Job une référence spirituelle et littéraire incontournable 1ère partie

   

      Job                      

 

         Une référence spirituelle et

 

         littéraire incontournable

 

         (1ère Partie)

 

 

 

 

Introduction

 

Le personnage de Job dans la littérature biblique est une source de perpétuelle inspiration. Le livre qui porte son nom évoque les parcours de vie douloureux et injustes. La brutalité et la soudaineté des évènements frappant Job peuvent être perçus comme insupportables. La traversée de sa terrible épreuve le percute en pleine face. Au travers de son humanité, on peut s’identifier. De ce fait,  ses réactions, son endurance sont à verser au patrimoine de notre humanité, tant elles demeurent signifiantes et enrichissantes. Il n’y a qu’à regarder son impact sur la culture française pour s’en convaincre. Dans la mémoire collective (autrefois moins laïcisée) le personnage de Job a occupé une place spéciale, surtout après la deuxième guerre mondiale. Au théâtre, on a utilisé des images et symboles du livre du Job pour souligner les étonnantes métamorphoses de la vie. Job a aussi été une source d’inspiration pour les peintres… Certains auteurs français comme Voltaire et Victor Hugo se sont emparés du personnage de Job avec des motivations diverses. Enfin, d’autres écrivains surtout après la shoah, ont puisé dans l’expérience de Job pour redonner force et courage.

En fait, on s’aperçoit que l’histoire de Job a traversé toutes les époques. Elle arrive jusqu’à nous avec une pertinente actualité.  C’est donc, tout naturellement, l’analyse des points forts de ce livre biblique que nous nous proposons de méditer au cours de ces prochaines semaines. Face à ce monument littéraire et spirituel, nous avancerons en toute humilité…

 

Développement :

 

Première curiosité : le décalage existant entre l’impact du livre de Job dans la culture populaire et les citations de son expérience dans le recueil des livres bibliques est étonnant. En effet, Job est presque absent des autres livres inspirés.

Il n’est mentionné qu’à deux reprises. Dans l’ Ancien Testament, il est cité dans Ezéchiel :

« La parole de l’Eternel me fut adressée, en ces mots : Fils de l’homme, si un pays péchait contre moi en se livrant à l’infidélité,… et qu’il y ait au milieu de lui ces trois hommes, Noé, Daniel et Job, ils sauveraient leur âme par leur justice, dit le Seigneur , l’ Eternel. » Ezéchiel 14 :13-14

Et dans le Nouveau Testament, Jacques (vraisemblablement le frère du Seigneur) déclare :

« Prenez, mes frères, pour modèle de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion. » Jacques 5 : 10-11 (La TOB parle de l’endurance de Job)

 

De plus, le livre de Job présente une originalité qui semble le déconnecter de toute référence historique. Il ne contient aucun des grands faits de l’histoire d’Israël. Il ne mentionne pas plus des noms illustres, comme ceux d’Abraham, d’Isaac et Jacob. On ne cite pas non plus Moïse, Salomon ou David… On a l’impression que ce livre ignore volontairement les Pères fondateurs de l’histoire du peuple d’Israël, ainsi que tous les évènements liés à sa mémorable sortie d’Egypte. Les références à la loi et aux autres prophètes sont aussi absentes.

Pourquoi ?  Une indication peut déjà orienter notre réflexion. Dans la Bible hébraïque, et dans sa troisième partie, le livre de Job est classé parmi les livres de la Sagesse (avec les Proverbes et l’Ecclésiaste).

Est-ce pour nous ouvrir déjà à un champ inconnu de réflexions?

 

Quoiqu’il en soit, le livre de Job nous ramène aux vraies difficultés de la condition humaine. En cela, il force le lecteur à une analyse personnelle. Il le renvoie à ses propres épreuves, lors de sa marche plus ou moins laborieuse en ce bas monde.

Comme nous le découvrirons, l’étude de ce livre ouvre des perspectives insoupçonnées.

 

D’abord disons qu’il raconte une histoire singulière qui situe les enjeux de la confrontation avec les forces du bien et du mal. Ce dualisme requiert la réalité du libre arbitre, c'est-à-dire, la faculté de se positionner soi-même face à ces deux influences incontournables. On peut toujours nier la réalité de ces faits, ils demeurent une évidence dans la pensée biblique. (Cf. Romains 7 : 15-25)

Faut-il dès lors percevoir toute épreuve dans sa chair comme absurde et inopportune ?

Est-ce que la souffrance à une vertu ? Pourquoi est-elle incontournable ? Quelle est la responsabilité de Dieu ? Y a t il une justice immanente ?

Surtout depuis les diverses déportations et captivités, les juifs étaient persuadés que  tous biens ou maux de l’existence sont le fruit de leurs bonnes ou mauvaises actions.

La souffrance physique était perçue comme une punition. Est-ce que cette thèse est validée par le livre de Job ?

Comme nous le verrons, le prologue suffit à renverser cette opinion tenace. D’ailleurs n’a-t-elle pas traversé les siècles ?

Les trois amis de Job s’en remettent à la pensée populaire qui pensent que rien n’échappe à la loi immuable de la récompense du bien et de la punition du mal. Cette vision réductrice, qui fait de Dieu un censeur, a perduré au temps de Jésus. Il a été confronté à cette mauvaise lecture des situations de la vie.

En effet, à son époque on considérait que toute infirmité physique ou mentale était la conséquence de graves fautes commises par l’individu ou sa famille dans un passé plus ou moins lointain. Les lépreux par exemple subissaient une double peine, celle d’être jugé sévèrement et celle d’être exclu de la vie sociale. Souvenons-nous que le Seigneur aussi s’est insurgé contre cette opinion :

« En ce même temps, quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui étaient arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leur sacrifice. Il leur répondit : Croyez-vous que ces Galiléens aient été de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte ? Non, je vous le dis… Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles aient été plus coupables que tous les habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis. » Luc 13 :4-5

 

Ainsi pour revenir au livre de Job, l’aspect génial de son propos est de nous ouvrir à d’autres explications du rapport du bien et du mal, de la souffrance injuste et de la position de Dieu dans tout ce labyrinthe d’interprétations humaines. A chacun de saisir  les éléments de réponse que nous propose Job face aux graves questions de notre existence.

Sur un autre plan de composition du livre, et d’ après les commentateurs avertis dans la connaissance hébraïque, il y a un bref récit en prose et de longues sections en vers. Dans le bref récit, le personnage de Job est le sujet d’un enjeu qui le dépasse. Il subit une série d’épreuves écrasantes. Elles vont même jusqu’à l’amener aux frontières de la mort. Finalement Job va sortir vainqueur de cette traversée du désert  pour terminer sa vie dans la paix, la prospérité et le bonheur. (Ce vers quoi chacun ou chacune aspire)

De ce fait, Job  devient pour tous les malheureux injustement touchés une référence riche de sens.

Que l’on croit que Job soit une figure de conte ou un personnage historique, peut importe. L’important est de comprendre l’invitation que nous lance ce livre. Elle est de faire un parcours personnel dans le rapport à la souffrance injuste et de nous repositionner dans notre relation avec la justice de Dieu.

Le rapport à la souffrance nous conduit aux questionnements face aux maladies injustes comme toutes ces maladies « dites orphelines », aux cancers et autres...

Quant au repositionnement face à la justice divine, l’invitation nous amène progressivement à la nécessité d’une rencontre authentique avec Dieu. Ce parcours que l’on pourrait qualifier d’initiatique, conduit à repenser le sens de son existence face à un Dieu que l’on découvre comme un père.

 

Pour nous faire progresser dans cette quête de sens, la pédagogie divine est invariable. (Le Christ l’utilisera avec dextérité.) Il s’agit de la pratique du questionnement. Elle a l’avantage de ne pas être agressive. Elle nous renvoie à nos compréhensions souvent réductrices ou même carrément fausses de l’action divine. Dieu n’a pas pour projet de s’imposer à Job, encore moins de le détruire. Il sollicite seulement sa confiance au travers de l’épreuve. Ne dit-on pas que c’est dans le malheur que l’on compte ses vrais amis !

Il ne faut toutefois pas oublier que ce champ de découverte reste une quête ouverte. De ce fait, elle s’exprime dans l’humilité. Notre soif d’absolu et nos certitudes ne peuvent qu’être relatives. Elles sont cependant suffisantes pour susciter en nous le désir de progresser constamment dans la compréhension du projet de Dieu pour notre humanité.

 

Mais qui est Job ?  Job, en hébreu yôb signifie : «  adversaire » ; d’autres lisent iyyôb. Il signifie alors : « Où est le Père ? ». Job  est un patriarche de la terre de Hus ou Uts. Cette contrée se situe très certainement dans le pays d’ Edom, au nord de l’Arabie (Cf. Lamentations de Jérémie 4 :21)

Nous prenons vraiment connaissance de sa vie qu’au travers du livre qui porte d’ailleurs son nom. Même si nous pouvons trouver beaucoup de symboles dans le récit de ce livre, le caractère historique est sérieusement attesté. Les commentateurs sont en général d’ accord pour dire que le personnage de Job a réellement existé. D’ailleurs, fait rarissime, la canonicité de ce livre n’a pratiquement pas été contestée ni par les Juifs, ni par les Chrétiens (Les protestants sont divisés sur le sujet).

Le livre de Job a été ces dernières années l’objet de nombreux travaux. Citons en particulier celui de notre ami Dany Nocquet, nouveau doyen de la faculté de théologie de Montpellier. (1) Ce regain d’attention, serait-il en rapport avec le crescendo des crises personnelles et nationales ? Des tensions sociales ? Du rapport avec la justice divine ?  Du peu de crédit accordé à la justice humaine ? De l’incompréhension des souffrances qualifiées d’injustes ? Etc.

 

Disons simplement que le genre littéraire du livre de Job nous entraîne dans un lyrisme  qui trouve sa plus belle expression dans les réponses de Dieu à Job. Le but de l’auteur n’est certainement pas de nous saisir par son expression lyrique, elle ne peut être que le reflet spontané de ses sentiments. Toutefois beaucoup s’accordent à dire que le livre de Job est une œuvre littéraire majeure, voire grandiose. Elle sort des cadres de références des classements des genres littéraires classiques. Au dire des spécialistes, nous sommes, (comme pour Esaïe) en présence d’un hébreu pur et limpide. On y retrouve toutes les qualités des styles anciens avec la particularité de la concision, la tendance à l’énigme, les formules énergiques… On notera aussi une largeur de sens qui force notre esprit à aller au-delà des mots. Un peu comme si il fallait soulever un voile pour voir ce qu’il y a derrière. (Cf comme par exemple le sens du mot Apocalypse. Dans la pensée populaire il est synonyme de catastrophe alors qu’en réalité, littéralement, il signifie révélation)

Par exemple, les trois amis de Job semblent avoir des rôles presque identiques, mais à l’analyse ils présentent des positions différentes avec des nuances bien marquées.

 

Maintenant, en ce qui concerne les problèmes de datation tant de Job que de son livre, la plus grande diversité de positions s’exprime. Tandis que les uns font remonter ces évènements jusqu’aux temps de Moïse, d’autres descendent jusqu’ à la période des Maccabées. La période médiane de la sortie de la captivité de Babylone peut être un repaire, ou encore  celle entre Salomon et Ezéchias. Qu’importe ! Contentons-nous de dire simplement que cet ouvrage remarquable appartient à l’âge d’or de la littérature hébraïque.

 

Pour resituer l’ originalité du livre de Job, rappelons que le fait marquant de la sortie d’ Egypte est suivi d’un énoncé ayant rapport à la loi. La loi sert de guide, c’est elle qu’il convient de conserver précieusement. Elle cadre la relation de l’homme à Dieu. Elle est l’acte fondateur du judaïsme. Toutefois, elle n’épuise pas toute l’étendue de la relation affective avec le Créateur. Et c’est bien là que le livre de Job apporte une contribution singulière. Il nous ouvre la porte d’un autre rapport à Dieu. Il nous fait repenser le rapport à la loi. En abordant le sujet de la souffrance et de la réalité du mal, il nous éveille à l’importance d’une rencontre personnelle et affective avec Dieu. La loi ne trace pas toutes les routes menant au cœur de Dieu.

Job nous ouvre des voies nouvelles. Il nous invite à construire notre propre traversée. Par delà les épreuves, ce qu’il est vital de découvrir concerne la force de l’espérance et la confiance en la bonté divine.

Surmontant tous les obstacles surhumains c’est vers de tels sommets que le livre de Job nous conduit.

Nous venons de brosser un tableau général, nous entrerons prochainement dans les détails de l’analyse du texte lui-même.

 

Même si c’est le rapport à la souffrance qui nous préoccupe au premier chef, l’analogie entre l’expérience douloureuse de Job et celle de notre Seigneur Jésus ne peut passer inaperçue. Beaucoup se sont attardés sur ce parallélisme, depuis la genèse de l’Eglise Chrétienne. Essayons de pointer les similitudes :

1)     Job est présenté comme un patriarche avec une dignité princière. Il porte le sceau d’une autorité naturelle et reconnue. Jésus de descendance divine, sera reconnu comme ayant autorité et sagesse.

2)     Job va subir le châtiment d’un enjeu pour lequel il est innocent. Jésus va porter sur la croix le poids d’une condamnation injuste, mais elle aussi objet d’un enjeu considérable pour notre humanité.

3)     L’éloignement de Dieu : Job semble délaissé et abandonné par Dieu à son sort.

Il en sera de même pour le Christ, laissé seul face au défi. La victoire sur le mal, comme pour Job, était à ce prix.

4)     Job a souffert dans sa chair, dans son corps. Jésus a subi le sacrifice le plus    odieux, il a été pendu et cloué au bois d’une croix.

5)     Expérience d’une agonie de l’âme. Job se meure à petit feu, il se consume lentement. Jésus vivra l’agonie à Golgotha.

6)     Job se retrouvera tout seul face à lui-même, il vivra l’incompréhension et l’abandon de ses prétendus amis. Jésus sera lui aussi incompris par ses proches, même quand il leur annoncera clairement sa mort et sa résurrection. Pour les apôtres et les disciples, ce sera aussi la débandade avant et après sa mort.

7)     Job va être confronté à un personnage appelé Satan. Il est à la source du mal. Il incarne l’opposition radicale au projet de Dieu. Il est investi temporairement du pouvoir de tenter et de persécuter Job. Dès le début de son ministère le Christ en allant dans le désert a été confronté à la tentation du grand séducteur.

8)     Job n’a pas tout subi sans se plaindre, sans réagir. Son parcours de souffrance est truffé de Pourquoi ? parfois même de révolte. Jésus lui aussi dans son agonie a questionné son Père, rien ne s’est vécu simplement, sans dire un mot. Dans son humanité Jésus a lui aussi réagi face à la souffrance.

9)     Job a expérimenté le lâcher-prise à son extrémité. Cela va bien au-delà d’une simple résignation. Jésus a tout remis entre les mains de son Père. Le lien qui les unissait était si fort que l’abandon avec en prime l’humilité l’a emporté sur toute autre considération.

10) Job a été rétabli dans toute son autorité, ses biens, sa dignité. Il a vaincu et sort vainqueur de l’épreuve qui pourtant semblait le terrasser. Jésus a remporté la victoire sur le mal. Jésus déclare lui-même : « Prenez courage, j’ai vaincu le monde » Jean 16 :33. L’Apocalypse révèle Jésus comme le grand vainqueur. (Cf. Apocalypse 3 :21 ; 12 :11 ; 17 :24)

 

Le livre de Job nous réserve de belles surprises, une réflexion personnelle nous ouvrira a une profonde sérénité, saisissons là…                     A SUIVRE

                                                                                               

                                                                                           Jacques Eychenne

(1) Dany Nocquet, Le livre de Job, éd. Oliviétan, 2012                 

 

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