La conscience

 

 

 

   La conscience

                       ou

   la joie d’être soi

 

Introduction :

 

Le mot conscience est souvent usité dans le langage courant, mais quelle réalité recouvre-t-il ? Le dictionnaire Robert le définit par : a) Une connaissance immédiate de sa propre activité psychique (s’oppose à l’inconscience). b) Connaissance immédiate, spontanée (avoir conscience de sa force, du danger). En d’autres termes, la conscience a une double facette. L’une conduit à l’introspection, l’autre au rapport au monde extérieur. La conscience couvrirait le champ d’une analyse de ses propres sentiments (le sujet par lui-même) ; l’autre aspect serait plus une analyse réactive par rapport aux êtres et aux évènements de la vie. Edgar Morin, dans son dernier ouvrage : « encore un moment », présente une définition qui « oscille entre son caractère intuitif et son caractère réflexif » (1). En partant du mot français, on pourrait aussi dire qu’il est composé de con, qui généralement est traduit par avec, et de science qui fait référence à une connaissance.

Certains pensent que la conscience n’est qu’un fonctionnement de notre activité cérébrale et nient à lui attribuer toute valeur morale. Pour eux une bonne ou une mauvaise conscience, ça n’existe pas. A la lumière de ce que nous venons de dire, il importe pour nous Chrétiens de savoir ce que le Nouveau Testament, en particulier, dit à ce sujet.

 

Développement :

 

Partons du témoignage de l’apôtre Paul ! Après son arrestation pour sédition et son souhait d’en appeler à César, l’apôtre a présenté sa défense devant le gouverneur romain Félix, à Césarée : « …c’est pourquoi je m’efforce d’avoir constamment une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes » Actes 24 : 16, version LSG, 1975. L’apôtre utilise le vocable grec συνείδησις, quel sens lui donne-t-il ?

(Συνείδησις = suneidesis = la conscience de toute chose ; ce qui distingue entre ce qui est moralement bon ou mauvais. Le mot a pour racine le verbe συνείδω, verbe composé de la préposition συν et du verbe είδω = voir par soi-même.  συνείδω c’est donc voir en soi-même dans son esprit.)

D’un point de vue biblique, il convient d’insister sur le caractère autonome de la conscience. Cette œuvre de l’esprit humain dépasse le simple fonctionnement d’une activité purement cérébrale. Dans la Genèse on apprend que Dieu a façonné une matière (qu’A. Chouraqui a appelé la glèbe), puis lui a transmis la vie par le souffle (ruah en hébreu et son correspondant grec : pneuma, c’est l’esprit). L’apôtre Paul, écrivant aux Chrétiens de Corinthe, affirmera : « lui (Dieu) qui nous a marqués de son sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l'Esprit. »  2 Corinthiens 1 : 22, version TOB.

Ainsi, la conscience aussi réelle qu’elle soit, ne peut toutefois être scientifiquement expliquée. Certes elle émane bien d’un corps ayant un cerveau, mais elle échappe à l’analyse rationnelle. Elle est le fait de Dieu. La conscience procède de l’Esprit. Elle peut être perçue comme bonne ou mauvaise. Elle peut aussi être cautérisée, mise en sommeil. Cette conscience de l’être profond n’est pas toujours en éveil. Des évènements viennent souvent la solliciter. Elle peut nous porter à des degrés de lucidité exceptionnels sur nous-mêmes, mais aussi nous plonger dans une absence déroutante. On parle alors d’inconscience.

Le Nouveau Testament nous met en garde sur la fragilité de la conscience. Elle peut se perdre dans les dédales de raisonnements foireux. On pourrait la comparer à la lumière tremblotante d’une bougie.

C’est la raison pour laquelle le Christ et les apôtres nous ont invités à beaucoup de vigilance.

« Sanctifiez dans vos cœurs le Christ qui est Seigneur. Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte.

Mais que ce soit avec douceur et respect, en ayant une bonne conscience… » 1 Pierre 3 : 15-16, version TOB.

 

Comme nous pouvons aisément le constater, le Nouveau Testament emploie (le plus souvent) le mot conscience dans son sens premier : la connaissance de soi.

 

La tentation d’éduquer la conscience n’a pas échappé aux pédagogues de tout bord. Dans toutes les religions on a même institué des directeurs de conscience (même si certains n’ont pas porté ce titre, l’action menée recouvre cette réalité). Cependant, à l’évidence le sujet est d’une surprenante complexité. L’être pensant qui est sujet doit s’objectiver afin d’être vraiment sujet. La conscience de soi doit s’ouvrir à une analyse tout en étant autoréférente. La conscience doit prendre en compte deux réalités : la réalité de soi (et de tout ce qui peut la détruire) et la perception du prochain. Bien sûr, les deux aspects peuvent être complémentaires, mais reconnaissons que l’antagonisme entre l’égocentrisme et l’altruisme fait partie de nos quotidiens.

 

Edgar Morin a bien résumé notre difficulté quand il écrit :

« La conscience est une réalité émergente que nous ne serons jamais capables d’expliquer à partir de données seulement biologiques ou cérébrales ; Elle peut être conçue, mais non « expliquée », parce qu’elle est non réductible aux éléments qui la produisent. » (2).

 

C’est précisément devant cette complexité non-apparente que le Nouveau Testament apporte un éclairage édifiant. Il nous sollicite à développer une analyse profonde de nos pensées et de nos motivations.

L’écrivain de l’épître aux Hébreux nous explique que pour se donner bonne conscience, les fidèles de son temps redoublaient en dévotion et en pratique de sacrifices (cf. Hébreux 9 : 9). De tout temps l’humain a cherché à combler la nécessité d’une saine introspection. C’est la raison pour laquelle le chapitre neuf de l’épître préconise, sous la direction de l’Esprit divin, une autre voie. Celle que le Christ a présenté par son humanité. Il écrit : « Approchons-nous donc avec un cœur droit et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de toute faute de conscience et le corps lavé d'une eau pure sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis» Hébreux 10 :22-23, version TOB.

Nous ne sommes jamais mal avec nous-mêmes, tant que nous sommes en situation de conscience et de responsabilité, avec toute la dynamique intérieure que cela suppose. Saint Exupéry écrivait fort justement : « Nul ne peut se sentir, à la fois, responsable et désespéré ».

La conscience est le bien le plus précieux qui nous est propre. Cela nous distingue de toutes les espèces animales. La conscience révèle notre intimité, Dieu seul la connaît.

 

Le deuxième volet de la définition de la conscience est en lien avec le monde extérieur. En particulier, il s’agit de ce que les autres pensent de nous ou du poids que peuvent avoir des évènements importants dans nos vies. Arriver à s’affranchir du regard des autres est une étape fondamentale dans la connaissance de soi. Elle a pour conséquence la faculté de se déterminer clairement. Le Seigneur a insisté sur ce point : « Quand vous parlez dites « Oui » ou « Non », tout le reste vient du malin » Matthieu 5 : 35, version TOB. La mise en pratique de cette recommandation nous éviterait bien des déboires…

Les apôtres ont clairement reçu ce message. Ils l’ont reproduit dans leurs écrits. Ainsi, Jacques, le frère du Seigneur, le responsable de la communauté chrétienne de Jérusalem dit : « Mais avant tout, mes frères, ne jurez pas, ni par le ciel, ni par la terre, ni d'aucune autre manière. Que votre oui soit oui, et votre non, non, » Jacques. 5 : 12, version TOB.

Un bon fonctionnement de la conscience, sanctifiée par l’Esprit, conduit à un comportement sans feinte, sans duplicité, sans calcul avec ses semblables. Apprendre à être clair dans ses pensées et ses actions nécessite un « travail » sur soi indispensable. C’est quand on est « fort » de la conviction que Dieu par Jésus-Christ a inscrite dans nos cœurs, que notre assurance devient insensible à toute critique malveillante. La capacité de dire simplement : « Non ! » face à des sollicitations malintentionnées est une force puissante. (Pendant la dernière guerre, c’est pour avoir refusé, en toute bonne conscience, de donner des noms de partisans que certains résistants ont perdu la vie. On pense en France à Jean Moulin et à plein d’autres).

 

C’est ainsi que l’apôtre Paul a confondu ses ennemis. Il dira à ses détracteurs : « Pourquoi ma liberté serait-elle jugée par une autre conscience ? » 1 Corinthiens 10 : 29, version TOB.

L’apôtre Paul a cherché, après sa rencontre mémorable avec le Christ, sur le chemin de Damas, à être le plus cohérent possible (avec ce qu’il avait compris de son enseignement). Riche de cette expérience, il écrivit à son jeune disciple Timothée : « Le but de cette recommandation, c’est un amour venant d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère. » 1 Timothée 1 : 5, version NEG.

 

Compter sur autrui est une preuve de confiance, mais savoir décider par soi-même est, par excellente, la démonstration d’une conscience en bonne santé. Pour parvenir à cette fin une vigilance active et lucide est indispensable. Elle a pour résultat de nous faire prendre conscience d’une aide extérieure bienveillante et fiable. Pour les Chrétiens, elle est en Christ et en son envoyé, l’Esprit Saint.

Dieu a inscrit ce bienfait au très fond de notre vie. Cela nous conduit à dire que la confiance en soi est le premier secret du bonheur.

L’abbé Pierre avait raison de dire : « la joie emplit le cœur lorsqu’on a rencontré la certitude que la vie n’est pas un chemin qui va vers rien ».

J’aime aussi cette pensée de Diderot qui rappelait la vérité suivante : « Va où tu voudras, tu y trouveras toujours ta conscience ».

 

Une conscience en éveil nous fait porter un regard différent sur autrui. Elle nous évite l’écueil de porter un jugement rapide sur notre entourage. D’ordinaire, on pense (dans les milieux dits religieux) que ceux et celles qui ne croient pas en Dieu et en son Christ seront bannis pour l’éternité. Or, l’apôtre Paul nous éclaire sur le sujet. Les arrhes de l’Esprit ont été donnés à tous les êtres humains. Ils produisent, suivant différents facteurs, des résultats différents. Ainsi Paul écrira aux Chrétiens de Rome : « Ce ne sont pas en effet ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu ; ceux-là seront justifiés qui la mettent en pratique. Quand des païens, sans avoir de loi, font naturellement ce qu'ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, eux qui n'ont pas de loi. Ils montrent que l'œuvre voulue par la loi est inscrite dans leur cœur ; leur conscience en témoigne également ainsi que leurs jugements intérieurs qui tour à tour les accusent et les défendent. »  Romains 2 :13-15, version TOB.

Il est vrai que tout le monde reçoit l’Esprit. Seulement, il ne suffit pas simplement de le recevoir ! Il faut encore avoir la volonté de le laisser agir en nous. Car, à l’évidence une conscience non éclairée par l’Esprit reste en sommeil. L’apôtre Paul pouvait affirmer : « En Christ je dis la vérité, je ne mens pas, par l'Esprit Saint ma conscience m'en rend témoignage. » Romains 9 : 1, version TOB.

 

Pourquoi la conscience, connaissance immédiate et spontanée suivant sa définition, doit être éclairée ?

N’est-ce pas pour discerner, le bien du mal, le bon du mauvais, le laid du beau ! Comment avancer dans la vie, si l’on n’arrive pas à se déterminer par des choix qui positionnent correctement notre JE.

 

Blaise Pascal abondait dans ce sens quand il écrivait : « la conscience est le meilleur livre de morale que nous ayons ; c’est celui qu’on doit consulter le plus ».

Encore faut-il que notre conscience en éveil soit étalonnée avec précision. Livrés à nous-mêmes nous n’avons pas cette faculté. Une aide extérieure nous est nécessaire. C’est une force d’admettre cette évidence. La vie du Christ et son enseignement sont une référence sur le sujet. Pour l’avoir négligée, certains de ses opposants ont versé dans l’hypocrisie, le mensonge, la calomnie. L’apôtre Paul dénoncera ceux qui ont une conscience faible marquée par de mauvaises

fréquentations (cf. 1 Corinthiens 8 : 7, 10, 12, 25, 27-29, version TOB).

 

Pourquoi la conscience a constamment besoin d’être éveillée ?

A cause de l’antagonisme dont nous parlions en début de cette réflexion sur la conscience. Antagonisme entre l’égoïsme et l’altruisme. Il y a autant de pauvreté dans le cœur de l’homme que de richesse. Cette réalité est perturbante. Il nous faut vivre avec, tout en essayant de conjuguer la conscience avec l’humilité et la dignité d’êtres aimés par Celui qui a déposé un trésor dans notre for intérieur. Socrate disait : « Ce qu’on peut donner de meilleur aux autres, c’est de les révéler à eux-mêmes ».

La réalité est que nous sommes tous à découvert dans nos consciences face à Christ. Impossible de cacher ce que nous sommes réellement (cf.  2 Corinthiens 5 : 11 ; Hébreux 4 : 13). Le Seigneur Jésus dira ouvertement à ses disciples : « Avant tout, gardez-vous du levain des Pharisiens, la fausseté. Rien n'est voilé qui ne sera dévoilé, rien n'est secret qui ne sera connu. Parce que tout ce que vous avez dit dans l'ombre sera entendu au grand jour ; et ce que vous avez dit à l'oreille dans la cave sera proclamé sur les terrasses. » Luc. 12 :1-3, version TOB.

 

L’apôtre Paul n’a cessé d’exhorter son disciple bien aimé à cultiver une bonne conscience. : « Voilà l'instruction que je te confie, Timothée, mon enfant, conformément aux prophéties prononcées jadis sur toi, afin que, fortifié par elles, tu combattes le beau combat, avec foi et bonne conscience. Quelques-uns l'ont rejetée, et leur foi a fait naufrage. » 1 Timothée 1 : 18-19, version TOB.

Plus tard, quand l’apôtre procédera à l’organisation des premières communautés chrétiennes, il demandera à ceux qui allaient exercer des responsabilités une qualité essentielle : être dans la foi avec une conscience pure (cf. 1 Timothée 3 : 9, version TOB.

Dans la même ligne de pensée, l’apôtre Pierre apportera une précision importante dans le rite du baptême institué par le Christ. Parlant de l’immersion du néophyte, il écrira : « C'était l'image du baptême qui vous sauve maintenant : il n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engagement envers Dieu d'une bonne conscience ; il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ. » 1 Pierre 3 : 21, version TOB. (Autrement dit, ce n’est pas le rite qui nous sauve, mais l’engagement d’une bonne conscience envers Dieu).

Pour avoir une conscience en éveil, non seulement nous avons besoin d’être visités par l’Esprit, mais encore nous avons aussi besoin de l’aide de ceux qui nous ont précédé dans la foi et l’espérance :

« Priez pour nous, car nous avons la conviction d'avoir une conscience pure avec la volonté de bien nous conduire en toute occasion. »  Hébreux 13 : 18, version TOB. (La prière fait partie des moyens qui nous exercent à la vigilance sur nous-mêmes et sur nos proches).

 

Conclusion :

 

Une conscience éveillée et vigilante soutient la comparaison avec une longue marche semée d’embûches. C’est parfois un parcours chaotique. L’apôtre Paul peut en témoigner quand il dit : « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas… » Romains 7 : 19, version NEG. Malgré toute l’ambivalence du sujet, le projet du Christ nous stimule à la simple découverte du bonheur d’être soi. Par la grâce de Dieu, poser un vrai JE dans nos choix devient source de joie. Cette conscience pure dont parle les apôtres, nous réalisons qu’elle n’est pas seulement notre fait. Ce bonheur partagé avec l’auteur de notre vie nous fait prendre conscience que malgré nos erreurs, nous demeurons enfants de Dieu. Lucides sur nous-mêmes et conscients de tout ce qui nous a été donné, nous pouvons avancer sereinement. C’est cela la joie d’être soi avec une conscience éveillée. Il y aura toujours des trous noirs, mais la lumière que Dieu place en nous sera la plus forte. Le Seigneur redit à chacun de nous : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » Jean 15 : 11, version TOB.

 

                                                                              

                                                                            Jacques Eychenne

 

 

PS : (1) et (2) « Encore un moment » Edgar Morin, éd. Denoël, mai 2023, p.41-54.

       LSG, version Louis Segond 1975 ; TOB, version Traduction Œcuménique de la      Bible ; NEG, version Nouvelles Editions de Genève.

 

 

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