L' apôtre Jean

 

 

   L’apôtre Jean

                          ou

son testament : l’évangile

Introduction :

 

Une simple lecture de l’évangile de Jean nous ouvre une perception toute autre des évènements relatant la vie de Jésus. Alors que Matthieu a pour objectif de présenter un Messie sauveur en articulant sa démonstration par de nombreuses citations de l’Ancien Testament, que Marc s’adressant plus particulièrement au monde gréco-romain est plus synthétique et nous recentre sur l’essentiel, que Luc a une perspective d’un message universel qui  s’articule par des faits établis (comme tout bon historien ayant fait des recherches), Jean tout en conservant son âme sémite et son ancrage dans l’héritage des patriarches, apporte un regard neuf sur les évènements marquants de la vie de Christ. Comme aucun autre apôtre, Jean nous conduit dans l’intimité d’une relation à Dieu. Sa préférence pour les entretiens personnels révèle la profondeur de la parole du Christ. C’est à dessein qu’il présente le Seigneur comme la Parole qui a donné vie à l’univers. Son prologue nous repositionne en lien avec la vie, celle qui est devenue la lumière des hommes (cf. Jean 1 : 4). Essayons de découvrir sa personnalité et la tonalité inimitable de son évangile.

 

Développement :

 

  1. Sa personnalité :

 

Les évangiles nous révèlent une personnalité attachante de l’apôtre Jean. Son caractère est entier. Il est à la fois téméraire et bouillant, mais encore sensible et attentionné. Jean fait partie des 12 apôtres choisis par Jésus (cf. Matthieu 10 : 2). Il fait partie d’une famille de pécheurs sur les rives verdoyantes du lac de Galilée très certainement à Bethsaïda, la ville d’André et de Pierre (cf. Jean 1 : 44). Jean et Jacques son frère s’étaient associés à eux pour monter une petite entreprise de pêche (cf. Luc 5 : 10). Les membres de sa famille sont connus (ce qui n’est pas commun dans les évangiles). Le père s’appelle Zébédée. Il était responsable d’une barque et il amenait avec lui ses deux fils : Jacques l’ainé, et Jean le second (cf. Matthieu 4 : 21). Ils avaient formé avec André et Pierre une petite coopérative de pêche. C’est pendant que la famille réparait les filets sur le rivage que Jacques et Jean furent appelés par Jésus (cf. Marc 1 : 19). « Aussitôt, il les appela ; et laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils le suivirent. » Marc 1 : 20. Cela dénote un trait de caractère de Jean. Il investit dans la confiance en une seule parole : celle de Jésus. Il part avec son frère alors que la petite entreprise de pêche leur apportait sécurité et une certaine aisance. La mère de Jean est aussi bien connue. Elle s’appelle Salomée (cf. Matthieu 27 : 56 ; comp. Marc 15 : 40 et 16 : 1). Elle était très ouverte à la spiritualité pratique. Elle fera partie de ces femmes qui accompagneront le Sauveur depuis la Galilée pour le servir (cf. Matthieu 27 : 55)  jusqu’à son supplice en croix. Elle sera du nombre de celles qui embaumeront le corps de Jésus, en ayant pourvu à l’achat des aromates. Elle a très certainement participé à l’assistance des apôtres avec ses biens (cf. Luc 8 : 3 ; comp. Matthieu 27 : 56 : ce qui laisse entendre que la petite entreprise de pêche devait être assez prospère). Rajoutons que Salomée, comme toute mère soucieuse du devenir de ses enfants, a eu cette audace maternelle de demander à Jésus que ces deux fils Jacques et Jean occupent une place de choix dans le futur royaume du Christ (cf. Matthieu20 : 21).

 

Jean a donc été éduqué dans une famille pieuse qui était dans l’attente de la venue d’un Messie. Jean a grandi dans une famille aimante. Cet héritage, il le conservera jusqu’à la fin de sa vie. Il devait être jeune homme quand il reçut l’appel du Seigneur (très certainement entre 17 et 20 ans).

 

Son caractère aimant et juvénile se manifestera à plusieurs reprises : au moment du repas pascal, lors de ce dernier repas, Jean, qui est à côté de Jésus, se penche affectueusement sur sa poitrine. Le texte dit : « un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché sur le sein de Jésus » Jean 13 : 23. Cette préférence a certainement dû  engendrer des jalousies. Elle a pour le moins suscité question (cf. Jean 21 : 20). Au tombeau, Jean court plus vite que l’apôtre Pierre (doyen du collège apostolique) mais l’attend avant d’entrer (cf. Jean 20 : 4). De plus, Jean qui rédige son évangile, se définit dans la description de ses récits comme : « le disciple que Jésus aimait » Jean 20 :2 ; 21 :7, 20. C’est osé, certes ! Mais il n’a pas de fausse pudeur, il est vrai, sans fard. Il se nomme ainsi, certainement avec autant de bonheur que d’humilité. A l’examen de ses attitudes on découvre un jeune homme qui loin d’être introverti,  exprime ses sentiments. Il témoigne de l’affection. Ces trois épitres, et tout particulièrement la première, sont un hymne à l’amour.

 

Est-ce pour cette raison que Jésus confia sa mère à Jean ? (cf. Jean 19 : 26-27). Certainement ! Observons que parmi tous les apôtres, Jean est le seul que l’on retrouve au pied de la croix, assistant la souffrance de Marie. Cependant Jean est un homme de contrastes : Il peut être doux et aimant et fougueux et tranchant. Le Seigneur a de suite cerné la personnalité de Jean.  Il lui donna ainsi qu’à son frère le nom de Boanergès, qui signifie fils du tonnerre (cf. Marc 3 : 17). Son caractère entier ne le prédisposait pas à la conciliation. Mais, il se transforma au contact avec le Seigneur Jésus, et devint l’écrivain profond que nous connaissons. Toutefois, le côté rigoureux et absolu de son personnage transparaît au détour de ses écrits. Pour Jean les demi-mesures n’existent pas. Il opposera vérité et mensonge, lumières et ténèbres, amour et haine, vie et mort… Aucun écrivain n’a été aussi catégorique que lui (cf. 1 Jean 1 : 8 ; 2 : 4,6 ; 3 :6 ; 43 ; 3 jean 11). Il remet en scène les paroles fortes de Jean-Baptiste « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui n'obéit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. »  Jean 3 : 36, version TOB. « Quiconque va trop avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n'a pas Dieu…  Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne lui dites pas: Salut ! car celui qui lui dit: Salut ! participe à ses mauvaises œuvres. » 2 Jean 1:9, 10-11, version de Genève.

 

Comme nous le constatons, Jésus de Nazareth s’est entouré de personnes à la personnalité bien trempée…

Jean a eu le privilège de mourir de vieillesse. Tous les autres apôtres ont connu le martyre (1) pendant la seconde moitié du premier siècle, la tradition nous apprend que Jean a exercé son ministère en Asie-mineure. Le séjour le plus important semble être Ephèse, lieu de sa mort. Par les témoignages des Pères de l’église (Irénée, Clément d’ Alexandrie, Tertullien, Origène, Polycrate surtout (évêque d’Ephèse), Eusèbe), nous savons qu’il a témoigné devant l’empereur romain Domitien (empereur de Rome de 81 à 96). A cette occasion Jean aurait affirmé que sa foi en Jésus-Christ était plus forte  que toutes les puissances de la terre. Est-ce pour cette raison que l’empereur l’envoie en exil sur l’ile de Patmos ? C’est possible ! C’est là qu’il écrira l’apocalypse. Puis, il revient à Ephèse. Certains, comme Eusèbe de Césarée (265-339), pensent que c’est après la mort du tyran Trajan, que Jean est revenu de Patmos. Irénée, évêque de l’Eglise de Lyon, qui avait passé sa jeunesse en Asie-Mineure, auditeur de Polycrate (69-155), rapporte le fait que l’apôtre Jean a bien exercé son ministère dans cette ville jusqu’au temps de l’empereur Trajan (empereur de Rome de 98 à 117). Ces documents historiques permettent d’apprécier la longévité de la vie de l’apôtre. Il meurt approximativement à l’âge de 97 ans, soit 64 ans après la mort du Christ.

  1. Son évangile :

Ainsi, comme le pensent certains historiens, l’apôtre aurait vécu suffisamment longtemps après son exil de Patmos, pour rédiger ses trois épîtres et son évangile. Le dernier évangile serait le testament laissé par ce vaillant héros de la foi  symbolisée par l’aigle. Ne l’a-t-on appelé l’aigle de Patmos ! Cela n’a rien d’étonnant, car en parcourant son évangile, on ressent la profondeur de son message et la force de sa maturité spirituelle. C’est ce qui en fait un document unique et irremplaçable. Tous les traits de son caractère se retrouvent dans ces récits…

Ce qui est remarquable, c’est que cet homme passionnant et passionné peut 67 ans environ après sa rencontre avec le Seigneur, nous dire le jour et l’heure exacte de ce face à face avec celui qui transformera sa vie (cf. Jean 1 : 35-40, Jean ne se mentionne pas, il parle d’André avec lequel il était associé dans l’entreprise de pêche). Il en va de même quand Jean rapporte l’épisode de la dernière pêche. Il sait à quelle distance, (deux cents coudées = 110ms environ) les disciples se trouvaient par rapport à la présence de Jésus sur le rivage en mer de Galilée. Encore plus étonnant, il est capable de dire le nombre de gros poissons (153) qu’ils ont pris ce jour-là (cf. Jean 21 : 8, 11).  Enfin, remarquons que la bande des quatre pêcheurs de Galilée figure toujours en tête de liste des douze apôtres (cf. Matthieu 10 : 2 ; Marc 3 : 16 ; Luc 6 : 14 ; Actes 1 : 13 ; Jean 21 : 2). Quand l’apôtre Paul parle de Jean, il le considère comme une colonne dans l’édifice communautaire (cf. Galates 2 : 9).

Quels sont les apports significatifs de son évangile ?

- Sa définition de Dieu : « Dieu est Amour » 1 Jean 4 : 16.  Jean a défini l’importance de vivre dans cette relation d’amour. Christ a ouvert ce chemin (cf. Jean 15 : 10-14).

-  l’apôtre ne ressent pas le besoin de situer le Christ dans une lignée généalogique ou prophétique, il remonte directement à l’origine de la création. Le Christ (Messie) est le « logos », correspondant grec du mot « dabar » en Hébreu, la parole (cf. Jean 1 : 1). Tout l’univers a été créé par Lui. Christ est la source de la vie.

- Jean définit lui-même l’objectif de la rédaction de son évangile : « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. » Jean 20 : 31, version de Genève

- Jean, tout au long de ses  récits nous présente un Christ de contact et de proximité. Lui seul répète l’affirmation du Christ : «  je suis » Jean 6 : 35 ; 8 : 12 : 10 : 7,11 ; 11 : 25 ; 14 :6 ; 15 : 1… Lui seul mentionne les 25 déclarations du Seigneur précédées par le signe de son autorité : « en vérité, en vérité… » Jean 1 : 51 ; 5 : 19, 24, 25, etc.

 

- Jean est le seul à utiliser le thème de la lumière des premières lignes de la Genèse pour les mettre en correspondance avec le Messie-Christ Jésus (cf. Jean 1 : 1-13). Ce sera un point de discorde avec les autorités pharisiennes (cf. Jean 8 : 12-25). Il en va de même quand il présente la définition exceptionnelle que Jésus fait de lui : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie » Jean 14 : 6.

- Jean centre moins le message du Christ sur l’annonce d’un royaume à venir (mentionné qu’à deux reprises, cf. Jean 3 : 3-3 ; 18 : 36) que sur la vie éternelle qui se saisit par la foi à tout moment.

 

- Jean nous dit, mieux que quiconque, comment le Christ se révèle : par des rencontres personnelles. C’est là que l’on découvre le plus la pédagogie du Seigneur. Elle répond à la question : comment favoriser l’éveil de la foi en son message d’une portée éternelle. On se rappellera les mentions uniques des rencontres de Jésus avec Nathanaël (cf. Jean 1 : 45-51), Nicodème (cf. Jean 3 : 1-10), la Samaritaine, à laquelle il révèlera la définition la plus profonde de Dieu (cf. Jean 4 : 24), l’aveugle de naissance (cf. Jean 9 1-41), Marie de Magdala au tombeau (cf. Jean 20 : 11-18), Pierre. Il avait besoin d’être réhabilité par son Seigneur qu’il avait trahi (cf. Jean 21 : 15-19). (On se demande d’ ailleurs comment l’apôtre a pu connaître le détail de ces entretiens puisqu’il n’y était pas. Ces révélations n’ont pu être possibles que par des confidences du Seigneur ou par révélation du Saint-Esprit, ou les deux).

 

- Jean développe seul des sujets essentiels. Le discours de Jésus sur le pain de vie est un modèle du genre (cf. Jean 6 : 22-59). La révélation du Seigneur : il est le bon pasteur des brebis (cf. Jean 10 : 1-21). Il est aussi le cep et son Père le vigneron (cf. Jean 15 : 1-17). La résurrection de Lazare qui répond à la foi de ceux qui espèrent en lui (cf. Jean 11 : 1-46). Plus que les trois autres évangélistes, il parlera de son départ et de son retour (cf. Jean 16 : 16-22 ; 14 :1-3). Il est le seul enfin à relater la dernière expérience de pêche avec le petit groupe de ses fidèles. Tout avait commencé par une pêche. Leur formation se terminera de la même manière. Jean conclut son évangile par le récit de cette dernière pêche (cf. Jean 21 : 1-14). C’est tout un symbole !

- Jean est le seul enfin à consacrer plus de la moitié de son évangile aux évènements marquants de la dernière semaine de la passion du Christ jusqu’à sa séparation en Galilée avec sa bande fidèle de pêcheurs.

 

Conclusion :

 

Que l’histoire chrétienne nous ait conservé le souvenir de la personnalité de Jean est un bonheur incomparable. Jean, dont le nom signifie « la grâce de l’Eternel », le porte admirablement bien. Avec sa sensibilité, additionnée à la maturité spirituelle construite au fil des ans, en compagnie de son Seigneur Jésus, et en partage avec les communautés chrétiennes traversées en Asie-Mineure, Jean nous laisse un héritage d’une profondeur spirituelle inégalée. Ce testament qu’il nous a transmis nous fait davantage prendre conscience du pardon gratuit et de la tendresse de Dieu. Il est porteur d’une libération qui construit la vivacité de la foi en une parole donnée (tout comme jadis le prophète Samuel. cf. 1 Samuel 3 : 1-10). L’intimité de la relation à Dieu par Jésus-Christ est une invitation constante à bannir toutes peurs, toutes appréhensions, toutes craintes de l’avenir. L’apôtre Jean, en insistant sur la démarche d’amour, nous libère, tout comme Dieu a libéré les hébreux de la domination égyptienne. Le crédit qu’il accorde à la parole de Jésus nous stimule à une ouverture semblable à la traversée de la mer Rouge. C’est par amour qu’il nous invite à avancer en nous appuyant sur les promesses divines. Cet amour ouvre nos cœurs. Il nous libère du poids de nos culpabilités et de nos comportements légalistes sous toutes ses formes.

Nous ne sommes pas étonnés que l’apôtre Paul le considère comme une colonne de l’édifice chrétien ! Avec Jean, l’espoir est toujours présent. Merci à Dieu d’avoir suscité en nous, à travers son ministère exceptionnel de longévité, le bonheur d’accueillir la grâce divine, source de salut pour tous, sans exception.

 

                                                                                   Jacques Eychenne

 

   (1) Site internet : « savez-vous comment sont morts les apôtres de Jésus »

 

 

 

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