La marche chrétienne 

 

            La marche   chrétienne

            ou

       Le défi des 7 vertus

2 Pierre 1 : 1-11

 

Introduction :

 

Le deuxième écrit épistolaire de l’apôtre Pierre s’inscrit dans un contexte particulier. Dans ce christianisme naissant fleurissent des déformations de l’enseignement du Christ. Ces hérésies appellent une réaction. L’apôtre présente un réquisitoire solide. Il met en avant les vertus qui doivent accompagner la marche chrétienne. Le terme du parcours nous rappelle la finalité de l’enseignement du Seigneur. La raison d’être du salut est de venir chercher ceux et celles qui l’ont reçu dans leur cœur. Cette lettre s’adresse à la communauté chrétienne en général, elle a une portée universelle. Nous n’entrerons pas dans le débat de la contestation concernant l’auteur de sa rédaction, ni de sa date de composition. Nous accueillons ce texte tel qu’il nous est parvenu, en nous concentrons sur l’introduction de la lettre, même si on discerne dans les chapitres suivants des mises au point par rapport aux gnostiques, aux libertins de mœurs, aux sceptiques concernant l’avènement du retour en gloire du Seigneur Jésus. La saine doctrine s’articule (dans la lettre de Pierre) dans la cohérence avec le témoignage de Jésus, des prophètes et des autres apôtres.

 

Développement :

 

« Simon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui ont reçu en partage une foi du même prix que la nôtre, par la justice de notre Dieu et du Sauveur Jésus-Christ » 2 Pierre 1 : 1

 

Dans l’original grec, il s’agit de Syméon Pierre. Cette  forme ancienne, d’origine sémitique se retrouve encore dans Actes 15 : 14 pour désigner l’apôtre. Peut-être que cette appellation archaïque est là pour nous rappeler le caractère ancien de l’apôtre (cf. très certainement le plus âgé parmi les apôtres). Cette ancienneté a certainement été utile pour asseoir son autorité, ou tout au moins inspirer le respect. Il se dit serviteur (cf. δοῦλος = même mot qu’esclave. Cette posture empreinte d’humilité tranche avec le personnage que l’histoire chrétienne a voulu nous laisser a posteriori).Pierre se dit aussi apôtre (cf. ἀπόστολος = même mot qu’envoyé) de Jésus-Christ, c'est-à-dire, mandaté par Iéshoua, le Messie. Il adresse sa lettre à l’Eglise, c’est-à-dire, à  tous ceux qui se reconnaissent engagés dans la foi en Christ. Ce sont des chrétiens d’origine juive et païenne. Tous sont sur le même principe d’égalité.  La foi des destinataires est aussi précieuse que celle de l’apôtre Pierre. (cf. ἰσότιμος = qui jouit d’honneurs égaux, d’une égale considération). L’humilité de l’apôtre est bien réelle. Il est en cela un exemple à suivre. Cette foi émane de la justice de notre Dieu et du Sauveur Jésus-Christ. Cette foi, bien que personnelle, est un cadeau, un don. Elle nous est imputée par un acte d’amour et de justice accomplis par le Seigneur. C’est cette immense grâce qui nous fait adhérer à son enseignement, à sa vie, à ses promesses. Comme une bénédiction qui découle de ce que nous venons de dire, l’apôtre Pierre précise :

« Que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ! » 2 Pierre 1 : 2.

 

La grâce accueillie dans le cœur du croyant a pour principal effet d’engendrer la paix. Non pas celle qui se définit comme l’absence de conflit à la manière humaine, mais comme une expression concrète de la présence du Christ (cf. Jean 14 : 27). Cette paix est le fruit d’une expérience personnelle, elle relève d’une connaissance expérimentale. La grâce et la paix sont appelées à être multipliées, car la résultante de leurs actions conjuguées renvoie à la notion de pardon. Or le pardon libère la marche du chrétien et lui ouvre le chemin, même si ce dernier est qualifié d’étroit ou de resserré (cf. Matthieu 7 : 13-14).

Dans son introduction,  et en peu de phrases, l’apôtre souligne que cette connaissance ne peut en aucun cas être le fruit de spéculations humaines qui  permettraient à l’humain de s’élever jusqu’à Dieu. Elle relève d’une rencontre et d’un accueil avec la personne du Christ, en qui Dieu se révèle complètement. La salutation bienveillante de Pierre donne d’ailleurs le ton de toute sa lettre. Elle a pour principal sujet de mettre les chrétiens en garde  contre les enseignements parasites qui perturbent les communautés naissantes (cf. exemple: L’incrédulité par rapport à la venue en gloire de Jésus-Christ. cf.2 Pierre 3).

C’est donc en toute logique que l’apôtre va insister sur les dons de la puissance de Dieu.

« Car sa divine puissance nous a donné tout ce qui concerne la vie et la piété : elle nous a fait connaître celui qui nous a appelés par sa propre gloire et vertu. Par elles, les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise. »  2 Pierre 1 : 3-4 

 

 L’acte créateur exprimant toute la puissance divine est un acte complet. Non seulement Dieu nous a donné la vie, mais encore il nous a fourni tous les moyens pour la savourer. Pour nous signifier qu’il y a un plus à découvrir, Pierre mentionne la piété (cf. εὐσέβεια= dans la Grèce antique, c’était le respect et l’amour des dieux, dans le Nouveau Testament c’est l’amour pour Dieu qui va au-delà du respect). Autrement dit, nous avons à la fois le bonheur de nous mouvoir dans un corps et la possibilité d’être en lien, en esprit, avec Dieu par Jésus-Christ et le Saint-Esprit.

Cette prise en compte de l’action de Dieu nous ouvre à une plus grande connaissance (cf. ἐπίγνωσις = action de reconnaître, accès à la connaissance supérieure, à la vraie connaissance. cf. Romains 1 : 28 ; Ephésiens 1 : 17)  et nous facilite une meilleure compréhension de qui est Dieu, dans sa gloire et sa vertu (cf. ἀρετή = qualités morales de la personne, de l’intelligence et de l’âme).  C’est au travers de ce Dieu grand et magnifique que les plus belles, les plus précieuses promesses nous ont été accordées dans le but ultime de nous rendre participant de la nature divine. Dieu, principe immuable et complet de l’amour, désire partager avec nous ce qu’il est (cf. 1 Jean 4 : 16).  Ce projet admirable dépasse notre entendement et met en constat d’échec notre raison. Nous ne pouvons que l’accueillir par la foi. Cette finalité divine a pour conséquence dans nos vies  un détachement de tout ce qui peut nous corrompre dans le rapport au monde.

La consistance inégalée des promesses de Dieu concernant le salut présent et la gloire à venir, procure de l’assurance dans la marche chrétienne. Cela ne concerne pas seulement l’espérance dans l’avènement d’un nouveau monde (cf. Apocalypse 21 :1 ), cela traduit aussi le désir inqualifiable de la rencontre physique avec Dieu. Notre esprit ne peut, en l’état présent, saisir cette ineffable promesse (cf. Apocalypse 21 : 3).

L’arrachement à la corruption du monde doit certainement être mis en parallèle avec la philosophie grecque, qui au travers de certains cultes, cherchait à libérer l’homme de son enveloppe charnelle pour accéder au divin. Mais dans la pensée chrétienne, l’angoisse face à la dégradation du corps vers la mort, ainsi que son inévitable fatalité, sont réduites à néant par les merveilleuses promesses d’une autre aventure plus exaltante.

 

Mais, l’action prodigieuse de Dieu appelle une réponse positive de l’homme.

 

« À cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la connaissance, à la connaissance la maîtrise de soi, à la maîtrise de soi la patience, à la patience la piété, à la piété l'amitié fraternelle, à l'amitié fraternelle l'amour. Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais celui en qui ces choses ne sont point est aveugle, il ne voit pas de loin, et il a mis en oubli la purification de ses anciens péchés. C'est pourquoi, frères, appliquez-vous d'autant plus à affermir votre vocation et votre élection; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais. C'est ainsi, en effet, que l'entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus -Christ vous sera largement accordée »  2 Pierre 1 : 5-11 

 

Si Dieu nous a tout donné pour faciliter une marche libre et heureuse, ce n’est pas pour stationner immobile quelque part (cf. Psaume 1). Dieu n’invite personne à la paresse. Bien au contraire, la réponse induite fait appel au zèle (cf. σπουδή = marcher en se hâtant, marcher avec précipitation, vite, promptement, prestement, avec empressement). Utilisant le même mot, l’apôtre Paul écrira ailleurs aux Romains :

« Ayez du zèle, et non de la paresse. Soyez fervent d’esprit. Servez le Seigneur » Romains 12 : 11.

La marche chrétienne est empreinte d’application et d’empressement. L’apôtre Paul dit de lui-même :

« Je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. » Philippiens 3 : 14.

Quelles sont les recommandations de l’apôtre Pierre pour une marche active et heureuse.

 

Evocation des 7 grandes qualités chrétiennes :

 

  1. Joindre à la foi, la vertu. Si la foi est adhésion au message de notre Sauveur Jésus-Christ, il importe aussi que cette adhésion soit éclairée. La vertu dont il est question est l’intelligence du cœur. Elle définit la personne ayant foi. Cette vertu est le fruit d’une communion avec Jésus-Christ. L’attachement de la foi en Christ ne peut se confondre avec une acceptation béate, comme si notre volonté  était absente de cette adhésion. La foi n’est pas en rapport avec une conscience molle. Elle fait appel à de la détermination et à de l’application (cf. Galates 5 : 22).
  2. Joindre à la vertu la connaissance.

Cette connaissance est non seulement en lien avec qui est Dieu, mais aussi avec ce que Dieu veut pour l’humain. Elle a certes ses limites. Mais bien qu’imparfaite, elle nous apprend à avoir un regard plein d’attention sur la création tout entière. Elle révèle Dieu. La nature est le deuxième manuel d’étude. L’apôtre Paul dira à ce sujet : « Les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages » . Cet aspect concret de la connaissance chrétienne était au départ en rupture avec la connaissance purement spéculative des gnoses grecques, ainsi que des développements dithyrambiques de la loi, dite à tort, de Moïse. Les chefs religieux avaient démultiplié les exigences légales au point qu’elles étaient un véritable fardeau.

  1. Joindre à la connaissance la maîtrise de soi.

La vraie connaissance conduit à la maîtrise de soi. Les deux notions se combinent et s’assemblent aisément. Par la suite l’apôtre parlera de ceux pour lesquels cette vertu fait défaut, tant dans la relation à l’autre que dans le respect au prochain (cf. 2 Pierre 2 : 10 ; 3 : 3). Salomon disait déjà en son temps : « Celui qui est lent à la colère vaut mieux qu’un héros et celui qui est maître de lui-même, que celui qui prend des villes» . L’apôtre Paul abordera le même sujet en rapport avec les relations sexuelles dans le couple et hors du couple (cf. 1 corinthiens 7 : 5, 8-9). La maîtrise de soi en toutes circonstances peut se conjuguer avec la maturité spirituelle.

  1. Joindre à la maîtrise de soi la patience.
  2. Μακροθυμία = patience, endurance, constance, persévérance, lenteur à se venger). Cette vertu est particulièrement utile dans le temps de l’épreuve. Jacques, le chef de la grande communauté chrétienne de Jérusalem affirme « que l’épreuve de la foi produit la patience » Jacques 1 : 3.  Il cite plus loin la patience proverbiale de Job (cf. Jacques 5 : 11). Cette vertu est particulièrement recommandable face à l’ironie ou la moquerie concernant les croyances chrétiennes (cf. 2 Pierre 3 : 3). Cette vertu n’est pas à être recherchée comme une marque de sagesse en soi à la manière des stoïciens, elle fait appel au lâcher prise, au détachement, à l’abandon dans la souveraineté divine. Car l’apôtre nous rappelle que nous tous bénéficions déjà de la patience divine : « Croyez que la patience de notre Seigneur est votre salut » 2 Pierre 3 : 15
  3. Joindre à la patience la piété.

Rappelons que la piété concerne le respect empreint d’amour pour Dieu. Mais cette vertu ne concerne pas seulement notre relation à Dieu. L’amour pour Dieu et celui du prochain sont intimement liés (cf. Marc 12 : 30-31)

  1. Joindre à la pitié l’amitié fraternelle.
  2. Φιλαδελφία =  l’amitié pour un frère ou une sœur). Il est de surcroît normal que la relation à Dieu intègre la relation au prochain. Elle nous dit ce qu’est l’amour fraternel. Le lien vertical de la communion à Dieu implique des conséquences concrètes dans la communion au prochain. « Quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, ni celui qui n’aime pas son frère, car ce qui vous a été annoncé et ce que vous avez entendu dès le commencement, c’est que nous devons nous aimer les uns les autres…Quiconque hait son frère est un meurtrier. » 1 Jean 3 : 10-11,15

Après avoir énoncé la vertu qui crée du lien dans la communion chrétienne, l’apôtre va élargir le champ d’action de ce lien en le qualifiant de fraternel. Il embrasse tous les êtres humains, sans distinction.

  1. Joindre à l’amitié fraternelle l’amour.

Cette dernière vertu couronne toutes les autres. (Ἀγάπη = amour d’origine divine).

Elle traduit la finalité de Dieu pour tous les hommes. Le sacrifice du Christ en est la démonstration la plus convaincante (cf. 1 Jean 4 : 7-10 ; Jean 3 : 16). L’apôtre Paul place cette vertu au-dessus de tout. Il faut relire son hymne à l’amour (cf. 1 Corinthiens 13 : 1-13). C’est aussi dans son enseignement le premier des fruits de l’esprit (cf. Galates 5 : 22). Cette vertu est la signature de Dieu et du Christ dans le projet mis en œuvre pour le bonheur de chaque humain (cf. Jean 15 : 10 ; 17 : 26 ; Romains 5 : 8). Le Nouveau Testament nous rappelle que si nous sommes, à notre tour, capables d’aimer, c’est parce que nous avons été aimés par Dieu en premier (cf. 1 Jean 4 : 19).

Pourquoi l’amour est la vertu par excellence ?Parce qu’il bannit la crainte, nous libère de toutes nos culpabilités, nous ouvre un espace de liberté, nous donne envie d’entreprendre, génère la confiance, et nous incite à donner le meilleur de nous-mêmes.

 

Conclusion:

 

Fort logiquement, l’apôtre Pierre affine sa démonstration en nous assurant que si ces qualités spirituelles sont en nous en abondance, il nous sera impossible de rester inactifs et stériles (cf.οὐκ ἀργοὺς οὐδὲ ἀκάρπους, 2 pierre 1 : 8). Cette présentation remarquable relègue la relation de l’effort et du devoir et donne la préséance à la relation du désir et du plaisir d’agir. Point n’est alors besoin de se forcer à faire le bien (« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » actes 20 : 35), il s’inscrit, ou devrait s’inscrire, tout simplement dans la marche chrétienne. Quand on est dans le registre de l’amour, on s’applique à faire plaisir et à être disponible. L’apôtre conclut sa démonstration en nous rappelant que c’est en vivant ainsi que l’on réalise sa vocation et son élection de chrétien (cf. 2 Pierre 1 : 10). Mais, si toutes nos actions nous mènent inévitablement à la mort, à quoi bon ? Pour réduire au silence les sceptiques, Pierre place devant nous l’entrée du royaume éternel, celui où notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ nous accueillera (cf. 2 Pierre 1 : 11). En relisant l’introduction de cette magnifique lettre, il nous est important de reconnaître que nous n’avons aucune raison d’être inquiets pour notre avenir. Alors, mettons-nous en marche…

 

« Ce que l’Eternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu » Michée 6 : 8

                                                                                         Jacques Eychenne

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