Un confinement peu ordinaire

 

                                                                  

 

                                  Un confinement

                                    peu ordinaire

                                                              Matthieu 14 : 22-33

 

 

Introduction :

Nous sommes en présence d'un texte que nous connaissons bien. Il se situe après la décapitation de Jean-Baptiste. Jésus a recruté ses apôtres, et il vient d'accomplir le miracle spectaculaire de la multiplication des cinq pains et des deux poissons (cf. Matthieu 14 : 17). L'instant est mémorable. Les quatre évangélistes le décrivent. La foule est émerveillée par le prodige. La rumeur circule et se propage dans les rangs : " Celui-ci est véritablement le prophète qui devait venir dans le monde " Jean 6 : 14. Comme nous le constatons, les apôtres ont vécu une journée exaltante. Elle était sur le point de se terminer paisiblement. Chacun allait regagner sa demeure, quand un ordre du Seigneur est venu contraindre ses disciples à monter dans la barque pour regagner l'autre rive.  Pendant ce temps, lui congédierait la foule. Mais pourquoi ce revirement soudain ? L'apôtre Jean nous donne la réponse. La foule a pris conscience de l'importance du personnage providentiel qu'est le Christ, et on chuchote de vouloir l'enlever pour le faire roi (cf. Jean 6 : 15). Si le Seigneur avait donné suite au souhait de cette foule en liesse, son projet aurait été contrarié. Peut-être même que les apôtres se sont laissés bercer par ce rêve de voir leur Maître reconnu et couronné roi. Mais le temps n'était pas encore venu ! Aussi pour que les disciples ne participent pas à cet élan spontané, il fallait faire avorter cette tentative populaire et agir rapidement. Ainsi s'explique l'aspect impératif de l'ordre cinglant du Seigneur (L’adverbe grec ne laisse pas de place à une gestion paisible du temps ; cf εὐθέως = vite, tout de suite, aussitôt). Quant à l’ordre, il ne permet aucun atermoiement (cf. ἀναγκάζω = contraindre, forcer, obliger, imposer de force).

Devant le péril d'une contagion de masse qui aurait pu affecter les disciples (et qui a dû certainement les contaminer), il fallait que la propagation de ce virus insidieux soit stoppée radicalement. Jésus a volontairement confiné ses proches dans une barque et leur a demandé de passer de l'autre côté du lac de Galilée. Non seulement nous observons un confinement dans la barque, mais encore un éloignement de la contagion ambiante. Pour rejoindre l’actualité du moment, disons que le Seigneur a appliqué le principe de précaution afin de les préserver de l’ambiance inopportune. Cela nous rappelle que le temps de Dieu n’est pas le nôtre !

Développement :

Il est difficile de se faire une idée de l'incompréhension de cet ordre dans le rang des disciples. Ils venaient de passer une journée merveilleuse. L'ambiance ne pouvait présager pareille fin de journée.  Si le Seigneur a voulu confiner les disciples dans une embarcation, c'est qu'il avait constaté qu'ils étaient tous pour le moins des cas contacts. Le virus pernicieux d'une volonté opposée à celle du Seigneur les avait rendus inapte au service. La fièvre d'une ambiance inappropriée les avait sûrement gagnés. Ce confinement devenait inévitable.

Nous vivons aujourd'hui dans le monde, une situation comparable. Alors que chaque pays se donne les moyens d'une croissance économique plus ou moins satisfaisante, une pandémie inexplicable s'est abattue sur notre belle planète bleue. Impossible d'aller ailleurs, la lune et la planète Mars ne sont pas encore habitables. Nous avons tous été contraints de composer avec ce virus potentiellement mortel. Nos interrogations peuvent croiser celles des disciples dans la tourmente. En effet, ils ont dû se poser beaucoup de questions, tout comme nous, plus de vingt siècles plus tard. Du genre : pourquoi le Christ a-t-il brisé la bonne ambiance qui allait le porter à la royauté ? Pourquoi intimer aux disciples de prendre le large, alors qu'ils étaient si bien sur les bords bucoliques du lac ? Quant à nous, pourquoi sommes-nous si durement touchés ? pourquoi cette privation de liberté ? Pourquoi ce virus infecte-t-il en grande partie les plus vulnérables ? Où est la justice divine ? Nos pourquoi sont légion et les bonnes réponses sont ténues...

Mais revenons au récit de Matthieu. Pourquoi le Seigneur a ordonné à ses disciples de passer sur l'autre rive, alors qu'il savait pertinemment qu'une tempête allait se lever ?

Si nous voulons nous approprier ce récit, disons déjà que les pensées des disciples sont aussi les nôtres dans de nombreuses circonstances. Nous nous illusionnons parfois à chérir des projets, qui non seulement ne sont pas bons pour nous. Ils contrarient la volonté divine que nous ignorons innocemment. Nous avons sur le plan spirituel la propension à manquer de discernement. Dans nos parcours de vie, que de belles journées prometteuses se sont terminées en queue de poisson, pour ne pas dire en drame !

Pour suivre le récit de Matthieu, les disciples auraient dû se souvenir du contenu de l'ordre donné par le Seigneur. Certes, il leur imposait de traverser le lac, mais il leur disait aussi qu'ils ne faisaient que le précéder. En langage ordinaire nous dirions : "avancez, j'arrive !" Ce logion (paroles du Christ) s'est perdu dans la brume de leur déception. Il peut en être de même pour nous lorsque nous oublions, que malgré les tempêtes dans nos quotidiens, le Seigneur nous a dit : « je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » Matthieu 28 : 20.

Ils sont partis sur le lac... Le collège des apôtres était pour moitié composé de pêcheurs aguerris et malgré cela, la force de la tempête les a surpris. Essayons de comprendre qu'ils étaient déjà dans l'incompréhension de l'ordre du Seigneur. Et voilà qu'en plus, au beau milieu de ce lac, une tempête se lève. L'inquiétude, puis progressivement la peur sont venues se surajouter à leur état d'âme. Quel contraste entre la belle journée et cette soirée calamiteuse. Mais aussi entre l’attitude paisible et sereine d’un Christ priant seul sur la montagne, et ses disciples très affairés et ballotés par une mer en furie. Les termes sont précis. La barque est « battue » par les flots (cf. βασανίζω= les différentes utilisations du verbe sont fortes, ce sont de sérieux moments d’épreuve, voire de torture morale ou physique). Malgré tout, Jésus ne perd pas de vue ses disciples. L’évangéliste Marc précise d'une façon euphémique :« Il vit qu’ils avaient beaucoup de mal à ramer », version Darby.  La Bible de Jérusalem traduit :« les voyant se tourmenter à ramer » Marc 6 : 48.

Pour ceux qui ont eu le bonheur d’aller sur les lieux, on se rend vite compte que la topographie géographique est très spéciale. Le lac, en forme de poire, est encaissé entre falaises et collines. Quand le vent s'engouffre dans ce couloir naturel, il redouble en intensité. Par vent contraire, il n’y a pas d’endroit de repli, aucun port naturel, il faut avancer ou revenir. Ce lac, aux eaux claires et froides, est de ce fait dangereux. (Descendant des monts enneigés de l’Ermont, le Jourdain a creusé un couloir dans lequel les vents du Nord ou du sud s’engouffrent sous pression. C’est une véritable soufflerie naturelle… Les tempêtes sont aussi soudaines que redoutables). D’ailleurs, Marc nous rappelle que ce genre de phénomène s’était déjà produit. Jésus avait déjà eu l’occasion de calmer la tempête sur cette mer de Galilée (cf. Marc 4 : 35-41).

Après réflexion, on se dit que le Christ aurait pu leur éviter ce confinement dans l’espace réduit de la barque, sous la menace d'un danger mortel. On imagine leurs pensées : dans quelle galère nous sommes-nous embarqués en voulant suivre ce prêcheur ? Est-ce que cela valait la peine de risquer nos vies et de laisser nos familles dans l'abandon ? Lui, qui il y a quelques heures a fait un miracle spectaculaire, ne pouvait-il pas nous éviter pareille mésaventure ? Plus généralement pourquoi Dieu ne protège pas tous ceux qui lui sont fidèles ? Autrement dit, pourquoi les ayant foi, comme les sans foi, sont frappés pareillement ? Où est la justice divine ? 

Il est important de ne pas éluder rapidement ces questions par des réponses toutes faites !

L'évangéliste Marc verse au dossier des détails intéressants : « À la quatrième veille de la nuit environ, il alla vers eux, marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. Quand ils le virent marcher sur la mer, ils crurent que c'était un fantôme, et ils poussèrent des cris ; car ils le voyaient tous, et ils étaient troublés. »  Marc 6 : 48-50 

La quatrième veille se situe entre 3 et 6 heures du matin. Autant dire qu’ils ont passé une nuit blanche à maintenir la barque à flot en souquant ferme. Pourtant, le lac ne fait que 12 km dans sa plus grande largeur. C’est dire la force des vents et la violence des vagues ! Dans le froid, le bruit assourdissant et l’obscurité, ont-ils pensé faire demi-tour ? Pour couronner le tout, tous voient un personnage marcher sur l'eau et faisant mine de les dépasser. Ils pensent voir un fantôme, mais les fantômes n'existent pas ! Alors, que nous dit leur réaction ? Ce surgissement inattendu provoque une réaction de peur (cf. Matthieu 14 :26). Ils hallucinent, complètement ébaubis, et leur réflexe primaire les incite à hurler d’épouvante. Devant l'accumulation des évènements négatifs, ils ont l'impression de perdre la tête. Observons que leur attitude relève totalement de l'irrationnel. Quel contraste encore avec la paisible journée, que dis-je, la merveilleuse journée qu’ils venaient de vivre ! Pour nous qui lisons ce texte, confortablement installés dans notre fauteuil, il nous est impossible de comprendre la tension qui s'est manifestée en ces instants. Non seulement, ils étaient déçus d'être partis si précipitamment, non seulement ils ont dû souquer ferme au milieu des flots mugissants, mais en plus, ils sont en plein délire. Ils pensent être en proie à une hallucination. La mesure est à son comble !

Si nous partons du présupposé que le Christ savait à l'avance tout ce qui allait leur arriver, alors pourquoi leur a-t-il permis cette épreuve redoutable ?

Cette question arrive au bon moment, car nous nous posons souvent la même question...

La suite du récit nous fournit des éléments de réponse. « Jésus leur dit aussitôt : rassurez-vous, c'est moi ; n'ayez pas peur ! Pierre lui répondit : Seigneur, si c'est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. Et il dit : viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ». Matthieu 14 : 27-31.

La réalité invisible pour les apôtres est que le Seigneur ne les a jamais perdus de vue. Mieux encore, il n'est pas resté simple spectateur de leur épreuve. Il est inter-venu pour les rassurer. Au moment même où leur vie était menacée, ou tout semblait basculer dans l'horreur, le Christ a subitement surgi dans leurs ténèbres. L'adverbe est important : le "aussitôt » (εὐθέως = euthéos = vite, tout de suite) de l’envoi des disciples sur l’autre berge, fait écho à cet « aussitôt » de son assistance dans le danger.

Notre question de tout à l'heure, trouve en partie sa réponse : le Christ a voulu fortifier leur foi au travers de cette mise en situation. Eux, qui étaient appelés à le suivre, devaient expérimenter dans une circonstance extrême la foi en leur Maître (un peu comme dans la formation des commandos de marine), Il fallait qu'ils soient aguerris à toutes les épreuves à venir. Chacun de nous peut se retrouver dans le comportement de Pierre. Nous croyons notre foi suffisamment solide pour marcher sur les flots, mais la réalité est que nous ne sommes pas conscients de nos faiblesses et nous nous enfonçons dans nos difficultés. En surestimant notre résilience au mal nous nous mettons inconsciemment en danger. Si nous ne comptons que sur nous, nous risquons d'être engloutis par les flots. Le cri de Pierre est notre seule sauvegarde. Sa courte prière est solennelle. Elle traduit le besoin le plus profond : celui d'avoir la vie sauve physiquement et spirituellement.

Il est clair que la formation spirituelle et mentale des futurs missionnaires de l'évangile de Christ devait pédagogiquement intégrer cette expérience. Pour rejoindre notre actualité présente, disons que le Seigneur a voulu inoculer à ses disciples un vaccin sûr à cent pour cent. Certes, en ayant décidé de suivre Jésus, ils avaient déjà témoigné une foi naissante. Mais, leur immunité naturelle n'était pas suffisante pour éradiquer le virus du mal (c'est-à-dire, de tout ce qui est contraire à la volonté divine). Pour être totalement immunisé, il convenait, spirituellement parlant, de saisir la main du Christ. Ainsi en est-il de même pour nous si nous voulons que le Seigneur monte dans notre barque pour que nous soyons en sécurité. La fin de ce récit conforte notre analyse des faits. La conclusion de cette histoire aurait pu être dramatique. Elle se termine par l'adoration, c'est-à-dire, la reconnaissance de la divinité du Christ par la foi (cf. Matthieu 14 : 33). Mais, cette foi des disciples aura encore besoin d'un autre rappel comme pour nous aujourd'hui dans le processus de vaccination (il y a souvent besoin de deux injections). Alors, un autre confinement partiel, avec autorisation à ne pas s'éloigner de la chambre haute (où ils avaient l'habitude de se retrouver), sera nécessaire au lendemain de la résurrection du Christ (cf. Actes 1 : 4-5). Cette fois, Dieu leur enverra la piqure de rappel par le Saint-Esprit afin qu'ils soient totalement préservés de toute fragilité. Ainsi, c'est avec un cœur plein d'assurance qu'ils annonceront l'évangile du Christ à Jérusalem, en Judée, en Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre.

Conclusion :

Nous avons essayé d'investiguer ce récit de Matthieu, mais restons humbles, nous ne pouvons pas tout comprendre. Notre belle assurance peut être mise à mal du jour au lendemain sans coup férir.  Saisir la main du Seigneur Jésus dans le danger est assurément le bon réflexe.

Notre récit nous parle à trois reprises d'une urgence. C'est l'adverbe aussitôt qui l'introduit.

- Aussitôt, il contraignit les disciples à monter dans la barque (cf. Matthieu 14 : 22).

- Aussitôt, jésus leur parla en disant : ayez confiance, c'est moi, n'ayez pas peur (cf. Matthieu 14 : 27).

-Aussitôt, Jésus étendit sa main et saisit celle de Pierre (cf. Matthieu 14 : 31).

Ces trois urgences nous instruisent. Elles nous invitent à nous poser les bonnes questions au bon moment dans la gestion de nos épreuves. Savoir aborder positivement les contraintes du moment, savoir être confiant dans l'accompagnement du Christ, savoir accepter sa main tendue. Ce simple évènement vécu par les disciples est porteur d'espérance pour tous ceux et celles qui veulent en faire l'expérience. Le projet de Dieu est de faire concourir toutes épreuves pour notre bien (cf. Romains 8 : 18).

Sortons de nos épreuves en vie et heureux ! Le calme vient après la tempête (cf. Matthieu 14 : 32).

"Ne crains pas, car je suis avec toi ; ne promène pas des regards inquiets, car moi je suis ton Dieu. Je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens de ma droite triomphante" Esaïe 41 : 10, version Louis Segond 1975.

                        

                                                                                   Jacques Eychenne

                                                                                       

 

 

 

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