Le temps opportun

 

 

    Le temps opportun

                              ou

        Saisir les occasions

   Apocalypse 1 : 3 ; 22 : 10

                Jean 7 : 6

 

Introduction :

 

La durée d’une vie est marquée par le temps. Elle est ce mouvement ininterrompu par lequel le présent devient passé. Personne ne peut échapper à la notion du temps, milieu infini dans lequel se succèdent des événements circonstanciés. De même, l’histoire biblique s’inscrit dans un temps. Cette réalité nous révèle l’intention d’un Créateur. Même si lui-même s’est présenté comme étant le seul éternel (cf. Deutéronome 6 : 4), il s’est investi dans le temps de sa création (cf. Genèse 1 : 1). Il y a bien eu un commencement. Désormais, les humains s’inscrivent à leur tour dans un espace mesurable. Il est à l’évidence, plus court ou plus long, suivant la durée de vie de chacun. Moïse dans une prière à son Dieu a interpelé son peuple en le plaçant devant sa responsabilité. Après lui avoir rappelé que Yhwh-Adonaï est hors du temps, il l’incita à prendre conscience de la brièveté de l’existence humaine. En conséquence et en solidarité avec son peuple, il prononça cette supplique : « Enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que nous appliquions notre cœur à la sagesse » Psaume 90 : 12, version LSG. Il me semble que cette phrase, pleine de bon sens, devrait retenir l’attention de chacun de nous car aujourd’hui, Il est facile d’observer que tout s’accélère. On va de plus en plus vite, on veut réussir de plus en plus vite, on veut gagner de l’argent de plus en plus vite, même les journalistes parlent de plus en plus vite… Si nous n’avons pas un programme surbooké, on a le sentiment de ne plus être dans le coup. La mode est à la course dans tous les domaines, y compris celui de l’armement…Bref ! cette course effrénée est-elle langage de sagesse ?

 

Développement :

 

En premier, disons que le temps de la vie est précieux. Dans des conditions normales, notre existence est un bienfait qui mérite d’être apprécié. Chaque jour est unique. La Bible présente deux notions du temps, avec deux mots grecs différents.

καιρός = le kairos = c’est le temps fixé, l’époque attendue, le temps convenable, le moment opportun, le moment favorable, l’occasion.

χρόνος = le chronos = c’est le temps-durée, dont on a tiré le mot français : chronologie. Ainsi, le « kairos » s’inscrit dans le « chronos ».

 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, dans le Nouveau Testament le « kairos » est le plus souvent utilisé (Plus de 85 fois, contre un peu plus de 50 fois pour « chronos ») et nous allons essayer de comprendre pourquoi ?

 

Si dès les origines de notre monde, c’est le sens du mot « kairos » qui s’impose, c’est assurément parce que Dieu, Yhwh-Adonaï, l’Eternel, est présenté comme étant étranger au temps continu. Son intervention dans le temps s’inscrit dans le moment de sa création toute entière. Le « chronos » qui fait référence au mouvement, concerne tous les éléments vivants de sa création et les met en interaction. Le « kairos » marque l’irruption du divin dans l’histoire humaine. Il est donné pour engendrer une relation. Dieu étant l’éternel présent.

Ainsi, l’évangéliste Marc décrit le commencement du ministère du Christ par ces mots : « Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l'Évangile de Dieu et disait : « Le temps (cf. Kairos) est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Évangile » Marc 1 : 14, version TOB.

De même, l’évangéliste Matthieu nous transmettra les paroles du Seigneur à la fin de son ministère : « Il dit : « Allez à la ville chez un tel et dites-lui : « Le Maître dit : Mon temps (Kairos) est proche, c'est chez toi que je célèbre la Pâque avec mes disciples » Matthieu 26 : 18, version TOB.

Les apôtres reprendront la dominante du « kairos ». Paul en particulier insistera sur l’opportunité de faire les bons choix. Il écrira aux Corinthiens : « Au moment favorable, je t'exauce, et au jour du salut, je viens à ton secours. Voici maintenant le moment (kairos) tout à fait favorable. Voici maintenant le jour du salut » 2 Corinthiens 6 : 2, version TOB. Les Corinthiens devaient comprendre que la venue du Christ au cœur de l’histoire humaine était le « kairos » par excellence. C’est la venue sublime du divin parmi nous. C’est la présence d’un Fils envoyé par son Père, pour être au milieu de la famille humaine (cf. Emmanuel= Dieu avec nous : Matthieu 1 : 23).

Le temps opportun, le « kairos » s’incarne parfaitement en Christ. Il traduit la présence permanente du Père. « Dieu avec nous » au présent, appelle une expérience personnelle à saisir. C’est s’ouvrir de multiples façons à ce que ce Père veut nous dire, et veut aussi nous apporter. C’est au futur, la projection d’une confiance qu’il prendra soin de nous en toutes circonstances (cf. 1 Pierre 5 : 22).

Le Christ nous a invité à nous souvenir de l’importance de notre « kairos ». Alors que ses propres frères ne croyaient pas en sa messianité, il leur dit : « Mon temps (kairos) n'est pas encore venu ; votre temps (kairos) à vous est toujours favorable » Jean 7 : 6, version TOB.

 

Autre traduction : « Le moment (kairos) n'est pas encore venu pour moi. Pour vous, tout moment (kairos) est bon » Jean 7 : 6, version BFC.

Ces paroles précisent clairement que notre Seigneur est venu accomplir un ministère de salut, en étant d’une éloquente présence au cœur des siens. Et l’on comprend qu’il lui tardait que son défi d’amour soit parfaitement accompli (cf. Luc 12 : 50). De ce fait, son « kairos » est devenu une référence pour chacun de nous. Sa qualité de présence au monde, toujours d’actualité, sous-tend un vibrant appel. Dès lors, saisir le temps opportun (kairos) pour y répondre, devient une priorité de vie. En présence de la grâce divine, il serait sage de ne pas laisser passer les occasions d’une réflexion suivie d’une adhésion à son projet. Est-ce pour autant si facile ?

 

La difficulté provient du fait que nous vivons plus dans le temps « chronos ». Nos activités sont marquées par toutes nos tâches quotidiennes. Elles sont émaillées de multiples rendez-vous. On est pris dans un tourbillon qui ne fait que prendre de la vitesse. Et le « chronos » s’égrène. Je me souviens d’un petit prospectus d’évangélisation qui illustrait les différentes étapes de notre vie. Il disait : trop petit pour y penser ; trop jeune pour y penser ; trop insouciant pour y penser ; trop heureux pour y penser ; trop occupé pour y penser ; trop vieux pour y penser, trop tard pour y penser.

il faut se faire violence pour passer de la domination du « chronos » à l’opportunité du « kairos ». Parlant de son prochain retour en gloire, le Seigneur a dépeint un tableau haut en couleur. Des signes le précéderont (cf. Marc 13 : 24-32). Retenir notre attention, telle est sa volonté, car c’est lui qui ponctuera l’histoire de ce monde. Elle s’exprime par ses mots : « Prenez garde, restez éveillés, car vous ne savez pas quand ce sera le moment (Kairos) ».

Alors qu’on s’ attendrait à trouver le mot « chronos », c’est la surprise du « kairos qui advient ! Ce détail n’en est pas un ! La mise en garde ne concerne pas le moment historique de son retour, mais le temps de la fin de notre vie (elle nous place dans l’antichambre de son retour en gloire). Ce verset nous renvoie à la responsabilité de toujours saisir le lien qui nous unit à Christ jusqu’à notre mort. En effet, si nous avons, au fond du cœur, le souci de donner la priorité à la relation à notre sauveur, nous n’avons plus rien à craindre de notre avenir. L’apôtre Paul détaillera bien cette situation : « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. Quand Christ, votre vie, paraîtra, alors vous paraîtrez aussi avec lui dans la gloire » Colossiens 3 : 4, version NEG.

 

Nous qui ne pouvons échapper à la réalité du « chronos », il nous faudrait saisir les occasions que Dieu nous fournit dans sa providence pour cheminer sur le terrain du « kairos ». C’est ainsi que les apôtres ont procédé.

Les évangélistes Marc et Matthieu ont présenté le ministère du Christ en l’inaugurant avec un « kairos » et en le clôturant de même (cf. Marc 1 : 14 ; Matthieu 26 : 18). Est-ce un hasard ?

 

Le livre de l’Apocalypse (qui est la révélation de Jésus-Christ) ne pouvait que poursuivre la même analyse. En effet, il vient confirmer le réajustement de nos priorités. Ce livre a toujours éveillé l’attention de ceux et celles qui étaient désireux de se préparer à vivre la fin du monde annoncée. Mais, avons-nous pris conscience que cette révélation met plus l’accent sur le « kairos » que sur le chronos » ? Autrement dit, ce n’est pas la chronologie des évènements qui est prépondérante, mais au contraire l’opportunité de saisir chaque instant de ce temps de grâce pour solidifier notre relation à Christ, notre Sauveur. La magnifique phrase qui synthétise cette vision se situe à la fin du message adressée à la dernière église de Laodicée. Que dit-elle ?

 

« Tous mes amis, moi, je les reprends et je les corrige. Passionne-toi donc, change radicalement ! Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un m’entend et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je dînerai avec lui et lui avec moi » Apocalypse 3 :20, version NSB.

 

Ce passage, qui est l’un des plus beaux du Nouveau Testament, illustre les deux volets de la relation-confiance. Il y a d’abord le « kairos » du Christ. C’est lui qui prend l’initiative de venir frapper à la porte de notre cœur. Et il y a le « kairos » de chaque humain. Il appartient à chacun de saisir l’occasion d’ouvrir sa porte. Personne ne peut le faire à notre place. La communion, comparable à une cène, peut alors avoir lieu. Moment privilégié de la grâce qui visite chacun de nous pour construire un lien à vocation éternelle. Nous sommes là au cœur du message de l’Apocalypse. Il est loin d’être l’épouvantail tel qu’on le présente dans les médias !

 

Est-ce que le contenu de ce livre confirme ce que nous venons de dire ?

Jugez vous-même ! Le mot « chronos » est mentionné que 3 fois (cf. Apocalypse 2 : 21 ; 6 :11 ;20 : 3), alors que le mot « kairos » est utilisé à 5 reprises (cf. Apocalypse 1 : 3 ; 11 : 18 ; 12 : 12, 14 ; 22 :10). De plus, si on observe bien les endroits où ils sont présentés, on s’aperçoit, comme pour le ministère du Christ, que l’un se trouve en introduction du livre et un autre à sa conclusion.

 

Observons de plus près :

 

L’apôtre Jean nous décrit ce que Dieu lui a révélé concernant Jésus-Christ. Il parle « des choses qui doivent arriver bientôt » apocalypse 1 : 1, version LSG.

Le temps « chronos » passant, le « bientôt », tardant à venir, a remis en question l’ardeur de la foi de ceux qui voyaient l’imminence du retour du Seigneur en gloire. Beaucoup pensaient voir la réalisation de ces prophéties et le retour du Christ qui les ponctuent de leur vivant. L’apôtre Paul a été de ceux-là (cf. 1 Thessaloniciens 4 : 17).

 

Dès lors, la permanence du message « bientôt » a-t-il été bien compris ? la méprise n’est-elle pas dans une lecture en lien avec le « chronos » ? Le mot peut induire la confusion ! En effet, quand l’ange parle à l’apôtre Jean, il lui fait comprendre de ne pas sceller les paroles de son livre, car le temps est proche (cf. Apocalypse 22 : 10) et il ajoute : « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous apporter ce messageCelui qui atteste ces choses dit : Oui ! Je viens bientôt. Amen ! Viens Seigneur Jésus ! » Apocalypse 22 : 16,20, version NBS.

Si l’on interprète ces passages avec la grille de lecture du « chronos » alors, on peut conclure que nous avons été trompés. Déjà, au temps des apôtres, certains émettaient des doutes sur la véracité de telles promesses. Ils disaient : « Où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères se sont endormis dans la mort, tout demeure comme depuis le commencement de la création » 2 Pierre 3 : 4, version NBS. Depuis, des siècles, on peut entendre les mêmes paroles… Ce « bientôt » a oxydé l’enthousiasme des croyants de tous les siècles passés. Ne nous étonnons pas que la foi dans les promesses du Seigneur se soit refroidie ! Pourtant, le Seigneur avait pris soin de nous prévenir : La parabole des 10 vierges en est une preuve. Sa démarche d’amour n’a pas varié au cours des siècles : Le Seigneur est toujours prévenant : « Dès maintenant, Je vous le dis, avant que la chose arrive, pour que, lorsqu’elle arrivera, vous croyez que, moi, je suis. » Jean 13 : 19, version NBS.

La démarche de notre Sauveur reste fidèle à elle-même. Il place la relation personnelle au centre de son message. L’interpellation est toujours très personnelle. 

 

Ne sommes-nous pas passés à côté de l’essentiel ?

 

Il nous faut peut-être repenser le sens du « chronos » en lien avec le « kairos ». En effet, le « kairos », ce moment favorable qui donne du sens à la relation personnelle, ne peut en aucun cas être synonyme du « chronos » (celui qui marque la fin des temps). Ce qui est proche, ce n’est donc pas le « chronos », mais bien le « kairos ». L’opportunité de décider est toujours d’actualité. C’est parce que le « kairos » est une permanente occasion à saisir, dans un contexte de temps favorable, qu’il convient d’inscrire dans ce « chronos » nos temps de réflexions, de lecture, de garde des paroles de la prophétie de ce livre.

La question du temps opportun (« kairos ») doit être comprise comme une proximité à vivre avec le Christ dans tous nos choix de vie. C’est le « kairos » qui s’inscrit dans le « chronos » et lui confère la priorité dans la relation. Ainsi, « Je viens bientôt » c’est d’abord maintenant, aujourd’hui, avant d’être demain.

Soyons clairs, les évènements décrivant la venue du Christ doivent être pris avec considération, mais le plus important reste le moment solennel où la communion avec le Christ se vit intensément. C’est cette expérience personnelle qui confirme le « je viens bientôt » dans vos vies. C’est le « kairos » qui nous convainc que « ce temps est (toujours) proche ». Ainsi compris, toutes les remarques tendant à pointer un retard dans l’accomplissement des promesses divines sont nulles et non avenues.

 

Conclusion :

 

Notre rapport au temps doit être bien étalonné sur celui de l’action du Seigneur (cf. Jean 9 : 4). Une méprise sur ce point peut induire des comportements qui handicapent la foi. Dépassons le sens obvie (celui qui vient naturellement à l’esprit) du temps. Nous avons moins besoin de savoir comment les évènements vont se dérouler, que de saisir le temps favorable de l’aujourd’hui (cf. Psaumes 95 : 8 ; hébreux 3 : 15 ; Luc 13 : 33, 19 : 9…). Le larron sur la croix a saisi cette occasion. Il a vécu l’aujourd’hui de la grâce divine (cf. Luc 23 : 43). D’autres font des choix différents.

 

L’apôtre Jacques nous le rappelle : « Alors, vous qui dites : « Aujourd'hui - ou demain -, nous irons dans telle ville, nous y passerons un an, nous ferons du commerce, nous gagnerons de l'argent », et qui ne savez même pas, le jour suivant, ce que sera votre vie, car vous êtes une vapeur, qui paraît un instant et puis disparaît ! » Jacques 4 : 13-14, version TOB.

 

En fin de compte, la méprise est dans l’attentisme de ce qui va advenir. Heureusement, l’enseignement du Seigneur et l’apocalypse de Jean nous stimulent à être les acteurs de nos vies. Spectateurs ou acteurs ? L’exercice de notre liberté est en lien avec notre positionnement dans le temps. Quand on veut aller vers une destination précise, il ne suffit pas de regarder passer le train, il faut décider d’être au bon endroit, au bon moment pour monter et prendre sa place.

Que le Seigneur vienne bientôt ou plus tard qu’importe ! cela relève de la volonté du Tout-Puissant. Et nous avons toutes les raisons de lui faire confiance ! Mais nous, positionnons-nous dans ce qui relève de notre responsabilité. Vivons notre « kairos ». Cela est d’autant plus pertinent que c’est le Seigneur qui souvent prend l’initiative de la rencontre. C’est lui qui vient frapper à notre propre porte, tout comme il avait auparavant dit à Zachée : « Zachée, descends vite : il me faut aujourd'hui demeurer dans ta maison » Luc 19 : 5, version TOB. L’amour divin est à ce point puissant qu’il nous laisse la liberté de refuser la rencontre…

 

« Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine. » Mattieu 6 : 33-34, version LSG.  

                                                                             

                                                                              Jacques Eychenne

 

 

         « Le temps court toujours trop vite pour celui qui ne partage jamais le sien ».

 

                                                                            Jacques Nteka Bokolo

 

 

PS : TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible ; BFC, version Bible en Français Courant ; NEG, version Nouvelles Editions de Genève ; NBS, version Nouvelle Bible ; LSG, version Louis Segond.

 

 

 

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