Le témoignage éloquent de Corneille

 

 

       Le témoignage

            éloquent

         de Corneille

        Actes 10 : 1-8

 

Introduction :

 

La semaine dernière nous avons parlé de la révolution spirituelle initiée par Dieu et mise en œuvre, en particulier, par l’apôtre Pierre. Il devait comprendre que les messages de son Seigneur Jésus-Christ avaient une portée universelle. Pourquoi avons-nous étudié le sens de la vision donnée à Pierre avant de parler du comportement du centenier Corneille ? Tout simplement parce que sans l’intervention divine, l’apôtre aurait été incapable d’assumer une mission envers ceux qui étaient considérés comme des païens. La révélation divine accordée à Pierre fait écho à celle de Corneille. Pour bien comprendre le bouleversement considérable de la pensée de l’apôtre, il faut se rappeler que Corneille avait un grade élevé dans l’armée romaine. De surcroît, cette nation dominante occupait le territoire d’Israël d’une main de fer. Pour un personnage aussi influent que l’apôtre Pierre, il était inconcevable que l’évangile s’adresse au monde païen, a fortiori , à des envahisseurs implacables…

On pense couramment que la naissance de l’Eglise chrétienne a orienté un état d’esprit qui acceptait presque sereinement cette domination romaine. Il n’en fut rien ! L’élitisme national juif ne pouvait concevoir une bénédiction sur les païens occupants, et cela peut facilement se comprendre. Bien sûr, les chrétiens ont reconnu en Yéchoua le Messie promis, mais la majorité des chrétiens issue du monde juif, a eu beaucoup de mal à accepter que ce nouvel évangile concerne toutes les nations. Si Dieu, par le Saint-Esprit, n’était intervenu puissamment, l’histoire se serait répétée, et on se serait contenté d’un enseignement secret pour initiés. On aurait recommencé à confisquer la bonne nouvelle au monde. Il a fallu la Pentecôte (cf. Actes 2), pour que tous les peuples entendent ce message d’espoir ; il a fallu que Dieu agisse au travers de personnalités ouvertes, comme le diacre Philippe, pour que des samaritains adhèrent au message du Christ (cf. Actes 8). Et encore, avec ce même Philippe, il a fallu qu’un ange intervienne pour qu’un ministre des finances éthiopien devienne messager auprès des siens. Contrairement à ce que l’on croit couramment le miracle de la Pentecôte n’a pas magiquement transformé la mentalité des apôtres. Le processus d’ouverture au monde ne s’est pas mis en place en un jour…

 

Aujourd’hui, nous allons voir les efforts persévérants que Dieu a dû déployer pour que l’apôtre Pierre oriente son ministère vers les païens (non juifs), et intègre complètement cette réalité. Comment Dieu a-t-il préparé ce bouleversement dans les cœurs et les habitudes ? Par une révélation à « un païen » qui occupait par la force la Palestine. C’est un drôle de choix ! Il est même provocateur, voire gênant ! Ce processus impulsé par l’action du Saint-Esprit, va conduire, inévitablement mais progressivement les apôtres, à la convocation du premier concile

à Jérusalem pour définir une position spirituelle commune, mais elle restera a minima (cf. Concile de Jérusalem en l’an 50 de notre ère). Elle aura toutefois bien du mal à s’installer dans les faits, cf. Actes 15). Le ministère de l’apôtre Paul en sera la démonstration (cf. Actes 13 : 44-52). Cela met en évidence notre incurable tendance à garder pour nous-mêmes, ce qui nous est donné de bon à partager (évangile = bonne nouvelle) ! Notre petite disponibilité à nous laisser conduire par l’Esprit-Saint est toujours dormante dans nos vies…

 

Développement :

 

Mais examinons maintenant le texte d’Actes 10 : 1-8.

On apprend que dans la ville de Césarée, principal port romain dans les liaisons avec l’Italie, lieu de résidence du procurateur romain, capitale administrative de la province, un centurion du nom de Corneille craignait Dieu avec toute sa famille. On verse déjà dans l’étonnement ! Ce personnage était responsable de la cohorte appelée italique. Il était responsable de plusieurs dizaines, voire d’une bonne centaine d’hommes ; cette cohorte était principalement constituée d’Italiens. Ils avaient pour tâche d’être le cordon ombilical entre Rome et la Palestine. Ils avaient dû être triés sur le volet pour parer à toute insurrection. L’acheminement des troupes d’occupation, le transit des esclaves et des prisonniers, tout était sous leur contrôle. Rappelons que pour les Juifs de Jérusalem, les Romains étaient des occupants à poigne. Tout en eux était de fer : discipline, organisation, autorité etc.  Or, le texte met en évidence que ce centurion était pieux (ευσεβης = eusebes = pieux, respectueux, fidèle), autrement dit, il était dans le respect de Dieu. Il avait fait le choix du Dieu unique en délaissant les dieux païens de sa nation. Il faisait partie des craignants Dieu (Φοβουμενος τον Өεον = phoboumenos= cette expression au sens multiple, uniquement employée par Luc et Paul, exprime plus couramment le non-juif, sympathisant du judaïsme). Ces « païens » se différenciaient des prosélytes (cf. nouveaux convertis au judaïsme) par le fait qu’ils n’étaient pas circoncis (cf. Actes 2 : 11). Leur adhésion exceptionnelle au Dieu unique d’Israël relevait de l’exploit.

Mais le texte nous surprend encore plus, quand on apprend que ce centurion agissait avec amour en faveur du peuple d’Israël opprimé. (cf. Actes 10 : 2). (Le mot grec ελεημοσυνη = eleemosune= don d’amour, don charitable, donner des aumônes ; ce mot parle de bienfaisance et de miséricorde). De plus, il priait constamment (litt. en tout temps). Comment pouvait-il conjuguer cette disposition d’esprit avec sa responsabilité ? Autrement dit : comment cet homme pouvait-il concilier son travail avec sa foi ? Il y a là, déjà, un élément de réflexion et d’interpellation !

En conséquence directe de cette observation : méfions-nous des apparences ! Ce qui paraissait incompatible avec l’éclosion de la foi en milieu païen, est pourtant devenu réalité chez ce serviteur du pouvoir romain. Pourtant, quand on lit les descriptions des historiens concernant l’armée romaine, un comportement, tel que celui de notre centurion, paraît inconcevable.

Et cependant, cet homme était dans la cohérence de sa foi et de ses actes. Cela relève de l’incroyable ; il n’en demeure pas moins qu’on est sur le terrain du vrai. Alors, disons-le tout net, ne faudrait-il pas se garder de tout jugement sur la situation des gens en recherche de Dieu ? Or, non seulement ce centurion avait fait un choix de relation avec Dieu, mais qui plus est, il avait entraîné à sa suite toute sa famille. C’est donc avec une certaine stupéfaction que nous découvrons un authentique leader spirituel.

 

« Avec toute sa maison, il était pieux... » (En fait dans l’original, c’est le mot οικος= oikos =maison d’habitation). Sous son toit, outre la famille, il faut ajouter à cette époque, les serviteurs, souvent les esclaves ou affranchis, ou toute personne se mettant sous sa protection (cf. note Bible Segond révisée, p. 1445 // Actes10 : 2).

Le témoignage de cet homme est donc exceptionnel et admirable. Il n’a pas craint d’affirmer sa foi en un Dieu différent de tous ceux de sa nation (cf. Entre autres, Apollon, Diane, Mercure, Junon, Jupiter, Mars, Minerve, Neptune etc.) Il n’a pas eu peur de se démarquer d’une position consensuelle. Il pouvait à tout moment perdre sa fonction, sa situation. Tout comme le ministre éthiopien (cf. Actes 8), il a agi simplement et au grand jour. C’est pourquoi, Dieu a vu le besoin de son cœur et y a répondu. « L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Eternel regarde au cœur. » 1 Samuel 16 : 7.

Ainsi, ce simple récit ouvre des perspectives intéressantes, et démontre, à qui veut prendre le temps de bien voir, que ceux qui cherchent sincèrement Dieu, peuvent le trouver, quel que soit leur passé ou leur pratique. Cette affirmation devient une évidence biblique !

 

« Vers la neuvième heure du jour, il vit clairement en vision, un ange entrer chez lui et lui dire : Corneille ! Il le fixa et, saisi de crainte, il lui dit : Qu’y a-t-il, Seigneur ? » Actes 10 : 3-4, version NBS.

Notre centurion a eu vers 15h de l’après-midi une vision. La Bible nous dit que Dieu a parlé aux hommes de différentes manières (cf. Hébreux11 : 1), et entre autres manifestations, mentionnons les visions. Le livre des Actes est très prolixe en la matière, il n’y a donc rien d’étonnant sur ce fait (cf. 9 : 10 ; 10 : 3,17,19 ; 11 : 5 ; 12 : 9 ; 16 : 9 ; 18 : 9; 22 : 17 ; 23 : 11 ; 27 : 23. Dans certains cas, il est impossible de savoir si la vision relève du domaine du virtuel ou du réel). Par contre ce qui est sûr, c’est que la personne voit et entend réellement la voix.

Ici, les termes grecs sont sans équivoque, notre centurion voit… D’ailleurs, l’adverbe supprime toute ambigüité (φανερώς = phaneros = manifestement, visiblement, ouvertement, cf. Marc 1 : 45 ; Jean 7 : 10). Et non seulement, il voit un ange entrer chez lui, mais il entend prononcer son nom : Corneille ! Quel choc ! quelle surprise pour lui !

Assurément, il y avait de quoi être impressionné… D’ailleurs, Corneille tout craintif ne sait pas ce qui va arriver. Pourtant, il fixe l’ange (il le décrira comme un homme en habit resplendissant, cf.v.30) et lui dit : « qu’y a-t-il Seigneur » ou plus littéralement, « qu’est-ce Seigneur ».

Ce mot de Seigneur est-il un générique de respect ? Une reconnaissance d’un personnage qui relève du divin ? la marque d’une relation spirituelle approfondie ? Ou, en fonction des derniers évènements passés à Jérusalem, un moment fort de rencontre avec celui qu’il ne connaît pas encore, mais dont il a certainement déjà entendu parler (le Seigneur a sillonné le pays plus de trois ans). On l’appelle le Seigneur Jésus ? Peut-être un peu de tout cela ?

Il est clair qu’une initiative de contact est prise par cet être merveilleux (cf. ἄγγελον τοῦ θεοῦ =  angélone tou théou = ange de Dieu ; le terme d’ange aurait suffi, mais pour supprimer tout doute on parle d’un ange de Dieu ). Corneille est connu de Dieu, l’ange l’appelle par son nom (ce qui a dû lui faire tout drôle !). Ce détail nous révèle que nous sommes tous connus individuellement par notre nom. Cette marque d’attention est peut-être la meilleure démonstration que Dieu est en désir de relation personnelle. Et cela sous-tend, un bon projet pour chacun. Alors, cette démarche affectueuse n’est-elle pas invitation à lui répondre, quand Il nous invite à entrer dans un espace d’espérance et de bien-être ?

Le côté touchant de la situation est que notre centurion, habitué à donner des ordres, répond au quart de tour, à l’appel de son nom. Plus troublant, il ne pose aucune question… Ce récit nous dit aussi que de mille et une façons, Dieu cherche à entrer chez nous pour nous parler et nous faire découvrir un autre sens à la vie... Prenons-nous le temps de répondre ? Sommes-nous aussi empressés que notre chef militaire à donner suite à l’appel de Dieu ?  

« L’ange lui dit : Tes prières et tes actes de compassion sont montés devant Dieu, et il s’en est souvenu. Envoie maintenant des hommes à Joppé et fais venir un certain Simon surnommé Pierre ; il loge chez un autre Simon, qui est tanneur et dont la maison est au bord de la mer. Dès que l’ange qui lui avait parlé fut parti, Corneille appela deux de ses domestiques et un soldat pieux parmi ceux qui lui était attachés ; après leur avoir tout raconté, il les envoya à Joppé. » v.4-8, version N.B.S.

La réponse de cet ange nous fait entrevoir la raison profonde de l’intervention de Dieu dans la vie de ce centurion. Dieu a entendu les prières de cet homme de paix, tout guerrier qu’il était. Il a vu les actes de compassion qu’il prodiguait. Autrement dit, rien n’échappe au regard bienveillant du Tout-Puissant. « Chacun, esclave ou homme libre, recueillera du Seigneur le bien qu’il aura lui-même fait » Ephésiens 6 : 8.

 

Demander à Dieu de nous éclairer dans nos choix de vie et les actions de notre quotidien, apprendre à faire le bien, non pour être vu des hommes, mais par besoin ou par plaisir, tel est le sens profond de la prière et de ses conséquences pratiques. C’est le philosophe Alain qui disait : « Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi. » Les croyants pourraient rajouter : « et en Dieu ».

Mais revenons à notre récit. Dieu s’est souvenu... La performance de nos ordinateurs est une pâle copie de la capacité d’amour et de mémoire de Dieu. Même dans la mort, nous ne sommes pas oubliés, nous demeurons toujours vivants pour notre Père-Eternel. Il nous redonnera vie, à la résurrection, lors de son retour. Nous n’avons aucune crainte à avoir…

 

Ce centurion vivait sa foi d’une façon générale, et Dieu va lui permettre de l’approfondir, et de mettre un nom sur l’auteur de son salut. Pour cela, Corneille doit dépêcher des messagers pour aller chercher l’apôtre Pierre. On est frappé par la précision de cet ordre de mission. Que de détails ! Rien n’est laissé au hasard... Joppé est aussi un port du côté du sud, vers le midi, à quelque 60 kms environ de Césarée. Rappelons : Corneille ne pose aucune question complémentaire, il obéit sur-le-champ. L’ange lui donne le nom de la personne qu’il doit aller trouver. Il précise même ancien nom : Simon, (certains continuaient à appeler ainsi l’apôtre Pierre ; c’est le cas de l’apôtre Jacques au premier concile de Jérusalem cf. Actes 15 : 13-14. Son nom nouveau, sera celui que le Seigneur lui donnera : Pierre, cf. Luc 6 : 14, Jean 1 : 42). Peut-être aussi que la précision était rendue nécessaire par le prénom du propriétaire de la maison chez qui Pierre dormait. Il s’appelait aussi Simon, il était tanneur et avait sa maison au bord de la mer. Ce devait donc être facile à trouver. Notons au passage que l’apôtre Pierre, faisait partie de ces gens simples qui s’adaptent facilement. Il faut avoir visité des tanneries pour s’en apercevoir. Pour en avoir visité à ciel ouvert au Maroc, je peux dire qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter l’odeur. Heureusement la proximité de la mer devait atténuer l’effet pestilentiel...

 

L’ange parti, Corneille agit. Il appelle deux esclaves fidèles à sa personne (οικετης = oiketes = esclave, serviteur ou domestique, cf. Luc 16 : 13), auxquels il adjoint un soldat trié sur le volet. Un homme complètement dévoué à sa cause, et qui plus est, partage sa foi. On voit le sens

de l’organisation chez Corneille. Rien n’est laissé au hasard. Et comme pour les motiver, notre centurion leur raconte sa vision. Cela laisse entendre qu’il fut le seul à la voir, puisque les serviteurs étaient aussi dans la maison. Il fallait peut-être convaincre ses serviteurs qu’il n’avait pas été l’objet d’une hallucination ou autres manifestations de ce genre. C’est sûrement la raison pour laquelle notre récit utilise le verbe εξηγέομαι = exegeomai = qui peut être traduit par raconter, mais aussi par expliquer, présenter, dans le sens de faire connaître, cf. Jean 1 : 18.  Pour ce chef militaire, habitué à traiter tous les aspects de maintenance de l’occupation du territoire de Judée, il a fallu assurément beaucoup d’humilité et de foi pour s’ouvrir à ses subordonnés !  Cet homme a vraiment expérimenté le dicton biblique : « c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » Matthieu 12 : 34

 

Conclusion : 

 

Ce récit, présenté dans le livre des Actes des apôtres, contribue à souligner le tournant capital pris par l’Eglise chrétienne dans sa mission face au monde. Après la conversion de l’eunuque d’Ethiopie, nous venons d’assister à l’amorce de la conversion d’un païen romain. En répondant aux prières de Corneille, Dieu a montré qu’il était à l’écoute de tous ceux et celles qui sont en recherche. Le fait que « des païens » soient apparemment loin de la foi, n’empêche pas Dieu d’agir et de répondre à leur attente sincère.

Cette histoire met aussi en relief le fait que la pratique religieuse n’est pas suffisante. Elle nécessite une révélation dans la découverte d’un sauveur personnel. Corneille était dans le désir d’aller au-delà de sa pratique. Secrètement, il voulait en savoir davantage... Tous ceux et celles qui veulent aller au-delà d’une pratique (certes recommandable) trouveront avec Dieu l’occasion d’approfondir leur foi et d’expérimenter une relation personnelle avec l’auteur de leur salut. Quand on a entrepris la marche de la foi, le champ de découverte est quasi permanent. Dès lors, on ressent la nécessité d’aller au-delà des formes, des rites, des dogmes, de tout ce qui se fige. L’aventure de la foi, c’est comme un ramassage de branches quand on traverse la forêt de notre vie, pour en faire un beau feu de joie, de chaleur, de lumière, de bonheur à partager.

      Une fois de plus, cette histoire est le témoignage patent de l’accomplissement de la volonté de Dieu dans la marche générale de l’histoire des hommes. En effet, sans l’intervention divine par les divers ministères (ceux des anges et de l’Esprit saint), aucune diffusion mondiale de cette histoire du salut n’aurait été possible. Le fait que Dieu ait cette autorité, est une garantie pour tous ceux qui veulent espérer en des promesses certaines. N’oublions jamais cette affirmation de l’apôtre Paul, le témoin par excellence de ce projet pour notre humanité :

« L’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. » Romains 5 : 5.  

 

Alors, voulons-nous faire l’expérience de Corneille ?  

                                                                                  Jacques Eychenne

 

PS : NBS, version Nouvelle Bible Segond. 

 

 

 

 

 

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