La question du pardon

 

 

  La question du pardon

                          ou

    doit-on tout pardonner ?

       Marc 3 : 28-30 

   Matthieu 12 : 31-32

 

 

Introduction :

 

Quand on veut aborder la problématique du pardon, il est clair qu’il nous faut avoir beaucoup d’humilité et de sincérité. Si le Seigneur Jésus s’est souvent opposé à l’institution rabbinique, c’est précisément parce que ses paroles engendraient des malentendus. Le sens profond de sa pensée était contourné, voire déformé. Les ingénieuses interprétations des religieux de l’époque, nous les retrouvons aussi dans nos raisonnements. Ils établissent un tri à notre convenance. De ce fait, nous instaurons naturellement une classification entre le pardonnable et l’impardonnable. Pour complexifier la bonne compréhension des paroles du Seigneur sur le sujet, l’institution rabbinique avait mis au point un système d’interprétation de la Torah. Cette singularité ouvrait la porte à de subtiles explications (pour rappel le judaïsme rabbinique présentait quatre niveaux de lecture de la torah : 1) le sens littéral (Pchat) ; 2) la compréhension par allusion (Réméz) ; 3) le sens moral (drash) 4) le sens mystérieux voire mystique (Sod).

Tenant compte de ce contexte (visant à l’assimilation des écrits de l’ancienne alliance en lien avec les paroles du Christ) l’apôtre Paul, en homme avisé et inspiré, écrira aux Corinthiens :

« C'est lui qui nous a rendus capables d'être ministres d'une Alliance nouvelle, non de la lettre, mais de l'Esprit ; car la lettre tue, mais l'Esprit donne la vie » 2 Corinthiens 3 : 6, version TOB. Faire émerger dans nos cœurs, par l’Esprit, la substantifique moelle de la pensée du Seigneur, telle est notre gageure.

Ces précautions prises, essayons toutefois de comprendre le message libérateur du Christ sur le pardon.

 

Développement :

 

Le sujet devient complexe dès lors que l’on prend en compte la souffrance, les agressions de toute nature qui attentent à la dignité de la personne, et le meurtre cruel et odieux. De même, la diversité de nos ressentis nous conduisent souvent vers un second degré de lecture qui nous convient en rapport avec les évènements subis. A contrario, l’évangile nous invite à mettre une distance intérieure (la réflexion) face aux évènements qui nous percutent. Ains, les paroles du Seigneur sont une invitation permanente au dépassement. Ils nous aident à ne pas être submergé par tous nos ressentis. Il y a injonction à dépasser l’aspect réflexe, quelle que soit son horreur. Humainement est-il donc possible de pardonner l’impardonnable ?

Le Seigneur va fixer les limites de cet impardonnable dans un contexte bien particulier. Il est un point de repère dans nos démarches de pardon. Deux textes principaux traitent le sujet. Dans

quel contexte les évangélistes Matthieu et Marc rapportent les faits ?

 

28 « En vérité, je vous déclare que tout sera pardonné aux fils des hommes, les péchés et les blasphèmes aussi nombreux qu'ils en auront proféré.

 29 Mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit Saint, il reste sans pardon à jamais : il est coupable de péché pour toujours ».

 30 Cela parce qu'ils disaient :

       « Il a un esprit impur ».

   Marc 3 : 28-30, version TOB

 

31 « Voilà pourquoi, je vous le déclare, tout péché, tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas pardonné.

 32 Et si quelqu'un dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera pardonné ; mais s'il parle contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni en ce monde ni dans le monde à venir ».

  Matthieu 12 : 31-32, version TOB

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Marc (le premier historiquement à retracer la vie du Christ), Jésus est dans une synagogue de Galilée. Il est aux prises avec des pharisiens sur la question de l’observance du sabbat. Ces derniers, associés aux hérodiens, cherchent à le faire disparaître. Jésus se retire avec ses disciples et en choisit douze. Puis, des scribes (cf.les détenteurs du savoir de la loi), venus de Jérusalem l’accusent d’être le prince des démons. C’est à la suite de cette forte accusation que Jésus répond d’une façon solennelle par le texte qui nous intéresse maintenant.

 

Pour Matthieu le péager, Jésus a maille à partir avec les pharisiens dans une synagogue. Le conflit repose sur la question de l’observance du sabbat. Ces religieux cherchent un moyen de le mettre hors d’état de nuire. Des scribes et des pharisiens le suivent. Alors que le Seigneur s’adresse à une foule, ces derniers l’accusent de chasser les démons par Béelzébul. Les paroles du Seigneur que nous allons étudier suivent cet évènement.

 

Observons d’emblée que l’intervention du Seigneur est empreinte de gravité. Chez Marc (évangile le plus ancien), c’est avec un amen ! que la phrase commence. Puis vient une affirmation encourageante, souvent passée sous silence : « πάντα ἀφεθήσεται τοῖς υἱοῖς τῶν ἀνθρώπων = tout sera pardonné aux fils des hommes » Marc 3 : 28. Ce « tout » qui va être développé est un puissant réconfort pour tous les pécheurs que nous sommes ! Il recadre notre tendance à être prompts à critiquer, juger et condamner. L’évangéliste Matthieu n’est pas en reste ! Ayant entendu les mêmes paroles du Seigneur, il rapporte : « Tout péché, tout blasphème sera pardonné aux humains » Matthieu 12 : 31a.

Si nous devons aimer Dieu de « tout » notre cœur (cf. Matthieu 22 : 37) et que Notre Père est disposé à tout nous pardonner, n’est-ce pas pour nous encourager à être responsables de toutes nos paroles et de tous nos actes ? Et si le pardon divin est total, n’est-ce pas aussi pour nous dire que le droit à l’erreur (dans la pratique du mal) est aussi pris en compte ? N’est-ce pas ce qui nous permet de comprendre la profondeur de l’amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit ?

 

Chez Marc, ce tout est éloquent ! Soulignons-le encore : il écrit que tout sera pardonné : « les péchés et les blasphèmes aussi nombreux qu'ils en auront proféré ». C’est stupéfiant !

(« Ἁμαρτήματα= amartémata= erreur, faute, péché. « Βλασφημία = blasphème = insulte, outrage, calomnie, injure).

Observons que ce ne sont pas les actes, mais les paroles qui sont prises en considération. De même l’apôtre Paul fera écrire : « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et

si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé » Romains 10 : 9, version LSG. Ce qui sort de notre bouche est bien révélateur de la pensée du cœur ! Nous devons prendre conscience de l’importance de cette affirmation, avant d’aborder la question de l’impardonnable.

« Supportez-vous les uns les autres, et, si l'un a sujet de se plaindre de l'autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi » Colossiens 3 : 13, version LSG.

Si Yaweh-Adonaï, notre Père nous demande de tout pardonner, n’est-ce pas parce qu’il le fait d’abord pour nous ? Si le Seigneur nous dit de prier le Père de nous pardonner (cf. Matthieu 6 : 12), n’est-ce pas pour nous renvoyer à notre pratique du pardon pour autrui ?

Bien sûr, l’évangile nous dit que tout nous sera pardonné, mais il précise aussi que : « c’est avec la mesure à laquelle vous mesurez qu’on mesurera pour vous » Matthieu 7 : 2, version NBS.

 

Cela dit, le « tout » dont il est question chez Marc et Matthieu a une limite infranchissable. C’est « tout » sauf une chose. C’est « tout » suivi d’un « Mais quiconque » chez Marc, et d’un « Mais » tout court chez Matthieu. Mais quelle est cette prégnante réserve ?

« Mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit Saint, il reste sans pardon à jamais : il est coupable de péché pour toujours » Marc 3 : 29, version TOB.

« Mais le blasphème contre l’Esprit ne sera point pardonné » Matthieu 12 : 31, version TOB.

A cet instant nous pouvons nous poser deux questions : 1) Pourquoi contre le Saint-Esprit uniquement ? 2) Pourquoi contre Lui, est-ce impardonnable ?

 

  1. Pourquoi contre le Saint-Esprit ?

 

J’esquisse la réponse suivante : Si le souffle de Dieu (la Rouah en hébreu) est à l’origine de toute vie, n’est-il pas normal que le dernier envoyé divin auprès des humains (τοῦ ἁγίου πνεύματος, en grec = le Saint-Esprit= souffle personnifié) soit en fin de processus de la relation spirituelle ? De plus, n’est-ce pas lui, l’envoyé du Christ, qui est appelé à poursuivre son œuvre de salut ? Sans Lui, peut-on vraiment pénétrer le profond des paroles divines ? (cf. Jean 14 : 25-26 ; galates 5 : 22-23 ;1 Pierre 1 : 12 ; 2 Pierre 1 : 21 ; Romains 8 : 11 ; Ephésiens 3 : 16 ; Jean 3 : 5-6…). Yaweh a envoyé son Fils. Le Fils a envoyé le Consolateur (cf. Jean 1 : 17-18 ; Jean 15 : 26). Désormais, les humains inspirés par le Saint-Esprit sont envoyés. Blasphémer contre l’Esprit Saint, c’est donc attenter à l’autorité divine qui a agi par amour.

 

  1.  Pourquoi le blasphème contre le Saint-Esprit est-il impardonnable ?

 

Dans le contexte des deux récits, Marc apporte la réponse : Jésus est invectivé vertement ! On lui reproche de chasser les démons par Béelzébul. En effet, les pharisiens affirment que le Seigneur est habité par un esprit impur. En tenant compte de l’affirmation de Marc, le blasphème contre le Saint-Esprit serait de transformer le bien que le Seigneur prodiguait en mal. Une telle confusion rend inopérant toute solution de salut.

Le Seigneur porteur du souffle de vie des origines, pouvait-il être aussi porteur de mort ? Cette redoutable méprise est impardonnable dans le sens qu’elle est sans issue. De plus, blasphémer contre le Saint-Esprit, c’est mépriser Celui que le Christ nous envoie. (C’est le Consolateur dont nos âmes ont besoin. Sans Lui, l’humain est livré à lui-même). C’est aussi aller plus loin que les agents du mal eux-mêmes. Dans l’évangile, les démons ne proclament-ils pas le Christ, Fils de Dieu ? (cf. Marc 1 : 24 ; 3 : 11 ; 5 : 7).

Pour le jeune évangéliste Marc, blasphémer contre le Saint-Esprit équivaut à un enfermement.

 

Cet obscurantisme confond le Christ, l’oint de Dieu, avec un envoyé de Satan. Dans ce cas toutes les bonnes paroles de vie, proférées avec amour par notre Seigneur de gloire deviennent inopérantes, stériles. Le prolongement de cette réflexion nous conduit à dire que ce péché particulier est impardonnable parce qu’il fait barrage au message libérateur du Seigneur. Or, un barrage, c’est une impossibilité à poursuivre un chemin, une route… Il empêche le mortel que nous sommes de pardonner. De ce fait, si le pardon ne peut plus pardonner, il devient impardonnable. Trouver dans le parcours du Seigneur l’œuvre du diable, c’est anéantir le plan du salut de notre Père pour chacun de ses enfants. L’œuvre de l’ennemi est précisément d’utiliser le mensonge pour favoriser cette perfide confusion. C’est la raison pour laquelle Matthieu apporte une précision redoutable :

 

« Cela ne lui sera pardonné ni en ce monde ni dans le monde à venir »

 

Matthieu 12 : 32, version NBS. La radicalité de la déclaration du Christ souligne, et force le trait de la gravité de ce blasphème (dont nous avons développé la définition ci-dessus).

L’impardonnable de ce blasphème est aussi un refus manifeste d’accueillir dans son cœur les paroles libératrices d’un Sauveur aimant. Marc et Luc expriment de concert la vérité suivante : la confusion entre le bien et le mal, à ce point extrême, revient à dire que l’Esprit Saint est l’envoyé du diable.

Matthieu, mais aussi Luc brièvement (cf. Luc 12 : 10), distinguent bien le parler mal de la personne du Seigneur, du péché contre le Saint Esprit. On peut outrager le nom du Christ, caricaturer son ministère, renier même sa personne (comme Pierre) sans pour autant commettre l’irréparable blasphème contre le Saint-Esprit. En d’autres termes, il convient de distinguer des paroles de vie, auxquelles on peut s’opposer, d’une pratique plus systématique sur un chemin de mort. En fond de tableau, c’est le choix entre le chemin de vie et celui de la mort qui est posé. Dieu seul peut savoir à quel moment le basculement se fait dans l’esprit d’une personne. Si le Christ nous a recommandé de ne pas juger notre prochain, c’est précisément parce que nous n’avons pas tous les éléments pour diagnostiquer d’une façon irrécusable la présence du blasphème contre le Saint-Esprit.

 

Dès lors, faut-il apprendre à pardonner même l’impardonnable ?

 

Il est possible de s’interroger sur la question. Le Seigneur Jésus n’a-t-il pas ouvert la voie qui supplante l’impardonnable ? C’est ce qui apparaît au moment ultime de son combat pour l’humanité. Sur la croix, il a eu cette parole qui dépasse notre entendement : « Père pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » Luc 23 : 34, version LSG. Autant dire : par amour, même pour tous ceux qui se sont fourvoyés, Jésus prononce le pardon. Pouvons-nous atteindre un tel sommet ? Sans l’aide du Saint-Esprit le défi semble impossible à relever !

Pourtant, parmi les rescapés de la shoah on a pu lire le témoignage de gens qui ont été visités par la grâce divine. Se Saisissant du témoignage d’une jeune libanaise nommée Siham qui a assisté, cachée dans un arbre, au massacre de toute sa famille, lors de la guerre civile au Liban, du 13 Avril 1975 au 13 octobre 1990, Rami Zein, doyenne de la faculté des lettres libanaises a écrit, dans « la levée des couleurs » la puissante phrase suivante : « Notre vengeance sera le pardon ». Cette phrase d’un contenu inouï a été reprise par Tomas Borge, ancien ministre de l’intérieur au Nicaragua entre 1979 et 1990. Et que dire de la célèbre phrase de Antoine Leiris « Vous n’aurez pas ma haine », prononcée après la mort de sa femme Hélène, assassinée sauvagement le 13 Novembre 2015, lors des attentats de Paris, au Bataclan. Et que dire encore du témoignage des chrétiens de l’église copte Saint-Georges d’Assiout en

Egypte qui ont été massacrés et qui ont vu leur bâtiment ravagé par un incendie. Ils ont étendu sur la façade de l’église un drapeau égyptien sur lequel on pouvait lire ces mots : « Nous pardonnons ».

 

La puissance de la grâce divine permet de déverrouiller une porte apparemment infranchissable.

Cette grâce est la clef qui ouvre le coffre-fort de nos cœurs. Elle nous conduit à l’antichambre du royaume éternel. Mais, reconnaissons que c’est plus l’œuvre de Dieu dans le cœur, que celle de la pensée humaine qui s’attribue vite ce mérite ! L’humain, livré à lui-même, est incapable de gravir de tel sommet. Il peut toutefois cheminer vers la voie de la miséricorde divine, et se dire après tout, que ceux et celles qui sont dans la confusion la plus totale du péché contre le Saint-Esprit sont plus à plaindre qu’à être condamnés. Ils n’auront été que les jouets de Satan ! Certes leur responsabilité demeure entière, mais peut-être auront-ils des circonstances atténuantes… Dieu seul le sait !

 

Les paroles du Seigneur délivrées aux scribes et pharisiens ont été conservées pour notre édification. Nous qui vivons dans un monde de mensonge permanent, de violences quotidiennes, de non-respect de la personne humaine, nous devons être sur nos gardes pour ne pas « faire chorus » avec la foule. La singularité du message chrétien est de choisir (le plus souvent possible) le bien, le bon, le beau avec l’aide de l’Esprit. L’esprit maléfique qui mène ce monde est le même qui a conduit le Seigneur sur une croix. Il nous faut rompre avec cet état d’esprit satanique et éviter de se laisser contaminer par la nausée d’un monde qui se perd (cf. 1 Jean 2 : 15).

 

Conclusion :

 

En respectant le contexte dans lequel le blasphème, ou la faute, ou le péché, contre le Saint-Esprit a été prononcé par notre Seigneur, on peut précisément le définir comme la volonté délibérée de transformer son œuvre en celle de Satan. C’est le déni de reconnaissance du bien au profit du mal, c’est donc anéantir le projet divin.

Par extension, mais hors définition spécifique énoncé, cela nous met en garde contre toute confusion entre le bien et le mal. Il faut apprendre à nous pardonner, et laisser le pardon cheminer vers d’autres. La force de la grâce nous ouvre un chemin au-delà des possibles.

Plus encore, l’Esprit qui a porté l’évangile de la vraie libération, et qui a été relayé par les apôtres, nous incline à suivre le conseil de Paul :

 

« Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien » Romains 12 : 21, version TOB.

Ailleurs, le même apôtre écrira : « Soyez bons les uns pour les autres, ayez du cœur, pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné en Christ » Ephésiens 4 : 32, version TOB.

Le Seigneur a solennellement déclaré :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie ». Jean 5 : 24, version TOB.

                                                                             

                                                                                   Jacques Eychenne

 

PS : TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible ; LSG, version Louis Segond 1975 ; NBS, version Nouvelle Bible Segond.

Réflexion à retrouver sur le site : http://chretiens-en-marche.org

 

 

 

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