Job 3ème partie

JOB 

ou

le contenu d'un enjeu

Job 2

(3ème partie)


  

Introduction :

 

Nous reprenons notre commentaire après avoir introduit brièvement, la semaine dernière, le deuxième tableau. Le lever de rideau nous montrait Job touché dans son être de chair. Après avoir été dépossédé de tous ses biens (Enfants, serviteurs, troupeaux) Job est maintenant atteint dans son intégrité. Dieu accepte de livrer son serviteur à Satan. Le pari est osé, risqué, injuste, inhumain…

 

Développement :

 

Contrairement à la pensée populaire, la question qui est posée dans ce prologue ne concerne pas la souffrance. Elle n’est que la conséquence d’un enjeu plus important.

Bien sûr, personne ne peut contester que Job souffre injustement. Mais ses souffrances vont révéler la nature du véritable problème. Il est comme caché et va progressivement apparaître au grand jour. Sa souffrance ou ses souffrances vont faire office de révélateur. La véritable question qui engage tout le plan divin apparaît distinctement avec le deuxième tableau. Elle est posée sans ménagement  dans Job 1 : 9 «  Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? ». C’est dans le terme « pour rien » qu’émerge la vraie question. Aujourd’hui nous dirions : «  Est-ce sans raison, sans intérêt… ».

Cette question pertinente, redoutable, insidieuse, est au cœur de la scène. Les autres personnages vont disparaître du décor. Job va rester seul face à ses amis et à Dieu.

Il est important de ne pas perdre de vue la question posée par Satan. Elle est de nature à remettre en question le bien-fondé de la confiance que Dieu met en son serviteur Job. Par extension, il en va de même pour chaque membre de cette humanité. Chacun peut dire oui ou non à l’amour de Dieu. Chacun lui être fidèle ou pas. L’enjeu est permanent, même si la démonstration s’inscrit, avec Job, dans l’histoire. Rappelons-nous aussi que la démarche de Satan est invariable. Il manie le doute avec une dextérité parfaite. Il a pour objectif de retourner les situations en changeant le bien en mal (Cf. Genèse 3 :1et suivant ; Matthieu 4 :1-11) Mais, soyons rassurés ! Dieu a encore plus le pouvoir de transformer le mal en bien. Il nous invite à surmonter le mal par le bien. «  Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » Romains 12 :21

Après s’en être pris à l’Avoir (ses biens) Satan s’attaque à l’ Etre. Le lien entre le bien-faire et le bien-être doit être clarifié. Il est de première importance pour Satan : est-ce que Job sert vraiment son Dieu d’une façon purement désintéressée ? Il semble même, d’après le récit, que la deuxième intervention suit rapidement la première. Un peu comme si on ne voulait pas laisser souffler Job. Là aussi la démarche de l’adversaire est invariable. C’est quand l’humain est en position de faiblesse que l’estocade est la plus dangereuse. Satan n’a-t-il pas essayé de tenter Jésus après l’avoir vu jeûner quarante jours et quarante nuits au désert ! (Cf. Matthieu 4 ; 1-11)

Dieu livre Job à Satan. La preuve par neuf doit être faite au grand jour. Il est important de pouvoir reconnaître que Job sert son Dieu d’une manière totalement désintéressée.

Mais, pourquoi poursuivre « ce combat » ?

- Parce que la deuxième intervention de Dieu démontre que sans la contestation de l’ennemi, elle n’avait pas lieu d’être. En effet, que dit Dieu en substance à Satan   : «  Tu m’incites contre lui (Job) à l’engloutir pour rien » Job 2 : 3c (Remarquons que pour la deuxième fois dans l’original hébreux le pour rien apparaît) C’est bien là le noeud de l’enjeu !

- Et puis, il faut croire que la première réplique de Job n’a pas convaincu Satan. Père du doute, il a même banalisé son témoignage. Il fait remarquer qu’il entre dans une logique. Avoir la foi quand on est grandement béni, n’a rien d’extraordinaire !  

 

Alors Dieu accepte ce pari injuste, inhumain, insensé, voire risqué, comme nous l’avons dit la dernière fois. « Soit ! Il est en ton pouvoir ; seulement respecte sa vie » Job 2 :6(version la T.O.B) littéralement : « garde sa vie ».

Le récit se poursuit :   « Alors  l’Adversaire se retira de devant le SEIGNEUR. Il frappa Job d’un ulcère malin, depuis les pieds jusqu’au crâne. Job prit un tesson pour se gratter et s’assit au milieu des cendres » Job 2 : 7-8

Job est subitement atteint d’une maladie que certains identifient à la lèpre. Est-ce la lèpre, un cancer de la peau, un psoriasis profond,… Qu’importe !

Cette maladie évoque une sorte de prison. Job est comme enfermé dans un cercueil. Non seulement il est coupé du monde, mais sa souffrance l’entraîne dans un repli sur soi. Il tente bien symboliquement une sortie en essayant de se gratter, autrement dit, d’enlever ce qui le recouvre, mais en vain. Le tesson de poterie qu’il utilise est d’un dérisoire à faire pleurer…

Il faut imaginer ce Job contaminé dans sa chair, mais aussi dans son cœur. L’incompréhension tombe comme un coup de massue. On dirait qu’il entre lentement dans un processus de mort. N’est-il pas d’ailleurs assis au milieu des cendres ? On le retrouvera ainsi jusqu’à la fin du récit. (Cf. Job 42 : 6) Il faut se souvenir que le positionnement dans les cendres ou la poussière  fait partie  des rites qui accompagnent le deuil. (Cf. Esther4 :1,3 ; Jérémie 6 :26 ; Jonas 3 :6 Etc.)

Cette symbolique renvoie à la fragilité de la vie. Plus loin dans sa confrontation avec ses amis, Job dira : « Dieu m’a jeté dans la boue, et je ressemble à la poussière et à la cendre » Job 30 :19

Cette fragilité de la condition humaine est inscrite dans nos gènes. Dieu n’avait-il pas déjà dit à Adam : « Tu es poussière et tu retournera dans la poussière » Genèse 3 :19

On imagine que Job prend brutalement conscience de l’éphémère de l’existence. Il est en plongée profonde dans un univers de réflexions et de questionnements.

Mais pas un mot de révolte. On dirait que le choc est tellement soudain et fort qu’il est comme groggy, sonné, incapable de réagir. Il a juste le réflexe du sage : ne pas se révolter, faire le dos rond, laisser passer l’orage, attendre la suite des évènements… Attitude qui le place au rang des grands sages de notre histoire. Même s’il ne comprend rien, même s’il n’a pas de réponse à ses questions, sa fidélité à son Dieu est immuable. Pour nous qui réagissons au quart de tour à la moindre difficulté, n’y a-t-il pas là matière à réflexion ?

Le récit se poursuit en nous relatant le point de vue de sa femme, en une seule phrase : « Sa femme lui dit : Tu demeures ferme dans ton intégrité ! Maudis donc Dieu et meurs ! » Job 2 : 9

La dernière fois, nous avons osé cette phrase d’introduction sur son comportement :

« Cerise sur le cake, sa femme l’enfonce un peu plus ». Au-delà de la boutade, essayons de comprendre ses sentiments. (Mais avant rappelons que les pères de l’Eglise ont avancé l’idée qu’il aurait mieux valu pour Job d’être veuf. Saint Augustin en fait même une seconde Eve qui pactise avec le diable…Cf. report de note de Dany Nocquet, le livre de Job, ouvrage déjà cité) C’est pour le moins audacieux !

Toutefois, un point semble clair : trop, c’est trop ! Elle ne peut plus supporter cette situation, elle ne veut même plus la voir. A l’évidence, ce couple n’est pas en communion ou en harmonie de pensée. C’est d’ailleurs choquant. Les mots de sa femme sont durs, sans compassion.

 

Son attitude a au moins l’avantage de nous faire réagir et de nous interroger.

-         N’est-elle pas convaincue de l’intégrité morale de son époux ?

-         Ou est-elle dans le doute ? Son mari lui aurait-il caché quelque chose de grave qui mériterait la mort ?

-         Ou est-ce pour dénoncer son attitude orgueilleuse ? D’un air de dire : « tu te crois inébranlable dans ton intégrité, mais ce n’est peut-être pas le cas ? »

-         Est-elle dans le jugement, ou est-elle dans l’amour ?  

-         Est-ce pour s’identifier au sort de son mari, constatant  que son rôle de femme - mère a été nié, détruit en un tour de main par Dieu.

-         Est-ce pour dire encore que sa vie, à elle aussi, n’a plus de sens ?

-         Est-ce une façon de dire sa rancœur sur Dieu ?

-         Ou est-ce un acte d’amour pour épargner à son mari de terribles souffrances ?

Comme pour lui dire : « Au point où tu en es, il vaut mieux que tu meurs »

-         Face à l’inexplicable qui sûrement la torture aussi, veut-elle y mettre un terme ?

-         Est-ce un cri de désespoir laissant entendre que si cela continue, c’est elle qui va disjoncter. Autrement dit, est-elle dans l’aveu qu’elle n’a pas la foi suffisante pour supporter une telle épreuve ?

-         Son exclamation disant « maudis Dieu et meurs », n’est-ce pas sa façon de décrire le grotesque de cette situation injuste ? C’est pire qu’une incompréhension, c’est résoudre le problème par l’absurde. Puisque Dieu semble vouloir ta mort, alors dépêche toi de mourir !

-         Si Dieu est à l’origine de cette tragédie, c’est alors une question sans réponse.   cette œuvre de destruction ne s’apparente-t-elle pas à l’œuvre d’un d’un dément, d’un fou.

-          

En laissant planer cette accusation, Job va tel un boumerang, lui renvoyer l’argument.

Ainsi s’articule la réplique de Job : « Tu parles comme une folle ! Nous recevrions de Dieu le bonheur, et nous ne recevrions pas aussi le malheur ! En tout cela Job ne pécha pas par ses lèvres. » Job 2 :10 (version Nouvelle Bible Segond)

Plus littéralement « tu parles comme l’une des folles ». Job la range du coté des folles, car elle se situe à l’opposé de sa foi. Elle suspecte l’action de Dieu. Elle détruit l’image de Dieu qui habite Job. De plus, par sa réaction, cette épouse (dont on tait le nom) démontre qu’elle n’est, ni dans l’amour, ni dans la compassion, pas même dans l’empathie. 

En maudissant Dieu, elle maudit la vie. De ce fait, elle est, elle aussi, dans un processus de mort. La vraie mort n’est-ce pas tout simplement l’absence de Dieu ?

 

Par opposition, l’argumentation de Job porte sur le fait que Dieu a la maîtrise de toutes les situations. Rien n’échappe à sa toute-puissance et à sa prescience. Poursuivant avec sa logique, Job fait donc remarquer à son épouse que si on reçoit le bien, il faut aussi recevoir le mal. Sous-entendu, l’un et l’autre ont un sens, pour ne pas dire une valeur pédagogique… Toutefois, l’incompréhension de Job dans ce rapport au bien et au mal démontre le coté inaccessible de sa perception de la volonté de Dieu. Job ne variera pas sur ce point tout au long du débat avec ses prétendus amis. Sa confiance en son créateur est telle qu’elle va au-delà des notions de bien et de mal. C’est le message puissant qui s’en dégage… Le contraste est saisissant entre la position de Job dans la cendre (schéma de mort) et la profondeur de sa foi en Dieu (Schéma de vie). (Rappelons ici la déclaration solennelle de l’apôtre Paul : l’homme «  est sauvé par la grâce par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ». Ephésiens 2 :8)

Même assis dans la cendre, Job reste fidèle à son Dieu. Sa foi est extrême et complète, quoiqu’il puisse advenir.

Le récit se poursuit en disant : « En tout cela, Job ne pécha point avec ses lèvres » Job 2 :10 c

L’expression « avec ses lèvres » est assez curieuse. Si on n’opte pas pour le symbolisme de la bouche et des lèvres, on se demande si Job n’a pas pu pécher autrement. Les lèvres expriment chez Job ce qui lui tient à cœur. (Cf. Job 13 :6) David sera dans les mêmes dispositions (Cf. Psaume 51 :17) Il en va de même pour la bouche. Job plaide sa cause. Il remplit sa bouche d’arguments (Cf. Job 23 :4,12). Quoiqu’il en soit, l’important est moins ce qu’il y a sur les lèvres que dans le cœur. Et c’est peut-être la découverte à laquelle progressivement ce récit nous invite. Découvrir un autre Job… Gardons en mémoire qu’il est l’objet d’un pari qui le dépasse. Il est le cobaye d’un enjeu qui est dans les sphères célestes. Mais Job l’ignore…

 

Le récit aurait pu s’arrêter là. Pourquoi ?

 

Tout simplement par le fait que si Job, en tout point, n’a pas péché après être passé par cette broyeuse de malheurs, la suite ne présente aucun d’intérêt. A quoi bon poursuivre ! La démonstration est suffisamment éloquente.

Mais Alors, si l’épreuve perdure et si Job est hors de cause, comment expliquer qu’il faille une suite à cette histoire ? That is a question !

 

Puis arrivent trois amis… (Cf. Job 2 :11-13).

 

Ils sont identifiés. Ils portent un nom. Il y a Eliphaz le Témanite, Bildad le Shouhite, et Tsophar le Naamatite. Le récit nous apprend qu’ils ont entendu parler des malheurs de Job. Bien que venant de contrées différentes, après s’être concertés, ils décident de venir « le plaindre et le consoler » (Version N.B.S.) ; « lui manifester leur sympathie et le réconforter » (Version Français courant) ; « hocher sur lui et le réconforter » (Version Chouraqui).

Le récit nous informe qu’à une certaine distance, voyant Job, ils ne le reconnurent pas. Sous le coup de ce choc émotionnel, ils se mettent à pleurer et à s’exclamer (comme à la mode orientale, l’action est très démonstrative, sans retenue). On dirait qu’on assiste à une cérémonie de deuil. Chacun déchire sa tunique et se jette de la poussière sur la tête. Puis s’asseyant à même le sol, chacun reste auprès de lui 7 jours et 7 nuits, sans dire un mot. Ces trois amis sont traumatisés par sa grande douleur.

Que penser de la démarche de ces trois compagnons (mot utilisé dans le texte hébreux) ? Le terme fait référence à une relation suivie et appréciée. Le fait qu’ils viennent de contrées différentes montre que ce qui les unit doit être fort. La suite du récit atteste qu’ils ont tous une connaissance de Dieu. C’est sûrement le lien de leur amitié.

Leur démarche nous apparaît sympathique. Ils adoptent un comportement empathique… Mais déjà leur attitude nous fait nous interroger. Pourquoi ?

 

-         Parce qu’ils viennent pour le plaindre et le consoler. Est-ce bien ce dont Job a besoin ?

-         Parce qu’ils se conduisent comme s’ils se trouvaient devant une famille endeuillée ? Etait-ce le bon comportement à adopter ? (même si l’apparence d’être devant un mort-vivant devait être forte)

-         Ne sont-ils pas dans le registre de la loi, plutôt que dans celui de l’amour ?

(Ce qui permet de le suggérer est développé dans un long passage de  Lévitique 13. L’homme ayant une tumeur, une dartre, ou une tache blanche qui ressemble à une plaie de lèpre, était déclaré par le sacrificateur impur. Cet examen était suivi d’une mise à l’écart pendant 7 jours. Après ces 7 jours, il y avait un autre examen. Si le doute persistait, 7 jours de quarantaine étaient ajoutés… On peut émettre l’hypothèse que ces trois hommes pieux, qui vivaient à proximité d’Israël, connaissaient ces dispositions. L’épilogue semble confirmer « le légalisme » des trois compagnons. Ils devront sacrifier 7 taureaux et 7 béliers pour être pardonnés par Dieu, grâce à l’intercession de Job Cf. Job 42 : 7-9)

 

Le constat saisissant vient clôturer ce prologue : Job est seul, comme emmurer dans sa maladie. Les mots hébreux sont forts : Litt. Beaucoup grande la douleur. En français Chouraqui traduit : « la douleur (de Job) est très grande » Job 2 :13

Le silence est éloquent : 7 jours et 7 nuits dans le silence. Autant dire qu’avec le symbolisme, on est dans le silence parfait, absolu.

Nous verrons que comme Dieu, Job va prendre l’initiative de briser ce silence… Saurons-nous alors pourquoi il était nécessaire que l’épreuve se poursuive ? Ces trois compagnons seront-ils à même de comprendre Job à défaut de le consoler ? c’est ce que verrons la prochaine fois.

                            

                                                                                                  Jacques Eychenne

 

 

 

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