L' exigence d'excellence spirituelle

 

L’exigence  

d’excellence

   spirituelle

  Matthieu 5 : 48

 

Introduction :

 

Quand Jésus inaugura son ministère public, il prononça en Galilée, sur les bords du lac de Tibériade, un mémorable discours. Dans son contenu, nous trouvons cette phrase : « soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Matthieu 5 : 48. Juste avant, le Seigneur avait prescrit d’aimer ses ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent (cf. Matthieu 5 : 44). C’était déjà une injonction forte, à la limite de l’acceptable, mais avec la demande d’être parfait, on se dit que cela dépasse le raisonnable. N’est-ce pas trop nous demander ? Le Christ peut-il nous enjoindre ce qui est impossible ? Comment faut-il comprendre la phrase ? Que peut-on entendre avec le mot « perfection » ? Nous allons essayer de voir clair, car l’histoire chrétienne démontre qu’une interprétation  déséquilibrée a donné naissance à des pratiques désordonnées…

 

Développement :

 

Regardons d’abord grammaticalement le texte, et observons des traductions différentes. « Εσεσθε τέλειοι ». Le verbe utilisé est le futur du verbe Etre (cf. « vous serez »), mais certains ont compris qu’il fallait l’entendre comme un impératif. Ainsi, les versions catholiques, protestantes, Darby, A. Chouraqui se partagent en deux groupes assez équilibrés (dans chaque religion). Les uns prennent le futur : « vous serez parfaits », les autres l’impératif « soyez parfaits ». Pourtant la différence est importante. Soit, il nous faut comprendre que de notre vivant, nous devons arriver à la perfection, soit c’est une promesse qui est faite aux ayant foi. Ils sont appelés à ressembler au Père céleste dans son royaume… Donc,  soit Dieu attend que nous soyons parfaits maintenant, soit cet état de perfection nous sera accordé lors de l’établissement de son royaume. Soit … il y a encore d’autres pistes de compréhension. Mais pour l’heure, laissons la question ouverte…

Examinons maintenant ce à quoi nous sommes appelés et qui relève de l’être. Le mot traduit est : parfait (τέλειοι). Faut-il l’entendre comme impeccable, c’est-à-dire, sans défaut, irréprochable, ou comme le définit le dictionnaire grec-français de Maurice Carrez et François Morel : arrivé à l’accomplissement, adulte, achevé ? Observons que d’autres abordent un sens différent : A. Chouraqui traduit l’attribut par : intègre. Là encore, suivant le sens que l’on donne à cet attribut, on peut soit se décourager en se résignant, soit être mobilisé par une aspiration de progrès.

Prenons comme première traduction : « soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Posons-nous la question : pouvons être parfait comme Dieu est parfait ? Est-ce possible ? La réponse, qui s’impose à nous, dit : Non ! Pourquoi ?

 

1) Spirituellement, nous ne sommes pas responsables de notre imperfection de nature. Car, nous avons reçu un héritage (cf. transmission  d’une hérédité de transgresseur permanent de la loi divine) sans que l’on nous demande notre avis. Prenant conscience de cette solidarité incontournable, Jean d’ Ormesson avait raison de dire : « Ce serait atroce si nous ne mourrions pas… ». Ailleurs, il positivera encore : « Nous avons de la chance de mourir… »

L’apôtre Paul fait le même constat :

« quoi donc ! Sommes-nous plus excellents ? Nullement. Car nous avons déjà prouvé que tous, Juifs et Grecs, sont sous l'empire du péché, selon qu'il est écrit : Il n'y a point de juste, pas même un seul ; nul n'est intelligent, nul ne cherche Dieu ; tous sont égarés, tous sont pervertis ; il n'en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul. »  Romains 3 : 9-12,  version de Genève. Une fois acté le fait, même si on peut le considérer comme rebutant ou décourageant, il s’agit de nous fournir une explication sérieuse. Paul, notre théologien apostolique va s’y employer.

« Car, puisque la mort est venue par un homme, c'est aussi par un homme qu'est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ. »  1 Corinthiens 15 : 21-22.

C’est parce que nous ne sommes pas responsables de l’héritage qu’Adam et Eve nous ont laissé, qu’il nous est impossible d’être parfaits, ici et maintenant, dans la compréhension d’une perfection = absence de péché. C’est précisément à cause de cette solidarité de la race humaine dans le mal, que Dieu a envoyé son Fils pour nous sortir de ce bourbier (cf. Jean 3 : 16). L’apôtre est clair :

« si c'est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts. » 1 Corinthiens 15 : 19-20, version de Genève. L’imperfection de notre naturecar tous ont péché et sont privés de la gloire de DieuRomains 3 : 23,  nous place dans l’impossibilité d’être « comme Dieu est parfait ». De ce fait, nous ne sommes pas responsables de cette situation.

 

2) Par contre, il existe une imperfection de situation (c’est ma formulation). Elle engage notre responsabilité au quotidien. Là, nous devons bien rendre compte de nos choix et de nos actes. Malheureusement, l’imperfection de nature et l’imperfection de situation nous conduisent à la même désolante finalité. Vu sous cet angle, le Seigneur nous demanderait-il l’impossible ? Est-ce seulement possible ?

Cette démonstration serait complètement démoralisante, si Dieu n’avait pas intégré tous les paramètres de notre condition humaine. Son intervention en tant que Père était non seulement souhaitable, mais absolument nécessaire. Sur un plan humain, on sait bien que les reproches ne changent rien, si par ailleurs, on ne propose pas, en même temps, une solution. Encore faut-il veiller à la transmettre dans un état d’esprit qui permette de l’accueillir.

Saint Augustin disait dans sa prière : « Donne ce que tu ordonnes, Seigneur, et ordonne ce que tu veux »…

C’est alors que Dieu a déployé son Amour… L’apôtre Paul en parle avec aisance et profondeur :

« or, l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. À peine mourrait-on pour un juste; quelqu'un peut-être mourrait pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. »  Romains 5 : 5-8, version de Genève.

 

Reprenons notre problématique du début : « soyez parfaits ou vous serez parfaits  » et posons-nous la question suivante : est-ce que les deux formulations peuvent s’entendre sous le rapport de la foi ? L’apôtre Paul confirme : « Que le Dieu de paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre esprit, votre âme et votre corps soient parfaitement gardés pour être irréprochables lors de la venue de notre Seigneur Jésus-Christ. Celui qui vous appelle est fidèle : c'est lui encore qui agira. » 1Thessaloniciens 5 : 23-24, version TOB.

D’après le médecin bien-aimé Luc, (qui synthétise le discours de Jésus sur la montagne), le caractère de la  perfection est traduit par : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » Luc 6 : 36. La TOB traduit miséricordieux par : « généreux ». La Bible de Jérusalem par : « compatissants ». Ce sont des valeurs qui relèvent de la pratique de l’amour ; elles éclairent la notion de perfection.

 

3) La troisième piste que nous pouvons ouvrir, consiste à dire que les deux formulations sont justes (cf. L’impératif et le futur du verbe être). L’impossible que nous décrions tout à l’heure, peut, par la foi, percuter le réel. Comment cela ?

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Et si l’impératif ne concernait pas ce qui relève de nos capacités ? Et si précisément son but serait de nous faire prendre conscience de nos limites pour mieux les combler ? Si, c’est l’agir de Dieu, (grâce au Christ, et sous la direction de l’Esprit Saint) qui crée cette réalité, nous n’avons qu’à l’accueillir. Il faudrait dès lors comprendre que notre engagement de foi dans les promesses divines, nous fait regarder différemment par notre Père céleste. En regard de notre engagement de cœur, Dieu nous considère, dès à présent, comme parfaits. L’apôtre Paul développe ce sujet en prenant l’exemple d’  Abraham. Il écrit :

« devant la promesse divine, il ne succomba pas au doute, mais il fut fortifié par la foi et rendit gloire à Dieu, pleinement convaincu que, ce qu'il a promis, Dieu a aussi la puissance de l'accomplir. Voilà pourquoi cela lui fut compté comme justice. Or, ce n'est pas pour lui seul qu'il est écrit : cela lui fut compté, mais pour nous aussi, nous à qui la foi sera comptée, puisque nous croyons en celui qui a ressuscité d'entre les morts Jésus notre Seigneur, livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification. » Romains  4 : 20-25, version  TOB.

Le principe de la justification par la foi définit le caractère parfait de celui ou celle qui est crédité de la justice du Christ. 

« Ainsi donc, comme la faute d'un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l'œuvre de justice d'un seul (cf. Christ) procure à tous une justification qui donne la vie. »  Romains 5 : 18, version de Jérusalem. L’acte de foi s’approprie le don de la grâce qui aboutit à la justification (cf. Romains 5 : 18). Par elle, Dieu nous considère comme parfaits. Le même apôtre Paul précisera aux chrétiens de la Galatie :

« quant à nous, nous mettons notre espoir en Dieu, qui nous rendra justes à ses yeux ; c'est ce que nous attendons, par la puissance du Saint-Esprit qui agit au travers de notre foi. » Galates 5 : 5, version Bible en français courant.

Nous pouvons donc souscrire à la demande impérative du Seigneur :

« soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Tout aussi bien, nous pouvons souscrire à la deuxième formulation :

« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Matthieu 5 : 48, version TOB. Mais, là encore, au moins deux niveaux de compréhension s’imposent :

 

 - a) Nos imperfections, nos erreurs seraient présentement actées. Mais par la foi (qui est adhérence de cœur aux promesses divines), nous serions assurés d’être crédités de la perfection du Christ, notre substitut devant Dieu. C’est ce qu’explique l’ apôtre Paul aux chrétiens de la ville de Colosses : 

« vous-mêmes, qui étiez devenus jadis des étrangers et des ennemis, par vos pensées et vos œuvres mauvaises, voici qu'à présent Il vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort, pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et sans reproche. Il faut seulement que vous persévériez dans la foi, affermis sur des bases solides, sans vous laisser détourner de l'espérance promise par l'Évangile que vous avez entendu, qui a été prêché à toute créature sous le ciel, et dont moi, Paul, je suis devenu le ministre. » Colossiens 1  : 21-23,   version de Jérusalem.

 

- b) Soit nous serions reconnus parfaits, à la suite d’un long processus de croissance conduisant à la plénitude de la maturité spirituelle. Comme dans le règne végétal, la plante prend son temps de croître, jusqu’à parvenir à maturité. Parvenu à ce stade d’évolution, tout plant qui produit du fruit peut être déclaré parfait. Ainsi, serait cette reconnaissance de perfection qui ponctuerait notre pèlerinage terrestre.

De même, on pourrait aussi considérer qu’à chaque stade de notre développement, nous serions perçus comme parfaits. Ainsi était Jésus.

« Il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes. » Luc 2 : 52, version de Jérusalem.

L’ apôtre Paul développe ce processus de croissance :

« C'est lui (Christ) encore qui " a donné " aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère, en vue de la construction du corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet homme parfait, dans la

force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ. Ainsi nous ne serons plus des enfants, nous ne nous laisserons plus ballotter et emporter à tout vent de la doctrine, au gré de l'imposture des hommes et de leur astuce à fourvoyer dans l'erreur. Mais, vivant selon la vérité et dans la charité, nous grandirons de toutes manières vers celui qui est la Tête, le Christ, dont le corps tout entier reçoit concorde et cohésion par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l'actionnent selon le rôle de chaque partie, opérant ainsi sa croissance et se construisant lui-même, dans la charité. »  Ephésiens 4 : 11-16, version de Jérusalem.  

 

Conclusion :

 

En accueillant ce texte avec un esprit d’ouverture, nous constatons que l’impossible, réclamé par le Seigneur peut devenir une réalité accessible. Seulement, cette réalité ne se situe pas là où on la place ordinairement. Cette réalité ne dépend pas de notre qualité d’être (cf. Ephésiens 2 : 8-10). Elle n’est point comme si nous étions capables, en tout point, d’imiter la stature parfaite de Christ. Non ! Cette réalité dépend de Dieu. Répondant à notre foi de cœur, il porte à notre crédit ce que le Christ a vécu à notre place.  

Dès le départ de l’humanité, le personnage s’opposant au dessein bienveillant de Dieu, n’a cessé de murmurer à nos oreilles.  Il a prétendu que notre avenir nous appartenait, et que nous pouvions être dans la perfection des dieux, en faisant notre volonté. Ce personnage maléfique affirmait que Dieu nous avait menti pour asseoir sa domination sur nous (cf. Genèse 3 : 1-5). La vérité est tout autre. Dieu, par Jésus-Christ a dit vrai. Etre parfait est possible. En renversant les prétentions fallacieuses de l’adversaire, Dieu a rendu possible une aspiration vers un absolu. Il s’est imposé afin que nous soyons en lien avec Lui. Ainsi, la communication avec le divin est aujourd’hui devenue possible. Elle le sera encore plus et mieux demain, au lendemain de la résurrection.

 

Cela démontre que Dieu a investi son amour dans le cœur de l’homme… Notre réponse de foi permet le miracle de ne plus être considérés tels que nous sommes présentement, mais tels que nous serons au soir de la résurrection. Dieu nous voit propres, alors que nous sommes sales. Soit nous restons sur le regard de l’homme, sur lui-même, aujourd’hui, soit nous épousons le regard de Dieu sur lui, aujourd’hui, et demain.  Et cela change tout !

 

Alors oui ! Je puis me déclarer parfait, non parce que je le suis réellement aujourd’hui, mais tout simplement parce que c’est Dieu qui me le dit. « Celui qui vous appelle est digne de confiance : c’est lui qui le fera » 1 Thessaloniciens 5 : 24, Nouvelle Bible Segond. Le bénéfice extraordinaire qui nous est conféré par cette bonne nouvelle est remarquable. Elle allège le sac à dos que nous portons toute notre vie, et nous permet d’envisager nos quotidiens avec sérénité.

« Que le Seigneur de paix vous donne lui-même la paix en tout temps, de toute manière ! Que le Seigneur soit avec vous tous » 2 Thessaloniciens 3 : 16, version Nouvelle Bible Segond.

                                                                               Jacques Eychenne

 

 

 

 

 

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