Que ton nom soit sanctifié...

 

 

 

   « Que ton nom

       soit sanctifié »

      Matthieu 6 : 9

 

Introduction :

 

Lors de son ministère en Galilée, Jésus de Nazareth prononça sur les collines du lac de Tibériade un discours mémorable. Il demeure, aujourd’hui encore, une source d’inspiration  profonde. Au cours de ce discours, bien détaillé seulement par Matthieu, l’auditoire a été sensibilisé par la façon dont il fallait prier. En introduction de ce sermon, Jésus présenta son programme d’action (Il l’introduit par le célèbre μακάριος = Makarios = Heureux, bienheureux ou même en marche avec A. Chouraqui). Puis, après avoir utilisé les symboles du sel et de la lumière, le Seigneur a redéfini  les bonnes relations devant exister entre humains. Mais, l’aspect révolutionnaire de son propos a trouvé son climax dans l’amour des ennemis, des persécuteurs, des haineux, des maltraitants (cf. Matthieu 5 : 44). Poursuivant, le Seigneur, après avoir stigmatisé le formalisme religieux, parla de la discrétion dans la relation de l’humain avec son Dieu. C’est ainsi qu’il déclina le contenu de la prière référente des chrétiens, appelé : « Notre Père ».

 

Développement :

 

« Notre Père qui es au cieux ! Que ton nom soit sanctifié » Matthieu 6 : 9

Questions : pourquoi appeler Dieu « notre Père » ? Pourquoi nous dire qu’il est « aux cieux » ?  Et enfin que veut dire : sanctifier son nom ?

En dehors de quelques rares exceptions (cf. Psaume 89 :26), Dieu n’est pas présenté dans l’Ancien Testament comme un Père, mais comme le Dieu des Patriarches (cf. Genèse 39 : 9). Pourtant, l’utilisation du nom de Père, attribué à Dieu ou aux dieux, se retrouve dans d’antiques civilisations. C’est plus particulièrement le cas en Egypte  où le pharaon est physiquement reconnu comme le fils de dieu, mais plus tard encore ce fut aussi le cas en  Grèce et à Rome (pour ne rester que dans le bassin méditerranéen).

Ainsi, la présentation de Dieu comme « notre Père » relaie une compréhension nouvelle sur Dieu et induit une relation plus intimiste. Le Christ a introduit une attitude révolutionnaire dans le lien avec Dieu, même si le concept d’un Dieu créateur apparaît au commencement du livre de la Genèse. Il est clair que nous observons dans l’ancienne alliance un glissement : la notion de relation personnelle et affective à Dieu s’estompe pour laisser place à l’obéissance à un Dieu législateur qui définit le droit et les conséquences de ses transgressions. Autant dire  que la notion de la loi, dite de Moïse, occupait principalement la pensée religieuse du temps de Jésus.

En nous incitant à prononcer le nom de « Père », le Seigneur a voulu, à l’évidence, corriger et repositionner la relation spirituelle. La seule obéissance aux lois divines n’était pas satisfaisante. Elle était réductrice de la profonde volonté divine. Alors, Jésus de Nazareth a voulu transmettre à ses disciples la perception d’un Père proche, attentionné et bienveillant. Au jour de la résurrection, quand Jésus apparaît à Marie de Magdala, il aura pour elle ces bons mots : « va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » Jean 20 : 17b. Les disciples ont eu le privilège de connaître le Père à travers le Fils. C’est le paradoxe de la révélation : « tout m'a été remis par mon Père. Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler »  Matthieu 11 : 27, version TOB. La Bible en créole haïtien traduit le mot « Père » par le mot plus familier de « papa ». L’évangéliste Marc est le seul à nous rapporter les mots de la prière de Jésus lors de son agonie à Gethsémané : « et il disait : Abba Père ! Tout t'est possible : éloigne de moi cette coupe ; pourtant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! ",  Marc 14 : 36, version FBJ.

 

Par la suite, l’apôtre Paul soulignera l’importance de cette relation nouvelle vécue par son Seigneur : « et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père !”, Romains 8 : 15, version LSG. Il aura soin de délivrer aux Galates cette prodigieuse  réalité : « et, parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans nos cœurs, criant : Abba, Père »  Galates 4 : 6, version DRB.

Cette nouvelle démarche familière et plus intime pouvait paraître irrespectueuse aux yeux des chefs religieux, mais Jésus a dépassé les clivages pour instaurer une nouvelle ère dans la relation spirituelle. Elle ouvrait l’espace d’un dialogue moins formaliste, plus naturel et plus authentique. Ainsi, l’ayant foi était appelé à apprécier plus finement les bontés de ce Père : son pardon, ses attentions, son projet d’amour. C’est vers cette prégnante découverte qu’il convient désormais de conjuguer l’aujourd’hui et le demain.

 

De plus, la prière référente que nous a laissée Jésus-Christ, le Fils du Père, a une particularité. Il n’est pas demandé de dire « mon Père », mais « notre Père ».Autant dire que ce  Père ne nous appartient pas en propre ; il est commun à tous les  croyants. Peut-être est-ce pour différencier notre Père céleste de nos pères humains ? Ou est-ce encore pour bien différencier le Père céleste unique et commun à tous de tous les pères terrestres ? En élevant notre cœur vers ce père des cieux, nous sommes déconnectés de toutes les déceptions humaines. Soulignons que la référence au Père, dans certaines familles, peut être source de rejet ! De profondes blessures sont parfois enfouies dans la relation parents-enfants, plus précisément Père-enfants. Peut-être que le pronom possessif tend à nous indiquer que la référence au Père est à la fois universelle et personnelle. Il appartient à tous ses enfants adoptifs de par le monde (cf. Galates 4 :5). En effet, nous avons été adoptés et reconnus comme fils et filles en Jésus-Christ. En étant « notre », ce Père céleste nous unis à tous ses enfants. Désormais, nous faisons partie d’une grande famille spirituelle, et nous avons la joie d’apprendre à connaître d’autres frères et sœurs dans le Seigneur. De surcroît, il ne devrait plus y avoir de barrières discriminatoires, de rejets pour raison raciale, d’exclusions dues aux différences de toutes natures ! Nous sommes tous frères et sœurs... Seulement nous ne sommes pas dans un monde idéal… Observons que le respect des parents se délite quelque peu dans nos sociétés occidentales. Il a des conséquences indirectes dans nos rapports à notre Père des cieux.

Que ce Père aimant soit dans les cieux nous force à  prendre de la hauteur sur ce sujet. Le pluriel indique l’étendue de toute sa création, y compris celle des autres mondes ou systèmes solaires que nous ignorons. Cet éloignement du père, qui pourtant est si proche, met de la distance avec toutes ces marches laborieuses de l’humain. Notre Père est au-dessus de tout, et là où on le trouve, il est adoré et respecté (cf. Esaïe 6 : 3). Ce Père qui est à l’origine de toute vie se différencie radicalement de nos pères géniteurs terrestres. Eux sont imparfaits, Lui ne l’est pas, et sa souveraineté est incontestable.

 

« Que ton nom soit sanctifié ».

 

Le lecteur de passage peut se demander à quoi peut bien servir le fait de sanctifier un nom, même celui de Dieu. Il y a fort à parier que le citoyen lambda ait du mal à comprendre le sens profond du verbe grec ἁγιάζω= agiadzau. Il peut être traduit en français par : rendre sacré, consacré, dédicacé… Mais dans la pratique que faut-il comprendre ? Nous avons déjà parlé précédemment de l’importance du nom de Dieu, mais disons simplement que la mention d’un nom permet d’identifier le sujet auquel on s’adresse. Dans un monde où l’on se complaît de plus en plus dans l’anonymat, rappelons qu’il est précieux de s’adresser à un « Père » qui s’est révélé clairement de différentes façons. En prononçant la phrase « que ton nom soit sanctifié », nous affirmons toute notre foi. Nous disons que Dieu n’est pas pour nous un inconnu. Pour mémoire, rappelons que les Athéniens, voulant à une époque n’ignorer aucun de leurs dieux, avaient construit un autel à un dieu inconnu (cf. Actes 17 : 23). L’humain a un besoin inné de se tourner vers la transcendance divine.  « Le Père » que nous chérissons s’est révélé au travers de ses actions, depuis la création du monde jusqu’à aujourd’hui. Derrière ce nom plusieurs traits de caractère ont été identifiés, si bien qu’il nous suffit de l’invoquer pour que notre imaginaire lui donne un visage bienveillant (même si à l’origine le nom de Dieu, le tétragramme sacré YHWH était intraduisible et imprononçable).

 

Mais comment pouvons-nous sanctifier le nom de ce « Père » des cieux ? Il va de soi que l’humain, par une simple prière, n’a aucun pouvoir de transformation sur ce Père. Laisser penser que Dieu aurait besoin de nous pour parfaire sa personne relèverait de l’absurde. Nous ne sanctifions pas Dieu !

Le verbe grec a eu deux principales utilisations :

La première a le sens de consécration d’un objet, le plus souvent voué au culte. Ce dernier était mis à part, réservé à un seul usage bien précis.

La deuxième fait référence à des personnes qui sont mises à part pour un service particulier. On parle de consécration. Mais plus généralement, cela peut s’étendre à tous les croyants. L’apôtre Jean parlera de ceux qui sont sanctifiés par la vérité (cf. Jean 17 : 19). L’apôtre Paul témoignera : sa parole sanctifiait ceux qui avaient foi en lui (cf. Actes 26 : 18 ). Par la suite, il précisera à la communauté de Corinthe qu’il s’adresse aux sanctifiés dans le Christ Jésus (cf. 1 Corinthiens 1 : 2 ; 6 : 11 ; voire encore Hébreux 10 : 10, 14).

Pour mieux saisir le sens du verbe sanctifier, il faut le rapprocher d’un mot de même racine ἅγιος= agios= saint. Ainsi, sanctifier le nom de Dieu équivaudrait à reconnaitre sa sainteté parfaite. La prière d’intercession du Christ en faveur de ses disciples va dans ce sens : « Je ne suis plus dans le monde, et ils sont dans le monde, et je vais à toi. Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un comme nous » Jean 17 : 11, version LSG. De même Jean nous révèlera que les êtres qui sont dans la présence de Dieu proclament sa sainteté : « saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout-Puissant, qui était, qui est, et qui vient ! » Apocalypse 4 : 8, version NEG.

Le fait de prononcer le nom de Dieu pour le sanctifier implique la prise de conscience de la majesté divine. Cela va au-delà de la notion de respect. A  l’honneur qui lui est dû, devrait correspondre un comportement cohérent. C’est pourquoi les croyants sont invités à louer et glorifier ce « Père » des cieux (cf. Louer : Psaume 150 : 1-5 ; Romains 15 : 11 ; Apocalypse 19 : 5 et glorifier : Chroniques 16 : 10 ; Psaume 105 : 3 ; Esaïe 24 : 15 ; 1 Corinthiens 6 : 20).

 

Reconnaissons que ces attitudes révérencieuses ne font pas partie du programme des dirigeants de notre monde ! On peut même dire que nous constatons le contraire : le nom de Dieu est utilisé pour tout et pour rien. Les jurons, le mépris, le sarcasme sont monnaie courante. On prête même serment devant la Parole de Dieu ! Et que dire de ceux qui utilisent le nom de Dieu pour contraindre et tuer. Pauvre monde malade qui s’ignore et qui pousse l’irrespect jusqu’à l’injure et l’inquisition !

Et que dire de ceux et celles qui revendiquent leur appartenance à Dieu le « Père » ?

Déjà le prophète avait pointé la mystification du peuple de Jérusalem : « Le Seigneur dit : Ce peuple ne s'approche de moi qu'en paroles, ses lèvres seules me rendent gloire, mais son cœur est loin de moi. La crainte qu'il me témoigne n'est que précepte humain, leçon apprise » Esaïe 29 : 13, version TOB. Les reproches cinglants que l’apôtre Paul adresse aux lecteurs de Rome devraient retenir notre attention. Relisons-les pour nous examiner et voir si nous ne tombons dans ces travers : Romains 2 : 16-24. La profanation, très pieuse, du nom de « Père » peut être contagieuse ! Au lieu d’être dans la révérence et le respect de notre « Père »,  notre prière ressemble, parfois inconsciemment, à cet homme, ce pharisien qui se tenait debout et priait en lui-même :  « O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain … »  Luc 18 : 11, version NEG.

Prier « que ton nom soit sanctifié » nous impose plus qu’un devoir ; c’est avouer notre besoin d’aimer, en honorant ce « Père » sans lequel nous ne serions pas. Il nous a pourtant tout donné… Nous ne devons pas attendre d’être dans la félicité éternelle pour rendre gloire à ce « Père » aimant. Dès ici-bas, et à contre-courant de l’esprit qui mène ce monde, notre joie, ici et maintenant, devrait être dans la louange et l’adoration.

 

Le nom de Dieu peut être sanctifié quand nous reconnaissons l’autorité de sa Parole et que notre vie tend à être en adéquation avec cette révélation. Pour sanctifier le nom de Dieu, il faut au préalable être nous-mêmes sanctifiés par la vérité de sa parole (cf. Jean 17 : 17). Sans l’action de l’Esprit Saint, il nous est impossible d’être dans les bonnes dispositions, pour vénérer ce « Père » d’un amour vrai.

 

Conclusion :

 

Comme Jésus l’a si bien démontré dans son entretien avec la Samaritaine, sanctifier le nom du Père, c’est l’adorer en esprit et en vérité (cf. Jean 4 : 23). C’est reconnaître Sa Grandeur et Sa Majesté, et l’honorer à travers notre conduite. Quand on voit à quel point ce « Père » nous a investis de son amour, on ne peut qu’être reconnaissants. Dieu nous fait confiance. Malgré nos handicaps spirituels, il nous invite à être saints comme lui-même (cf. Lévitique 11 :44 ; 19 :2 ; 20 :26 ; 1 Pierre 1 : 16). Quel programme !

Sanctifier le nom de notre « Père », c’est se sentir responsable et fier d’être reconnu comme fils et filles de ce « Père ». Certes ! Qui est suffisant pour assumer un tel honneur ? Le « Père » connaît nos difficultés et nos inconséquences, mais il a prévu une aide efficace. A nous de la saisir pour découvrir le bonheur d’être appelés fils et fils de Dieu : « De même aussi l'Esprit nous aide dans notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables; et celui qui sonde les cœurs connaît la pensée de l'Esprit, parce que c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints. Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein »  Romains  8 : 26-28, version NEG.

                                                                               Jacques Eychenne

 

Abréviations : TOB=Traduction Œcuménique de la bible ; FBJ= Traduction française de Jérusalem ; DRB = traduction Darby ; NEG = Nouvelle Edition de Genève ; LSG= traduction Louis Segond.

 

 

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