Les trois femmes de David

 

 

 

 Les trois femmes de David

                         ou

   trois sens de  réalités relationnelles 

       1 Samuel 18 : 21 ; 25 : 39 ;

            2 Samuel 11 : 2-5

 

Introduction :

 

L’un des personnages les plus marquants de l’histoire d’Israël est le roi David.  Nous savons presque tout  de sa naissance jusqu’à sa mort. Il fait partie de la galerie des grands portraits que nous révèle la Bible. Sa vie est hors du commun, riche en contrastes de toute nature. Tantôt guerrier courageux, tantôt serviteur soumis, tantôt téméraire, tantôt résigné, tantôt berger, tantôt roi, tantôt fuyard, tantôt conquérant, toute son existence est jalonnée de sentiments profonds. David est un homme entier dans ses engagements. On peut pointer son courage et ses faits d’armes, sa force de l’amitié, son amour passionné, ses sentiments paternels bouleversants, son don musical, bref ! Tous les ingrédients d’un roman sont là exprimés avec menus détails. De sa jeunesse, comme huitième enfant de la fratrie, petit berger audacieux qui ose défier le géant Goliath, protégé du Roi Saül avant sa disgrâce, puis après un parcours sombre en errance et en lien avec des bandes de brigands, il devient deuxième roi du peuple d’Israël. Au sommet de sa gloire, il commettra l’irréparable, mais Dieu lui accordera son pardon, et lui fera la promesse d’une alliance indéfectible avec ses descendants. C’est par la descendance de sa famille que doit advenir le Messie, le Sauveur d’Israël.  Parmi les nombreuses femmes qu’il prit pour épouses (cf. 2 Samuel 5 : 11), trois d’entre elles ont marqué son parcours. Avec  ces trois épouses très différentes, il eut un positionnement relationnel particulier. Ces trois exemples sont comme une parabole des temps modernes. Essayons de les analyser pour en faire une application actuelle.

 

Développement :

 

  1.  Mical ou l’épouse « trophée » :  

Saül, le premier roi  en Israël, prit conscience que son royaume était menacé par un ennemi redoutable : les Philistins. Ces derniers s’étaient rassemblés pour faire la guerre à Israël. Ils s’étaient placés sur un versant de montagne et ils dominaient la plaine. De l’autre côté de cette dernière et sur le flanc d’une autre montagne, à l’opposé,  les troupes d’Israël observaient les provocations proféraient par un géant, appelé Goliath (cf. 1 Samuel 17 : 1-4). Pendant quarante jours il jeta un défi à Israël : « que ce peuple délègue un combattant  et qu’il vienne se battre avec moi ». Alors le jeune David se présenta au roi Saül,  et lui dit avec audace : « que personne ne se décourage à cause de ce Philistin ! Ton serviteur ira se battre avec lui. Saül dit à David : Tu ne peux pas aller te battre avec ce Philistin, car tu es un enfant, et il est un homme de guerre dès sa

jeunesse…. David dit encore : L'Éternel, qui m'a délivré de la griffe du lion et de la patte de l'ours, me délivrera aussi de la main de ce Philistin. Et Saül dit à David: va, et que l'Éternel soit avec toi ! »  1 Samuel 17 : 32-33, 37, version de Genève. La suite, nous la connaissons fort bien. David vainquit le géant Goliath et sa réputation fut considérable, car personne n’avait voulu relever le défi du Philistin. Saül désira alors avoir David à son service. Pour le convaincre, il lui proposa de devenir son gendre. Sa fille aînée Mérad devait lui être donnée comme épouse. (cf. 1 Samuel 18 : 17). En fait, le récit révèle plutôt « une proposition piège », car le roi ombrageux du succès de David voulait le faire périr. S’apercevant que sa deuxième fille avait des sentiments pour David, Saül utilisa cette opportunité pour piéger David. Changeant de projet, il proposa de lui donner Mical en mariage, à condition qu’il satisfasse une condition (cf. 1 Samuel 18 : 20-25). Le « deal », un peu fou, consistait à tuer 100 Philistins et à en ramener la preuve (avec autant de prépuces). Et David releva le défi et remplit la condition. Ainsi, il eut pour femme Mical. Seulement la jalousie de Saül ne s’arrêta pas là. Un jour, il décida d’en finir, mais Mical informa David. Elle le fit descendre par une fenêtre et il s’enfuit dans les montagnes (cf. 1 Samuel 19 : 11-12). Après la mort du roi Saül, au cours de laquelle David prononça l’oraison funèbre, il décida de mettre un terme à l’hostilité entre les deux familles. Il proposa à Abner, le chef des armées de Saül de reprendre sa femme Mical (elle avait été donnée en mariage en son absence  à un autre, un certain Palti, fils de Laïsh, 1 Samuel 25 : 44). Ainsi David fut reconnu roi de tout Israël. Il retrouva sa femme, mais sa relation avec elle continua à être ombrageuse… A l’occasion du retour de l’arche de l’alliance à Jérusalem, David dansa devant ceux qui la portaient et Mical méprisa David, considérant que cette attitude n’était pas digne d’un roi (cf. 2 Samuel 6 : 16,20-23). Le récit de leurs relations se termine par ces mots : « et Mikal, fille de Saül, n'eut pas d'enfant jusqu'au jour de sa mort » 2 Samuel 6 : 23, version TOB.

Cette histoire nous renvoie à tous les défis que nous avons voulu relever pour la gloire de Dieu, sans nous préoccuper des conséquences possibles. Tout en croyant bien agir comme David, nous n’avons pas perçu le piège et les chausse-trappes qui se dissimulaient insidieusement derrière l’exploitation de notre bonne volonté. Alors, est-elle suffisante ? Combien de fois nous sommes-nous empêtrés dans des situations sans avenir, des alliances douteuses ? A aucun moment, David n’a perçu le piège que lui tendait Saül avec sa deuxième fille. Il a même pu se sentir honoré d’épouser la fille du roi.  A minima, il ne s’est pas cru autorisé à la refuser… Dans de nombreuses circonstances, nous agissons de même sans flairer le danger. Au final, cela aboutit à des relations stériles comme l’était Mical…

 

  1.  Abigaïl ou l’épouse pleine de sagesse :

Elle entre dans la vie de David au moment où ce dernier est toujours en cavale pour échapper au courroux du roi Saül. Samuel le prophète vient de mourir, et David avec ses 600 hommes part dans le désert de Paran, situé dans la péninsule du Sinaï. En route, au sud de Beer-Sheva, il passe par une ville nommée Maon. Elle est située dans la contrée du midi, à l’extrémité de la tribu des fils de Juda, vers la frontière d’Edom (cf. Josué 15 : 21,55). Là se trouvait un homme fort riche, ayant 3000 brebis et 1000 chèvres. Ce dernier avait l’habitude d’aller tondre ses brebis dans une petite localité voisine nommée Carmel. Cet homme s’appelait Nabal et sa femme Abigaïl. C’était une femme très belle de figure et pleine de bon

sens. Malheureusement pour elle, son mari était dur et méchant… David envoya vers lui 10 jeunes gens avec la demande suivante : « Donne donc, je te prie, à tes serviteurs et à ton fils David ce qui se trouvera sous ta main » 1 Samuel 25 : 8, version de Genève. David avait certainement besoin de s’approvisionner pour nourrir sa troupe. Quand Nabal entendit cette demande, il s’offusqua en répliquant qu’il ne connaissait pas ce David, fils d’Isaï, et qu’il n’était pas question de donner ses biens au premier venu. Alors David mobilisa 400 hommes pour aller chercher lui-même ce qu’il avait demandé poliment (cf. 1 Samuel 25 : 13). Un des serviteurs de ce Nabal, qui avait rejoint la troupe de David, vint trouver rapidement sa femme pour lui expliquer la situation. Comprenant le péril, Abigaïl prit vite l’initiative suivante : « Abigaïl prit aussitôt deux cents pains, deux outres de vin, cinq pièces de bétail apprêtées, cinq mesures de grain rôti, cent masses de raisins secs, et deux cents de figues sèches. Elle les mit sur des ânes, et elle dit à ses serviteurs : passez devant moi, je vais vous suivre. Elle ne dit rien à Nabal, son mari » 1 Samuel 25 : 18-19, version de Genève. En présence de David, elle lui adressa un plaidoyer d’une très grande sagesse (cf. lire 1 Samuel 25 : 23-31) alors, David, ému par cette femme lui dit : « béni soit l'Éternel, le Dieu d'Israël, qui t'a envoyée aujourd'hui à ma rencontre ! Béni soit ton bon sens, et bénie sois-tu, toi qui m'as empêché en ce jour de répandre le sang, et qui as retenu ma main ! » 1 Samuel 25 : 32-33, version idem. De retour chez elle, elle trouva son mari complètement ivre et faisant joyeusement bombance. Le lendemain, Nabal retrouvant ses esprits, Abigaïl l’informa de sa démarche. Soudain, « le cœur de Nabal reçut un coup mortel, et devint comme une pierre. Environ dix jours après, l'Éternel frappa Nabal, et il mourut » 1 Samuel 25 : 37-38 , version idem. Apprenant la nouvelle David déclara : « Béni soit l'Éternel, qui a défendu ma cause dans l'outrage que m'a fait Nabal, et qui a empêché son serviteur de faire le mal ! L'Éternel a fait retomber la méchanceté de Nabal sur sa tête. David envoya proposer à Abigaïl de devenir sa femme »  1 Samuel 25 : 39, version idem.

Ainsi Abigaïl devint la femme de David. Que nous apprend cette histoire rocambolesque ?

Cette femme symbolise les rencontres heureuses dans nos parcours de vie. Elle nous redit ces moments précieux où l’affection, la compassion et le partage nous ont beaucoup apporté. Parfois, ce furent des instants fugaces, mais denses d’humanité et de convivialité. La rencontre, avec ces personnes pleines de bon sens et de sagesse, a nourri nos traversées du désert. Rien n’est le fruit du hasard, dès l’instant où l’humain remet sa vie dans les mains de Dieu. Ces personnes, au conseil avisé, nous ont évité bien des déboires, des déconvenues. Elles nous ont empêchés de commettre l’irréparable, comme Abigaïl pour David. Cette femme a été une vraie messagère divine. Rien n’étant fortuit ou anodin dans le cheminement chrétien, ce récit nous éveille au discernement, à la bonne appréciation, afin de reconnaître et d’identifier ces messagers de paix.

 

  1.  Bath-schéba (ou  Bethsabée) ou l’épouse désirée :

Le roi David est au sommet de sa gloire, il règne sans partage. Il envoie son général en chef Joab guerroyer à sa place. Lui, reste à Jérusalem, sa cité, celle qui porte désormais son nom. Un soir d’été, alors qu’il a du mal à dormir, David arpente le toit de sa maison royale et il aperçoit en contrebas une femme en train de se laver… Elle était superbe, très belle à contempler. Aussitôt  David envoya prendre des renseignements sur cette femme et on lui dit : « mais c'est Bethsabée, la fille d'Eliam, la femme d'Urie le Hittite ! » 2 Samuel 11 : 3, version TOB. L’émotion trop forte, ne pouvant être contenue, il l’envoya chercher et il coucha avec elle. Quelque temps après elle devint enceinte. La situation devenant compliquée, David fit venir rapidement Urie, pour qu’il couche avec sa femme, mais ce dernier tout entier dans un engagement de soldat refusa d’aller dormir chez lui. Sentant que son acte adultérin aller être découvert, David décida de supprimer le mari en l’envoyant au front, en première ligne, pour qu’il se fasse tuer, et cela arriva ainsi. Bath-Schéba pleura son mari un temps, puis David l’envoya chercher et elle devint sa femme. Sa passion incontrôlée avait amené David à commettre l’irréparable : un adultère et un meurtre avec préméditation.

La séquence du récit se termine par cette phrase : « mais ce qu'avait fait David déplut au SEIGNEUR. » 2 Samuel 11 : 27, version TOB.

Alors, l’Eternel mandata Nathan le prophète pour sanctionner cette double transgression de la loi (lire 2 Samuel 12 : 1-12). Bien que David confessât ses fautes, Dieu, par l’entremise du prophète l’avertit des conséquences de ses actes : «  l’enfant qui naîtra de Bath-Schéba mourra ». Et Nathan prophétisa en ces termes : un jour « tes propres femmes seront données à un autre qui couchera avec elles à la vue du soleil. Toi tu as agi en secret, moi je ferai en présence de tout Israël tout ce que j’ai dit », v. 12.

David jeûna et pria plusieurs jours… Il se couchait à même le sol dans sa douleur. Malgré cela, au septième jour l’enfant mourut. David consola Bath-Schéba. L’amour lui permit de surmonter cette épreuve. Le temps passant, elle lui donna un autre fils qu’il appela du nom de Salomon. Il fut aimé de l’Eternel. Nathan le prophète lui donna le nom de Jedidja, qui signifie en Hébreu : « bien-aimé de l’Eternel »  (cf.  2 Samuel 12 : 24-25).

David aima beaucoup Bath-Schéba, et il lui promit que ce serait Salomon qui régnerait sur tout Israël. Cependant, devenu vieux, un complot s’ourdit pour mettre Adonias comme roi à la place de Salomon. Alors Bath-schéba vint trouver David et lui rappela sa promesse.  Peu de temps après, David la rappela  pour lui confirmer sa promesse et mandata Nathan le prophète pour exécuter sa volonté (cf. 1 Rois 1 : 28-40).  Ainsi Salomon devint roi. Le règne de David fut de quarante ans (7 ans à Hébron et 33 ans à Jérusalem, cf. 1 Rois 2 : 11). Bath-Shéba accompagna David jusqu’au soir de sa vie et devint la conseillère privilégiée du roi Salomon.

Cette histoire d’amour nous redit quelque chose d’essentiel : On pardonnera beaucoup à ceux qui auront beaucoup aimé : « je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c'est parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour » Luc 7 : 47, version TOB. «  Ayez avant tout un amour constant les uns pour les autres, car l'amour couvre une multitude de péchés »  1 Pierre 4 : 8, version TOB.    «  L’amour couvre toutes les transgressions »  Proverbes 10 : 12, version Darby.

Cette histoire nous apprend que la réalité d’une démarche d’amour importe plus que toutes nos erreurs. Dieu accueille ce qui est authentique, même si les chemins empruntés sont

parfois très contestables. Oui ! Dieu regarde au cœur, et lui seul peut mesurer la profondeur de nos sentiments. La lignée des descendants de laquelle est sorti  le Messie, a transité par cette relation d’amour entre David et Bath-Shéba… Qui aurait pu l’imaginer après leur union transgressive et condamnable !

 

Conclusion :

 

Partant du principe paulinien que ces récits nous ont été conservés pour nous servir d’exemples (cf. 1 Corinthiens 10 : 11), résumons ces trois types de relation.  

Celle de David et Mical peut  nous rappeler toutes nos aventures foireuses, nos défis insensés, nos situations, ou par honneur, ou par erreur, nous avons voulu relever des défis déroutants, tisser des alliances douteuses, sans penser aux lendemains désenchanteurs. Tous ces moments vides de sens ne nous ont rien apporté de solide et de satisfaisant. La stérilité de Mical en est le symbole. Comme nous le redit Salomon, le mot qui convient le mieux dans ce type de relation est : vanité (cf. L’Ecclésiaste 12 : 1-2). Ailleurs, il dira : « telle voie paraît droite à un homme, mais son issue, c'est la voie de la mort »  Proverbes 16 : 25, version de Genève.

Celle de David avec Abigaïl nous rappelle les bienfaits qui résultent de ces rencontres opportunes et constructives. Ces personnes pleines de sagesse qui nous ont évité  bien des embûches. Elles nous ont aidés à nous construire positivement. Comme David, nous pouvons louer le Seigneur de les avoir placées sur nos chemins de traverse. Avec le recul, nous nous apercevons que le hasard a trop bien fait les choses. Dieu n’a pas été absent de ces moments-là. Le lien entre David et Abigaïl a été heureux pour les deux. De cette relation naîtra un fils : Kileab (cf. 2 Samuel 3 : 3). Assurément, nous pouvons mettre au féminin cette parole sage de Salomon : « Celle (ou celui) qui aime la pureté de cœur a la grâce sur les lèvres, et le roi est son ami » Proverbes 22 : 11, version Darby.

Celle de David et de Bath-Schéba nous invite à construire toute relation dans le lien de l’amour, sans feinte et en toute honnêteté. La force du désir peut parfois nous égarer un moment, mais elle nous ramène le plus souvent vers la vraie vie, celle des sentiments profonds qui révèlent qui nous sommes vraiment. Il faut oser, même si la voie de l’amour est périlleuse. Elle est parfois parsemée de déceptions et d’amertume. L’exemple du Christ est là pour nous servir de repère. Le lien que David a tissé avec Bath-Schéba a perduré toute sa vie. En regard de la maxime du Seigneur Jésus : on reconnaîtra l’arbre à ses fruits, on peut dire que l’enfant qui est né de leur union a marqué l’histoire d’Israël. Dieu déclare au sujet de Salomon: « Je te donnerai un cœur sage et intelligent, de telle sorte qu’il n’y aura eu personne avant toi et qu’on ne verra jamais personne de semblable à toi » 1 Rois 3 : 12.

Trois types de relations symboliques. La première commence bien et finit mal ; la deuxième commence mal et finit bien ; la troisième commence très mal et finit très bien. « Si je n’ai pas l'amour, je ne suis rien » 1 Corinthiens 13 : 2c.

                                                                                        

                                                                  Jacques Eychenne

 

 

 

 

 

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