Ne rendez pas mal pour mal

 

 

 

    Ne rendez pas

   mal pour mal

     1 Pierre 3 : 9

 Romains 12 : 17

 

Introduction :

 

Dans les relations humaines, les comportements sont souvent réactifs. Cette observation se vérifie dès l’enfance. A la crèche, la première réaction de l’enfant qui se fait bousculer est de bousculer à son tour, et si on lui prend un jouet sa réplique ne se fera pas attendre. Chez l’adulte, le comportement est quelque peu similaire, mais avec parfois plus d’intensité. Il faut combattre l’agression par l’agression, la violence par la violence, l’injure par l’injure, l’invective calomnieuse par la calomnie… Tout en prenant en compte les incidences graves de l’agression sous toutes ses formes, y a-t-il une attitude qui offre plus d’avantages que d’inconvénients ? Peut-on poser des repères qui induisent une réaction positive ? Que nous conseille la Bible sur le sujet ?

 

Développement :

 

« Ne rendez point mal pour mal, ou injure pour injure ; bénissez, au contraire, car c'est à cela que vous avez été appelés, afin d'hériter la bénédiction. Si quelqu'un, en effet, veut aimer la vie et voir des jours heureux, qu'il préserve sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses, qu'il s'éloigne du mal et fasse le bien, qu'il recherche la paix et la poursuive ; car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles sont attentives à leur prière, mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal. »  1 Pierre  3 : 9-12.

Ailleurs l’apôtre Paul écrira :

« Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. S 'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés … Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. » Romains 12 : 17-21.

 

En examinant attentivement le message du Christ et des apôtres que découvre-t-on sur le sujet ? Une suggestion s’impose : avant tout prendre le temps de l’analyse de toute situation conflictuelle. A l’opposé de la réaction primaire, nous sommes invités premièrement à poser un diagnostic précis sur ce qui a occasionné l’agression, l’injure, la calomnie, les jugements assassins…Il ne s’agit pas d’excuser, mais d’abord de comprendre. A ce propos, observons que dans une relation interpersonnelle, quand la confiance est présente, la solution pour résoudre le problème relationnel est rendue plus aisée. Autrement dit, se méfier des autres est certainement la meilleure façon d’être déçu un jour ou l’autre. De même, focaliser son attention sur tous les aspects négatifs d’un projet est la manière la plus sûre de le rendre inatteignable. Le regard que l’on porte sur le prochain détermine souvent la pertinence de notre réponse.

Sans banaliser les problèmes sérieux, reconnaissons que nos jugements ont du mal à prendre en compte l’enchevêtrement inextricable des complexités de la vie. Si la Bible nous recommande de ne pas juger, c’est précisément parce qu’il nous est impossible de disséquer les interactions de l’héritage génétique, la qualité d’amour reçu pendant la petite enfance, la problématique de l’éducation, les faiblesses psychologiques, le poids des  influences extérieures…

 

L’apôtre Paul a raison de dire :

« S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes ». Nous sommes tous responsables de nos réactions. Se venger, rendre le mal pour le mal relève du réflexe instinctif. Par contre « examinez toutes choses et retenir ce qui est bon » 1 Thessaloniciens 5 : 21, traduit le désir profond de surmonter le mal par la pratique du bien. Ce positionnement chrétien est commun à d’autres religions.  Il sollicite la réflexion afin de parvenir à des solutions positives.

 

Pour l’apôtre Paul dans le contexte du passage que nous étudions, il y a deux aspects incontournables pour parvenir à la résolution des problèmes.

 

- 1) Nécessité de se positionner à contrecourant de l’état d’esprit qui mène ce monde. (Notons le besoin irrépressible de dominer, la soif de pouvoir, l’appétit effréné de l’accumulation des richesses, le profit exacerbé etc.)

 

- 2) Accepter d’être transformés par le renouvellement de notre intelligence, afin de discerner la volonté de Dieu, et d’être en phase avec la pratique du bien. (cf. Romains 12 : 2 ).

 

L’apôtre supplie les chrétiens de Rome d’adopter ce positionnement, malgré les persécutions qu’ils subissent. L’apôtre Pierre ira dans le même sens, en recommandant vivement la nécessité d’avoir des pensées positives les uns pour les autres, de pratiquer l’amour fraternel, la compassion et l’humilité. Pour l’apôtre, vivre des jours heureux, c’est préserver sa langue du mal, se garder d’utiliser le mensonge, s’éloigner de ceux qui pratiquent le mal. Rechercher la paix et la poursuivre, tel est son conseil inspiré. (cf. 1 Pierre 3 : 8-12). Devant de tels propos certains diront qu’ils relèvent d’un angélisme et d’une grande naïveté. Il faut répondre à la force par la force, à la vengeance par la vengeance, toute faiblesse exprimée est très vite exploitée, etc. Nous pouvons entendre ce raisonnement ; toutefois, reconnaissons que toute surenchère aboutit souvent à des désastres. Ce n’est que quand le paroxysme de l’horreur s’est exprimé que la paix finit par s’imposer. Alors pourquoi ne pas anticiper ? Pourquoi ne pas utiliser, ici comme ailleurs, le principe de précaution ?

 

Le roi d’Israël David, en son temps, a adopté un comportement sage (cf. lire 2 Samuel 16 : 5-14). Face à une agression verbale et active, David a préconisé le « laissez-le et qu’il maudisse ». La réponse de David à Abischaï et à tous ses serviteurs est : « laisser-faire ». Surprenante réplique de ce roi courageux toujours prêt à relever des défis, à fondre sur l’ennemi, à mettre en pièces les opposants à Dieu. Ce roi maudit, caillassé tout au long de son déplacement, invité à quitter sa royauté, qualifié d’homme méchant,  n’a pour seule réplique que de dire : laisser-faire le belliqueux.  (Nous sommes en pleine actualité politique où les mots fleuris, les anathèmes, les calomnies, les injures fusent à balles symboliques. Et nous, nous sommes des spectateurs impuissants. Joutes injurieuses, querelle d’égo, climat délétère, jonchent le parcours à la course présidentielle. Et inévitablement le processus de surenchère des invectives est au programme. Du coup le citoyen lambda est écœuré).

David a laissé faire, c’est-à-dire, qu’il a refusé d’écraser la contestation et lui a donné le moyen de s’exprimer (Shiméï était de la famille de Saül et l’on connaît l’antagonisme qui régnait entre les deux hommes d’Etat Saül et David). Plus encore, il le laisse dire des mensonges (cf. comme le fait d’avoir usurpé le trône de Saül). Il le laisse aussi dire des vérités, car David a été un homme de combat et de  sang. Pour cet homme qui harcèle David,  si son fils Absalom s’est révolté contre lui et lui a ravi le trône de son royaume, c’est qu’il l’a bien mérité… Les invectives ont pour objet de clamer la déchéance royale de David. Il n’est pas digne de la fonction qu’il occupe (toute  comparaison  avec des personnages politiques du moment n’est pas fortuite).

 

En cela l’attitude de David  est instructive. Il remet en place son conseiller Abischaï qui veut couper la tête de Schiméï, il recadre tous ceux qui étaient dans cet état d’esprit, et il émet l’idée que si cet homme est inspiré par Dieu, il vaut mieux le laisser s’exprimer. Il conclut que dans cette éventualité, il préfère s’en remettre à Dieu (cf. 2 Samuel 16 : 10-12). David n’a pas confondu « le laisser faire » avec un « laisser tout faire ». Son combat contre Schimeï en est la référence. Il repère certainement chez lui un désir spirituel de perfection de son roi, un élan vers un besoin d’exemplarité. En contraste, David sait fort bien que son propre fils Absalom est habité par une soif de pouvoir.

David a le réflexe sage de mettre en exergue deux aspects complémentaires :

 

-  Il établit premièrement une différence dans l’analyse des situations.

-  Il  s’en remet à Dieu sachant qu’il ne peut avoir la maîtrise sur le cours de sa royauté.

 

Si nous pouvions en toutes circonstances pratiquer cette discipline personnelle, nombre de conflits seraient déjà évités. (Quand j’étais formateur - délivrance du diplôme d’ animateur et de directeur de centres de vacances et de loisirs - il m’arrivait souvent de rappeler le processus de résolution des conflits, à savoir : - 1) analyse de la situation, 2) s’informer, 3) traiter l’information suivant des critères de classification (du plus simple au plus complexe, 4) choisir (en intégrant si possible les notions de temps et d’objectifs court terme, moyen terme, long terme. Le choix devait avoir la caractéristique d’être atteignable), 5) contrôler si l’objectif que l’on s’était fixé était atteint. Par expérience, avec la mise en œuvre de ce processus, on élimine déjà un nombre impressionnant de problèmes conflictuels).

David en laissant s’exprimer l’opposition virulente de Schimeï s’engage dans un positionnement vertueux. Il vit l’évangile avant l’heure. La grâce le saisit. Il en sortira grandi, ennobli, référent spirituel, père spirituel de Jésus (cf. Matthieu 1 : 1). En laissant faire Schimeï et en intégrant que si Dieu le permet, c’est qu’il y a du bénéfice à retirer (cf. Romains 8 : 28), intuitivement David se met en marche vers le projet divin manifesté en Jésus-Christ. C’est la grande contribution de l’Evangile… En sollicitant plus de liens d’humanité, l’évangile apporte un parfum de libération.

Cela nous conduit au conseil de l’apôtre Paul : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien » ou « ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien » Romains 12 : 21, version NBS. Plus littéralement le texte grec dit : « Ne sois pas vaincu par le mal, mais vaincs par le bien le mal ».

 

Face aux agressions verbales et non verbales, aux accusations injustifiées, aux humiliations de toute nature, aux discriminations, au racisme et à l’antisémitisme, aux critiques dégradantes, au travail, dans la famille ou avec des amis,  l’évangile apporte une solution heureuse qui tire notre humanité vers le haut. Comme pour David, les épreuves qui nous affectent le plus, viennent de nos proches, de la famille ou de l’entourage avec lequel on a tissé des liens de confiance. Même si parfois les attaques sont justifiées - car personne n’est parfait - sachons nous en remettre au pardon divin. « Il vaut mieux s’adresser au bon Dieu qu’à ses saints ». Proverbe français.

Pour investir dans une vision positive de la nature humaine, il est essentiel de prendre en compte la réalité suivante : la pratique du bien ne s’impose pas naturellement. Celui ou celle qui pense être autonome sur le sujet s’abuse lui-même… L’apôtre Paul avoue :

« Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas. » Romains 7 : 19. Et l’apôtre en appelle à Jésus-Christ pour l’aider à sortir de ce dilemme. Autrement dit, l’évangile nous invite à faire appel à une aide extérieure, même si notre responsabilité est constamment rappelée. Le même apôtre écrira :

« Que l'amour soit sincère. Fuyez le mal avec horreur, attachez-vous au bien. »  Romains 12 : 9, version TOB.

« Ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes. »  Romains 12 : 17, version TOB.

« Prenez garde que personne ne rende à autrui le mal pour le mal; mais poursuivez toujours le bien, soit entre vous, soit envers tousabstenez-vous de toute espèce de mal ».  1Thessaloniciens 5 : 15, 22. L’apôtre Pierre préconise même un remède similaire :

« Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l'insulte pour l'insulte; au contraire, bénissez, car c'est à cela que vous avez été appelés, afin d'hériter la bénédiction. »  1 Pierre 3 : 9, version TOB. Et si la pratique du bien s’avère un combat douloureux, le même apôtre précise :

« il vaut mieux souffrir, si telle est la volonté de Dieu, en faisant le bien qu'en faisant le mal. » 1 Pierre 3 : 17. L’apôtre Jean apportera aussi sa pierre à l’édifice :

« Bien-aimé, n'imite pas le mal, mais le bien. Celui qui fait le bien est de Dieu; celui qui fait le mal n'a pas vu Dieu. »   3 Jean 1 : 11, version Darby.

La meilleure façon de ne pas rendre mal pour mal est de cultiver des pensées positives. Pour s’en nourrir, les écrivains bibliques ont fait appel à la foi. « Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes. » 2 Corinthiens 13 : 5.

 

Pour faire court, nous sommes tous amenés, un jour ou l’autre, à un examen attentif  de nos comportements et attitudes. Dans un processus de développement personnel chrétien, il est grandement recommandé d’évaluer son degré de confiance en soi, puis de prolonger l’investigation dans la confiance en Dieu, et enfin de mesurer sa capacité d’estime et de confiance en autrui.

Le plus souvent ce qui contrarie la réalisation positive de nos projets est le manque de confiance en soi. Tant que cette évaluation n’a pas été faite sérieusement, il ne faut pas s’attendre à des résultats probants et encourageants. Avoir confiance en soi, c’est être au clair sur ses aptitudes et ses capacités, et désirer les faire grandir au mieux. Cela implique de ne pas essayer de recopier le comportement des autres, mais de trouver en soi le meilleur de nous-mêmes. Nous sommes tous uniques et nous avons tous quelque chose d’unique à apporter au monde. L’évangile nous invite à être bienveillants avec nous-mêmes, avant de l’être pour autrui.  Car, on ne peut transmettre que ce qui nous est propre et qui habite en nous. Cette prise de conscience nous aidera à découvrir nos limites. Reconnaissons que nous ne sommes pas à même d’avoir le contrôle sur toutes nos potentialités. C’est là que prend naissance la foi, en contact avec l’aide précieuse que nous apporte Jésus-Christ, notre compagnon de route (cf. Matthieu 28 : 20). La foi a cette capacité de nous sortir du piège de la peur de l’échec et de nous rendre plus humbles et plus disponibles à autrui.

 

Conclusion :

 

Le sujet que nous avons abordé est vaste. Nous avons conscience de l’avoir rapidement survolé. Mais, si au détour de ce texte, quelque aspect positif est retenu pour enrichir notre vie, alors l’objectif sera atteint. La pensée directrice de ce court essai est de nous inviter à cultiver les uns pour les autres de la bienveillance, de la compassion, de la fraternité. L’apôtre Paul déclare : « soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. »  1 Corinthiens 10 : 31, version TOB. Chaque matin en nous levant, laissons-nous pénétrer par cette pensée de tout mettre en mouvement pour réfléchir le caractère de Dieu manifesté dans le parcours exemplaire de Jésus-Christ, notre Seigneur et sauveur.

« Quand tout semble isoler l'homme, c'est le pouvoir de l'amour qui le rapproche de ses semblables, qui réveille sa sensibilité, qui ranime en lui cet instinct céleste qui le dispose à la douceur et la bienveillance. » Jacques-Henri Meister, de la morale naturelle (1788).

« La bienveillance mène à la sympathie, et la sympathie à l’amour » Alfred de Musset.

« La charité est une bienveillance universelle ; et la bienveillance, une habitude d'aimer. »
Denis Diderot

« L’amour ne supporte pas les masques : que le vôtre soit donc authentique et sans affectation ; aimez en toute sincérité. Haïssez le mal ; ayez-le en horreur et détournez-vous-en. Laissez-vous attirer par le bien ; attachez-vous y fortement. » Romains 12 : 9,  Parole vivante, transcription dynamique du Nouveau Testament, d’Alfred Kuen, p. 353.

 

Nourrissons-nous de tout ce qui peut nous faire grandir en maturité heureuse.                                                       

                                                                            Jacques Eychenne

 

 

 

 

 

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