La brebis et le loup

 

 

 

  La brebis et le loup

                 ou

   le serpent et la colombe

       Matthieu 10 : 16

             Luc 10 : 3

 

 

Introduction :

 

Le Seigneur a choisi douze disciples pour leur confier une mission éminemment solennelle : être porteur d’une bonne nouvelle de salut pour l’humanité, en commençant par le peuple d’Israël. L’engouement pour ce message fut tel que 70 autres disciples vinrent se joindre à cette épopée. La période de formation arrivant à son terme, Jésus donna à ses disciples ses dernières consignes (cf. Matthieu 10 : 5-16 ; Luc 9 : 2-6 ; 10 : 1-11). Avant de les envoyer deux par deux parcourir les villes et villages, il leur rappela que la tâche était immense : « la moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » Luc 10 : 2. Les disciples ne devaient pas être centrés sur leur privilège de porter cette bonne parole. La mission étant qualifiée de grande nécessitait une aussi grande armée d’ouvriers…

C’est donc dans ce contexte que le Seigneur prononça la phrase  énigmatique suivante :

« Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. »  Matthieu 10 : 16 ; ou « je vous envoie comme  des agneaux au milieu des loups » Luc 10 : 3. « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; soyez donc rusés comme les serpents et candides comme les colombes »  Matthieu 10 : 16, version TOB. (Φρόνιμος= avisé, sage, sensé, sensible, plein de bon sens ; ἀκέραιος= entier, sans mélange, pur, intact, intègre, candide, ingénu ;  λύκος = loup // faux prophètes et faux frères. Jérémie 5 :6 ; Actes 20 :29).

 

Malheureusement les récits ne nous parlent pas de la réaction des disciples… Comment l’ont-ils entendu et compris ? Comment pouvons-nous l’entendre aujourd’hui ? On a l’impression, en lisant rapidement la phrase, que le Seigneur envoie ses disciples carrément dans la gueule du loup. Quand une brebis va à la rencontre du loup, est-ce que la prudence est de mise ? Soyons sérieux ! Pourquoi ne pas avoir choisi l’image du lion plutôt que celui de la brebis ! La brebis n’est-elle pas un animal sans défense, incapable de vivre seule !  Passé ce premier niveau de lecture, on comprend bien que la formulation du Maître recouvre la réalité d’un vrai combat, avec toutes ses subtilités. Jésus indique clairement à ses compagnons de lutte que rien en ce monde ne peut être facile dans la diffusion du bien, du bon, du vrai. Le principe de précaution, induit par le Seigneur, n’a pas pour objectif de plonger ses disciples dans un climat anxiogène. Bien au contraire, l’attention avérée qui se tapit derrière ces recommandations est de fortifier la détermination spirituelle de ses disciples. Partant de là, la notion de prudence a toute sa place. Elle fait appel à une correcte attitude. En nous positionnant comme chrétiens, le sujet nous concerne au premier chef, d’autant que les forces d’opposition semblent s’être, de nos jours, passablement décuplées. Dès lors, essayons d’approfondir l’incidence de la correcte attitude de prudence dans nos quotidiens. Que recouvre-t-elle précisément ?

 

Développement :

 

Essayons de creuser, en tant que chrétiens, les trois grands champs de la relation : 1) la relation personnelle, 2) la relation à autrui, 3) la relation à Dieu. Que nous enjoint la prudence dans ces trois domaines ?

 

  1. La relation personnelle :

Il est important de commencer par soi. Est-ce que dans nos choix et dans nos attitudes, la prudence s’impose ? Prenons connaissance de la déclaration de l’apôtre Paul : « que chacun examine ses propres œuvres, et alors il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non par rapport à autrui ; car chacun portera sa propre charge. »  Galates 6 : 4-5.  Reconnaissons qu’il est plus facile de voir la paille dans l’œil du voisin que la poutre qui est dans le nôtre. (cf. Luc 6 : 42). La correcte attitude, en ce qui nous concerne, est magnifiquement décrite par le roi David. S’adressant à l’Eternel, il présente sa prière avec ces mots : « sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur ! Eprouve-moi, et connais mes pensées ! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l'éternité ! »  Psaume 139 : 23-24 . Bien se connaître, n’est-ce pas non plus s’apprécier, reconnaître ses points forts et ses faiblesses ? Notre difficulté est que nous procédons souvent par comparaison. Elle est la première source de souffrance, car elle s’oppose à la notion du contentement. Toute notre société de consommation est construite sur l’omnipotent principe des références. Il y a des standards de vie, des top-modèles, des personnalités politiquement correctes etc. On ne nous enseigne pas assez à penser par nous-mêmes… La prudence recommandée par le Seigneur n’a pas simplement valeur de protection de soi. La prudence n’annihile pas le désir d’entreprendre, elle le bonifie. Elle favorise le bon choix. Un proverbe latin dit avec humour : « jamais la souris ne confie à un seul trou sa destinée ».  La prudence sur ce point consiste à faire fi du regard des autres et à  prendre en compte tous les points forts de notre personnalité. Pour progresser dans la connaissance de soi, nous avons besoin, en tant que chrétiens, du miroir des paroles du Christ, ainsi que de l’aide de l’Esprit Saint. Alors, les bonnes choses s’imposeront simplement d’elles-mêmes.

« C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. »  Matthieu 7 : 24 .  La prière peut aussi nous aider à épurer l’essentiel de l’insignifiant. La prudence revient à se débarrasser de tous nos encombrants (cf. Hébreux 12 : 1-2).

  1. La relation à autrui :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Marc 12 : 31. Comment concevoir la prudence dans nos relations interpersonnelles ? On raconte qu’un jour quelqu’un vint trouver

Socrate pour lui parler d’un de ses amis.

- Ecoute Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit…- Arrête ! Arrête ! Interrompt Socrate. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ? - Les trois tamis ? dit le visiteur surpris et plein d’étonnement. - Oui, mon bon ami, trois tamis. On va voir si ce que tu vas me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est celui de la vérité.  As-tu vérifié si tout ce que tu veux me raconter est vrai ? – Non, je l’ai entendu dire, et … - Bien, bien ! Mais, l’as-tu seulement fait passer par le deuxième tamis, celui de la bonté. Si ce que tu veux me raconter n’est pas totalement vrai, est-ce au moins quelque choses de bon ? Hésitant, il répondit : non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire … Arrête ! Arrête ! dit le sage Socrate et essayons de nous servir du troisième tamis et voyons s’il est utile que tu me racontes ce que tu as entendu dire sur mon ami. – Utile, ce n’est pas précisément le mot répondit le visiteur… Alors, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir. Et quant à toi, je te conseille de l’oublier.

Cette courte histoire nous dit tout sur la prudence dans nos relations interpersonnelles. Cette prudence induit le choix de nos amis. La force de l’amitié, c’est la confiance qu’elle engendre, car l’amitié suppose toujours la bienveillance et le respect, mais elle n’interdit pas l’exigence d’être vraie. Le dosage entre l’exigence et la bienveillance est à l’être humain ce que le meilleur engrais est à la plante.

En ce qui concerne nos relations, il est bon d’actualiser le conseil de l’apôtre. « Examinez toutes choses; retenez ce qui est bon. » 1 Thessaloniciens 5 : 21. Cette recommandation est judicieuse comme principe général, appelé à régir tous nos comportements. Si les émotions jouent un rôle important en relation, la prudence requiert de les canaliser. Les sentiments ont souvent besoin d’être filtrés par la raison.

Une bonne relation à autrui est faite alternativement d’échanges, mais aussi de silence, d’intimité, mais aussi d’éloignement, mais aussi de présence à l’autre, mais encore d’absence. La prudence requiert  le respect de ces rythmes de vie. Examinez toutes choses, c’est peut-être accepter ces alternances pour tendre vers une qualité de relation, de même que la sobriété de nos paroles donnent plus de sens à ce que l’on dit.

La prudence en termes relationnels ne fait pas l’économie de la bienveillance, de l’empathie ou de la congruence. Comme l’écrivait Albert Camus :

« Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser. »

Si l’homme est un loup pour l’homme, le Seigneur nous a aussi parlé de la qualité des agneaux (cf. N’est-il pas lui-même identifié à l’agneau de Dieu ? les qualités de l’agneau ne sont-elles pas douceur et d’humilité !). Si le Seigneur a recommandé à l’apôtre Pierre de paître les agneaux et les brebis, par extension l’invitation nous concerne (cf. Jean 21 : 15-17). Elle mène à la solidarité et à la compassion des humains. Mais redisons-le, on ne peut bien vivre en relation qu’à partir du moment où le dialogue avec la solitude nous est familier. Le paradoxe est que pour être profondément solidaire, il faut au préalable avoir appris à être solitaire.  

Etre solidaire, c’est aussi accepter la différence et composer avec. A ce sujet l’apôtre dira (à propos des relations entre fidèles dans la foi) : « supportez-vous les uns les autres, et, si l'un a sujet de se plaindre de l'autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. Mais par-dessus toutes ces choses revêtez-vous de l'amour, qui est le lien de la perfection. »  Colossiens 3 : 13-14.

La prudence devrait nous conduire à un rejet de la médisance, de la calomnie et de la haine. Pour éviter ces écueils, il conviendrait résolument de s’abstenir de critique et de jugement. « Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui ? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir. » Romains 14 : 4.

 

  1. La relation à Dieu :

« Examinez-vous vous-mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous ? À moins peut-être que vous ne soyez désapprouvés. »  2 Corinthiens  13 : 5.

Dans notre relation à Dieu, que nous disent les écrits inspirés ?

- Ils nous proposent de ne pas nous illusionner sur notre foi. « Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber ! »  1 Corinthiens 10 : 12. Devant les épreuves de la vie, la prudence doit faire place à la lucidité. Sous prétexte d’avoir une foi solide, on risque de s’aventurer en terrain dangereux.

- Ils nous invitent à rester simples et discrets (cf. simples comme les colombes). L’amour ne fait point de publicité. La prudence dans la relation à Dieu, c’est de nous redire que la vraie relation fait référence à l’intimité, non à la démonstration de sa spiritualité. « Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Matthieu  6 : 5-6. A ce sujet la prudence requiert de bien prendre en compte le conseil de l’apôtre Paul : « par la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun de vous de n'avoir pas de lui-même une trop haute opinion, mais de revêtir des sentiments modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun. »  Romains 12 : 3.

- La prudence invite aussi au discernement. L’apôtre résume bien l’état d’esprit qui devrait nous animer : « ce que je demande dans mes prières, c'est que votre amour augmente de plus en plus en connaissance et en pleine intelligence pour le discernement des choses les meilleures. »  Philippiens  1 : 9-10.

 

Gandhi disait « l’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit ».

 

- La prudence ne peut en aucun cas faire l’économie d’une conviction. Cette conviction qui est aussi acte de foi, un homme l’a exprimé très simplement devant un auditoire contestateur, méprisant, et agressif. Il a osé dire fermement : « je sais une chose, c'est que j'étais aveugle et que maintenant je vois. » Jean 9 : 25 (lire Jean 9).

- La prudence nous dit encore d’être authentiques dans notre relation à Dieu. Pour cela, il est nécessaire d’éviter de prononcer des paroles à la légère. Le Seigneur Jésus a déclaré lors de son sermon sur la montagne : « Ceux qui me disent Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? N’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? Et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? Alors je leur dirai ouvertement : je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. »  Matthieu 7 : 21-23.   

La prudence qui est une forme de sagesse, attise notre bon sens pour que nous rejetions tout ce qui peut entraver notre marche vers Dieu. Dans ce contexte, l’apôtre Paul énonce les conséquences positives : « nous ne serons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais en professant la vérité dans l'amour, nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. » Ephésiens  4 : 14-15.

- La prudence nous conduit à devenir adultes et non adulescents : « Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement ; mais pour la méchanceté, soyez enfants, et, à l'égard du jugement, soyez des hommes faits. » 1 Corinthiens  14 : 20.  Et ailleurs : « ne vous laissez pas entraîner par des doctrines diverses et étrangères ; car il est bon que le cœur soit affermi par la grâce. » Hébreux  13 : 9. En corollaire à ces déclarations, disons que la prudence requiert l’exigence de vérifier si ce que l’on nous dit est conforme aux enseignements du Christ. Sur ce point la correcte attitude des habitants de la ville de Bérée est un modèle à suivre (cf. Actes 17 : 10-12).

 

Conclusion :

 

Non ! Le Seigneur ne nous envoie pas dans la gueule du loup… L’important dans ce texte est le « Moi, je vous envoie = ἐγὼ ἀποστέλλω ὑμᾶς ». Nous sommes déjà dans l’assurance d’être protégés. Le Christ assume sa responsabilité, mais il nous fait aussi réfléchir sur notre correcte attitude, car ni la prudence, ni la simplicité ne nous sont naturellement familières. Elles sont pourtant, plus que jamais de circonstance de nos jours. Non seulement, elles devraient s’imposer pour nous-mêmes, mais aussi dans notre responsabilité vis-à-vis de nos familles. Comme l’arbre, nous avons besoin de racines, comme l’oiseau nous avons besoin d’utiliser nos ailes. La prudence nous conduit à vérifier nos enracinements (cf. Colossiens 2 : 6-7). La simplicité de la colombe nous éveille à cette formidable possibilité de nous appuyer sur les ailes de la foi (cf. Hébreux 11). Partant de l’arbre, tel l’oiseau prenant son envol vers le ciel, notre foi est constamment invitée à se déployer. La prudence de l’amour bannit la crainte, soyons donc ardents et déterminés tout en restant conscients de l’âpreté du combat.

 

« Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous soyez aussi dans la joie et dans l'allégresse lorsque sa gloire apparaîtra. » 1 Pierre  4 : 13.

 

                                                                                   Jacques Eychenne

 

 

 

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