Le DEFI de l’AMOUR

Deutéronome 6 :5

Luc 10 :27

 

Introduction :

 

L’amour a la caractéristique d’être engageant et responsable dans les paroles, les actes,   et le temps. La difficulté dans nos relations individuelles est que nous ne maîtrisons pas le degré d’implication de nos sentiments, ni leur évolution au fil des jours. Nous nous reposons sur le critère de sincérité, mais force est de reconnaître que ce n’est pas satisfaisant à la vue des résultats de nos vécus. La sincérité n’est donc pas une garantie. On peut sincèrement se tromper dans son appréciation vis à vis de soi et des autres. Pourtant malgré ces écueils inévitables, la Bible nous stimule à aller dans le sens d’un engagement, le plus complet possible. Nos points de repère sont l’exemple d’hommes et de femmes de foi, et mieux encore l’exemple de Jésus-Christ. Ces références nous aident à cheminer vers le Pourquoi et le Comment aimer ?

 

Développement :

 

Dans tous les textes bibliques qui nous sont donnés à méditer, des exigences nous percutent. Elles viennent heurter notre bonne volonté. Elles sont résumées par deux  petits mots : Le tout et le comme.

 

Deutéronome 6 :5  Le fameux sch’mah Israël est dans la liturgie hébraïque comme une confession de foi. Il traduit la relation intime d’un peuple avec son Dieu. Par delà le temps, ce texte s’adresse à chacun de nous, car il fait partie du patrimoine culturel de notre humanité. Ce sch’mah Israël a été repris par notre Seigneur Jésus dans l’évangile de Luc (Cf. Luc 10 :25-28). Il rappelle l’engagement de l’amour dans sa double réalité : notre relation vis-à-vis de Dieu et celle vis-à-vis de notre prochain. Dans la didaché, document découvert à Constantinople en 1875 et daté du 2è Siècle après J.C (document rapportant un enseignement attribué aux apôtres), il est écrit : «  Tel est le chemin de la vie : D’abord tu aimeras le Dieu qui t’a fait, et ensuite le prochain comme toi-même » (1). On voit bien que l’esprit du texte de Luc est respecté, même si Luc met l’accent volontairement sur le tout en correspondance avec l’ancien texte du Deutéronome.

 

 

A)   une approche du Pourquoi aimer ? ou l’importance du tout :

 

 «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toutton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même ». Luc 10 :27

 

Ce qui est dérangeant ici, c’est le tout. Dieu ne demande rien de moins que le tout. On voudrait bien donner un peu de soi à Dieu et aux autres, mais le tout est-ce bien raisonnable ? Ne se perd-t-on pas dans ce tout ? Que devient notre identité ?

Pourtant n’est-ce pas le vrai sens de la vie que d’apprendre pourquoi nous avons été créés ? Dieu a crée par amour, et il pose comme base de relation l’amour.

Et comme pour couronner notre difficulté,  les prépositions qui sont insérées dans le texte grec renforcent l’importance de ce tout. Il y al’expression d’un mouvement qui doit partir du dedans de soi vers Dieu et le prochain. Comme si, ce qu’il y a à l’intérieur de chacun de nous, devait impérativement sortir. Ceci est d’autant plus intéressant, que la psychanalyse est venue ces dernières décennies, préciser la nécessité d’expliciter nos ressentis, nos émotions, voire nos frustrations...

Ce qui se vit de l’intérieur doit sortir, doit être libéré pour créer de la relation, sinon, c’est la non vie. C’est aussi comme un passage obligé, une sorte de traversée personnelle de la mer rouge, pour transiter au travers de tous nos esclavages vers la liberté.Le texte d’amour est une expression (sens étymologique : ex- pression= presser hors de= faire sortir) de liberté. L’expression et l’émotion (sens étymologique= motion, mouvoir avec la contraction ex= bouger vers l’extérieur) sont bien appelées à s’exprimer de l’intérieur de l’être vers l’extérieur.

C’est sûrement pour cela que l’anthropologie biblique parle d’abord du cœur, symbole de la vie affective : «  de tout ton cœur ». C’est la connaissance du cœur qui doit être première dans notre relation à Dieu. C’est par le cœur que l’on accède à la vraie connaissance. Il nous est demandé d’aimer de «  toute notre âme », symbole de toute notre personnalité,  de notre intimité même.

Bien sûr le corps n’est  pas en reste : «  de toute ta force ». Ici, nous nous démarquons de la pensée grecque. (Dualisme corps-âme : l’âme devant s’échapper de ce corps méprisable) Le corps a sa part dans la posture d’amour. Et puis, vient ce que beaucoup aurait placé en premier :l’intelligence. « de toute ta pensée ». La pensée est accompagnatrice d’un ensemble, comme une odeur de parfum sur une personne.

Toute notre vie, nous allons recevoir des informations, des messages verbaux et non verbaux. Toutes ces données vont s’inscrire depuis notre prime enfance sur le disque dur de notre cerveau, et elles vont devoir sortir en expressions et en émotions. Ainsi naît la relation à Dieu, au prochain. C’est la justification première du pourquoi aimer ?

 

Mais pourquoi une telle exigence : Pourquoi rien de moins que le tout ? Certains diront : Dieu veut nous tirer vers le haut ! D’autres affirmeront le contraire…

Comment intégrer dans nos vies cette exigence ?  On ne peut donner que ce que l’on a reçu, et tous ne reçoivent pas pareil...

 

 Alors, examinons quelques pistes de réflexion :

 

1) Dieu nous présenterait cet idéal (inaccessible) pour que pédagogiquement, dans notre relation avec lui, nous mesurerions mieux nos manques et la distance qui nous sépare de son attente, afin d’ être demandeur.

 

 

2)  Corollaire de la première, Dieu veut que nous prenions conscience qu’il ne nous demande rien qu’il ne nous ait déjà donné. Cela expliquerait les multiples invitations à lui faire totalement confiance. Le Christ est venu nous le rappeler. (Cf. Matthieu 6 :25-34)

Nous pouvons acter la démarche de Dieu pour l’homme et dire qu’elle est unique et incomparable.

Si nous appelons Dieu notre père, est-ce déraisonnable de penser qu’il a pour chacun de ses enfants un projet heureux, projet ou chacun peut se réaliser en toute sécurité ? N’est-ce pas le vrai sens de la vie que d’apprendre pourquoi nous avons été créés ? Dieu a crée par Amour et il pose l’Amour comme base de relation. La méchanceté, la haine, la barbarie de l’homme pour l’homme n’ont pas réussi à occulter la réalité de cette affirmation. Elle se découvre par l’expérience.

 

« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés... » 1 Timothée 2 :4  Le christ confirme par son ange : « Que celui qui veutprenne de l’eau de la vie gratuitement. »Apocalypse 22 :17c

Il faut bien saisir qu’en toutes circonstances la confiance en Dieu, notre Père, doit être première. Notre volonté a besoin d’être mobilisée. L’exigence de Dieu est à la mesure de l’amour qu’il nous porte. Il importe donc que nous prenions conscience que son projet est bon pour nous, et que sa finalité d’amour  appelle le tout de notre être. Notre réponse de foi envers Dieu construit l’aventure la plus passionnante de l’existence. Elle nous fait découvrir des horizons insoupçonnés.

 

3) De plus, cet objectif élevé nous permet deredessiner le contour de nos limites, celles précisément que nous ignorons la plupart du temps, par méconnaissance de soi. Notre développement dépendrait alors de la conjugaison de notre volonté avec celle de Dieu. Elle actionnerait notre désir à toujours vouloir avancer sereinement, quelques que soient les obstacles !

  

4) D’autre part, tout progrès part souvent du constat d’un manque. Sa prise en compte positive est le meilleur moteur à propulsion vers une marche en avant, debout dans l’espoir. C’est du même coup, le moteur de recherche de la découverte de ce que Dieu nous a déjà donné. C’est un amour qui se décline au présent avec des découvertes par pallier, et même si le tout parait « inaccessible », nous avons la joie d’y tendre. L’essentiel est dans la motivation qui apporte son lot de satisfaction. La formule sportive de Pierre de Coubertin : « l’essentiel est de participer » est assez proche de cette réalité...

 

5) « Vu d’en haut », Dieu ne demande pas l’impossible : « Ce commandement que je te prescris aujourd’hui n’est certainement point au-dessus de tes forces et hors de ta portée... C’est une chose, au contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. » Deutéronome 30 :11 et 14.

« Nous sommes son ouvrage, ayant été crée en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. » Ephésiens 2 :10 

 

6) Cet idéal élevé favorise un lâcher- prise :

« J’ai déchargé son épaule du fardeau » ou autre traduction :

« J’ai ôté la charge de son épaule »

Conséquence : « et ses mains ont lâché la corbeille » ou « ont déposé le fardeau » (T.O.B)  Psaume 81 :7

Contrairement à ce que l’on peut penser, le lâcher prise est un fabuleux moment de liberté. La traduction du Rabbinat Français l’induit quand elle traduit : « et ses mains sont affranchis du lourd panier. »

Redisons le avec conviction : Notre amour pour Dieu ou le prochain a besoin de cet espace de liberté. Il n’y a pas d’amour vrai sans  liberté.

 

B)       Une approche du comment aimer ? ou l’importance du comme :

 

 

 « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Luc 10 :27.

L’erreur d’un christianisme mal posé est de croire qu’il faut :

     - S’oublier pour aimer l’autre, se sacrifier. (Le grand mot est lâché !)

     - Se dé-préoccuper de soi, se centrer d’abord sur l’autre...etc.

On pourrait appeler cela : la théologie du refoulement... Cette marche de souffrance, laborieuse et pénible, semble nécessaire à certains pour vivre leur spiritualité. Mais cette vision mortifère n’est-elle pas contraire au désir et au bonheur d’aimer ? Certes, il est difficile de voir Dieu dans l’autre, et de ce centrer sur lui d’une façon complètement désintéressée. Mais est-ce une raison suffisante pour ne pas y tendre ? Il est vrai que les conséquences de nos efforts sont souvent tristes : déception, amertume, insatisfaction, déséquilibre affectif etc. Pour se donner bonne conscience, l’humain a mis en place les bonnes actions. Elles apaisent et rassurent, mais n’induisent-elles pas une relation faussée ? Soit de supériorité (je suis meilleur) soit de marchandage avec Dieu ou le prochain ( Notion de gagner le salut ou de rendre autrui redevable) etc.

 

Mais, pourquoi ne pas partir de soi et dire que l’épanouissement de notre vie est dans nos mains ! Ce texte de Jésus nous rappelle qu’il faut d’abord partir de soi, d’abord penser à soi, d’abord se centrer sur soi.

Comment pouvons-nous aimer, si nous ne nous ne  aimons pas ? Telle est la pertinente question qui est derrière la parole du Christ.

Il faut partir de soi, s’accepter et s’apprécier comme on est, avec ses forces et ses faiblesses, ses charmes et ses aspects disgracieux.

Partir de soi pour exprimer (ex- prime = faire sortir en premier) le capital positif que Dieu a déposé dans nos vies, dans chacune de nos vies, pour le bien des  autres. Partager nos richesses intérieures, afin d’être des compagnons de route pour les autres (et vis versa), dans la tendresse, le respect et la prévenance, repères de l’amour d’essence spirituel.  

Partir de soi pour laisser sortir ce qu’il y a de meilleur en soi pour l’autre. Cela requiert un acte de volonté, l’expression d’un désir.

 

Rappelons nous le témoignage de la Samaritaine : Elle a découvert son manque, elle a demandé à Jésus de le combler, elle est repartie riche d’une source jaillissante de son cœur. Et  elle a ressenti de suite la nécessité du partage. (Cf. Jean 4)

 

Rappelons nous le témoignage de foi de la cananéenne : « Femme ta foi est grande, qu’il te soit fait comme tu veux »  Matthieu 15 :28

Oui ! C’est comme tu veux, mais pars d’abord de toi ! Autant dire que les choix nous appartiennent. Nos choix traduisent l’estime que avons de nous-même. Alors, dans un moment de vérité avec nous-même posons-nous la question : Est-ce que je m’aime ?

Nous avons tous besoin de progresser dans nos choix. Ils sont nécessaires et possibles. Ne nous retranchons pas derrière le : « je n’ai pas le choix ! » On a toujours le choix de dire oui ou non, même quand nous subissons des évènements indépendants de notre volonté, ou de terribles pressions, ou des chantages affectifs. Tant que nous avons notre faculté de libre arbitre, nous pouvons décider d’accepter ou de refuser telle ou telle situation, même la plus complexe, même face à des êtres aimés, même devant l’utilisation de la force.

Subir sans réagir c’est accepté de se détruire, mais là, c’est encore un choixDe même, l’amour passion est souvent destructeur de son propre équilibre affectif.

En fait, si nous sommes trop dépendants de l’amour des  autres, c’est peut-être parce qu’il y a un problème affectif mal réglé en nous. C’est quand on peut être autonome sur ce point, que l’on peut donner vraiment aux autres. Beaucoup cherchent en l’autre ce qui leur manque. Ils se placent dans une dépendance préjudiciable. L’accès à la maturité s’en trouve ralenti.

Tu aimeras ton prochain comme toi-même, c’est à l’évidence aimer l’autre autant que je m’aime, et si je ne m’aime pas, je suis dans l’handicap d’aimer, dans l’infirmité de la relation à l’autre.

Comme : la préposition grecque marque principalement soit : la comparaison,  l’analogie ; soit la circonstance : de même que ; soit la relation : selon que.

Dans notre texte nous sommes bien dans lecontexte relationnel : Tu aimeras l’autre de la même façon que tu t’aimes. Et cela se complique quand nous lisons : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés... » Jean 13 : 34

Autrement dit, si nous ne savons pas comment nous aimer et comment aimer,nous avons le repère du parcours de vie de Jésus-Christ. Dieu, comme un bon père nous a laissé, par Jésus-Christ venu dans un corps semblable au notre, un exemple à imiter. (Cf. 1 Pierre 2 :21)

Notre volonté est sollicitée pour décider de s’ouvrir à soi, partir de soi, sortir de soi. L’authenticité de nos actes en dépend.

La vie est avant tout une question de relation, et non un positionnement par rapport à la loi. C’est tellement vrai que Paul déclare : « Toute la loi est accomplie dans une seule parole : tu aimeras ton prochain comme toi-même » Galates 5 :14

Toute notre vie est fondée dans la confrontation à cette réalité là. (Quand je dis confronter c’est étymologiquement encore : con- fronter= avec le front, faire face).

Nous  assumons, quand nous faisons face, quand nous regardons devant, pas quand nous fuyons, esquivons, dérobons ou regardons en arrière ou quand nous attendons que les circonstances décident pour nous. Regarder en arrière est symbole dans la bible du refus de foi et d’espérance. (Cf. Genèse 19 :26, 1 Samuel 30 :9, Jérémie 7 :24, Matthieu 24 :18, Philippiens 3 : 13). Jésus dira :

« Quiconque regarde en arrière, n’est pas propre au Royaume de Dieu ». Luc 9 :62

Dans une volonté positive, nos choix doivent nous porter vers l’avant, avec confiance et détermination. 

Pour cela il faut partir de soi et commencer par s’aimer, même si ce n’est pas évident au départ. (Ça ne l’est pour personne !) Et ensuite, investir positivement dans la relation au prochain. Apprendre à faire confiance, malgré les risques, tout en étant lucide et prudent. Jésus a dit : « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes ». Matthieu 10 :16 L’angélisme n’a pas sa place dans le défi d’aimer.

 

Conclusion :

 

Le défi d’aimer est de loin le plus beau de notre existence. Mais il en est le plus difficile.

En nous présentant cet idéal, Dieu démontre à quel point nous avons de la valeur à ses yeux de Père. Il connaît parfaitement notre nature et est toujours disposé à nous venir en aide. Seulement, Il ne désire rien entreprendre sans notre adhésion à son projet.

  Quand Dieu nous demande le tout, c’est d’abord pour notre bonheur propre.  

Quand l’envoyé de Dieu, Jésus-Christ, nous commande d’aimer comme il nous a aimé, n’est-ce pas pour nous faire découvrir la joie d’être en adéquation, même imparfaite, avec l’amour qui unit le Père et le Fils (Moi et le Père nous sommes uns. Voire Jean 10:30, 14 :10) ? L’amour vrai entre les êtres, n’est-ce pas le meilleur chemin pour aller à la rencontre du Père de cette grande famille céleste ? N’est-ce pas là le vrai sens de toute spiritualité ?

 

Les notions du tout et du comme, nous confirment d’abord dans l’amour que Dieu a pour nous et dans le plaisir de réfléchir (au sens physique) cet amour vers autrui. L’apôtre Jean parlant par expérience déclare : « Pour nous, nous l’aimons parce qu’il nous a aimés le premier »  1 Jean 4 :19  Quelques soient les difficultés de parcours, ces notions nous confirment encore et toujours dans l’indispensable motivation à aimer envers et contre tout.

Si nous l’avons, oh ! Merveille, Dieu et Jésus-Christ s’engagent à nos cotés à soutenir nos bonnes dispositions intérieures. (Cf.1Thessaloniciens 3 : 12-13 ; 2 Corinthiens 5 :5 ;  1 Pierre 5 :7  et 10)...                                                                                                                                                                                                                                                                                               

Aimer n’est-ce donc pas se réaliser pleinement ? N’est-ce pas appréhender le plus grand et  le plus beau défi qui nous soit proposé ?

                                                                                        Jacques Eychenne

                                                                                                                                                                                                                      

   

 

    (1) Synopse des 4 évangiles de

P. Benoît et M-E Boismard, ed. du Cerf, p.172                                                           

 

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