et la porte fut fermée

 

 

 

        et la porte fut fermée.

                     ou

        le symbolisme du déluge

           Genèse 7 : 16

 

 

Introduction :

 

Quand on ouvre le livre de la Genèse, on est surpris par le concentré des récits. On souhaiterait que des explications nous soient données sur la création du monde, l’apparition de l’homme, la description du déluge etc. Force est de constater que notre soif de connaissances reste en suspension. De là à penser que tout ce qui nous est rapporté est purement mythologique, il n’y a qu’un pas. Cependant, notre intelligence a du mal à concevoir l’absence totale de réalités concrètes. La terre est bien là, nous aussi, et les animaux de même. Dès lors, comment faire le tri dans ces textes bibliques ? Si les patriarches, les prophètes, le Christ et ses apôtres ont considéré  comme véridique le contenu de ces récits, il est sage d’accueillir leur position comme crédible. Toutefois, prenons la précaution d’appréhender ces textes à divers niveaux de lecture. Par exemple, une légende, qui est une construction imaginaire, peut être vraie dans sa transmission, sans pour autant correspondre à une réalité attestée. Certes, la Bible n’est pas un livre de légendes, pour autant, c’est avec cette prudence que nous allons aborder le récit du déluge.

 

Développement :

 

Quand on lit le déroulement des évènements ayant présidé au déluge, quantité de questions pratiques viennent à notre esprit. Vouloir les éluder ou chercher à les élucider est peine perdue. Plutôt que de buter sur des détails, essayons de comprendre ce que cette histoire veut nous dire, à nous, aujourd’hui. C’est dans cet esprit que l’apôtre Paul écrit aux chrétiens de Rome : « en effet, tout ce qui a été écrit dans le passé le fut pour notre instruction, afin que la constance et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l'espérance »  Romains 15 : 4, version FBJ.

Essayons de comprendre la portée symbolique et prophétique de cet évènement.

« Car de même qu'en ces jours d'avant le déluge, on mangeait et on buvait, l'on se mariait ou l'on donnait en mariage, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, et on ne se doutait de rien jusqu'à ce que vînt le déluge, qui les emporta tous. Tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme »  Matthieu 24 : 38-39, version TOB.

 

Par ces mots, le Seigneur atteste la portée prophétique de l’évènement du déluge. A nous donc, de chercher à sonder le sens caché de son enseignement.

Que cette inondation ait recouvert une partie ou une totalité de la terre semble secondaire. Toutefois, cette histoire se trouve rapportée depuis la nuit des temps, sous différentes formes, dans des civilisations antiques, étrangères au milieu biblique. Ce mythe est décrit chez les Babyloniens dans l’épopée de Gilgamesh et il est attesté chez les Sumériens. « Extrêmement répandus, les mythes de catastrophes cosmiques racontent comment le monde a été détruit et l'humanité anéantie, à l'exception d'un couple ou de quelques survivants. Les mythes du Déluge sont les plus nombreux, et presque universellement connus (bien qu'extrêmement rares en Afrique). À côté des mythes diluviens, d'autres relatent la destruction de l'humanité par des cataclysmes cosmiques : tremblements de terre, incendies, écroulement de montagnes, épidémies… » Encyclopédia universalis sur internet. Dès lors, ce récit biblique n’est-il pas là pour nous dire que cette inondation  a une certaine valeur historique ? Ou, a minima, qu’elle est porteuse d’un message universel ?

Observons que les écrivains bibliques ont attesté sous l’inspiration (cf. 2 Timothée 3 : 16), l’existence de Noé (cf. Genèse 10 : 32 ; 1 Chroniques 1 : 4 ; Esaïe 54 : 9 ; Ezéchiel 14 : 14,20 ; Matthieu 24 : 37-38 ; Luc 3 : 36 ; 17 : 26-27 ; 1 Pierre 3 : 20 ; 2 Pierre 2 : 5).

Le plus important pour nous est l’utilisation que le Seigneur Jésus en a faite. Le récit est mis en parallèle avec un tableau de la fin des temps. Autant dire qu’il est aussi en rapport avec un aspect de jugement. C’est du moins ce qu’atteste l’écrivain de  l’épitre aux hébreux : « par la foi, Noé, divinement averti de ce que l'on ne voyait pas encore, prit l'oracle au sérieux, et construisit une arche pour sauver sa famille. Ainsi, il condamna le monde et devint héritier de la justice qui s'obtient par la foi »  Hébreux 11 : 7, version TOB.

L’apôtre Pierre précisera que nous sommes bien dans un contexte de justice : « Il n'a pas épargné non plus l'ancien monde, mais il préserva, lors du déluge dont il submergea le monde des impies, Noé, le huitième des survivants, lui qui proclamait la justice »  2 Pierre 2 : 5, version TOB.

Ainsi, le déluge symboliserait le souverain jugement de Dieu. Il faut dire que l’atmosphère qui régnait avant que Dieu n’intervienne était nauséabonde : « Le SEIGNEUR vit que la méchanceté de l'homme se multipliait sur la terre: à longueur de journée, son cœur n'était porté qu'à concevoir le mal »  Genèse 6 : 5, version TOB. L’apôtre Paul rappellera aux Galates que l’on ne moque pas de Dieu (cf. Galates 6 : 7). Avant lui, Salomon avait dit «  qui sème l’iniquité moissonne l’iniquité » Proverbes  22 : 8, version NEG.

C’est certainement la raison pour laquelle  Dieu ordonne à Noé et sa famille d’entrer dans l’arche (cf. Genèse 7 : 1) car son jugement devait être exécuté. Et c’est YHWH-Adonaï lui-même qui ferma la porte de l’arche (cf. Genèse 7 : 16). Cela dit en creux, qu’il  nous est impossible de contester l’autorité souveraine de Dieu. Ce récit peut nous paraître énigmatique, mais cela n’obère pas sa portée eschatologique et prophétique. Eschatologique, car comparaison est faite avec le retour du Christ, et symbolique, car dépeignant le tableau de la moralité de la dernière génération. L’effet miroir du récit du déluge nous conduit à une dégradation exponentielle de la moralité et de la pratique du bien avant la venue du Christ. Cela peut nous sembler extravagant, et pourtant ! Le Seigneur n’a-t-il pas prévenu : « quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »  Luc 18 : 8, version LSG.

 

Dans cette théologie du jugement, la signification de la porte fermée trouve un prolongement dans les récits de Jésus et de ses disciples. Elle nous indique que la grâce de Dieu à un terme. Dieu seul l’a fixé. Le Seigneur Jésus a développé le sujet en marchant sur les chemins de Galilée vers Jérusalem : « quelqu'un lui dit : « Seigneur, n'y aura-t-il que peu de gens qui seront sauvés? ». Il leur dit alors : « efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas. Après que le maître de maison se sera levé et aura fermé la porte, quand, restés dehors, vous commencerez à frapper à la porte en disant: ‹Seigneur, ouvre-nous›, et qu'il vous répondra : vous, je ne sais d'où vous êtes, alors vous vous mettrez à dire: ‹Nous avons mangé et bu devant toi, et c'est sur nos places que tu as enseigné; et il vous dira : ‹Je ne sais d'où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal›. Il y aura les pleurs et les grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, ainsi que tous les prophètes dans le Royaume de Dieu, et vous jetés dehors »  Luc 13 : 23-28, version TOB.

Le propos nous paraît extrêmement sévère, il n’en est pas moins juste, d’une justice parfaite au-dessus de tout soupçon. Qu’est-ce qui nous le prouve ? L’amour que YHWH-Adonaï a donné à notre humanité. Se méprendre sur les sentiments profonds du Créateur relève du blasphème. Qui sommes-nous pauvres mortels pour oser défier la justice divine ! Avant que la porte de la grâce ne se ferme, Dieu a ouvert toutes les portes de son possible pour que nous accueillions son amour salvateur (cf. Osée 11 : 1-4). Dès le début de son ministère terrestre, Jésus de Nazareth, nous a conseillés un chemin : « Entrez par la porte étroite. Large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux ceux qui s'y engagent; combien étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux ceux qui le trouvent » Matthieu 7 : 13-14, version TOB.

Il ne s’agit pas, comme au Moyen Age, de faire entrer les gens dans les Eglises par peur.

 

Il s’agit de prendre conscience que nous sommes responsables de nos choix. Après avoir parlé de son origine divine aux pharisiens, Jésus leur adressa la parabole du bon berger (cf. Jean 10 : 1-18). Spirituellement, les spots d’éclairage spirituels sont orientés vers la porte. Que mettent-ils en lumière :

  • La nécessité de passer par la porte de la bergerie. Toute autre tentative de pénétration est considérée comme relevant du voleur.
  • C’est le berger qui ouvre la porte, pas les brebis.
  • Le Berger connaît ses brebis, et les appelle par leur nom. Elles le suivent au son de sa voix. C’est une relation unique. Elles ne suivront pas un étranger !
  • Le berger aime ses brebis. Il les conduits dans de verts pâturages (cf. Psaume 23).
  • Jésus a dû préciser qu’il était à la fois, la porte des brebis, et le bon berger (cf. v. 9, 11). Concernant la porte, il précisera solennellement : « Je suis la porte : si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé, il ira et viendra et trouvera de quoi se nourrir ». Quant au bon berger, il décrira les sentiments qui l’habitent : « il donne sa vie pour ses brebis. Il connaît ses brebis et elles le connaissent ». Nous sommes dans le langage de l’amour.

Cette parabole nous restitue complètement les principes de la justice divine fondés sur l’amour. Dieu ne force personne à l’aimer ! Toutes les preuves nous ont été fournies en Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur. Le message de l’ange à l’Eglise de Philadelphie est pour nous aujourd’hui : « J’ai mis devant toi une porte ouverte que personne ne peut fermer » Apocalypse 3 : 8c, version LSG.

Pour ceux qui ont l’habitude de fermer leur porte, il y a encore une ouverture possible et heureuse. Voici ce que dit l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le principe de la création de Dieu (cf. Jésus-Christ, apocalypse 3 : 14) : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi » Apocalypse 3 : 20, version NEG.

Comment mettre en doute la grande et belle intentionnalité de Dieu ? Il est venu vers nous en Jésus-Christ. Il veut manger à notre table, entrer dans notre intimité, avoir un temps de partage… Les sentiments du Christ sont connus. La dernière Pâque, avec ses disciples à Jérusalem, les révèle : « J’ai désiré vivement manger cette pâque avec vous, avant de souffrir ; car je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu » Luc 22 : 15-16, version LSG (Litt. « ἐπιθυμίᾳ ἐπεθύμησα = d’un vif désir, j’ai désiré… ἐπιθυμέω = le verbe exprime un désir intense. Comp. avec Matthieu 13 : 17 ; 1 Pierre 1 : 12c  »).  «  Heureux qui prendra part au repas dans le royaume de Dieu » Luc 14 : 15, version TOB.

Le récit du déluge nous invite à  ne point nous méprendre sur la justice divine. L’apôtre Pierre associe, à l’enseignement de ce cataclysme, la patience de Dieu, et il ajoute : « C'était (le déluge) l'image du baptême qui vous sauve maintenant : il n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engagement envers Dieu d'une bonne conscience; il vous sauve par la résurrection de Jésus Christ ». 1 Pierre 3 : 21, version TOB (cf. Dans l’original il est question non d’une image, mais de l’ ἀντίτυπον = antitype en français. C’est une réplique de quelque chose, une correspondance avec une figure ou une image du passé, ex. Hébreux 9 : 24).

 

Que nous enseigne l’opinion inspirée Pierre?

  1. Elle nous dit d’abord la grande liberté d’interprétation de l’évènement du déluge. Il fallait oser mettre en parallèle le déluge et le baptême.
  2. Si le déluge nous parle de jugement, l’apôtre veut raccrocher la notion de justice à celle de l’amour. Ainsi, précise-t-il que le baptême n’a pas de valeur lustrale. Ce n’est pas un bain purificateur. C’est avant tout, la manifestation concrète d’un engagement de cœur envers Dieu, et non principalement devant les hommes. Cet engagement doit être sérieux et personnel. On ne s’engage pas par procuration, par habitude familiale, ou par peur d’être damné. Cet engagement est adhésion d’amour. Il consiste à accepter le Christ comme son Sauveur. C’est grâce à la mort et à la résurrection du Christ que notre espérance au salut éternel est activée par la foi seulement.

Comme nous le constatons, notre compréhension, éveillée par l’esprit qui a conduit l’apôtre Pierre, nous conduit à un niveau de lecture symbolique de l’évènement du déluge. L’important est moins sa réalité historique, que le message qu’il véhicule pour nous aujourd’hui. Notons enfin, qu’on part dans le récit de la genèse d’une décision divine qui touche l’humanité tout entière, pour arriver à une compréhension plus intime, plus unique, d’un salut personnel en Jésus-Christ.

 

Conclusion :

 

Ce récit emblématique des temps anciens nous a été conservé pour que nous soyons au clair sur les  actes de justice et d’amour que Dieu a posés dans l’histoire des humains. Pour chacun de nous,  il serait dommageable de les ignorer. Voilà pourquoi l’apôtre Pierre nous met en garde : « ils disent : où est la promesse de son avènement ? Car, depuis que les pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création. Ils veulent ignorer, en effet, que des cieux existèrent autrefois par la parole de Dieu, ainsi qu'une terre tirée de l'eau et formée au moyen de l'eau, et que par ces choses le monde d'alors périt, submergé par l'eau; mais, par la même parole, les cieux et la terre d'à présent sont gardés et réservés pour le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies. Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c'est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance »  2 Pierre 3 : 4-9, version NEG. Et Pierre ajoute un peu plus loin : « mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera » 2 Pierre 3 : 13, version NEG.

La finalité de sa justice est la mise en place d’un rassemblement d’amour. L’apôtre Paul donne cette précision : « car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d'un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles » 1 Thessaloniciens 4 : 16-18, version NEG.

L’amour divin nous dit que la porte de la grâce divine est encore ouverte…

 

                                                                                        Jacques Eychenne

 

PS : FBJ, version française Bible de Jérusalem ; TOB, traduction œcuménique de la Bible ; NEG, version Nouvelle Edition de Genève ; LSG, version Louis Segond.

 

 

 

 

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