Le Christ révolutionnaire

 

 

 

 Le Christ              révolutionnaire

    Jean 15 : 13

 

Introduction :

 

La grande singularité du christianisme définit une priorité unique dans le monde des religions. Cette spécificité n’a pas pour référence un maître à penser, un gourou, un prophète ayant laissé une trace écrite dans l’histoire des hommes. Elle nous parle d’une rencontre qui peut se décliner indéfiniment au présent avec des motivations qui nous parlent d’amour. Nous ne célébrons pas les écrits d’un mort. Nous faisons route avec un vivant. Le Christ n’a rien écrit si ce n’est dans la poussière avec son doigt (cf. Jean 8 ; 6,8). Chaque jour, il  désire nous voir ouvrir la porte de notre cœur (cf. Apocalypse 3 : 20).Mais, il chemine avec nous (cf. Matthieu 28 : 20). Son objectif a moins été de créer une nouvelle religion que de rencontrer l’humain pour le libérer d’une maladie mortelle. La parabole du bon berger nous révèle le fond de son action : « Je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient en abondance » Jean 10 : 10.

Comment cette démarche a-t-elle pu être opérationnelle et quelles instructions pratiques pouvons-nous en tirer.

 

Développement :

 

L’originalité de l’action du Christ s’inscrit dans un instantané historique et géographique. Elle a pour cadre le pays d’Israël en un temps où l’attente messianique est forte. Sans nous attarder sur ce contexte, disons que le message du Christ a un caractère révolutionnaire. Il va constamment être en opposition avec l’ordre institutionnel établi par des dignitaires religieux forts de leur bon droit. Ces derniers préconisaient de suivre les préceptes de la loi de Moïse. Il fallait se mettre en conformité avec cette loi et dénoncer toutes les insubordinations, déviances et transgressions. A ce scrupule poussé à l’ extrême, mais aussi centré sur le faire, le Seigneur présente une autre priorité, celle de l’être. L’important n’est plus dans l’acte, mais dans ce qui le précède. En d’autres termes, ce n’est plus le fait en lui-même qui est important, mais ce qui l’a motivé. Le Seigneur dérange l’ordre institutionnel centré sur la sauvegarde et l’application de la loi. Il va stigmatiser les hypocrisies de comportements. Le Seigneur va porter un regard nouveau sur l’humain. Ce regard bienveillant était déjà inscrit en germe dans l’histoire d’Israël : « l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Eternel regarde au cœur » 1 Samuel 16 : 7. Les choix du Christ révèlent cet aspect révolutionnaire. Mentionnons en quelques-uns…

  1. Le choix des douze :

Le Christ n’a pas choisi comme disciples les sommités intellectuelles de son temps, les personnages les plus érudits ou les plus populaires. Son regard s’est porté sur des personnalités anonymes du peuple. Et avant de les interpeler, il a valorisé un prophète atypique, habillé de peaux de bêtes, un homme des cavernes diront certains, perçu comme un illuminé mangeant des sauterelles et du miel. De plus, ce n’est pas à Jérusalem, haut lieu spirituel d’Israël, qu’il lance sa campagne, mais dans le désert au bord du Jourdain. Le lendemain de son baptême, il rencontre Jean et André, puis Simon Pierre, puis Philippe. Tous de simples pêcheurs. Ces hommes ordinaires vont devenir extraordinaires, complètement transformés par la rencontre avec Christ.

 

Le choix du Christ est surprenant (cf. liste Marc 3 : 16-19). Non seulement il appelle de simples pêcheurs, mais encore il surprend en invitant deux collecteurs d’impôts à le suivre, Matthieu et Thomas. Faut-il rappeler qu’ils étaient perçus comme des traîtres au service des Romains. Nous dirions aujourd’hui des collabos, de mèche avec l’ennemi Romain. Mais le Christ n’a pas fini de nous surprendre, il appelle Simon le Zélote, connu aussi sous le nom de Simon le Cananite (cf. Marc 3 :18). Les Zélotes étaient des têtes brûlées, prêts à tous les mauvais coups pour renverser le pouvoir en place. Et que dire de Judas Iscariot homme certes intelligent et rusé, mais qui ne se souciait pas des pauvres et  se servait dans la caisse commune (cf. Jean 12 : 6). Quelle équipe ! Et pourtant, ce petit groupe transformé par le message de Jésus-Christ, et visité par le Saint-Esprit va bouleverser le monde. Ils vont être les témoins de la parole révolutionnaire du Seigneur.

Le Christ ne nous déconcerte pas seulement par le choix de son équipe de disciples, il nous surprend encore par son désir de rencontres. Et quelles rencontres !

  1. La rencontre avec la Samaritaine :

Là encore, le Seigneur bouscule les codes établis. Il était malséant de s’adresser à une femme seule, de surcroît, étrangère en Israël, car Samaritaine. Jésus va chercher ceux et celles qui n’étaient pas fréquentables. (1) Non seulement, il prend l’initiative de s’adresser à cette femme au passé chargé d’histoires d’hommes, mais fait exceptionnel, il va lui révéler le message le plus solennel que la terre ait jamais entendu : « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’ adorent l’adorent en esprit et en vérité » Jean 4 : 24

Cette rencontre volontaire de la part du Seigneur met en exergue les dominantes révolutionnaires de l’enseignement du Christ. Comment ?

 

Malgré sa situation personnelle, il est clair que cette Samaritaine est en recherche spirituelle. Elle symbolise tous ceux qui, insatisfaits de leur parcours de vie, sont en recherche d’une spiritualité encore confuse. La question qui taraude cette Samaritaine est la suivante : est-ce que j’appartiens à la vraie religion, celle des Samaritains ? Est-ce que je fais bien de me rendre sur le mont Garizim, haut lieu de prière et d’adoration de mes ancêtres ? Et Jésus répond : Il n’est pas besoin d’aller en un endroit particulier pour adorer Dieu. En actualisant nous dirions point n’est besoin d’aller à Katmandou, Salt Lake City, Warwick, Rome, Istanbul, La Mecque, Washington, Jérusalem ou Bénarès. « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » Jean 4 : 23Dieu peut être rencontré partout (« Il n’habite pas dans des temples faits de main d’homme » Actes 17 :24 ; 7 :48). Toutes les querelles de clocher ne sont que pures vanités ; Les hommes ont de tout temps voulu s’emparer de Dieu et l’emprisonner dans des lieux précis. De plus, notons que le Christ n’a donné aucune consigne pour définir tous ceux et celles qui le suivraient. C’est un regard extérieur propre à l’humain qui a ressenti la nécessité d’apposer, sur ce mouvement révolutionnaire, un nom. La première fois où les disciples du Christ furent appelés chrétiens, c’est à Antioche de Syrie. C’est là, que pendant une année, une assemblée d’adhérents au message du Christ s’était réunie (cf. Actes 11 : 26). Le mot église, en grec,  ἐκκλησία, est le rassemblement de ceux et celles qui appartiennent à Christ ; plus précisément ce sont ceux et celles qui ont répondu à l’appel du Christ.  Il est assez regrettable que l’usage du mot église se soit réduit à des bâtiments. L’église du Seigneur est avant tout composée de pierres vivantes (cf.  1 Pierre 2 : 5).

Mais revenons à la Samaritaine. Elle aurait pu être choquée par les propos du Christ signifiant que la vérité était ailleurs, il n’en fut rien. La révélation personnelle dont elle fut l’objet,  fit d’elle la première missionnaire en terre Samaritaine (cf. Jean 4 : 28-30 ; 39-42). Qui aurait pu laisser supposer un tel choix ?

  1. La rencontre avec Saul de Tarse :

Là encore le choix du Christ est révolutionnaire : pour aller porter son évangile en terre païenne, le Seigneur appelle un homme qui, nous dit le médecin Luc, « respirait la menace et le meurtre » Actes 9 : 1. Saul de Tarse avait reçu, de la part de ceux que le Christ n’avait pas cessé de combattre tout au long de son ministère, des lettres lui donnant plein pouvoir pour persécuter les chrétiens dispersés jusqu’à Damas. Saul de Tarse s’est rendu personnellement chez le grand-prêtre (dont on ignore le nom mais qui devait faire partie de ceux qui condamnèrent à mort le Seigneur) pour avoir le soutien moral et stratégique pour la mise en œuvre de l’éradication de ce mouvement chrétien. Là encore, on se dit que si nous avions dû choisir  un homme d’envergure pour porter le message chrétien en terre dite païenne, nous n’aurions jamais fait ce choix.

Appeler l’opposant le plus virulent pour combattre ceux et celles qui fuient pour avoir commis le crime de suivre le chemin (ὁδός) de liberté prôné par le Christ, est assez sidérant. Il faut dire que du côté des autorités religieuses, en grande partie pharisienne, il était vital de stopper la propagation de cette nouvelle doctrine du Christ. Il fallait à tout prix briser l’expansion de cette pensée chrétienne vers d’autres villes importantes et éviter que cette contagion n’aille jusqu’à Rome. De plus, la détermination de Saul de Tarse avait une autre conséquence non négligeable. Elle identifiait un ennemi commun et permettait à toutes les factions du Judaïsme de faire front commun. Il unifiait les opposions. Le choix déconcertant du Christ met en évidence le pouvoir extraordinaire du Sauveur. Il consiste à transformer le mal en bien. Le Christ fait irruption d’une façon spectaculaire dans la vie de Saul de Tarse en l’invitant à prendre conscience qu’il se trompe de combat et qu’il doit rebrousser chemin. Ce n’est pas avec un sauf-conduit qu’il est invité à faire marche arrière, c’est au travers du choc de la rencontre avec le Christ qu’il ne connaissait pas. « Qui es-tu Seigneur ? Moi, je suis Jésus que tu persécutes. Lève-toi, entre dans la ville et on te dira ce que tu dois faire » Actes 9 : 5-6.  Saul de Tarse est terrassé par la force de cette rencontre. Elle marquera d’une manière indélébile son parcours de foi et d’actions missionnaires. Lui qui était heureux d’avoir les pleins pouvoirs pour éradiquer d’une façon définitive cette nouvelle pensée chrétienne, le voilà à l’aulne d’une nouvelle formation pour diffuser hardiment ce qu’il voulait farouchement combattre.

 

Assurément les choix du Christ peuvent être déconcertants. Saisissons cette opportunité pour dire que dans le contexte d’un monde perturbé, il est important d’une part de ne pas se tromper de combat et d’autre part de n’enfermer personne dans une condamnation définitive. Dieu peut encore aujourd’hui transformer un combattant zélé de Daesh en témoin fidèle de Jésus-Christ. C’est incroyable mais vrai, car rien n’est impossible à Dieu (cf. Luc 1 : 37 ; 18 :27)

Les choix du Christ nous forcent à la réflexion. Ils bousculent nos  codes de bonne conduite, nos jugements tout faits, nos étiquettes, nos positions bien établies, bref ! Nos certitudes… Saul de Tarse, devenu l’apôtre, l’a bien compris quand il rappelle la démarche divine :

« Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que personne ne se glorifie devant Dieu. Or, c'est par lui que vous êtes en Jésus-Christ »  1 Corinthiens 1: 27-30 

Ce commentaire inspiré corrobore bien d’autres choix du Christ :

- Il s’est fait défenseur d’une femme surprise en flagrant délit d’adultère, pour confondre tous ceux qui se croyaient purs et sans défaut.

- Il s’est arrêté en chemin, non chez un dirigeant influent ou un dignitaire de l’église, mais chez un petit homme pour le rencontrer personnellement. Or, Zachée était le contraire d’un personnage fréquentable. Il avait acquis à grands frais, auprès des autorités romaines, le poste de percepteurs des impôts (certainement de tout un district). Sans scrupules, il demandait à tous ses subordonnés de ponctionner chaque passant. Il connaissait bien le terrain et il les postait à des endroits stratégiques. Encore un collabo avec les occupants romains ! Et c’est vers lui que le Christ se dirige. Il transforme ce prédateur financier en mécène généreux et compatissant. Qui d’autre que le Christ a eu ce pouvoir de transformation ?

 

- Et que dire du gérant filou dont le maître fit l’éloge pour avoir agi avec intelligence pour déranger tous ceux qui ont une vie bien rangée, toute lisse sans aspérités, ni écarts par rapport à la bonne morale ?  (cf. parabole de l’intendant infidèle Luc 16 : 1-13)

 

- Et que dire encore du malin plaisir du Christ de souligner que c’est en dehors d’Israël qu’il a trouvé le plus de compréhension et de reconnaissance.  Quand le Christ guérit 10 lépreux, il mentionne bien qu’un seul est revenu vers lui pour lui rendre gloire à haute voix (cf. Luc 17 : 11-19). Etait-il Juif ? C’était un Samaritain que les Juifs considéraient comme un étranger et un idolâtre. Une haine profonde séparait les deux communautés pour des querelles historiques. Ils n’avaient pas, en autres, fait partie des déportations en Assyrie et les Juifs avaient refusé qu’ils participent à la reconstruction du temple de Jérusalem (1). La parabole du bon Samaritain vient confirmer l’enseignement provocateur du Seigneur envers le peuple élu de l’époque (cf. Luc 10 : 25-37).

 

- Et que dire de la rencontre du Christ avec Simon le Pharisien (cf. Luc 7 : 36-50). Jésus accepta son invitation, mais ce fut une femme pécheresse qui attira son attention. Elle fut pardonnée car elle avait beaucoup aimé, ce qui ne semble pas avoir été le cas de l’invitant. Nous aurions pu continuer sur le même registre, mais reconnaissons que la démarche de Jésus-Christ est insolite, surprenante, déconcertante, mais bouleversante.  

 

Conclusion :

 

Il est indéniable que le Seigneur a présenté un message révolutionnaire, voire parfois subversif. La force qu’il a utilisée nous parle d’amour. Cet amour a la particularité de ne pas être mièvre, de renverser les barrières et les préjugés, de confondre les orgueilleux et les prétentieux, de donner de l’espace et de la valeur aux plus petits, aux plus démunis, aux laisser pour compte de la société. Cet amour avance sans retenue vers les gens appelés de mauvaises vies. Il ne craint pas d’être en présence des prostituées. Cet amour dénonce les hypocrisies du pouvoir et nous invite à la cohérence. Cet amour bouscule  les codes établis et déclare : « Quiconque s’élève sera abaissé et quiconque s’abaisse sera élevé » Luc 14 : 11. Cet amour ne fait pas l’économie du sacrifice, il est puissant, entier, engageant dans le temps. Si nous voulons découvrir un instantané de la force de cet amour unique, regardons le Seigneur avant sa dernière participation à la fête de Pâque, pendant le souper avec ses 12 disciples, s’abaissant pour leur laver les pieds. Alors tout comme l’évangéliste Jean, le disciple bien-aimé, nous pouvons dire à notre tour que le Seigneur Jésus « mit le comble à son amour pour eux » Jean 13 : 1. Il continue aujourd’hui encore à nous rendre conscients et sensibles à la force qui anime sa révolution du cœur. Voulons-nous vraiment le rencontrer ?  « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. » Apocalypse 3 : 20

 

(1) L’opposition entre Juifs et Samaritains commence par le schisme de 935 av. J-C. quand le royaume se divise en deux : nord et sud. Puis en 721 av. J-C. quand les assyriens s’empare de Samarie et repeuple le territoire. Puis au 6è s. av. J-C quand les Samaritains construisent un temple sur le mont Garizim. Lieu rival de Jérusalem. Zorobabel refuse la participation des Samaritains à la reconstruction du temple de Jérusalem. Vers 166 av. J.C. les Samaritains se joignent à l’armée séleucide pour combattre Israël. D’un point de vue théologique, ils ne reconnaissaient que le pentateuque…

                                                                                   Jacques Eychenne

                                                                                     

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