la compassion. Plusieurs fois nous retrouvons dans le Nouveau Testament  l’expression suivante : « Jésus, ému de compassion… » Σπλαγχνίζομαι, litt. « avoir des entrailles » expression seulement propre à Jésus.

  • Matthieu 9 : 36 : « ému de compassion pour une foule languissante et abattue. »
  • Matthieu 14 : 14 : « ému de compassion pour une grande foule avec des malades. »
  • Matthieu 15 : 28-32 : « ému de compassion pour une foule, ayant avec elle beaucoup de malades. » mais encore Matthieu 18 :27 ; 20 :34.
  • Marc 1 : 41 : « ému de compassion pour un lépreux qu'il va purifier. » 
  • Marc 6 : 34 : « ému de compassion pour une foule qui était comme des brebis sans berger. »
  • Marc 8 : 2 : « ému de compassion pour une foule qui n'a rien à manger » et qu'il va miraculeusement rassasier. »
  • Luc 7 : 13 : « ému de compassion pour une veuve qui portait en terre son fils unique » qu'il va ressusciter et rendre à sa mère. »

Redisons-le, l’aspect compassionnel fait intimement partie de la personnalité du Christ. C’est le trait majeur de son caractère. Nous le traduisons, le plus souvent dans notre langage moderne, par le verbe générique « aimer ».

Au regard de ces observations, nous pouvons affirmer que la vie chrétienne n’est pas faite que de paroles, ni même de devoirs. La caractéristique des premiers chrétiens se lisait dans les cœurs. Le Seigneur a énoncé la qualité première de ceux qui suivraient ses traces : « à ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » Jean 13 : 35 . L’appel que le Seigneur a lancé est clair : «  aimez-vous les uns, les autres, comme je vous ai aimé » Jean 15 : 12. Redisons-le encore, l’amour est en lien avec le désir, non avec le mérite.

 

2) sa qualité relationnelle :

 

Le Seigneur a voulu rencontrer l’individu, la personne, dans sa souffrance et dans ses problèmes. C’est lui, qui, le premier, a fait la démarche de s’avancer vers l’humain. Et pour mieux l’appréhender dans ses multiples détresses, il s’est fait chair, il s’est incarné, il s’est mis à notre niveau, il s’est rendu accessible. L’apôtre Jean, le disciple de l’amour l’exprimera en ces termes : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père »  Jean 1 : 14. Quand le Christ s’avance vers quelqu’un ou quelqu’une, il se passe toujours quelque chose. La rencontre n’est jamais neutre, insipide ou

 

 

inopportune (la rencontre avec la Samaritaine en est une démonstration convaincante, cf. Jean 4).

Le Sauveur ne nous regarde pas de haut, du haut de sa gloire. Tout comme pour la belle-mère de Simon, il se déplace pour nous rendre visite. Tout comme avec cette femme, certainement âgée, il se penche vers nous et nous prend par la main pour nous relever et nous guérir de nos maux. Il nous remet en vie. Nos versions ne peuvent pas toujours cerner toutes les subtilités du texte grec, mais dans l’original le verbe ἤγειρεν de ἤγειρὼ (cf. Marc 1 : 31) a aussi le sens de ressusciter. (cf. Il a été traduit ainsi dans Matthieu 10 : 8 ;  Jean 5 : 21 ; 1 Corinthiens 6 : 14 ; 1 Thessaloniciens 1 : 10). Le Christ redonne vie à ceux et celles qu’il rencontre.

Nous ne connaissons pas la gravité de la fièvre de la parente de Simon, ni les causes de cette dernière, nous savons seulement qu’elle ne pouvait pas tenir debout. Cette fièvre était-elle d’origine virale ou bactérienne ? Engageait-elle le processus vital de cette femme ? Nous n’avons aucune indication et Jésus ne lui pose aucune question. Nous dirions aujourd’hui, elle a une bonne grippe. (Le Nouveau Testament parle très peu de fièvre. 3 cas seulement sont cités : 1) - la belle-mère de Simon-Pierre, 2) - le fils d’un officier romain cf. Jean 4 : 52, 3) – le père d’un certain Publius, elle est associée à de la dysenterie cf. Actes 28 : 8)

Ce qui est important à souligner, ici comme ailleurs, c’est que le Christ cherche toujours à redonner du sens à la relation. A cette fin, il intervient pour que les écueils à la communion, ne soient pas des entraves à sa relation. Ici, cette femme est rétablie afin d’être au milieu des siens, en situation de service, comme le Christ au milieu de ses disciples. La guérison n’est jamais un bienfait personnel, égoïste ou solitaire. Il sous-tend une vocation de service (cf. la célébration du lavement des pieds en est une illustration marquante cf. Jean 13 : 1-17).

 

3) sa simplicité d’homme :

 

« En sortant de la synagogue ». Ce déplacement indique que l’attitude du Seigneur ne peut se résumer en un fait religieux. En allant chez Simon-Pierre, le Christ veut faire savoir qu’il prend en compte l’ensemble de l’activité humaine, aussi bien dans son habitat, que dans ses autres relations. La rencontre avec le Sauveur peut avoir lieu partout.

Puis, quoi de plus simple que de prendre la main d’une personne pour la relever ! La grandeur de notre Sauveur est sa simplicité. La Bible accorde une place spéciale à ceux qui demeurent dans ces dispositions d’esprit : «  L'Éternel garde les simples; j'étais malheureux, et il m'a sauvé. » Psaume 116 : 6.  « La révélation de tes paroles éclaire, elle donne de l'intelligence aux simples. »  Psaume 119 : 130. Nous trouvons dans les proverbes de Salomon : «  Proverbes de Salomon, fils de David, roi d'Israël, pour connaître la sagesse et l'instruction, pour comprendre les paroles de l'intelligence; pour recevoir des leçons de bon sens, de justice, d'équité et de droiture; pour donner aux simples du discernement, au jeune homme de la connaissance et de la réflexion. »  Proverbes  1 : 1-4  

 Jésus lui-même ne nous a-t-il pas délivré cette recommandation : « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. » Matthieu 10:16.  Précisons que le simple n’a rien de commun avec le simplet. A la Pentecôte, Luc rapportant les prodiges observés, mentionne un détail concernant la pratique des nouveaux convertis : « Ils étaient chaque jour tous ensemble assidus au temple, ils rompaient le pain dans les maisons, et prenaient

 

leur nourriture avec joie et simplicité de cœur. »  Actes 2 : 46 . La simplicité est une lumière intérieure. L’humain n’est ni grand ni petit, il a la taille de sa compassion et de sa simplicité. Platon disait : « la simplicité véritable allie la bonté à la beauté » (Platon, la république, 3,400è, 4e s, av. J-C)

 

Conclusion :

 

Ce court récit de la guérison de la belle-mère de Pierre nous fournit de précieux renseignements sur la personnalité de Jésus. L’altérité de sa qualité d’être n’a pas d’équivalence dans le registre de l’humain. Les paroles du Christ sont percutantes, profondes et novatrices, au point que les auditeurs de Capernaüm sont perplexes :   « tous furent saisis de stupéfaction, de sorte qu’ils se demandaient les uns aux autres: qu'est-ce que ceci ? Une nouvelle doctrine ! »  Marc 1 : 27.  Plus tard, les témoignages confirmeront cette réalité. Rappelons-nous le témoignage des huissiers amenant Jésus devant les chefs du parti des pharisiens : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » Jean 7 : 46.

 

Mais, le plus spectaculaire est en regard du critère de cohérence, cohérence entre la parole et l’action. En Christ, il n’y a point de décalage, ni de faille. Sa compassion catalyse les deux mots : parole et action. Elles se confondent « en live ». Elles se métamorphosent en langage de vie. Aucun autre humain n’a vécu ce degré d’excellence. C’est la raison pour laquelle le salut n’est rien d’autre qu’une transfusion de vie. Nous sommes sauvés autant par son sacrifice que par sa vie. La résurrection pourfend toute supercherie.

Ce simple récit met en évidence la compassion du Seigneur, sa qualité relationnelle et sa simplicité. Tout est agencé pour que cette journée se déroule sans que rien ne vienne altérer son bon déroulement. Le Christ ôte tout ce qui devient obstacle à la vraie vie dans la relation pour le bien de chacun. Pour cela, tout lieu, spirituel ou profane, devient spirituel.

Le lendemain, avant que le soleil ne se lève, le Christ sortit et alla dans un lieu désert pour se ressourcer et prier, c’est-à-dire, rester en relation avec son Père. Ceci nous invite à comprendre que nos activités doivent aussi être inspirées et sanctifiées par la connexion avec le divin.  Chacun de nous aura besoin, un jour ou l’autre, d’être relevé par le Seigneur, alors acceptons sa main. Elle nous conduira vers l’épanouissement de notre personnalité dans le service. A notre tour, nous serons habités par de bons sentiments.

 

« Si donc il y a quelque consolation en Christ, s'il y a quelque soulagement dans la charité, s'il y a quelque union d'esprit, s'il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée. » Philippiens 2 : 1-2

 

« Soyez tous animés des mêmes pensées et des mêmes sentiments, pleins d'amour fraternel, de compassion, d'humilité » 1 Pierre 3 :8

 

« Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience. »  Colossiens 3:12, version TOB                                                                       

                                                                                       Jacques Eychenne              

                                                                            

 

 

 

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