Osée le prophète mal aimé

 

 

                            Osée

  Le prophète mal aimé

                                   ou

    Le chantre de l’amour divin

          Osée 1 : 1 à 14 : 9

 

Introduction :

 

Osée, le premier des petits prophètes (entre Ezéchiel et Joël dans la Bible hébraïque, entre l’Ecclésiaste et Amos dans l’édition sixtine des Septante, entre Daniel et Joël dans la Vulgate latine) est un personnage singulier. Il est à la fois touchant et redoutable. L’étymologie de son nom le rattache à Josué (nom donné par Moïse à Osée, fils de Nun, Nombres 13 : 8 ; 14 : 6) et Jésus. Il signifie : il sauve (hoshèa). On apprend qu’il est fils  de Bééri (cf. Osée 1 : 1), mais on ne sait rien de plus sur sa famille. Cependant la façon dont Osée mentionne avec précision les localités du royaume du Nord, laisse entendre qu’il devait faire partie des 10 tribus d’Israël (peut-être même de la famille d’Issacar dont le territoire comprend la plaine de Jizréel). Son utilisation d’images champêtres laisse à penser qu’il est peut-être un homme de la terre (cf. Osée 2 : 8,14 ; 9 : 2,11 ; 10 :11 ; 13 : 3, 7-8, 15). En parcourant son livre, on constate qu’il a une bonne connaissance des enjeux politiques de ce royaume d’Israël. C’est sous le roi Jéroboam II  (783-743 av. J-C.) que commence son ministère prophétique.  Osée est directement témoin d’une période troublée.  Ce sera l’ère des complots politiques. Parmi les quatre derniers rois d’Israël mentionnés (Shallum (743), Menahem (743-738), Phacéyah (738-737) et Osée (732-724), seul le troisième succédera à son père. Pour stigmatiser la déliquescence spirituelle de ce peuple, Dieu va faire vivre à Osée une épreuve douloureuse. Elle raconte les déboires de son couple avec une épouse qui se prostitue. Cette parabole vivante permettra au prophète de mieux exprimer les sentiments divins par rapport au comportement adultérin de son peuple.  

 

Développement :

 

Pourquoi Dieu suscite un prophète à cette époque précise ?

 

Parce qu’il y a de graves dangers pour ce royaume du Nord d’ Israël. (Rappel historique : Le grand royaume hébreu construit par David et Salomon, s’est divisé en deux parties à la mort de Salomon vers 930 av. J.-C. La partie Nord de ce territoire constitua le royaume d’Israël, la partie Sud le territoire de Juda. Cette histoire est relatée dans les livres des Rois et des Chroniques. La division s’opéra sous Roboam, successeur légitime de Salomon). Rappelons-nous que dès son entrée en Canaan, le peuple avait déjà été séduit par le culte de Baal (dieu protecteur, principe mâle souvent associé à la déesse Astarté, principe femelle. Baal était une divinité solaire).

Au temps d’Osée, la situation s’était encore plus dégradée. Le peuple s’était adonné au culte d’Achéra (déesse cananéenne de la fécondité et de la fertilité), le plus immoral dans cette vaste région. Plusieurs fois l’an la prostitution accompagnait les rituels dédiés à la déesse. Des violences dues à l’ivrognerie faisaient partie de la fête. Sur le plan politique ce n’était guère mieux, la confiance en Dieu avait disparu. Seules les alliances avec les peuples environnants étaient de mise. Elles intégraient l’adhésion aux pratiques spirituelles de ces nations alliées idolâtres (on sacrifiait même des enfants aux divinités. Une femme pouvait s’unir à un étranger pour offrir à la divinité sa virginité, ancienne pratique dans les temples d’Aphrodite. La prostitution d’après les historiens touchait aussi bien les mères que les enfants).

 

Dans ce contexte la tâche d’Osée se présentait comme un défi dépassant toute compétence humaine. Pour faire entrer son serviteur dans l’esprit de son intervention, Dieu va faire vivre à son serviteur un mariage spécial : Osée 1 : 2-9.

Osée prend une femme de prostitution, Gomer, et il a trois enfants avec elle. Deux fils et une fille. C’est l’Eternel qui ordonne à Osée de les appeler par les noms suivants :

Jizreel signifie dispersé. Il annonce symboliquement l’invention divine. « En ce jour-là, je briserai l’arc d’Israël dans la vallée de Jizréel. » Osée 1 : 5.

Lo-Ruchama signifie « celle dont on n’a pas pitié » Osée 1 : 6. C’est celle qui n’est pas chérie, qui n’est pas aimée.

Lo-Ammi signifie litt. « Pas mon peuple ». « Car vous n’êtes pas mon peuple, et je ne suis pas votre Dieu. » Osée 1 : 9. Ces noms illustrent l’action que YHWH-Adonaï comptent mener contre le royaume du Nord. Les mots du prophète, porte-parole de Dieu, sont forts, ils font référence à la justice divine. Le royaume d’Israël a versé trop de sang dans la plaine de Jizréel (cf. Osée 1 : 4 ; cf. Ces pa­roles se rap­portent évi­dem­ment à l’ex­ter­mi­na­tion de Jé­za­bel et des soixante-dix fils d’A­chab, ainsi que de tous les autres membres de sa fa­mille (cf. 2 Rois 9 : 1-10,31). Cette me­sure avait été or­don­née par l’Éter­nel, il est vrai (cf. 1 Rois 19 : 16 ; 1 Rois 19 : 47 ; 2 Rois 9 : 6,10), comme pu­ni­tion du sang in­no­cent de Na­both versé par Achab (cf. 2 Rois 9 : 21-26). Dieu veut mettre fin à cette immorale dérive. Son pardon laisse place à la justice (cf. Osée 1 :6). Désormais son salut passera par la tribu de Juda (cf. Osée 1 : 7).

Le couple d’Osée traduit la réalité historique d’un peuple qui s’est prostitué. L’absence de relation d’amour, avec pour corollaire l’infidélité, amène le prophète à dire : « Elle n’est point ma femme, et je ne suis point son mari ! Qu’elle ôte de sa face ses prostitutions, et de son sein ses adultères » Osée 2 : 4.

« Leur mère s'est prostituée, celle qui les a conçus s'est déshonorée, car elle a dit: J'irai après mes amants, qui me donnent mon pain et mon eau, ma laine et mon lin, mon huile et ma boisson. »  Osée  2 : 5, version LSG.  Cette description nous renvoie au temps de Jéroboam II. Il connut une prospérité matérielle. Mais au lieu d’attribuer à Dieu ces bienfaits, Israël les attribua aux faux dieux (cf. Osée 2 : 10).  Cette perverse idolâtrie est parabolisée par la rupture d’Osée avec Gomer.

Mais après l’expression de la justice divine référente à la loi, vient aussi le temps de la grâce. Dieu va tout mettre en œuvre pour favoriser le retour d’Israël (cf. Osée 2 : 8-9). Le retour d’Israël tant espéré par Dieu est symbolisé par le retour de la femme adultère revenant au foyer.

 

La description de ce retour espéré fait partie des belles pages de la Bible. Elles nous en disent long sur les attentes d’un Dieu aimant :

«  je veux l'attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur. Là, je lui donnerai ses vignes et la vallée d'Acor, comme une porte d'espérance, et là, elle chantera comme au temps de sa jeunesse, et comme au jour où elle remonta du pays d'Égypte. En ce jour-là, dit l'Éternel, tu m'appelleras : Mon mari ! Et tu ne m'appelleras plus : Mon maître ! J'ôterai de sa bouche les noms des Baals, afin qu'on ne les mentionne plus par leurs noms. En ce jour-là, je traiterai pour eux une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel et les reptiles de la terre, je briserai dans le pays l'arc, l'épée et la guerre, et je les ferai reposer avec sécurité. Je serai ton fiancé pour toujours; je serai ton fiancé par la justice, la droiture, la grâce et la miséricorde; je serai ton fiancé par la fidélité, et tu reconnaîtras l'Éternel. En ce jour-là, j'exaucerai, dit l'Éternel, j'exaucerai les cieux, et ils exauceront la terre; la terre exaucera le blé, le moût et l'huile, et ils exauceront Jizreel. Je planterai pour moi Lo-Ruchama dans le pays, et je lui ferai miséricorde; je dirai à Lo-Ammi: Tu es mon peuple ! Et il répondra: Mon Dieu ! » Osée 2 : 16-25,  version  LSG.

 

Il est difficile de rester insensible aux accents de passion et de tendresse qui traversent tout le livre d’Osée. Ce prophète blessé par l’infidélité de sa femme aimée, a puisé dans son amour la force du pardon. C’est une parole d’évangile anticipée. Sa vision de Dieu est liée à sa propre tragédie amoureuse. La dimension psychologique de ce récit ne peut échapper à personne : Dieu nous éclaire sur lui-même par notre propre vie. L’abondance des images conjugales et paternelles renforce ce point de vue. Le message d’Osée non seulement nous interpelle sur les aspects théologiques de base, mais plus encore nous entraîne dans une découverte surprenante de Dieu.

Pourtant Osée ne fait pas l’économie de mots précis et forts. Les théologiens l’ont appelé le Jérémie du Nord.  Son message est impopulaire parce qu’il dénonce les impasses spirituelles de ce peuple. «  Mon peuple est détruit parce qu’il lui manque la connaissance (ou l’intelligence, Rabbinat Français) » Osée 4 : 6. C’est le comportement moral d’ensemble qui est stigmatisé. La référence aux valeurs du décalogue est maintes fois répétée (cf. Osée 4 : 13-14 ; 6 :8- 9 ; 7 : 1, 13).

L’esprit de prostitution égare le peuple qui se livre à l’idolâtrie (cf. Osée 4 : 12-13). Plus graves encore, les prêtres semblent incapables d’endiguer ce qui les conduit à l’infidélité. Ils semblent submergés par ces vagues de débauche : « Leurs œuvres ne leur permettent pas de revenir à leur Dieu, parce que l'esprit de prostitution est au milieu d'eux, et parce qu'ils ne connaissent pas l'Éternel. » Osée 5 : 4, version LSG. Cela nous rappelle « la faute tapie » de Caïn (cf. Genèse 4 : 7), c'est-à-dire, d’un point de vue psychologique le pouvoir de tout ce qui nous domine, nous possède, nous empêche de voir clair.

En bref, tout ce qui porte atteinte à la vraie liberté. Cela nous renvoie à un examen personnel, car nous sommes tous concernés à des degrés divers par le même phénomène.  L’apôtre Paul rafraîchira notre mémoire sur ce point : « J’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas… » Romains 7 : 18,19.

Dans ce contexte Osée fait référence à la notion importante de l’alliance. La position divine intègre dans ce concept la valeur indispensable de la puissance du pardon (cf. Osée 2 : 16 ; 11 : 9 ; 14 : 5) et du renouveau de l’amour. La connaissance qui fait défaut relève moins d’une démarche intellectuelle que de la relation intime où l’amour peut s’exprimer. Osée prêche une marche vers la nouvelle alliance. Les verbes qu’il emploie sont significatifs : « se retourner (cf. Osée 2 : 9), revenir (cf. Osée 3 : 5 ; 6 : 1 ; 14 : 2), espérer toujours (cf. Osée 12 : 7).

 

La prédication puissante d’Osée traverse le passage de la loi à la grâce. La condamnation ne pointe pas l’amour desservi du peuple. On ne s’arrête pas non plus aux aspects destructeurs d’une telle relation. Non ! Osée nous transmet le message de la nouvelle alliance centré sur la puissance de la grâce, fruit de son amour. Les noms prédestinés des enfants sont commués positivement (cf. Osée 2 : 25). L’amour qui définit le plus parfaitement la nature de Dieu affirme qu’il « renonce à détruire Ephraïm ; car je suis Dieu, et non pas un homme, je suis le Saint au milieu de toi; je ne viendrai pas avec colère. » Osée 11 : 9, version nouvelle édition de Genève). Dieu ne détruira pas Israël, il lui pardonnera et le restaurera.

Après une nouvelle traversée spirituelle du désert, les portes de l’espérance s’ouvrent à nouveau sur une relation paisible (cf. lire Osée 14). La caractéristique la plus émouvante de la nouvelle alliance, manifestation de la grâce divine, se situe au moment où Dieu par l’intermédiaire de son serviteur annonce de nouvelles fiançailles avec Israël. « Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le SEIGNEUR » Osée 2 : 22, version TOB).

Les valeurs des alliances précédentes qu’Israël n’avait su garder, à savoir : la justice, la loyauté, l’amour et la fidélité  entrent de nouveau dans la dimension de la nouvelle alliance comme des dons divins. Cette union est appelée à traverser le temps. Le retour au passage au désert devient symbole de la restauration de l’union à YHWH-Adonaï. Une fois de plus nous décelons la présente de la grâce dans l’histoire particulière de ce peuple. Elle nous a été conservée car elle est langage symbolique pour toute l’humanité.

 

Les appels du prophète continuent à retentir. Ils sont plus que jamais d’actualité :

 « Connaissons, cherchons à connaître l'Éternel; sa venue est aussi certaine que celle de l'aurore. Il viendra pour nous comme la pluie, comme la pluie du printemps qui arrose la terre. » Osée 6 : 3. Pour bien ancrer le message divin dans le cœur de son serviteur Osée, Dieu va lui demander de renouveler une expérience conjugale compliquée et problématique. « L'Éternel me dit : Va encore, et aime

une femme aimée d'un amant, et adultère ; aime-la comme l'Éternel aime les enfants d'Israël, qui se tournent vers d'autres dieux et qui aiment les gâteaux de raisins. » Osée 3 : 1. Cette démarche surprenante de Dieu mérite un arrêt sur la signification de ces paroles. Les moyens que l’Eternel emploie pour nous faire comprendre son enseignement peuvent sembler provocateurs ; sa pédagogie n’en demeure pas moins efficace. YHWH Adonaï a souvent, au cours de l’histoire de l’humanité, utilisé des moyens chocs pour nous faire prendre conscience des valeurs spirituelles oubliées, négligées, bafouées, « puisque tu as oublié la loi de ton Dieu » Osée 4 : 6c (cf. La confusion des langues, la traversée de la mer Rouge et du désert, le serpent d’airain, le sacrifice d’Isaac par Abraham, la chute de Jéricho, les fruits du pays de Canaan, le chemin de Damas pour Elie et Paul etc.)

 

Conclusion :

 

Le message d’Osée est intemporel. Les pratiques d’immoralité mènent à des impasses. C’est parce que ce royaume du Nord rejette son Dieu que le prophète annonce la domination Assyrienne «  Ils n’ont pas vu que je les guérissais » Osée 11 : 3 (cf. Osée 13 : 9). Le peuple devra assumer les conséquences de ses actes : « Les enfants d’Israël resteront longtemps sans roi, sans chef, sans sacrifice, sans statue, sans éphod et sans théraphim. » Osée 3 : 4.  Cependant inlassablement Dieu prodigue sa compassion : « Je les tirai avec des liens d’humanité, avec des cordages d’amour… Toutes mes compassions sont émues » Osée 11 : 4 et 8. Osée devient le héraut de Dieu. Ses appels sont pressants et émouvants : Toi, reviens à ton Dieu, garde la piété et la justice, et espère toujours en ton Dieu… Reviens à l’Eternel ton DieuRevenez à l’EternelOsée 12 : 7, 14 : 1,2. Le livre d’Osée se termine par un appel à une réflexion personnelle. Il nous invite à tirer le meilleur profit de l’expérience passée de ce peuple rebelle qui nous symbolise si bien : « que celui qui est sage prenne gardes à ces choses ! Que celui qui est intelligent le comprenne ! Car les voies de l’Eternel sont droites ; les justes y marcheront, mais les rebelles y tomberont. » Osée 14 : 9.

Les temps ont changé, mais le problème de fond demeure. Les idoles modernes sont plus raffinées, plus subtiles, mais toutes aussi présentes. Qui se soucie des messages divins ? Qui se préoccupe de soigner sa relation avec ce Père céleste ? Les prophètes nous indiquent que notre humanité se dirige vers une fin inéluctable, à nous de choisir notre avenir.

 

« En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux » Marc-Aurèle, empereur romain, philosophe stoïcien (121-180 ap.J.-C.)

                                                                                Jacques Eychenne

 

 

 

 

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