La Femme syro-phénicienne

 

 

 

La femme syro-phénicienne

                              ou

           la foi d’une mère

   Matthieu 15 : 21-28

Introduction :

 

Nous sommes à mi-parcours du ministère du Christ. Le Seigneur vient de revisiter la Galilée pour la troisième fois ; il se retire maintenant du côté de la Méditerranée au Nord-Est du lac de Tibériade, en territoire phénicien. Il se dirige vers les villes de Tyr et de Sidon. Notons que le Seigneur a rarement quitté le territoire des trois grandes régions (Galilée, Samarie, Judée) sur lesquelles Israël s’était installé. Nous ignorons les raisons qui l’ont poussé à aller dans cette contrée. On peut toutefois supposer que le Christ a voulu sortir des agressions verbales de ses adversaires,  car l’inimitié à son encontre se faisait de plus en plus mordante (cf. Matthieu 15 :1-2). Il faut dire aussi que d’ après le contexte précisé par Matthieu et Marc, Jésus n’avait pas mâché ses mots pour fustiger le comportement des Pharisiens (cf. Matthieu 15 : 1-20 ; Marc 7 : 1-23). Leurs harcèlements pugnaces étaient donc prévisibles… Par ailleurs, on peut aussi penser que le Seigneur a choisi cette direction vers une contrée païenne, pour souligner la portée universelle de son évangile sans frontières. Mais peut-être d’autres raisons sont à trouver.

 

Partant de là, le texte met en relief une rencontre avec une femme venant des territoires de Tyr et de Sidon. On connaît bien cette région et ses deux ports prospères qui commerçaient avec succès en Méditerranée. Leur essor économique les avait conduits à se croire tout-puissants. Leur opulence les portait à l’orgueil. Jésus laissera supposer que c’est sûrement pour cette raison que ces deux ports n’ont pas accueilli avec empressement la parole de Dieu (cf. Luc 10 : 13-14). Le roi de Tyr va d’ailleurs symboliser Satan, l’adversaire séculaire de Dieu (cf. Ezéchiel 28 : 1-19 ; Esaïe 23). L’orgueilleuse Sidon ne sera pas en reste sur ce point (cf. Ezéchiel 28 : 20-24)… Mais revenons à la rencontre. Cette femme dont on ignore le nom (comme souvent dans les évangiles, moins par misogynie que par volonté de mettre en relief la situation édifiante) est appelée cananéenne chez Matthieu, et syro-phénicienne chez Marc. En fait, cette mère venait bien du territoire de la Phénicie du sud, mais les phéniciens se considéraient eux-mêmes comme cananéens (cf. note de la TOB en Matthieu 15 :22).  

Cette femme et mère étrangère a décidé de venir au-devant de Jésus. C’est elle qui prend l’initiative de la rencontre. Très certainement, sa démarche nous indique que la réputation du Seigneur avait dépassé les frontières. La façon dont elle apostrophe Jésus est signifiante. Elle le perçoit comme un descendant légitime de la dynastie de David, ce

qui, déjà en soi, est assez surprenant pour une femme originaire de contrées païennes.  

 

La rencontre s’opère en quatre séquences. Elles vont retenir notre attention :

  1. le silence du Seigneur face à la supplication d’une mère.
  2. La réaction vive des disciples.
  3. La réponse humiliante du Christ à cette femme.
  4. La beauté et la grandeur de la foi de cette mère.
  5.  

Développement :

 

Dans un premier temps, examinons le contenu de sa demande.

« Et voici, une femme cananéenne, qui venait de ces contrées, lui cria: Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David ! Ma fille est cruellement tourmentée par le démon. »  Matthieu 15 : 22 .

« Jésus, étant parti de là, s'en alla dans le territoire de Tyr et de Sidon. Il entra dans une maison, désirant que personne ne le sache; mais il ne put rester caché. Car une femme, dont la fille était possédée d'un esprit impur, entendit parler de lui, et vint se jeter à ses pieds. Cette femme était grecque, syro-phénicienne d'origine. Elle le pria de chasser le démon hors de sa fille » Marc 7 : 24-26.

Le texte de Marc, plus explicite dans son introduction, laisse supposer que Jésus est bien entré dans le territoire phénicien. Est-il venu en ce lieu pour échapper à ses poursuivants pharisiens ? Aspire-t-il à un peu de quiétude ? L’évangéliste Marc semble soutenir ce point de vue quand il indique que Jésus voulait ne pas être reconnu. Cependant, sa popularité rendait presque impossible cette aspiration légitime. Cette mère, ayant entendu parler de lui, (c‘est-à-dire des merveilles qu’il accomplissait) vient lui déverser, avec force, sa douleur. Matthieu met en évidence un contraste qui sera vérifié : cette mère est humble et sa souffrance profonde, au point qu’elle ne peut l’exprimer que par un cri (κράζω= à sens actif= pousser des cris, Marc 5 : 5 ; Jean 12 : 44 ; Apocalypse 12 : 2, etc.). Son simple positionnement traduit bien son immense attente. Pourtant demeure une ambiguïté : faut-il que le Seigneur ait pitié de cette mère ou de sa fille ? Pourquoi dans l’attitude humble qu’elle présente ne dit-elle pas : « aie pitié de ma fille ! ». Sa souffrance est-elle plus grande que celle de sa fille ? De plus, la traduction « cruellement tourmentée » peut aussi être entendue comme dénonçant une injustice. Est-elle justifiée ? La version de Jérusalem peut fournir un élément de réponse : « ma fille est fort malmenée par un démon. »  Matthieu 15 : 22. L’adverbe grec κακῶς définit l’état de ce qui est mal. Au sens physique, c’est donc dire que quelqu’un est mal. L’idée d’injustice est absente. On pointe un état d’être. La suite nous apprend pourquoi cette fille est mal. Elle est possédée par un démon  (δαιμονίζομαι = être possédé d’un démon Matthieu 4 :24 ; 8 :16 ; Marc 5 :15 ; Jean 10 :21). Quand on lit les récits de possessions démoniaques, on voit dans quel état de prostration se trouvent ceux qui sont touchés. Ils disent encore l’état d’impuissance dans lequel sont les proches (ces cas existent encore de nos jours, même si les progrès de la psychiatrie ont permis d’identifier d’autres formes de dérèglements étrangers à de réels cas de possession).

 

  1. Le silence de Jésus :

 

Mais alorspourquoi, face à la souffrance réelle de cette mère, le Christ ne lui répond pas ? Il est impensable d’imager qu’il soit insensible à la détresse humaine ! Alors que faut-il comprendre ?

Première observation : l’attitude de Jésus, bien que déroutante, fait partie de son registre d’enseignement pédagogique. On la retrouve plusieurs fois dans son ministère (cf. Marc 14 : 61 ; Jean 19 : 9).

 

Ici les éléments du récit mettent en scène divers intervenants : 

  1. Jésus lassé, par les pharisiens qui n’arrêtaient pas de le suivre, a voulu exprimer un désir de repos (Marc souligne qu’il ne voulait pas qu’on sache qu’il était là).
  2. Son absence de réponse vise cette femme cananéenne. Jésus veut mettre sa supplique à l’épreuve. Il laisse un temps pour que cette mère réitère profondément sa demande pour sa fille. On peut comprendre que le Seigneur la cantonne dans l’obscurité de sa situation, pour mieux en faire jaillir la lumière…
  3. Le Seigneur n’est pas seul. Il a des disciples en formation. Son silence leur donne l’occasion de donner leur sentiment (c’est-à-dire d’exprimer la pensée commune des Juifs vis-à-vis des cananéens. En plus, c’est une femme qu’ils identifient à une pleureuse inopportune.)

 

  1. La réaction vive des disciples :

 

Le texte de Matthieu est significatif : « ses disciples s'approchèrent, et lui dirent avec insistance: Renvoie-la, car elle crie derrière nous. »  Matthieu 15 : 23. Les disciples totalement hermétiques à la souffrance de cette mère, trouvent son comportement déplacé. La solution qu’ils préconisent : le renvoi. Leur position semble à l’opposé de la préoccupation du Sauveur qui veut que tous comprennent le but de son ministère. Mais, la traduction de ce texte, dans la version de Jérusalem, donne un autre éclairage : « ses disciples, s'approchant, le priaient : " fais-lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris. »  Matthieu 15 : 23. Sous cet angle, les disciples auraient bien demandé à Jésus de renvoyer cette femme, mais seulement après avoir répondu à sa prière. Les intentions que nous prêtions tout à l’heure aux disciples sont sûrement à nuancer… En répondant à cette mère, Jésus a aussi répondu à leur attente. Rien dans la démarche du seigneur n’est laissé au hasard. Son objectif reste invariable. Il répond à chacun pour que chacun soit édifié. Ainsi, si le Seigneur donne à chacun l’occasion de s’exprimer, chacun recevra une parole à méditer. Mais maintenant, comment va-t-il procéder pour faire coïncider son objectif avec les attentes diverses de ces intervenants ?

 

  1. La réponse humiliante du Christ à cette femme :

 

« Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Matthieu 15 : 24. On peut considérer que cette parole s’adresse plus aux disciples qu’à cette femme. Il leur rappelle le plan divin. Le salut devait d’ abord être annoncé au peuple d’Israël, avant

de donner naissance à l’église universelle. Jésus n’hésitera pas à dire à la samaritaine : « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. » Jean 4 : 22. Par la suite l’apôtre Paul, apôtre en terre dite païenne, développera abondamment ce sujet important (cf. Romains 3 : 1-2 et tout le chapitre 11). Jésus est donc cohérent avec les directives déjà données à ses disciples : « N'allez pas vers les païens, et n'entrez pas dans les villes des Samaritains. » Matthieu 10 : 5. Mais pour cette femme éplorée, qui s’est jetée à ses pieds pour implorer sa miséricorde, quel choc ! Elle ne fait pas partie des brebis perdues d’Israël. Cette épreuve se surajoute à sa douleur de mère. La situation est encore plus forte qu’avec la Samaritaine. Son cri de détresse démontre, que pour elle, c’est une question de vie ou de mort. Aussi n’hésite-t-elle pas à supplier : « la femme était arrivée et se tenait prosternée devant lui en disant : " Seigneur, viens à mon secours ! "  Matthieu 15 : 25, version bible de Jérusalem.

L’humiliation atteint son paroxysme quand Jésus prononce la phrase : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. »  Matthieu 15 : 26. L’évangéliste Marc ajoute en introduction de cette phrase : « Laisse d’abord les enfants se rassasier. » Marc 7 : 27. Tous ont bien compris que les enfants étaient bien les israélites, et que les petits chiens (animaux impurs) représentaient les goys ou goïms, c’est-à-dire les gentils ou païens (Ce sentiment était largement partagé par le peuple d’Israël).  Même si le diminutif « petits chiens » adoucit la rudesse des termes, il fallait une sacrée dose d’humilité et une motivation à toute épreuve pour surmonter le propos.

 

  1. La beauté et la grandeur de la foi d’une mère :

 

Cette mère aurait pu rester prostrée, sans force, complètement désespérée. Son instinct de mère, et son amour pour sa fille, sont tellement forts que sa vive réponse claque comme un éclair dans un ciel chargé : « Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. ». Cette réplique est gravée à jamais dans le marbre de l’histoire spirituelle des humains. La traduction littérale du texte grec est « Oui, Seigneur, car aussi les petits chiens »… Cela laisse entendre qu’elle accepte la comparaison, qu’elle reconnaît sa condition d’étrangère, qu’elle se positionne, comme dit l’évangéliste Marc, comme un petit chien sous la table (cf. Marc 7 : 28), qu’elle se suffit des miettes qui tombent de la table sur laquelle mangent les enfants… Mais, démarche pleine de hardiesse, elle fait appel à la bonté divine. Elle se place dans la condition la plus humble pour sauver sa fille. Sauver sa fille, c’est aussi se sauver elle-même. Sa foi vive et intelligente s’appuie sur l’objection du Seigneur pour la transformer en revendication positive. Le Seigneur venait de faire éclore ce qu’il désirait tant trouver : la foi en sa capacité de guérir et de sauver.

(cf.Marc 7 : 29-30, comparer avec Matthieu 15 : 28). Sa foi est tellement grande, ce corps-à-corps spirituel d'une telle intensité, qu'à l'instant même le miracle s'est accompli. Elle peut repartir rassurée et retrouver son enfant.

Dès lors, imaginons ce qui n' est pas écrit, le retour de cette mère vers sa fille. Imaginons les retrouvailles mère-fille...Que de belles émotions non exprimées à découvrir...

 

Conclusion :

 

Le Christ, comme à son habitude, a fait mouche sur tous les plans. Tous ses objectifs sont atteints. Ce détour rapide en Phénicie n’avait-il pas pour objectif d’aller au-devant de cette mère ? N’explique-t-il pas ce détour en territoire phénicien ? De suite après ce récit, le Seigneur revient en Galilée (cf. Marc 7 : 31 ; Matthieu 15 : 29). Le Christ devait inculquer à ses disciples l’importance de l’acte de foi. Il devait leur faire comprendre que la foi est avant tout adhésion de cœur au Sauveur. C’est lui qui peut accomplir le miracle de transformer le cœur d’une païenne en fille d’Israël, puis en disciple. En effet, il est surprenant de constater que bien plus tard, quand l’apôtre Paul fait escale à Tyr avec ses compagnons de voyage, il rencontre là des disciples du Christ. Ils sont à ce point chaleureux que Paul demeure 7 jours avec eux (cf. Actes 21 : 3-6). Mais, qui a bien pu les évangéliser ? Ne pouvons-nous pas supposer que le témoignage magnifique de cette mère a contribué à la diffusion de ce bel évangile ? La force qui l’habite et la porte est mise au bénéfice de celle qu’elle a portée en son sein en lui donnant vie, mais va au-delà. Son projet est que cette vie ait du sens, c’est pourquoi elle invite Jésus à repositionner sa fille dans son bon sens. Mais de surcroît, c’est sûrement son entourage qui a été contaminé par la pureté de sa grande foi.

Ainsi, le Seigneur Jésus a non seulement guéri une fille possédée, mais il a aussi sauvé sa mère en favorisant par l’épreuve l’éruption volcanique de sa foi. Puis, il a missionné indirectement cette mère en disciple. Les disciples eux ont été instruits et édifiés. Sûrement un instant déroutés, ils ont dû mieux comprendre comment le plan d’action de leur Maître et Seigneur allait pour l’avenir se profiler (cf. 1 Pierre 5 :5-7).

Cette rencontre racontée en quelques lignes nous dit tout sur la mission du Christ. Au travers de cet évènement, c’est un concentré de l’histoire du salut qui se déroule sous nos yeux. Hier, comme aujourd’hui, nous pouvons nous appuyer sur l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. Si notre douleur est trop grande, n’hésitons pas à crier… Si nous avons la foi, le Seigneur nous dira de même : « qu’il te soit fait comme tu veux ».

Il (le Christ) peut sauver parfaitement ceux qui s'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. » Hébreux 7 : 25.

« Approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs; purifiez vos cœurs, hommes irrésolus. Sentez votre misère; soyez dans le deuil et dans les larmes; que votre rire se change en deuil, et votre joie en tristesse. Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera. » Jacques 4 : 8-10.

« L'Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, et il sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement »  Psaume 34 : 18.  

 

                                                                                 Jacques Eychenne


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais par la suite, est-ce son témoignage qui donnera naissance à la petite communauté de Tyr ? Le livre des Actes nous apprend que l’apôtre Paul y reçut un accueil chaleureux (cf. Actes 21 : 3-6)

 

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