Job 7ème partie

Job

ou              

son incompréhension de Dieu

Job 8-10

(7ème partie)

 

Introduction :

 

Job, couvert de vers et d’une croûte terreuse est à bout de force. Il reconnaît que sa vie ne tient plus qu’à un fil, mais il ose, vers Dieu, lancer cet appel d’espérance : « souviens-toi que ma vie n’est qu’un souffle » Job 7 : 7. Job a renoncé à être compris d’ Eliphaz. Il avait besoin d’empathie, non de réprimandes et  d’accusations. Alors, Job se livre à une profonde réflexion sur la fragilité de la condition humaine. Le chapitre 7 se termine presque comme une prière. Les questions lancées appellent une réponse. Les entendra-t-il venant de Dieu ? Pour l’heure, c’est Bildad de Schuach  qui prend la parole. Job, va-t-il enfin trouver du réconfort auprès de son deuxième ami ? Comment va-t-il ressentir cette intervention ?

 

Développement :

 

« Alors Baldad de Suhé prit la parole et dit: 2 Jusques à quand tiendras-tu ces discours, et tes paroles seront-elles comme un souffle de tempête? 3 Est-ce que Dieu fait fléchir le droit, ou bien le Tout-Puissant renverse-t-il la justice? 4 Si tes fils ont péché contre lui, il les a livrés aux mains de leur iniquité. 5 Pour toi, si tu as recours à Dieu, si tu implores le Tout-Puissant, 6 si tu es droit et pur, alors il veillera sur toi, il rendra le bonheur à la demeure de ta justice; 7 ton premier état semblera peu de chose, tant le second sera florissant. » (Version Bible de l’ Abbé Crampon)

 

On aurait pu penser qu’en regard du discours d’ Eliphaz, et compte tenu de la réponse de Job, Bildad ou Baldad soit plus empathique… Il n’en fut rien, même si le discours est plus modéré. Sa conception de la justice divine est semblable à celle d’ Eliphaz. Bildad ose dire à Job que si ses fils sont morts, c’est à cause de leurs péchés. Il insinue que si la même mésaventure arrive à Job, c’est que lui aussi subit la stricte justice de Dieu. En mettant en avant le principe de la justice immanente de Dieu, Bildad fait la démonstration qu’il est possible de se tromper dans la compréhension de la justice de Dieu. Job aussi va emprunter ce chemin…

 

Il y a déjà là, pour le commun des mortels, matière à réflexion :

Peut-on se leurrer lamentablement sur la compréhension du plan de Dieu pour nous ? Peut-on se tromper sérieusement dans sa relation de fidélité à Dieu ?

Peut-on se méprendre sur la personne de Dieu ? Sa nature ? Ses interventions ? etc.

Pour Bildad, les malheurs de Job sont la preuve par neuf de sa culpabilité. A contrario, il essaie de faire comprendre à son ami, que s’il est juste et droit, il n’a rien à craindre. Là encore, en creux, il exprime que le comportement désespéré de Job n’a pas lieu d’être. Si Job est innocent, comme il le proclame, alors il n’a aucune crainte à avoir de la justice divine. (Ce qui semble logique et juste ne tient pas compte de nos fragilités. Son raisonnement est très théorique) Il retrouvera son bonheur et sa prospérité d’ antan. Pour convaincre Job, Bildad en appelle à la tradition des anciens. Eliphaz s’était appuyé sur son expérience personnelle et sur sa vision divine, Bildad, lui, invoque la tradition.

« Interroge la génération précédente, je te prie, sois attentif à l’expérience de tes pères. » Job 8 : 8 

Son argument consiste à dire que la vie est trop courte pour avoir la sagesse ou la prétention de tout connaître. Pour Bildad, il est indispensable de prendre en compte la sagesse des anciens. Le cœur ne peut en tirer que de bonnes choses… (Dans l’ A.T. le cœur est le lieu des affections et de la raison).

 

Mais est-ce que la tradition des hommes, même pieux est une référence solide et sûre ? Peut-elle engager notre foi ?

Jésus a répondu clairement à ces questions. Il a été confronté à beaucoup d’observances traditionnelles. Ces rites extérieurs concernaient le lavage des coupes, des cruches, des vases d’airain. On se lavait aussi les mains avant de manger, non par mesure d’hygiène, mais pour être purs. On préférait faire une offrande à Dieu (corban) plutôt que de prendre soins de ses parents… Sans compter les multiples commandements touchant l’observation du jour de repos ou sabbat. (Cf. Marc 7 : 1-13 ; Matthieu 2 :23-28)

La réponse du Christ est édifiante : «  Pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition ?... Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition » Matthieu 15 :3,6

Ailleurs, Jésus apostrophe les responsables religieux de son temps, en leur disant : « Hypocrites… C’est en vain qu’ils m’honorent, en donnant des préceptes qui sont des commandements d’hommes. Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous observez la tradition des hommes. Il leur dit encore : Vous rejetez (αΘετεω= Laisser de coté, rejeter, ne pas reconnaître, repousser) fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition. » Marc 7 :6-9  Le fait d’être très intelligent et spirituel n’est pas une garantie. On peut l’attester à travers le fait que l’élite intellectuelle et spirituelle du temps du Christ s’est lourdement trompée…

L’argument de Bildad prônant le respect des traditions religieuses est donc très contestable. D’ailleurs, Job n’a pas considéré le conseil comme étant pertinent. Pour ce qui nous concerne, la plus grande attention doit être donnée à ce que Dieu a dit dans sa parole. Ne répétons pas l’expérience des pharisiens. Donnons la priorité aux enseignements, reconnus par tous, comme émanant de Dieu seul.

 

 

Bildad emploie ensuite 2 métaphores (celle du jonc et de la toile d’araignée, litt. maison d’araignée) pour appuyer sa thèse : La justice de Dieu est infaillible. Mais libellée ainsi, qui pourrait la contester ?

Toutefois, une pointe d’ironie perce sur Job «  Telle est l’allégresse de sa route » Job 8 :19 Peut-on dire que l’état dans lequel se trouve Job correspond à cette description ?Peut-on dire qu’il est heureux de souffrir, alors que la plainte de Job est lancinante et douloureuse ?  Qu’est-ce que cela peut vouloir dire de la part d’un ami ? Peut-on avancer l’idée que Job avait dû faire bien des envieux dans sa position antérieure ? La prospérité, la renommée, le bonheur sont-ils dérangeants ?

En actualisant et en nous impliquant, sommes-nous toujours heureux de voir les autres heureux ?

 

Enfin, Bildad conclue : « Mais Dieu ne rejette point l’homme intègre » Job 8 :20  Autrement dit, si Job est innocent, le mal qui le touche ne peut être que l’œuvre de l’ennemi.(Certainement connu comme le tentateur en Eden) Dieu le démasquera tôt ou tard. Petit message d’espérance pour clore son intervention.

Le discours de Bildad repose sur des réalités évidentes qui ne souffrent pas la contestation. Mais quelque part, il défonce des portes ouvertes. Il y a de la banalité dans son propos. Certains diront de la superficialité, alors voyons ce que va répondre notre ami Job.

 

Job 9 : 1-35

Job ne peut contester ce qui est évident pour tous. A savoir que la justice de Dieu est sans appel, et qu’il existe une indéfinissable différence entre le créateur et ses créatures, entre l’humain et le divin. Dans ce contexte, il est impossible à l’homme de se présenter juste devant l’Eternel. Job le sait bien (Cf. Job 9 :1) Sa réponse concerne aussi Eliphaz. Job ne conteste pas l’autorité de Dieu, mais il ne peut avouer des fautes qu’il n’a pas commises, même si ses malheurs semblent prouver le contraire. ( Méfions-nous des apparences, elles sont parfois trompeuses !)

A un second degré, Job semble percevoir une fausse conception de la justice divine. (Il s’en repentira à la fin de son livre, Cf. Job 42 : 1-6) Elle est comparable à celle d’un despote inflexible. Dieu devient un personnage terrible qui rejoint les portraits des dieux antiques. De plus, il est invisible. (Cf. Job 9 :11) Dieu est Tout-Puissant. On ne peut que courber la tête…

« Dieu ne retire pas sa colère ; devant lui s’effondrent les appuis de Rahav. » Job 9 :13 (Rahav ou Rahab, nom donné dans les livres poétiques de la Bible à un monstre marin malfaisant. Il est synonyme de chaos. Il s’oppose à l’œuvre du Créateur)

 

Il y a de la déception pour Job, voire de l’amertume. Il butte contre le coté inaccessible de Dieu. Impossible de l’interpeller. Job,  découragé, baisse les bras. Il n’a plus rien à dire, il n’a qu’à subir. D’ailleurs, Job pense que Dieu ne l’écoute pas et continue  à l’assaillir de maux (Cf. Job 9 :14-20)

La déraison que Job avait invoquée (Cf. Job 6 :3) l’entraîne à porter une lourde accusation sur Dieu lui-même. Il n’avait jamais été aussi loin !

 

« Suis-je juste, ma bouche me condamnera ; suis-je innocent, il me déclarera coupable » Job 9 : 20  Dieu tiendrait-il l’innocent pour coupable !

Autrement dit, Job pense : « quoi que je fasse, je suis perdant… Je n’ai qu’à m’incliner devant son verdict. Sa décision n’est pas juste ! Mais où est la justice de Dieu ! Oublie-t-il que je suis innocent ! (Cf. Job 9 : 21-22) Alors pourquoi traite-t-il l’innocent comme le coupable ?  Quelle est la nature d’une telle justice ? »… Ses questions ne sont-elles pas  les nôtres parfois ?

Le Psalmiste aussi a été traversé par cette question. Il trouvait insupportable la prospérité des méchants. (Cf. Psaumes 94 :3, 73 :3,12

Comment percevons-nous à notre tour la prospérité des sans foi ni loi ?  Ceux qui font fortune dans l’exploitation des petits, des miséreux, des vulnérables, de notre société ?

 

La répartie de Job semble pourtant pertinente : « La terre est livrée aux mains de l’impie ; il voile la face des juges. Si ce n’est pas lui, qui est-ce donc ? » Job 9 :24  

Joblaisse entendre que Dieu empêche les juges de voir clair. Pourtant, il reste convaincu que rien ne se fait sans son approbation. Du coup, il ne comprend plus. Sa compréhension de la justice divine devient suspecte. Sans chercher plus loin, il se recentre sur son propre cas. Il espérait le bonheur (Cf. Job 9 :25), il s’épouvante de toutes ses peines. Le plus fort est qu’il sait que Dieu ne l’innocentera pas. (Cf. Job 9 :28) Sa conception de la justice de Dieu est fausse. Elle ne dépasse pas la réaction instinctive d’un humain souffrant. Même si on comprend Job, on s’aperçoit que le plus spirituel des hommes peut se fourvoyer dans sa perception de la volonté de Dieu.

La belle assurance de Job, celle que nous avions vu au départ, semble être perturbée par sa nouvelle conviction : « Je serai jugé coupable ; Pourquoi me fatiguer en vain » Job 9 : 29

Job sent profondément l’inutilité de son combat. A quoi bon chercher à se justifier quand il n’ y a plus personne entre Dieu et lui. « Il n’y a plus entre nous d’arbitre, qui pose sa main sur nous deux. » Job 9 : 33  (C.I. Scofield met en note de la version Segond, p. 572 : « Le mot arbitre comprend l’idée de médiateur ; ce dernier terme est utilisé par la version des LXX et employé par l’apôtre Paul en 1Ti.2 :5 »)

 

L’idée qui suggère le besoin d’un médiateur est très intéressante. Elle nous permet de comprendre convenablement le sujet qui oppose Dieu et Satan. La notion d’un médiateur s’imposait. Pour l’heure, Job en a l’intuition, bientôt il en aura la conviction : « Mais je sais que mon rédempteur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la terre. » Job 19 : 25

 

Aujourd’hui, c’est par la venue de Jésus-Christ et sa victoire sur l’adversaire, appelé Satan ou le diable, que nous comprenons que l’amour de Dieu supplante la justice. L’amour va au-delà de l’offense. Il se nourrit de preuves. C’est pourquoi l’apôtre Paul affirmera «  (Rien) ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » Romains 8 : 39 etailleurs : « La loi est intervenue pour que l’offense abonde, mais là où le péché a abondé, la grâce a surabondé… » Romains 5 :21

La démonstration a été faite : l’amour va au-delà des accusations. Dieu s’est placé sur le même terrain que l’Adversaire pour le vaincre. Paradoxalement, Dieu éradique définitivement le mal en acceptant qu’il se manifeste sur Job… Il conduira le fils de Dieu à Golgotha. La victoire sera obtenue au travers de la souffrance. Le parcours de Job est la fonte qui imprimera dans nos cœurs l’espérance de la victoire sur le mal, autant dire la victoire de l’ Amour.

Pour l’heure, Job est dépourvu de l’appui d’un médiateur. « Je reste seul avec moi » Job 9 :35 5 (Version N.B.S.) Malgré tout, il ressent le besoin de s’exprimer pour être en conformité avec lui-même. Voilà pourquoi, il va de nouveau s’épancher et redire sa plainte : « Ne me condamne pas ! » Job 10 : 2.

A défaut, fais-moi au moins savoir pourquoi tu me traites ainsi ?

En creux, Job interpelle Dieu en lui disant que son fonctionnement vis-à-vis de lui, ne lui ressemble pas. Il doit y avoir un couac quelque part !

(Job a une fausse conception de la justice de Dieu. Son expérience va l’emmener à une découverte grandiose et sublime. C’est tout l’enjeu caché de son livre)

D’autant, que paradoxalement, Job sait que Dieu sait, lui aussi, qu’il n’est pas coupable. Job ne voit donc pas d’issue. Il ne perçoit pas l’ombre d’une petite explication. Du coup, il ose dire à Dieu, à peu près ceci :

«  Tu m’as conçu avec beaucoup d’application, tu as pris soin de me former avec beaucoup de soin, et maintenant tu veux me détruire ? Où est ta logique ? » (Cf. Job 10 : 8

Job fait remarquer à Dieu, que s’il a tant pris soin de lui, en lui accordant la grâce de la vie et en le protégeant, ce n’est certes pas pour l’attendre au tournant en le déclarant coupable d’un mal qu’il n’a pas commis. Pour se prouver qu’il est encore bien vivant, Job ose des propos audacieux. Il ne comprend pas la contradiction apparente dans laquelle Dieu se place. (Tenir l’innocent pour coupable)

« Tu m’opposes de nouveaux témoins, tu multiplies tes fureurs contre moi, tu m’assailles d’une succession de calamités, Pourquoi m’as-tu fait sortir du sein de ma mère ? Je serai mort, et aucun œil ne m’aurait vu ; je serai comme si je n’avais pas existé… » Job 11 : 17-19

Comme nous le constatons, Job va ponctuer son intervention en revenant sur le sujet de la mort. Elle l’obsède. Elle est pourtant préférable à sa tragédie. Sa réponse à Bildad se termine par une plainte lugubre avec des mots comme : ténèbres, obscurité profonde, confusion, mort.  Parlant à Dieu, Job déclare :

« Mes jours ne sont-ils pas en petits nombre ? Qu’il me laisse (tranquille), qu’il se retire de moi, et que je respire un peu, avant que je m’en aille, pour ne plus revenir, dans le pays des ténèbres et de l’ombre de la mort, pays d’obscurité profonde, où règnent l’ombre de la mort et la confusion, et où la lumière est semblable aux ténèbres. » Job 10 : 20-22

 

Conclusion :

 

Il n’existe pas de loi au dessus de Dieu, et personne ne peut, sous quelque forme que ce soit, l’assigner en justice. Dieu est souverain absolu. Cette réalité incontournable, perçue souvent négativement, nous force à nous déterminer par un choix : soit à faire confiance à Dieu, soit à l’ignorer ou le rejeter. En général aucun humain équilibré ne met au monde un enfant pour le faire périr…  

Dieu « est patient envers vous : il ne souhaite pas que quelqu’un se perde, mais que tous accèdent à un changement radical » 1  Pierre 3 : 9 (Version N.B.S) Prenons acte que la volonté de Dieu s’actionne avec amour pour chacun d’entre nous, comme un père vis-à-vis de ses enfants.

 

                                                                                        Jacques Eychenne

 

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