Jérémie

 

 

 

       Jérémie

                   ou

     Un type de Jésus-Christ

         Jérémie 1 : 1-10

 

Introduction :

 

Le citoyen lambda retient de la vie du prophète Jérémie ce que la langue française a traduit par jérémiade. Au menu de cette perception nous trouvons des plaintes persistantes et répétitives, des pleurnicheries, des attitudes inopportunes et défaitistes… Est-ce un trait de caractère marquant une faible résilience à l’épreuve, est-ce un héritage reçu de ses aïeux, est-ce un temps d’épreuves exceptionnelles, est-ce des lamentations amplement justifiées ?  Menons notre enquête pour voir si la réputation attribuée au prophète correspond au Jérémie des Ecritures saintes …

Voyons d’abord comment Jérémie se présente lui-même et ce qu’il dit de sa mission.

 « Paroles de Jérémie, fils de Hilkija, l'un des sacrificateurs d'Anathoth, dans le pays de BenjaminLa parole de l'Éternel lui fut adressée au temps de Josias, fils d'Amon, roi de Juda, la treizième année de son règne, et au temps de Jojakim, fils de Josias, roi de Juda, jusqu'à la fin de la onzième année de Sédécias, fils de Josias, roi de Juda, jusqu'à l'époque où Jérusalem fut emmenée en captivité, au cinquième mois. » Jérémie 1 : 1-3 , version Nouvelle édition de Genève.

 

Développement :

 

Jérémie fait partie d’une famille sacerdotale qui résidait dans le petit village d’Anathoth sur le territoire de la tribu de Benjamin. Le fait est suffisamment significatif pour que nous lui accordions attention. En effet, ce village, à peine distant de quelques kilomètres de Jérusalem, a une histoire  peu commune. Le livre de Josué nous apprend que cette petite ville et sa banlieue, avec treize autres villes,  avaient été attribuées aux fils d’Aaron (Josué 21 : 18). On sait d’ autre part que cette lignée remarquable, qui remonte au temps du frère de Moïse, menait cependant une vie ordinaire (ces prêtres étaient mariés et avaient charge familiale. Ils cultivaient leur terre et prenaient soin de leurs troupeaux étant très avertis en connaissance animale. C’était les experts vétérinaires à cette époque). Cela était conciliable avec leur ministère. Ils exerçaient plusieurs fois par an leur sacerdoce, soit dans un sanctuaire, soit dans le temple de Jérusalem. Ils partaient d’ordinaire une semaine pour prier, chanter, offrir les sacrifices et servir de lien avec le rituel sacrificiel du temple. Ils faisaient brûler l’encens et d’autres plantes aromatiques. Leur tour de fonction terminé, ils retournaient dans leur famille. La population considérait ces sacrificateurs comme des gens honnêtes et consciencieux et ils les respectaient par le fait qu’ils prenaient soin des choses sacrées. Apparemment, Jérémie aurait dû jouir de la même considération. Jusque-là tout paraît normal, sauf que les habitants d’Anathoth conservaient la réputation d’une ville au passé dramatique. Le livre des rois nous en donne la raison. Il nous apprend que le prêtre Abiathar, un ancêtre de notre jeune Jérémie, très proche du roi David avait ourdi une conspiration contre Salomon pour faire monter sur le trône son frère aîné Adonias ou Adonija (cf.1 Rois 2 : 26). Ce dernier avait eu la malheureuse idée d’aller trouver Bethsabée ou Bath-Shéba, la mère de Salomon, pour lui demander de transmettre à son frère son désir de prendre pour femme Abishag la Shounamite (cette jeune et belle femme avait soigné et servi David à la fin de sa vie cf.  1 Rois 1 : 3-4). Salomon considérant que sa royauté était contestée et se sentant trahi par son frère aîné coupa court en demandant qu’on mette à mort son frère immédiatement (cf. 1 Rois 2 : 22-24). Abiathar qui faisait partie du complot fut destitué de son sacerdoce  et envoyé à Anathoth (comme Napoléon à Sainte-Hélène !). Il fut toutefois gracié par le roi. Mais la destination d’Anathoth devint le symbole d’une mise à l’écart (cf. 1 Rois 2 : 27).  La sentence qui tombe sur Abiathar (de résidait à Anathoth) est aussi reliée à une autre affaire sinistre des fils du sacrificateur Eli du temps de Josué. Les fils de ce dernier étaient des pervers qui profanaient le sacerdoce par toutes sortes de malversations (cf. 1 Samuel 2 : 12-17). Ils furent destitués. Le texte relie cette destitution à celle d’Abiathar en faisant référence à la sentence antérieure prononcée sur la maison d’Eli à Silo. Vous vous demandez à cet instant où je veux en venir ?

Comme nous le constatons Jérémie habite dans un lieu au passé peu glorieux. Il hérite d’un passé marqué par la trahison et l’anathème. La ville d’Anathoth devient le symbole d’une résidence surveillée où le rappel des erreurs passées est toujours présent.  Ce jeune Jérémie qui naît aux environs de l’année 650 av. J-C,  va-t-il subir à son tour les conséquences des erreurs de ses ancêtres avec la disgrâce qui s’est ensuivie ?  Après s’être présenté au début de son livre, Jérémie parle de l’intervention de Dieu dans sa vie

 

La parole de Jérémie est suivie d’une parole de Dieu, qui aurait pu l’imaginer ? De ce passé sinistre et nauséabond, Dieu choisit un jeune homme pour transmettre sa parole. N’est-ce pas encourageant ? Nul passé n’est trop lourd  pour handicaper quelconque avenir. Dieu peut faire irruption dans toute vie  et lui ouvrir des horizons insoupçonnés.

Quand Dieu parle tout devient lumineux, même si notre compréhension est lente et laborieuse.

« La parole de l'Éternel me fut adressée, en ces mots : avant que je t'aie formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu sois sorti de son sein, je t'avais consacré, je t'avais établi prophète des nations. » Jérémie 1 : 4-5, version NEG.

Quand Dieu parle, c’est toujours un évènement important. Sa parole est  puissance.  Elle nous parle d’amour et de vie. A Dieu rien n’est impossible (cf. Luc 1 : 37). (Si nous pouvions intégrer dans nos quotidiens cette réalité bienheureuse, rien ne pourrait nous déstabiliser et nous replier sur nous-même). Les paroles de Dieu qui font suite dans le texte, décrivent la vocation de Jérémie. Qui aurait pu penser que d’Anathoth quelque chose de bon pouvait sortir ?

A cet endroit, on peut déjà faire une comparaison avec notre Seigneur Jésus. Il a connu pareil contexte. Rappelons-nous la réplique de Nathanaël à Jésus : « peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? » Jean 1 : 46, version NEG.

Non seulement le lieu de naissance, mais aussi la précocité du ministère de Jérémie et son parcours de souffrance face à une opposition virulente peuvent être mis en parallèle avec notre Seigneur. Et que dire de son humilité ! Jérémie répond à Dieu en ces termes :

« Ah ! Seigneur Éternel ! Voici, je ne sais point parler, car je suis un enfant. Et l'Éternel me dit: Ne dis pas : je suis un enfant. Car tu iras vers tous ceux auprès de qui je t'enverrai, et tu diras tout ce que je t'ordonnerai. Ne les crains point, car je suis avec toi pour te délivrer, dit l'Éternel. Puis l'Éternel étendit sa main, et toucha ma bouche; et l'Éternel me dit : voici, je mets mes paroles dans ta bouche.»  Jérémie 1 : 6-9, version NEG. Tout comme Moïse, mais pour d’autres motifs, Jérémie évoque son inexpérience dans la parole publique. Mais Dieu le rassure et l’assure de son accompagnement et au besoin de sa force de délivrance. Les paroles de Dieu seront dans sa bouche ; il va falloir l’écouter. Il en sera de même pour notre Seigneur Jésus, l’envoyé du Père. Ecoutez-le dit le récit de Marc (cf. le baptême de Jésus cf. Marc 1 :11 et sur la montagne Marc 9 : 7).

 

Jérémie, contemporain des prophètes Sophonie et Habakuk dans ses jeunes années, et de Daniel à la fin de sa vie, prophétise sur l’avenir de Jérusalem. Il avertit le peuple et l’appelle à la repentance afin que Jérusalem ne soit pas dévastée. De même, dès le début de son ministère, le Seigneur accompagnera les appels à la repentance de Jean-Baptiste (cf. Marc 1 : 14-15). Il les fera siens dans sa prédication (cf. Luc 13 : 3,5).

Le parcours de Jérémie est jalonné d’âpres combats spirituels. Dieu lui demande d’arracher et d’abattre, de ruiner et de détruire, avant de rebâtir et de planter (cf. Jérémie 1 : 10). Pour l’élite sacerdotale bien établie à Jérusalem, ces annonces irrecevables ne pouvaient venir de Dieu. Pour eux, ça ne pouvait qu’être l’œuvre d’un faux prophète !

 

L’Eternel demanda alors au jeune Jérémie d’aller crier aux oreilles de Jérusalem pour lui dire ses quatre vérités. Les reproches sont virulents et précis (cf. Jérémie 2 : 1-37). Puis le prophète souligne la gravité de la prostitution du peuple et lance des appels à un retour vers Dieu (cf. Jérémie 3 : 12-13 ; 4 : 1-4). Mais Jérusalem restera insensible… Elle tombera au milieu des souffrances et Jérémie sera meurtri par les agissements de son peuple. Il dira :

« Oh ! Si ma tête était remplie d'eau, si mes yeux étaient une source de larmes, je pleurerais jour et nuit les morts de la fille de mon peuple ! Oh ! Si j'avais au désert une cabane de voyageurs, j'abandonnerais mon peuple, je m'en éloignerais ! Car ce sont tous des adultères, c'est une troupe de perfides. Ils ont la langue tendue comme un arc et lancent le mensonge; ce n'est pas par la vérité qu'ils sont puissants dans le pays; car ils vont de méchanceté en méchanceté, et ils ne me connaissent pas, dit l'Éternel. » Jérémie 9 : 1-3. Cela nous rappelle l’attitude compatissante de notre Seigneur devant la ville de Jérusalem :

« Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu ! Voici, votre maison vous sera laissée déserte; car, je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais, jusqu'à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Matthieu 23 : 37-39, version NEG.

 

Jérémie a vécu un ministère dans la solitude et la souffrance. En cela, il est annonciateur d’un Messie souffrant. Jérémie en s’épanchant vers son Dieu écrira :

« Tu sais tout, ô Éternel, souviens-toi de moi, ne m'oublie pas, venge-moi de mes persécuteurs ! Ne m'enlève pas, tandis que tu te montres lent à la colère ! Sache que je supporte l'opprobre à cause de toi. J'ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées; tes paroles ont fait la joie et l'allégresse de mon cœur; car ton nom est invoqué sur moi, Éternel, Dieu des armées ! Je ne me suis point assis dans l'assemblée des moqueries, afin de m'y réjouir; mais à cause de ta puissance, je me suis assis solitaire, car tu me remplissais de fureur. Pourquoi ma souffrance est-elle continuelle ? Pourquoi ma plaie est-elle douloureuse, et ne veut-elle pas se guérir ? » Jérémie 15 : 15-18, version NEG. Le Seigneur Jésus a aussi ressenti cette souffrance à Gethsémané : « Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »  Matthieu 26 : 42, version NEG. (Voir aussi Esaïe 53 : 3,10).

Quand Jérémie invita instamment le peuple d’Israël à ne compter que sur son Dieu, les responsables préférèrent la protection et la tutelle de l’Egypte et traitèrent ses avertissements de propos mensongers (cf. Jérémie 43 : 3). L’humain a parfois la mémoire courte ! Dieu les avait sortis de l’esclavage d’Egypte, mais ils y sont retournés de leur plein gré. (Un proverbe dit : « comme un chien qui retourne à ce qu’il a vomi, ainsi est un insensé qui revient à sa folie » Proverbes 26 : 11.)

Comment ces hauts dignitaires de Jérusalem, bien installés dans leurs certitudes pouvaient-ils entendre le cri d’un jeune homme, porte-parole des injonctions divines ? Et si Jérémie vécut solitaire, n’est-ce pas aussi à cause du rejet de sa propre famille de sang ? Nul n’est prophète dans sa maison ! Le Christ a aussi connu cette solitude et le rejet des siens : « ses frères non plus ne croyaient pas en lui » Jean 7 : 5, version NEG.  A Jérusalem, l’apôtre jean nous dit : « malgré tant de miracles qu'il avait faits en leur présence, ils ne croyaient pas en lui. »  Jean 12 : 37, idem NEG). Il poursuit en citant une prophétie d’Esaïe, antérieure au ministère de Jérémie (cf. Jean 12 : 38-40).

 

Mais, au milieu de toutes ces imprécations, sentences et avertissements, jaillit un des plus beaux messages de l’Ancien Testament. Il révèle la grandeur et la beauté de l’amour de Dieu pour son peuple, symbole de notre humanité. Tout le chapitre 31 de son livre serait à lire. En voici des extraits : s’adressant à Israël Dieu déclare par la bouche de son héraut :

« Je t’aime d’un amour éternel ».v.3. « Levez-vous, montons à Sion, vers l'Éternel, notre Dieu ! Car ainsi parle l'Éternel : poussez des cris de joie sur Jacob, éclatez d'allégresse à la tête des nations ! Elevez vos voix, chantez des louanges, et dites: Éternel, délivre ton peuple, le reste d'Israël ! » v.7.  « Nations, écoutez la parole de l'Éternel, et publiez-la dans les îles lointaines ! Dites: Celui qui a dispersé Israël le rassemblera, et il le gardera comme le berger garde son troupeau. » v.10. « Il y a de l'espérance pour ton avenir, dit l'Éternel; tes enfants reviendront dans leur territoire. » v.17.

Le prophète Jérémie ne sera pas écouté. Pourtant, ces prédictions se réalisèrent. Jérusalem fut assiégée et le prophète fut enfermé dans la cour de la prison attenante à la maison du roi  Sédécias de Juda. Ce monarque l’avait mis en résidence étroitement surveillée, car il ne supportait plus ses messages (cf. Jérémie 32 : 1-3). Mais avant cela, Jérusalem fut sous domination égyptienne. le Pharaon Néco établit Jojakim à Jérusalem. Il régna onze ans à Jérusalem (cf. 2 Rois 23 : 34-37). Jérémie dictera à Baruc les volontés de l’Eternel sur la ville sainte, mais là encore réticence et rejet conduiront Jojakim à découper au canif et à brûler son manuscrit (cf. Jérémie 36 : 1-2, 23).

Les conséquences du rejet des messages de Jérémie furent catastrophiques pour Jérusalem et son roi Sédécias qui eut les yeux crevés. Le saccage des chaldéens fut considérable surtout sur le temple (cf. Jérémie 52 : 8-13). Pourtant jusqu’au bout du bout, Jérémie invitera peuple et responsables à revenir vers l’Eternel : « Venez, attachez-vous à l'Éternel, par une alliance éternelle qui ne soit jamais oubliée ! » Jérémie 50 : 5, version NEG. Le Seigneur Jésus aura le même comportement. Non seulement il prononcera en croix des paroles de pardon et d’amour, mais il prophétisera lui aussi en des termes pleins d’espérance : « et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi. »  Jean 12 : 32, version NEG. (voir aussi Jean 3 : 14-16).

 

Conclusion :

 

Cette brève esquisse historique nous a été conservée pour notre édification. Paraphrasons en disant : qu’importe la réputation de notre lieu de naissance, toutes les étiquettes, a priori, considération, renommée, passé dramatique de famille… Dieu accueille, appelle, accompagne, protège pour le bien du plus grand nombre. L’amour de Dieu triomphera toujours des attitudes hostiles et rebelles. Jérémie a avancé l’excuse de ne pas savoir parler, mais Dieu lui a donné une parole à transmettre. Il peut en être de même pour chacun de nous. Dieu a la capacité de faire fondre toutes nos excuses et de les transformer en actions engageantes et responsables. La vie de Jérémie nous apprend qu’aucune adversité si puissante soit-elle ne pourra nous déstabiliser si nous avons confiance en Dieu. Que nous soyons bien entourés ou solitaires qu’importe si l’essentiel transperce notre vie.

Disons enfin, que loin de correspondre à sa réputation, Jérémie a fait la démonstration d’un caractère fort et bien trempé. Son application à suivre les directives divines nous rappelle L’attitude appliquée de notre Seigneur Jésus. Il est venu, lui aussi, pour faire fidèlement la volonté de son Père (cf. Jean 5 : 30 ; 6 : 38-39). Que cette biographie soit instructive pour nous tous…

                                                                                                                                         Jacques Eychenne

 

 

 

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