Job 13 ème partie

 

     Job

       Ou

  le parcours

d’une renaissance

    Job 42 : 1-6

    (13ème partie)

 

 

Introduction :


Le grand désir de Job est exaucé. Lui qui peut-être n’espérait plus, le voilà à l’écoute du Grand : JE SUIS celui qui SUIS, révélé à Moïse. Job avait contesté l’action de l’Eternel. Il ne comprenait pas sa volonté. Il se demandait pourquoi il avait été si durement frappé, lui le serviteur innocent ? Il considérait que Dieu était injuste à son égard. Et voici qu’YHWH l’interpelle, personnellement, pour le repositionner dans une bonne relation. Dans un premier temps, Job est confondu par la grandeur de Dieu. Il ne sait plus quoi dire. Il prend conscience de sa déraison. Puis, il chemine petit à petit vers son Créateur. Après avoir démontré à Job sa maîtrise de l’agencement de tout l’univers, Dieu lui redonne l’occasion de recréer un lien encore plus fort. Mais, Dieu n’a pas répondu directement aux questions de Job, il lui a simplement fait constater que rien n’échappait à sa volonté… cette mise en situation sollicitait sa confiance. Après avoir senti sa petitesse que va pouvoir dire Job ? Comment va-t-il réagir ?


Développement :


« Job répondit au SEIGNEUR : Je sais que tu peux tout, et qu’aucune pensée ne t’échappe. Quel est celui qui, sans connaissance, assombrit mes projets ? Ainsi j’ai parlé, sans comprendre, de choses étonnantes qui me dépassent et que je ne connais pas. Ecoute, je te prie ; moi, je parlerai ; je t’interrogerai et tu m’instruiras. Mon oreille avait entendu parler de toi ; maintenant mon œil t’a vu. C’est pourquoi je renonce : je me repens sur la poussière et la cendre. » Job 42 : 1-6 (version N.B.S.)


Avant d’analyser cette humble et profonde réponse de Job, faisons l’observation suivante : Job dans sa démarche était au bout du bout. Physiquement, moralement, spirituellement, il était à la limite de perdre tout espoir. Cette extrémité insupportable laissait entrevoir le pire, et pourtant, c’est à ce moment précis que Dieu a surgi. Dans sa grande mansuétude, le meilleur est apparu soudain au grand jour. Souvent, Dieu se révèle quand on ne l’attend plus. Cette démarche, à risque calculé, a pour objectif de graver dans notre mémoire l’attention permanente du SEIGNEUR pour chacune de nos vies, et surtout d’éveiller en nous le désir de communion. Sa bienveillance est présente, même si nos yeux ne peuvent la discerner… Cette grande fresque biblique illustre le grand projet de Dieu pour notre humanité. La finalité de son dessein grandiose apparaîtra au grand jour, au moment opportun de l’histoire des hommes, quand Dieu le jugera bon, comme à l’aurore de la création de l’univers. Mais revenons à Job…


Il reconnait que Dieu peut tout, et qu’aucune pensée humaine ne lui échappe. Constatation fondamentale : Dieu sait tout et tout lui est possible. Le Nouveau Testament nous redira cette vérité cardinale. S’adressant à Marie, l’ange lui dit : « rien n’est impossible à Dieu » Luc 1 :37. Jésus, lui-même, répondant aux disciples surpris de ses paroles au jeune homme riche, dira à propos du salut : « aux hommes cela est impossible, mais à Dieu tout est possible. » Matthieu 19 :26 Et, comme l’épître aux hébreux nous affirme qu’il est impossible que Dieu mente (Cf. Hébreux 6 :18), nous avons toutes les garanties, pour que notre foi se construise dans la confiance. Cette prise de conscience a dû être réconfortante pour Job, tout comme elle l’est pour chacun de nous.


Jusqu’ici Job avait su faire face à ses contradicteurs. Cette confrontation l’avait même conforté dans sa position d’innocent injustement frappé. Mais, il lui restait un dernier pas décisif à franchir : être dans la présence de Dieu et entendre son verdict. Et là, tout change, tout bascule. Sa superbe certitude s’écroule. En déroulant les merveilles de sa création, Dieu le conduit au suprême détachement. Ce moment de grâce, illumine sa conscience. Il reprend d’abord, en se répétant à lui-même, les paroles de Dieu (Cf. Job 38 :2) Puis, solennellement, il formule son aveu :

« j’ai donc parlé, et sans comprendre, de choses merveilleuses pour moi, que je ne connaissais pas. » Job 38 :3 (version Darby)

 

Devant la souveraineté de Dieu, Job avoue humblement ses égarements. Il avait persisté à avoir raison devant ses amis, il n’aura pas raison face à Dieu. Cette confession nous dit qu’au-delà des prétentions humaines de connaissance et de sagesse, il y a une autre voie qui s’emprunte avec humilité et confiance. Ce texte nous dit encore que nous avons à nous défier de nous-mêmes. Il est difficile de persister à avoir raison devant Dieu. Au bout du bout de nos connaissances, il y a la nécessité d’un abandon, d’un lâcher-prise. Cette position d’humilité, si difficile à acquérir, ne peut qu’être l’œuvre de la providence, l’œuvre de la grâce, l’œuvre de l’esprit de Dieu en nous.

Puis Job reformule une prière. Il redit les paroles que YHWH lui a déjà fait entendre (Cf. Job 38 :3 ; 40 :7), soit pour mieux reconnaître sa déraison (Cf. Job 13 : 20-22), soit plutôt pour lui demander de prendre acte de la confession bouleversante qui suit.

« Mon oreille avait entendu parler de toi ; Mais maintenant mon œil t’a vu » Job 42 : 5 

 

Cette déclaration d’amour ne relève pas d’une connaissance de relai, elle est le fait objectif d’une rencontre personnelle. Par cette expérience Job rejoint le vécu d’un Moïse qui voit « une forme » de Dieu. (Cf. Nombres 12 :8) Cette vision de Job met en lumière les limites des lectures de la torah, les limites de tout enseignement scripturaire, les limites de la doctrine de toutes les confessions spirituelles, les limites de toute production théologique. La tension que ce texte exprime entre l’oreille et l’œil est de nature à nous interpeler très personnellement. Certes, l’étude de la Parole de Dieu est nécessaire. (L’oreille a besoin d’entendre) Mais au-delà de sa méditation et des prédications entendues, rien ne remplacera une approche personnelle, fruit d’une authentique rencontre avec YHWH. (L’œil a besoin de voir cf. Romains 1 :20) C’est en valorisant la relation personnelle avec le Créateur, que précisément sa Parole prend vie en nous. Sinon la Bible est réduite à un simple livre d’histoire…


Malgré ses doutes, sa déraison, sa méconnaissance des réalités divines, Job est traversé par cette rencontre avec ce Dieu qu’il supposait bien absent de sa vie. La version des LXX traduit « j’avais entendu parler de toi par ouï-dire d’abord, mais maintenant mon œil t’a vu ». « Je ne te connaissais que par ouï-dire » Job 42 :5 (version T.O.B.) Ce texte nous parle des inévitables approximations de notre foi. Nous pensons être seuls à nous débattre dans la complexité de nos quotidiens. Nous pensons être seuls dans la souffrance. Nous pensons que Dieu n’a que faire de toutes nos difficultés. Comme Job, nous supposons que Dieu est absent de nos vies. Inévitablement centrés sur nous-mêmes, nous ne pouvons prendre conscience de sa présence. Nos vies sont trop parasitées par les bruits de la terre. Nous ne savons plus faire silence. Et pourtant, Tout comme pour Job, Dieu ne cesse d’être présent. Il a dépêché son Fils sur la terre pour nous assurer qu’il voulait être Avec nous (Cf. Emmanuel, Matthieu 1 :23). Les dernières paroles du Seigneur Jésus, rapportées par l’évangéliste Matthieu confirment : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » Matthieu 28 :20 Est-ceque le livre de Job n’essaie pas de nous convaincre de cette réalité-là : l’importance de sa présence en nous ? Eveiller en nous le désir de sa présence ? N’est-ce pas la grande découverte à laquelle nous sommes tous appelés ?


Redisons encore simplement, que RIEN ne remplacera la nécessité d’une rencontre personnelle. La joie de Dieu semble se nourrir non d’une obéissance systématique et mécanique (Cf. Esaïe 1 : 10-17), mais d’une relation de cœur, d’un désir de lien, d’une sincère communion. Cette démonstration est confirmée dans le nouveau testament avec Marie, la mère de Jésus, Jean-Baptiste, les apôtres, Nicodème, la Samaritaine, la Cananéenne, Marie-Madeleine, Zachée etc… Que de belles rencontres dans les Evangiles !

L’expérience de Job, nous redit que nous avons à nous engager personnellement, sans nous contenter de reproduire ce que d’autres nous ont transmis. Il nous faut donc penser par nous-mêmes, afin d’éviter de reproduire les convictions des autres, même si parfois certains ont la crédulité de croire qu’ils peuvent penser pour nous. C’est pourquoi, à la fin de son Evangile, Marc, rapportant les paroles de Jésus écrira : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé… » Marc 16 :16 (Voire aussi Jean 3 :16) interpellation très personnelle.Mais comment peut-il en être autrement ! Si Dieu est Amour (Cf.1 Jean 4 :8,16) et que l’Amour a pour caractéristique d’être engageant et responsable, alors la nécessité d’une relation à Dieu engageante et responsable s’imposera un jour ou l’autre, individuellement, à chacun de nous.


La rencontre avec Dieu conduit à la repentance. «  C’est pourquoi je me condamne et je me repens sur la poussière et sur la cendre. » Job 42 : 6 le premier verbe condamner est aussi traduit par : renoncer (version N.B.S) rétracter (version du Rabbinat Français) j’ai horreur de moi (versions T.O.B. et Darby) je regrette (Ancien Testament interlinéaire, hébreu-français). Job est sévère envers lui-même, non à cause des accusations de ses amis, mais à cause de ses folles paroles (Cf. Job 5 :3). Elles trahissaient sa présomption insensée à vouloir avoir raison devant la souveraineté de Dieu. Il croyait savoir, il se pensait sage. La version des LXX traduit : «  c’est pourquoi je me suis méprisé moi-même, et me suis anéanti, et je me suis regardé comme terre et cendre »

Le passage du statut de victime innocente à celui de coupable par omission (Cf. v.3, Je ne savais pas, je ne comprenais pas) fait expérimenter à Job la vraie repentance. Rappelons pour mémoire la signification de la repentance dans le Nouveau Testament. Le mot grec µετανοια est un mot composé de μετα=avec le génitif= parmi, avec. Νουσ= pensée, esprit, intelligence, raison, entendement. Le verbe νοέω= s’apercevoir par la pensée, se rendre compte, reconnaître, comprendre. Ce mot qui a été traduit par repentance ou conversion, signale un bouleversement et une transformation radicale de la pensée. C’est le message caractéristique de Jean-Baptiste (Cf. Matthieu 3 :1,8) Notons encore que ce changement profond ne peut être le fait de l’homme, il est avant tout don de Dieu, manifestation de sa grâce. (Cf. Actes 5 :31)

Cette confession de Job nous dit directement, que quant au détour de circonstances particulières nous cessons de nous autojustifier, en accueillant ce que Dieu veut déposer en nous (ce qui produit la repentance), l’espoir de retrouver du lien de proximité avec notre Créateur renait. Cette prise de conscience mystérieuse est l’œuvre de Dieu dans le cœur de chacun.


Pour Job, la conséquence est immédiate. Son paradigme (ou sa façon de penser) est à la fois bouleversé et transformé : Job n’accuse plus Dieu, il s’accuse. Dieu n’est plus à l’origine de son mal. Ce processus de la repentance est porteur d’espoir sur le plan spirituel. (Il est fort regrettable que l’humain donne une connotation négative à la repentance. On préfère la penser collective ! Le commun des mortels perçoit le plus souvent cette démarche comme une atteinte à sa dignité. Une sorte de dévalorisation de sa personne. Cette perception négative courante est heureusement corrigée par l’affirmation bienfaisante du Christ.) S’adressant aux Pharisiens surpris de le voir accueillir les publicains et les gens de mauvaise vie, le Seigneur leur présenta la parabole de la brebis perdue. Et à cette occasion, il leur dit : « Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance » Luc 15 : 7 Job éprouvé à la limite du supportable, Job à qui il ne reste plus qu’un soupir d’espérance, est plus agréable à Dieu que tous les sages discoureurs bien ancrés dans leur certitude. En cela, l’histoire de Job ouvre un nouvel horizon à tous les meurtris de la terre. En bout d’analyse, il est important de dire : On appréhende Dieu avant tout par le cœur, non par la raison.


La démarche de Job a eu un double effet positif. Non seulement elle lui a permis de bien se resituer dans une relation harmonieuse, mais encore, elle a disculpé Dieu de toutes accusations. Rappelons-nous que Job, tout comme ses amis, pensaient que son malheur était le fait de Dieu. Rappelons-nous encore l’enjeu de départ avec l’accusation de Satan contre Dieu. Le fait majeur qui émerge de la réponse de Dieu à Job est dans le : tout est possible. L’espoir, tel un lumignon qui fume, n’a parfois besoin que d’une toute petite brise de la grâce divine pour s’enflammer de nouveau. Rien n’est jamais perdu. La seule chose qui importe est le désir de relation à Dieu dans la confiance. Le larron sur la croix l’a exprimée simplement, et Jésus l’a assuré que cette relation naissante aurait une suite, avec lui, dans le paradis. (Cf. Luc 23 :39-43)

De plus, l’expérience de la repentance nous conduit à moins questionner l’Eternel et à davantage lui faire confiance en toutes circonstances. C’est cela, l’aventure de la foi. La litanie de nos « pourquoi ? » parfois légitimes, devrait petit à petit s’estomper pour laisser place à cette prière : « Que ta volonté soit faite comme dans le ciel aussi sur la terre », autant dire en chacun de nous. (Cf. Matthieu 6 :10)


Conclusion :


L’expérience de Job ouvre un champ nouveau de découvertes. Elle éclaire notre compréhension de l’irruption du mal sur la terre. Elle donne une valeur pédagogique à la question de la souffrance, y compris celle des innocents. Elle nous fait grandir dans le : tout est possible à Dieu. Mais aussi, elle nous révèle qu’au bout du bout de toutes nos questions, la victoire est dans l’abandon, le lâcher-prise, la confiance. Elle nous assure enfin que l’espérance en Dieu n’est jamais vaine. (Cf. Hébreux 11) Elle est porteuse d’un espoir imprévisible et glorieux. C’est cela l’aventure de la foi !

                                                                                     Jacques Eychenne

 

 

 

             

 

             

 

             

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