Job 12ème partie

     Job

  à  l’écoute de la

             réponse de Dieu

     Job 38-41

     (12ème partie)

 

 

 

Introduction :

 


Job, jusqu’à présent, n’a pas trouvé dans les interventions de ses soi-disant amis la consolation qu’il espérait. Pourtant, il avait simplement besoin d’être entendu et écouté. En écho à ses complaintes, il constate une ambiance de mépris parsemée d’accusations sévères. Pour Eliphaz, Bildad, Tsophar et Elihu, nul doute : Job est coupable. Les maux qui le frappent le démontrent. Job ne doit donc pas s’entêter à se déclarer innocent et juste devant Dieu. Comme nous l’avons déjà mentionné, ces échanges peu fraternels aboutissent à une impasse. Plus personne ne veut parler. Après le dialogue de sourd, suit le mutisme. Mais secrètement, Job espère toujours que Dieu va répondre personnellement à son attente. Est-ce que cette espérance va trouver un heureux dénouement ?


Développement :


Face au silence de ces cinq personnages, Dieu prend l’initiative de briser cette atmosphère pesante. Dieu décide de s’adresser personnellement à Job. C’est le Dieu transcendant qui va lui répondre à ce moment opportun. On retrouve intentionnellement le Nom de YHWH. «  L’Eternel répondit du milieu de la tempête » Job 38 :1 Notons de prime abord, que Dieu se présente encore comme le Dieu d’ Israël (YHWH), alors que Job ne fait pas partie de ce peuple. Ce tétragramme sacré, en se trouvant dans le prologue et l’épilogue, a certainement pour signification de montrer que Dieu encadre toute cette expérience humaine. Cela oriente notre réflexion sur la portée universelle des plans de Dieu pour notre humanité. Job devient le représentant de la race humaine, en attente d’une réponse de Dieu. Et comme pour toute intervention solennelle divine, cette action programmée est enchâssée dans un écrin physique de tempête. Les éléments naturels accompagnent souvent la proclamation de la Parole divine. Le même terme hébreu est utilisé dans l’enlèvement du prophète Elie. (Il a été traduit par tourbillon en 2 Rois 2 :1) La solennité, associée à la puissance des phénomènes physiques, est donc courante dans la Bible. (Cf. Esaïe 29 :6 ; Ezéchiel 1 :4 ; Matthieu 27 : 50-53)


Le fait marquant et encourageant est présent dans la réponse de Dieu. Job avait exprimé ce désir de s’adresser personnellement et directement à lui (sans intermédiaire), tout en sachant combien pouvait être redoutable ce face à face. Elihu venait de déclarer impossible une telle démarche divine, et voici que Dieu, dans toute sa splendeur, sa force, sa majesté, vient démentir Elihu en s’adressant personnellement à Job. Cela renforce le postulat que nous avons déjà posé, à savoir que Dieu répond toujours d’une façon ou d’une autre à ceux qui sincèrement l’interpellent. Ce qui importe le plus pour chacun de nous, ce n’est pas d’avoir des réponses spéculatives aux grandes questions philosophiques de la vie, mais plutôt d’être en lien avec l’auteur de la VIE. En d’autres termes, le plus important demeure d’être au contact d’YHWH, avec des sentiments profonds de confiance et d’amour. En cela, le livre de Job apporte une contribution inestimable à la compréhension de notre relation à Dieu.


Mais examinons les propos de la réponse de Dieu à Job. « Qui est celui qui obscurcit mes projets par des propos sans connaissance ? Tiens-toi prêt, je te prie, comme un vaillant homme ; je t’interrogerai et tu m’instruiras. » Job 38 : 2-3 La pertinence divine est aussi pleine d’humour. D’une part, l’Eternel interpelle Job sur le fond de sa méconnaissance de ses desseins, et d’autre part, il se met à sa portée en inversant le rapport questionnant-questionné. En d’autres termes, Dieu propose à Job de lui poser les questions, et lui demande en retour d’être son instructeur. Quel humour ! C’est celui qui est défini comme sans connaissance (Cf. Job) qui doit instruire celui qui en est la source (Cf. Dieu) !


Comme souvent dans la démarche divine, la formule pédagogique de l’interrogation est privilégiée (Jésus adoptera la même attitude tout au long de son ministère).Toute la construction du récit tant à démontrer d’une façon indiscutable la souveraineté de Dieu, en opposition avec les limites du raisonnement humain. Job avait laissé entendre une certaine forme d’injustice de Dieu. Sa non intervention devant la prospérité des méchants l’avait beaucoup affecté. La non-reconnaissance de son innocence jetait aussi sur Dieu une suspicion larvée. La non-réponse à ses appels laissait aussi planer le doute sur la capacité de Dieu à répondre à son serviteur.

En prenant la Parole, Dieu va corriger les erreurs des uns, affirmer que le besoin de sa justification n’a pas lieu d’être, et trancher souverainement les différends. Ainsi Dieu révèle à Job ce qu’il veut savoir. Mais, Job va surtout découvrir quelle attitude adopter face à sa souveraineté, tout en gérant au mieux la souffrance présente qui le tenaille.

Dieu va démontrer à Job que sa souveraineté se voit concrètement dans les actes créateurs qu’il a déployés dans le monde physique. En égrainant les questions en rapport avec l’harmonie et la magnificence de sa création, Dieu amène Job à prendre conscience de sa petitesse. Progressivement au rythme des questions, un parcours d’humilité est emprunté par Job. L’Eternel a bien soin d’appuyer là où cela est nécessaire. « Où étais-tu quand je fondais la terre ? Dis-le si tu as de l’intelligence. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu ? » Job 38 :4-5

 

Job croyait savoir…(N’est-ce pas le propre des prétentions humaines !)En déroulant les interventions grandioses de toute sa création, Dieu lui fait prendre conscience que rien ne lui échappe. L’Eternel a la maîtrise de sa création. Dieu a créé le monde, et c’est en créant qu’il a révélé sa personnalité. Son identité n’est déclinée qu’au travers de sa création. Jérémie déclare : « Dieu a créé la terre par sa puissance, il a fondé le monde par sa sagesse, il a étendu les cieux par son intelligence. » Jérémie 10 :12 ou 51 :15 L’épître aux Hébreux précise, ce que peu de chrétiens savent, que l’univers a été créé par le Christ : « Dieu, dans ses derniers temps, nous a parlé par le Fils ; il l’a établi héritier de toutes choses ; par lui il a aussi créé l’univers » Hébreux 1 :2 L’apôtre Paul précise que « Tout ce que Dieu a créé est bon » 1 Timothée 4 :4


L’Eternel a donc bien la maîtrise de sa création ! Rien ne lui échappe, soit dans le cosmos, soit sur la terre. Ne disons-nous pas régulièrement à travers la prière que Jésus nous a enseignée : « Père… Que ta volonté soit faite, comme au ciel, sur la terre » Matthieu 6 :9 (traduction qui respecte l’ordre original du texte grec) Ainsi Dieu questionne Job à propos : des cieux, des mers, des méchants, des morts, des ténèbres, de la lumière, des vents, des pluies, des éclairs, des Pléiades, des signes du zodiaque (Le sens serait plus en rapport avec les différentes positions du soleil)… Et avec pertinence, il le met au défi de lui donner une bonne explication de l’agencement de l’univers : « Connais-tu les lois du ciel ? Règles-tu son pouvoir sur la terre ? » Job 38 : 33-34.

 

Non seulement Dieu a créé, mais encore il rend vivante sa création. Il la soutient, il l’ordonne, il l’a met en mouvement. La dynamique du mouvement et de la vie sont entre ses mains. Au travers de son Fils, Dieu « soutient toutes choses par sa parole puissante » Hébreux 1 :3 Dieu a mis en place une création au cœur de laquelle se trouve l’homme. Tout ce qui est nécessaire à son bon développement a été déployé. Si Dieu Maîtrise tous les éléments naturels, comment le sort de chaque humain peut-il être différent ? Cette vérité s’impose à Job à cet instant. Malheureusement l’homme n’a pas suffisamment conscience de la bonté et de l’attention de Dieu pour lui. Bénéfiquement, Job prend progressivement la mesure de ses erreurs d’appréciation sur Dieu. Il épouse les mêmes sentiments que David  : « Quand je contemple les cieux, ouvrage de tes mains, la lune et les étoiles que tu as créées : qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ? » Psaume 8 : 4-5

Après les phénomènes du monde physique, Dieu déroule sa panoplie de questions sur le règne animal. Il cite la lionne et ses petits, le corbeau, les chèvres sauvages, les biches, l’âne sauvage, le buffle, l’autruche, la cigogne, le cheval, l’épervier, et enfin l’aigle. (Cf. Job 39 : 1-33) Pourquoi avoir cité tous les animaux dits sauvages, non encore domestiqués par l’homme ? Est-ce pour faire comprendre à Job que Dieu seul peut à tout moment contrarier leur caractère indomptable ? S’il en est ainsi de l’animal pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’humain ? Rien n’échappe au contrôle de la souveraineté divine. Ce fait étant acté, on comprend mieux pourquoi cette longue banderille de questions nous mène tout droit à la réponse de Dieu, face aux accusations avouées de Job. Le récit précise :

« L’Eternel, s’adressant à Job, dit : Celui qui dispute contre le Tout-Puissant est-il convaincu ? Celui qui conteste avec Dieu a-t-il une réplique à Faire ? » Job 39:34-35 Dieu achève sa première intervention par une interpellation forte à l’adresse de Job.

« Le censeur du Tout-Puissant persistera-t-il à récriminer contre lui ? Le critique de Dieu répondra-t-il à tout cela » Job 40 :2 (version du Rabbinat Français, en hébreux les cinq derniers versets du chapitre 39 appartiennent au chapitre suivant). Job va devoir s’expliquer sur ses propres accusations. Notons le trait significatif de la bonté de Dieu : A aucun moment, la démarche pédagogique de Dieu condamne Job, ni même utilise le processus de culpabilisation (Job n’a-t-il pas été choisi comme son champion, afin de confondre Satan ?).

Job répond à Dieu :

« Voici, je suis trop peu de chose ; que te répliquerai-je ? Je mets la main sur ma bouche, j’ai parlé une fois, je ne répondrai plus ; deux fois, je n’ajouterai rien » Job 39 :37-38 ou 40 : 4-5.

Face à la souveraineté divine Job reconnait sa petitesse. Comment répondre à un tel flot saisissant de questions ? Il s’humilie en mettant sa main sur sa bouche. Geste d’enfant voulant dire : je ne recommencerai plus. Je me suis trompé. Je ne prêterai plus à Dieu des sentiments humains. Je ne suspecterai plus ses bonnes intentions...

De nouveau l’Eternel reprend la parole avec la même solennité que précédemment. Il désire assurément que Job soit totalement convaincu du bien-fondé de ses actions. Après s’être humilié, Job doit adhérer au projet divin. Il doit comprendre le coté transcendantal de la justice de Dieu.

« Prétends-tu vraiment prendre en défaut ma justice, me condamner pour te justifier ? » Job 40 : 8 (Version du rabbinat Français) Ce questionnement dit en creux que si le raisonnement de Job était juste, et si ses plaintes s’avéraient fondées, l’accusation contre Dieu serait alors justifiée. Or, ce n’est pas le cas et Job doit en prendre acte. Il fallait lever l’hypothèque d’une injustice divine. Si les versets suivants parlent de puissance et de majesté, c’est bien pour que chacun, dans le dialogue, soit à sa place.

 

Bossuet commentant les versets qui suivent dit ceci : « Dieu a les orages dans sa main ; il n’appartient qu’à lui de faire éclater dans les nuées le son du tonnerre. Il lui appartient beaucoup plus d’ éclairer et de tonner dans les consciences, et de fendre les cœurs endurcis par des coups de foudre ; et s’il y avait un prédicateur assez téméraire pour attendre ces grands effets de son éloquence, il me semble que Dieu lui dit comme à Job : Si tu crois avoir un bras comme Dieu et tonner d’une voix semblable, achève et fait le Dieu tout à fait ; élève-toi dans les nuées, parais en ta gloire, renverse les superbes en ta fureur et dispose à ton gré des choses humaines. » Cité par M. l’abbé H. Lesêtre, le livre de Job, P ; 249, P. Lethielleux, Libraire-éditeur.


Non seulement Dieu dit que sa justice est inattaquable, mais plus encore il ironise sur la capacité de Job à éradiquer le mal.

« Regarde tous les orgueilleux et abaisse les ! Regarde tous les orgueilleux, courbe-les ! Ecrase sur place les méchants, cache-les tous dans la poussière, » Job 40 : 13 Et Dieu rajoute avec une pointe d’humour « Alors moi-même je te célébrerai » Job 40 : 14 (Version N.B.S.) Par la dérision, Dieu répond ainsi à Job. Il avait laissé croire que Dieu était impuissant face au mal, et à la prospérité des méchants (Cf. Job 9 : 23-24 et Job 21 : 7-13) On peut aussi comprendre en creux que l’éradication totale du mal n’était pas encore au programme du Tout-puissant. Cela viendra en son temps. (Job fait partie de ce défi) La suite du chapitre 40 vient renforcer la grandeur incommensurable du Créateur. Deux animaux imprévisibles et redoutables : Le Béhémoth et le Léviathan, traduit par l’hippopotame et le crocodile. Ils ne sont dangereux que si on les provoque. (On cite le Jourdain parce que c’est le seul cours d’eau de Palestine, mais la description nous renvoie plus familièrement à des scènes du bord du Nil) Si l’homme a du mal à dompter ces deux animaux, comment peut-il oser se mesurer à Dieu ? « Qui donc me résisterait en face ? » Job 41 :1 ; « Qui donc alors oserait me tenir tête » Idem, version T.O.B. ; «  Qui serait… encore plus fou d’oser me tenir tête ? » Idem, version Français courant. Et Dieu ajoute : « Qui m’a fait une avance qu’il me faille rembourser ? Tout ce qui est sous les cieux est à moi. » Job 41 : 2 (version T.O.B.) La réplique de l’Eternel achevant sa description du crocodile devient symbolique : « Sur la terre nul n’est son maître, il a été créé pour ne rien craindre » Job 41 : 24. S’il en est ainsi d’une simple créature, à fortiori, il en est de même de Dieu, maître de tout l’univers.


Conclusion :


Job avait osé affronter Dieu, le voilà réduit au silence. La force de l’argumentation divine, agrémentée d’images familières du Proche-Orient ancien, démontre que Dieu est en rapport direct avec toute sa création. Le rapport de Dieu à la vie, pour si mystérieux qu’il soit, conduit à la réflexion suivante : Dieu ne peut pas être à l’origine du mal. L’irruption du mal semble incompatible avec son Amour. Dès lors, sa justice ne peut être soupçonnée. Mais, si nous ne pouvons comprendre l’origine du mal, par contre, nous pouvons comprendre que sa durée de vie est calculée. Dieu a la maîtrise du cours de l’histoire des hommes. Rien ne lui échappe. Le cas de Job démontre un double enjeu : 1) un enjeu universel (Voire prologue) 2) un enjeu personnel. Pour l’heure, Dieu répond à Job. Il lui a permis de passer par l’épreuve, afin qu’il en sorte transformer, c’est à dire, qu’il en tire un bénéfice personnel (Cette renaissance peut symboliser la vraie conversion). La démarche pédagogique intégrant le processus de la souffrance se trouve valider. Dans cette cohérence les paroles de l’apôtre Jacques ont du sens : « Mes frères, regardez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que l’épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien » Jacques 1 : 2-4

Ce texte met en évidence, non une perfection absolue (qui ne peut être qu’en Dieu), mais le bonheur d’être accompli, c'est-à-dire de parvenir à la pleine maturité. C’est vers cette harmonie de l’être, que Dieu fait concourir toutes choses pour notre bien.

                                                                                                                                                                  Jacques Eychenne

 

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