Job 11ème partie

 

                Job

                 face

                     à l’opinion du jeune Elihu

                    Job 32-37

                   (11ème partie)

                                                                    

 

 

Introduction :


Job, après le derniers discours d’Eliphaz, s’est tu. Il sait, désormais, qu’il n’a plus rien à attendre de ses soi-disant amis. Ces derniers croient fermement que Job est coupable devant Dieu, et que les maux qui le frappent, en sont la preuve par neuf. Constatant que plus personne n’ose s’adresser à Job, parce qu’il se croit juste devant le Seigneur, Elihu prend la parole. Que peut-il bien apporter de nouveau dans ce débat qui semble apparemment clos (Le silence de Job l’atteste) ? Va-t-il trouver les mots justes pour dénouer ce dialogue de sourd ?

Développement :


Elihu surgit au moment où les trois amis de Job n’ont plus d’argument à faire valoir devant sa conviction tenace. Mais qui est cet Elihu ? Et d’où vient-il ? (Personne n’a mentionné son nom jusqu’à présent. De plus, il était resté bien silencieux.) Il s’agit d’Elihu, fils de Barakeel de Buz de la famille de Ram. Buz est une contrée déserte de l’Arabie, voisine de celle d’Uts où habitait Job. Dans la Genèse le nom de ces localités seraient les noms donnés aux fils de Milca et de Nachor, frère d’Abraham. (Cf. Genèse 22 :21) C’est donc un voisin de Job. Il se présente comme un jeune, face aux 3 anciens venus de plus loin. Il se montre plein d’assurance. Il est en colère, car la sagesse de ces 3 hommes est en échec face à la douleur de Job. Ce jeune Elihu (dont le nom signifie : Il est Dieu ou El c’est lui) pense peut-être se faire le porte-parole de Dieu en la circonstance. Avec un certain aplomb, il pense que sa vision des choses est supérieure à celle des trois intervenants qu’il vient d’écouter patiemment. (Cf. Job 32 :4) Il est en réaction contre Job, et contre ses trois soi-disant amis, dont on ne mentionne plus les noms. Le texte dit : « Ces trois hommes cessèrent de répondre à Job… » Job 32 :1. C’est un peu comme si on disait qu’ils n’ont plus droit au chapitre, leur sagesse ayant montré leur malheureuse limite. Ils se sont tus parce que Job a persévéré à se déclarer innocent devant Dieu. Elihu s’enflamme de colère… L’expression est familière dans la pensée sémite, nous dirions qu’il est en forte réaction contre Job et contre ces anciens.

 - Contre Job, parce qu’il fait preuve d’une audace trop humaine, quand il ose se déclarer pur et juste devant Dieu. (Cf. Job 32 :2) Mais, ce n’est donc pas tant à Job qu’il en veut, mais plutôt à sa justification. Il  lui semble imbu de lui-même. Ce jeune fait preuve d’une bonne maturité, car il est vrai que Dieu seul peut nous justifier. (Cf. Romains 3 :30,24 ; 8 :30 ; 1 Corinthiens 6 :11 ; Galates 2 :16…).

- Contre les trois « sages » dont la sagesse a fait défaut. Il leur dit clairement qu’il a craint de leur faire connaître ses sentiments (Cf. Job 32 :6 ) Mais il ose cependant leur dire sa vérité.  « Ce ne sont pas les plus âgés qui sont le plus sages, ni les vieillards qui comprennent ce qui est juste. Voilà pourquoi je dis : « Ecoute-moi donc, je veux exposer, moi aussi, mon opinion. » Job 32 :9-10  (version du rabbinat Français) La présomption du jeune Elihu révèle ses profondes convictions. On reconnait bien là le caractère de la jeunesse ! Malgré tout, reconnaissons qu’Elihu a eu la patience d’attendre que les ainés aient fini de parler… En contraste, Elihu veut leur démontrer que Dieu seul peut confondre Job (Ce qui se vérifiera comme exact), mais très vite il revient à sa propre conviction. On dirait qu’il veut se faire porte-parole de Dieu en exprimant des paroles de vérité. (Cf. Job 33 : 3)

Elihu va apporter des éléments nouveaux au débat. D’abord, dans son attitude, il se met à la portée de Job et lui disant : « Devant Dieu, je suis ton semblable » Job 33 : 6 Puis, en référence à son jeune âge, il avoue à Job que son autorité (de jeune) ne saurait l’accabler. (Cf. Job 33 :7). Mais quels sont les faits nouveaux : Il déjuge Job sur au moins deux points par rapport à ses dires :      

1-« je suis pur, je suis sans péché… (Mais est-ce que Job  l’a formulé ainsi ?)      2- Et Dieu me traite comme son ennemi » Job 33 :9,10 Habilement Elihu n’insiste pas sur l’évidence que tous les hommes sont pécheurs. Le fait sera confirmé par Paul dans le nouveau testament (Cf. Romains 3 : 10 ) Il va plutôt s’attarder sur le fait suivant : Dieu ne traite personne en ennemi, il n’envoie pas le mal, il utilise l’action de l’adversaire à but pédagogique. Elihu remettant à l’honneur la souveraineté de Dieu, va d’abord souligner le fait que Dieu ne cesse d’intervenir dans la vie des hommes. Oui ! Dieu ne cesse de parler. « Tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, et l’on n’y prend point garde. Il parle par des songes, des visions nocturnes… Il donne des avertissements…Il envoie un ange intercesseur » Job 33 : 14-16,23. Elihu met en exergue l’action bienveillante de Dieu pour tout homme, Job y compris. C’est une contribution importante au débat. Elle a le mérite de centrer l’attention de Job sur le côté positif des interventions divines. Autrement dit, de le décentrer de sa présente douleur.  La finalité divine serait de « détourner l’homme du mal et de le préserver de l’orgueil » Job 33 : 17. L’expérience de Paul a acté cette vérité (Voire texte ci-dessus). De cette réalité découlerait la découverte suivante : Dieu permettrait la souffrance comme moyen pédagogique pour détourner l’homme du mauvais chemin. Les conditions extrêmes de la souffrance de Job, auraient donc un double objectif. Premièrement, l’aider à se repositionner dans une meilleure relation à Dieu. Deuxièmement, faire la démonstration à la vue de tout l’univers, qu’il est possible de suivre la volonté de Dieu. (Ce que contestait Satan au départ)

Elihu tend à prouver que Dieu met tout en œuvre pour que l’humain suive la bonne voie, même s’il doit passer par la souffrance, qui n’est pas de son fait. (Cf. Job 33 :23). Comme nous l’avons vu, Elihu va détailler toutes les interventions de Dieu en faveur de l’homme, y compris par le ministère des anges. Réconfortante réalité pour chacun de nous, même si comme le dit Elihu : « l’on n’y prend point garde » Job 33 :14. Autrement dit, ce n’est pas parce que nous n’avons pas conscience que Dieu agit, qu’il arrête de déployer tous les moyens pour nous aider à progresser vers un chemin de vie. La vérité dérangeante est que nous n’avons pas conscience de l’intense activité des serviteurs célestes pour notre salut. La bonté de Dieu dépasse notre entendement, il importe d’en prendre acte (Cf. Job 34 :21).                                      Puis Elihu revient sur l’affirmation de Job : « Job dit : Je suis innocent, et Dieu me refuse justice, j’ai raison et je passe pour menteur ; ma plaie est douloureuse, et je suis sans péché. » Job 34 :5-6  Prenant le contrepied de Job, le jeune Elihu tend à affirmer que Dieu n’est point injuste. Sa justice concerne chaque être vivant. Dieu ne fait qu’appliquer sa loi.  « Il rend à l’homme selon ses œuvres, il rétribue chacun selon ses voies. » Job 34 :11 Même si les propos d’Elihu sont intéressants à considérer, disons que sa théologie recouvre quand même une conception de la rétribution. Cette dernière est difficilement soutenable au vue de la conclusion du livre de Job. En cela, la perception et la compréhension d’Elihu ne diffèrent pas de celles des anciens. En pleine cohérence, Elihu  croit aussi que Job est donc coupable. Il le classe au rang de ceux qui parlent sans intelligence, qui agissent comme les méchants, qui ne se rendent pas compte de leur forfait et qui agissent contre Dieu (Cf. Job 34 : 35-37).                           Là, il fait fausse route, même si les apparences ne plaident pas, apparemment, pour l’innocence de Job. Mais disons-le sans détour, les jugements de Dieu peuvent aussi être perçus d’une toute autre manière. On peut très bien concevoir que Dieu, après avoir posé tous les principes de la bonne relation, responsabilise chacun. Sa justice ne fait que renvoyer l’humain à sa responsabilité. De ce fait, son jugement (dans le respect complet de nos propres choix) n’est que la conséquence de nos propres décisions…  Cette approche, plus conforme à l’ensemble de la Révélation écrite, bannit tout sentiment de rétribution, de vengeance, ou de châtiment punitif à perpétuité. Ainsi, cette compréhension peut aisément s’harmoniser avec la révélation d’un Dieu d’Amour. Cela ne supprime pas pour autant nos doutes, nos questions, et nos passages par la souffrance. Se croyant porte-parole de Dieu, Elihu va s’enflammer en ridiculisant les questionnements de Job, et il va conclure que ce dernier parle sans intelligence. (Cf. 35 : 10-16) On ne peut en vouloir à ce jeune. Il symbolise ceux qui ne regardent qu’à l’apparence trompeuse des comportements humains, et qui sont très sûrs de leur jugement. Ils se retrouvent dans toutes les couches de la société profane ou religieuse. La présomption d’Elihu trouve son climax au chapitre suivant. Il veut justifier Dieu. « Accorde moi un peu d’attention, et je t’instruirai ; car il reste encore des arguments en faveur de Dieu. Je tirerai ma science de loin, et j’établirai l’équité de mon Dieu. Car, certes, mes paroles ne sont pas mensongères : c’est quelqu’un aux connaissances sûres qui est devant toi. » Job 36 :2-4 (version du Rabbinat Français) La question que l’on pourrait se poser est la suivante : Comment l’humain peut-il avoir l’outrecuidance de définir la justice de Dieu quand celle-ci le dépasse ?

Reconnaissons toutefois que la véhémence des propos d’Elihu recouvre des réalités intéressantes, comme la fonction pédagogique de la souffrance avec une finalité positive (Cf. Job 36 : 10, 15). Dans la pensée d’Elihu, Job fait partie de ces puissants (du verset 7), que le malheur devrait instruire.  Toutefois, il est difficile de souscrire à cette souveraineté caricaturale de Dieu devant laquelle chacun doit courber la tête. Il est encore plus dérangeant de souscrire à une forme de théologie de la résignation ou de la stricte soumission. C’est dans la relation désirée que se féconde le désir d’adhérer au projet divin. Il transcende toute notion de temps. L’obéissance n’a de sens que dans cette perspective.  Sinon Dieu serait un tyran qu’il nous faudrait combattre pour tout simplement être soi, libre et responsable.

Elihu, inspiré par lui-même, a rejoint les anciens, en pensant que Job est un orgueilleux, qui ne veut en aucune façon céder devant Dieu. Sa révolte lui parait déplacée, et n’a pas lieu d’être. Tout en prônant que la souffrance à une vertu pédagogique, Elihu va considérer qu’il est impossible à Job de se déclarer innocent.

On est à deux doigts de penser que Job est vraiment orgueilleux, mais l’est-il vraiment ? Dans la Bible, les orgueilleux ont toujours la position de s’opposer à Dieu. C’est ce qu’a fait Satan dès l’origine. (Cf. Apocalypse 12 :10, Ezéchiel 28 :15,17) l’orgueilleux revendique l’indépendance face à Dieu. Il s’auto-satisfait, et se prend pour la norme absolue. Est-ce le cas de Job ? Pas du tout ! Il cherche simplement, mais avec force, à comprendre pourquoi il subit un tel châtiment. En réalité  et en y regardant de plus près, Job n’est orgueilleux que dans le regard de ses soi-disant amis. Autrement dit,  ceux qui déclarent leur frère orgueilleux le sont souvent déjà, et de ce fait s’égarent dans leur appréciation. Nous avons déjà vu, que même si Job reconnait que ses paroles rejoignent la déraison (Cf. Job 6 :3), il demeure d’une façon indéfectible dans le désir de rencontrer Dieu. Il espère toujours que Dieu va répondre à son attente. D’ailleurs, par la suite, ce n’est pas l’orgueil de Job que Dieu lui reprochera !

Une fois de plus, ce récit nous interpelle sur le regard que nous portons sur le comportement de nos semblables. Que de méprises liées à une vision oculaire de l’apparence. C’est bien là pourtant que les principes chrétiens devraient être un ferment actif pour notre société ! Citons quelques textes : « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. » 2 Corinthiens 13 : 5

Il est sage de commencer d’abord par se regarder et s’interroger. Jésus, connaissant parfaitement la nature humaine a déclaré au sermon sur la montagne : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » Luc 6 :41 Le message biblique a pour vocation de nous responsabiliser. « Examinez toutes choses ; et retenez ce qui est bon ; » 1 Thessaloniciens 5 :21 Et ailleurs : « Examinez ce qui est agréable au Seigneur ; » Ephésiens 5 : 10


Conclusion :


On ne peut suspecter les bonnes intentions de ce jeune Elihu. On peut même dire qu’il manifeste une bonne compréhension de la souffrance de Job. Il essaie de l’exhorter à faire de son mieux. Ses conseils sont souvent sages (Cf. Job  36 : 18-21). Sa conclusion porte sur la souveraineté du Tout-Puissant. « Dieu est grand, mais sa grandeur nous échappe, le nombre de ses années est impénétrable » Job 36 :26 . Autre traduction : « Oui, Dieu est grand : nous ne pouvons le comprendre ; le nombre de ses années est incalculable ». (Idem, versions du Rabbinat Français) Cette puissance de Dieu visible dans toute la nature (Cf. Romains 1 :20) devient signe de son amour. Toutes les manifestations de Yaweh sont « comme un signe de son amour, » Job 37 :13  Suit,l’invitation à considérer les merveilles de Dieu.La manière dont Elihu appréhende Dieu est plus attractive que celle des anciens qui ont déjà parlé. Toutefois, on ne peut pas dire qu’il soit une consolation pour Job, puisqu’il l’ accuse aussi violemment d’être inintelligent, manquant de discernement et de raison, d’ avoir un comportement semblable aux méchants, d’ être imbu de lui-même, de multiplier des paroles contre Dieu…(Cf. Job 34 :35-37 ; 36 :17 ; 37 : 15-19) Retenons cependant la conclusion de son discours. Elle résume bien sa pensée positive. Dieu « est grand par la force, par l’équité et par une souveraine justice : Il n’afflige personne. » Job 37 :23 (Version N.B.S.)   Si donc Dieu permet des épreuves, ce n’est point pour opprimer ou pour persécuter les humains. «  Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. » Romains 8 :28  Autrement dit, Dieu met en synergie toutes ses actions pour le bien de chacun. En fait, c’est cela l’Evangile !

La conclusion d’Elihu prône l’inaccessibilité de Dieu (Cf. Job 37 : 23). Cette contre-vérité est censée établir un contraste saisissant avec la suite du récit qui va prouver le contraire. Dieu va répondre personnellement à Job. Cette réaction divine est porteuse d’espérance pour chacun et chacune. Quand parfois, nous sommes au bout du bout, désespéré, et désespérant de tout, c’est parfois là que Dieu agit. A nous de prendre le temps de l’écouter et de prendre en considération ses paroles.          

                                                                                   Jacques Eychenne

 

 

 

 

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