Jonas l'éprouvé

 

 

                      Jonas

                            ou

   l’épreuve de sa foi

          Jonas chapitre 2

 

 

Introduction :

 

Le premier chapitre du livre de Jonas nous a révélé la pédagogie de Dieu vis-à-vis de son prophète Jonas. Elle mettait en exergue deux aspects très édifiants de son action :   YHWH-Adonaï respecte le choix de son serviteur, même quand il ne suit pas son injonction. De plus, il actionne une mise en situation pour que son héraut prenne conscience de l’importance de la mission qu’il a eu l’honneur de lui confier. Au travers du récit, nous comprenons que notre Seigneur n’abandonne jamais ses enfants, même si, souvent, ils n’obéissent pas à ses saintes recommandations. Pour autant, dans son immense bonté, Dieu n’a jamais perdu de vue son envoyé récalcitrant. Que va-t-il maintenant se passer alors que le prophète est jeté à la mer en pleine tempête ? Dieu va-t-il accepter que Jonas subisse les conséquences de son choix ?

 

Développement :

 

 « Et l'Éternel prépara un grand poisson pour engloutir Jonas ; et Jonas fut dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits » Jonas 2 : 1, version DRB.

 

Après avoir utilisé comme moyen d’action le vent impétueux, YHWH-Adonaï va exploiter les services d’un poisson. Cette intervention divine a suscité beaucoup d’incrédulité. On s’en est servi pour discréditer l’inspiration des écrits sacrés. On a d’abord parler de l’impossibilité qu’à une baleine d’avaler un homme, mais le récit ne parle pas d’un type particulier de cétacé… Le texte hébreu parle d’un grand poisson, voire d’un monstre marin. Matthieu reprendra la même définition (cf. Matthieu 12 : 40). Or, nous savons maintenant qu’il existe des grands requins capables d’engloutir la corpulence d’un homme. Ces géants de plus de vingt mètres ont été observés. Le fait relève certes du miracle, mais aussi du possible. Mais qu’importe ! fait réel ou symbolique, l’important est ce que ce message veut exprimer et nous allons essayer de le comprendre.

Observons déjà la subtilité du texte hébreu. Le nom du poisson méconnu est d’abord relaté au masculin (cf. Jonas 2 : 1) pour être ensuite mis au féminin (cf. Jonas 2 : 2). (Ce phénomène naturel a été observé chez les poissons-clowns, les dorades, ou encore les demoiselles. Ce sont des poissons hermaphrodites. Les scientifiques nous apprennent que les pulmonés et presque tous les opisthobranches sont hermaphrodites. En quoi cela peut nous intéresser, sinon qu’il englobe toutes les situations du genre humain ?)

Mais l’essentiel est dans le déroulé des évènements que le symbolisme suggère : redisons-le, il est commun dans l’Ancien Testament :

 

La descente dans les eaux, puis dans le ventre du poisson symbolisent la mort. Le récit veut peut-être nous dire qu’en allant dans la direction opposée à celle de Dieu, nous nous dirigeons inévitablement vers la mort. On va au shéol = séjour des morts dans l’Ancien Testament ; lieu d’un sommeil dont on ne peut plus se réveiller. C’est un voyage sans retour. Une rupture avec le monde des vivants. Il est devenu lieu de ténèbres et de silence, lieu d’oubli et d’absence (cf. Ecclésiaste 9 : 5-6,10 ; psaume 88 : 3-1 ; Job 3 11-19 2). Seulement, le shéol est sous la domination de Dieu. N’est-il pas le Dieu des vivants avant tout ? (cf. Matthieu 22 : 32). Cette simple phrase démontre que tout est sous le contrôle du Tout-Puissant. Il peut intervenir quand, et comme il le désire (cf. Jude v.9). Quoi que l’on puisse penser, Dieu est bien intervenu (c’est ce que nous appelons le miracle !) car il est quasi-impossible de sortir indemne du ventre d’un poisson après trois jours d’attaques des acides gastriques.

Le ventre du poisson devenant la matrice du fœtus de la renaissance suggère la conversion. En synthétisant, dans cette hypothèse, on observerait le passage de la mort à la vie. Assurément, ce n’est pas fortuit si l’emblème choisi par les premiers chrétiens (pour se reconnaître) a été celui du poisson. L’acrostiche du mot grec ictus = ἰχθύς = ἰχ = Iesous-Christos (Jésus-Christ) ; θύς = θéou ; =uios ; ς = soter (Fils de Dieu sauveur).

 

« Et Jonas fut dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits » Jonas 2 : 1, version DRB.

 

Le chiffre trois (très souvent usité, 489 fois) dans la Bible. Il symbolise la trinité, mais aussi les trois types de relation : - celle du Père, du Fils, et du Saint-Esprit – celle du divin avec l’humain et – celle du divin avec l’ensemble des humains. Dans la symbolique juive le chiffre trois désigne aussi la vérité. Ce sens des mots est donc bien présent dans le livre de Jonas, il a même un caractère prophétique. A la question posée un jour par quelques scribes et pharisiens :

 

« Maître, nous voudrions te voir faire un miracle… Il leur répondit : Une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d'autre miracle que celui du prophète Jonas. Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre. Les hommes de Ninive se lèveront, au jour du jugement, avec cette génération et la condamneront, parce qu'ils se repentirent à la prédication de Jonas ; et voici, il y a ici plus que Jonas » Matthieu 12 : 39-41, version LSG. (Dans d’autres versions on parle du signe de Jonas, mais le mot grec a aussi cette signification : σημεῖον = semeion = 

1) un signe, une marque, un témoignage ; 1b) un prodige, un présage, c.à.d. une chose non usuelle modifiant le cours habituel de la nature ; 1b1) de signes présageant d'événements remarquables qui doivent bientôt arriver 1b2) de miracles et merveilles par lesquels Dieu authentifie les hommes qu'il envoie, ou par lesquels les hommes prouvent que la cause qu'ils plaident est celle de Dieu).

 

Pour bien comprendre ce que ce récit veut nous dire, il nous faut récapituler le parcours de Jonas :

- Il est descendu à Jaffa ; - il est descendu dans la cale du navire ; - il est descendu dans un sommeil profond ; - il est descendu dans les profondeurs marines ; - il est descendu dans le ventre d’un grand poisson ; il est descendu de la lumière à

l’obscurité la plus complète… Dans le langage courant, on dirait que c’est sa

descente aux enfers. Il ne pouvait aller plus bas. Au fond du fond, dans cet endroit noir, Jonas dit d’abord toute sa détresse. Mais, de suite après, d’une façon concomitante, il trouve l’énergie pour reconnaître l’amour de son Dieu pour lui et pour les habitants de Ninive.

Ce qui est merveilleux, c’est que Yaweh-Adonaï a accompagné son envoyé jusqu’aux portes de la mort. C’est alors que Jonas prend soudain conscience de l’énormité de son entêtement. Sa fuite lui paraît inappropriée. Ainsi, le miracle s’accomplit. Il lui permet de reprendre la parole. Sa volonté, galvanisée par l’action du Saint-Esprit, l’1ncline à renouer le dialogue avec son Sauveur. Enfin, il va parler et s’adresser à lui, alors qu’il est dans des conditions de souffrances atroces (cf. Les gros cétacés n’ont pas d’œsophage, tout va directement dans l’estomac. L’acide chlorhydrique et les sucs gastriques vont attaquer et dégrader les matières ingérées. Jonas a dû terriblement souffrir). Ne passons pas cette évidence sous silence !

  

Cela nous renvoie à la parole de notre Seigneur qui sur une croix de souffrance pourra s’adresser à son Père pour lui dire : « Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font » Luc 23 : 34, version LSG. Le signe de Jonas annonçait ce drame des siècles à l’avance !

Dans ce contexte de détresse extrême, Jonas va adresser à Dieu une solennelle prière :

 

« Il dit : Dans l'angoisse qui m'étreint, j'implore le SEIGNEUR : il me répond ; du ventre de la Mort, j'appelle au secours : tu entends ma voix. Tu m'as jeté dans le gouffre au cœur des mers où le courant m'encercle ; toutes tes vagues et tes lames déferlent sur moi. Si bien que je me dis : Je suis chassé de devant tes yeux. Mais pourtant je continue à regarder vers ton temple saint. Les eaux m'arrivent à la gorge tandis que les flots de l'abîme m'encerclent ; les algues sont entrelacées autour de ma tête. Je suis descendu jusqu'à la matrice des montagnes ; à jamais les verrous du pays - de la Mort - sont tirés sur moi. Mais de la Fosse tu m'as fait remonter vivant, ô SEIGNEUR, mon Dieu ! Alors que je suis à bout de souffle, je me souviens et je dis : « SEIGNEUR ». Et ma prière parvient jusqu'à toi, jusqu'à ton temple saint. Les fanatiques des vaines idoles, qu'ils renoncent à leur dévotion ! Pour moi, au chant d'actions de grâce, je veux t'offrir des sacrifices, et accomplir les vœux que je fais. Au SEIGNEUR appartient le salut ! Alors le SEIGNEUR commanda au poisson, et aussitôt le poisson vomit Jonas sur la terre ferme » Jonas 2 : 3-11, version TOB.

 

La prière de Jonas est édifiante. Essayons de nous en approprier ses qualités propres :

  • En première lecture, on est frappé par l’utilisation des « je ». Jonas s’implique à fond. Sa prise de conscience a fait fondre tous ses arguments. Il ne cherche plus d’arguties, ni d’échappatoires. Désormais, il sait ce qu’il doit faire. Cela s’impose à son esprit comme la volonté divine.
  • Il implore son Seigneur YHWH (dans l’original) et lui rend grâce.
  • Il a la conviction que son appel au secours est entendu.
  • Il comprend que YHWH-Adonaï a permis cette épreuve pour qu’il réalise l’importance de sa mission.
  • Malgré le déferlement des eaux qui lui arrivent jusqu’à la hauteur de sa gorge, il peut redresser sa tête, et lever les yeux vers le saint temple de Dieu.
  • Par la foi, il proclame sa remontée vers le monde des vivants, alors qu’il est encore dans le ventre du cétacé (sans jeu de mot !).

 

Dans sa prière Jonas explique ce qui a mis sa foi en action. C’est quand il a été à

l’extrémité de sa souffrance qu’il s’est souvenu de son Seigneur YHWH. Il a fallu qu’il soit à court de souffle, et à l’article de la mort pour que s’impose à lui la grandeur d’un Dieu Tout-Puissant. A partir de là, il a eu la conviction que sa prière était arrivée jusqu’à son Seigneur. De ce fait, il a ressenti la vanité de s’attacher à de vaines idoles. Peut-être était-il aussi dans ce cas ? Quoiqu’il en soit, il a le courage d’énoncer la vérité suivante :

 

« Ceux qui rendent un culte aux faux dieux perdent toute chance de salut » traduction de l’interlinéaire hébreu-français, p. 1903.

 

En prolongement de cette affirmation, Jonas se repositionne dans la véritable adoration à YHWH et promet d’accomplir les vœux qu’il fait. Les sacrifices qu’il se propose d’offrir à Dieu traduisent son profond désir de renouer et renouveler une communion plus forte que jamais avec son Seigneur. Le tout est accompagné d’actions de grâce, c’est-à-dire d’expressions qui expriment toute sa reconnaissance. Mais jusqu’à cet instant, tout se passe encore dans le ventre du poisson ! lieu ou angoisse et espérance se côtoient.

 

Puis, vient la délivrance : le Créateur de l’univers ordonne au poisson de rejeter Jonas et il le vomit sur la terre ferme. Nous assistons là au passage du mouvant des eaux à la terre ferme, symbole d’une renaissance, d’un renouveau, d’une conversion. Là encore, le récit nous révèle l’importance du plan divin pour l’humain, mais plus encore pour l’humanité (cf. Luc 12 : 6-7). YHWH-Adonaï a confié au prophète la parole suivante :

 

« Dis-leur : par ma vie - oracle du Seigneur DIEU -, est-ce que je prends plaisir à la mort du méchant ? Bien plutôt à ce que le méchant change de conduite et qu'il vive ! Revenez, revenez de votre méchante conduite : pourquoi faudrait-il que vous mouriez, maison d'Israël ? Ezéchiel 33 : 11, version TOB.

 

Non seulement Dieu est amour, mais il ne change pas suivant les humeurs humaines. L’apôtre Jacques sous l’inspiration écrira :

« Toute grâce excellente et tout don parfait descendent d’en haut, du Père des lumières, chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation » Jacques 1 : 17, version LSG. YHWH, l’avait personnellement dit :

« Je suis l’Eternel, je ne change pas » Malachie 3 : 6, version LSG. (Le Christ, l’envoyé du Père aura les mêmes qualités divines ; cf. Hébreux 13 : 8).

 

Devant ces témoignages, il est réconfortant de savoir que YHWH aura le dernier mot concernant l’histoire de notre humanité. La raison humaine se bat contre cette affirmation prophétique, tout comme les contemporains de Noé accompagnaient sa prédication de sarcasmes et de railleries :

 

« Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l'avènement du Fils de l'homme. Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche ; et ils ne se doutèrent de rien, jusqu'à ce que le déluge vînt et les emportât tous : il en sera de même à l'avènement du Fils de l'homme » Matthieu 24 : 37-39, version LSG. (cf. 1 Pierre 3 : 19-21 ; 2 Pierre 3 : 3-7).

 

La foi de Jonas a triomphé de l’épreuve. Là ou beaucoup auraient sombré dans la résignation et la fatalité, lui, a entrevu une sortie par le haut. Il s’est souvenu de tout ce que YHWH-Adonaï avait fait pour lui. (Rappelons que le souvenir est en grec le socle de la vérité (ἀλήθεια = aletheia = mot composé = le non-oubli = se souvenir). La foi se souvient que YHWH-Adonaï est créateur de l’univers, qu’il est Père des vivants et que son projet est bienveillant et heureux pour tous. Sa démarche est résumée par le mot amour et quiconque veut entrer dans cette relation, trouvera en Dieu un recours et un secours.

 

Pourquoi la prière de Jonas est instructive dans le temps présent ?

 

D’abord parce qu’elle s’inscrit dans un contexte de souffrances extrêmes qui s’apparente au vécu de beaucoup d’humains sur notre planète. Si Jonas parle d’angoisse pour lui, comment qualifier notre état d’esprit ? Peur, crainte, repli sur soi, traversent nos vies. Et, c’est précisément dans ce temps qu’il faut se souvenir qui on est, d’où l’on vient, et où on va ? L’expérience d’une relation de foi permet d’entrevoir des perspectives heureuses qui ne dépendent pas du bon vouloir des gens de bonne volonté.

 

« Crois et tu comprendras. La foi précède, l’intelligence suit ». Saint Augustin.

 

Nos difficultés en lien avec une démarche de foi proviennent du fait que nous sommes trop raisonnables. Nous revendiquons le besoin de comprendre avant d’agir. En plus, souvent, nous exprimons haut et fort la nécessité d’avoir des garanties avant de nous engager. Tout comme Thomas dans l’Evangile, nous voulons voir pour croire. Jésus lui dira : « heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru ! » Jean 20 : 29, version LSG. Lorsque la foi s’installe dans le cœur humain, la démonstration d’un lien de confiance s’expérimente aisément.

 

« Les options que nous prenons et qui engagent notre avenir se fondent bien plus sur un jaillissement d’espérance que sur n’importe quel raisonnement » Louis Evely.

 

La prière de Jonas interpelle l’homme moderne. Sa souffrance est en germe dans sa vision très utilitariste des choses de la vie. Son réalisme est souvent trop matérialiste. Le rêve et la foi ne semble plus faire partie de son voyage. On ne s’abandonne plus à une cause dont on ne mesure plus les effets. Acceptons-nous la capacité d’influence qu’à l’infiniment petit sur l’infiniment grand ?

 

Conclusion :

 

A plus d’un titre, l’expérience de Jonas percute nos quotidiens. Il nous faut un jour ou l’autre traverser l’océan de la condition humaine et passer du ventre mou de l’obscurité à la lumière sur la terre ferme. L’engagement de tout croyant, et la simplicité de son témoignage, ne doivent pas naître d’une preuve, mais d’une conviction intime. Il me semble qu’elle relève d’un élan intérieur plus que d’un savant calcul. Nos choix décisifs dépendent moins exclusivement de notre bon vouloir ou de notre sens du devoir. Ils jaillissent parfois d’un élan insoupçonné qui remonte à la surface, poussé par le souffle de l’esprit divin. Il faut alors accepter de se laisser submerger pour renaître à la vraie vie.

Le témoignage de Jonas est tellement proche de nous que nous pouvons actualiser chacun pour soi le message d’espérance qu’il nous a laissé.

 

« La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles que l’on ne voit pas » Hébreux 11 : 1, version LSG.(à suivre Jonas chapitre 3).

 

                                                                                        Jacques Eychenne

 

Ps : LSG, version Louis Segond 1975 ; TOB, version Œcuménique de la Traduction de la Bible. DRB, version Darby.

 

 

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