Dieu a-t-il réellement voulu tuer Moïse ?

Dieu a-t-il réellement         

 voulu tuer Moïse ?

     Exode 4 : 24-26

 

 

Introduction :

 

« Et il arriva, en chemin, dans le caravansérail, que l'Éternel vint contre lui, et chercha à le faire mourir. » Exode 4 : 24 , version Darby.

 

« Or, en chemin, à la halte, le SEIGNEUR l'aborda et chercha à le faire mourir. »  Exode 4 : 24, version TOB.

 

« Pendant le voyage, en un lieu où Moïse passa la nuit, l'Éternel l'attaqua et voulut le faire mourir. »  Exode 4 : 24, version Louis Segond.

 

Comme nous pouvons le constater, nous sommes en présence d’un texte qui présente plusieurs difficultés de compréhension. André Chouraqui précise même que « ce récit pose des problèmes insolubles aux exégètes, tant pour son sens que pour son imprécision grammaticale… Comment et pourquoi IHWH Adonaï s’en prend à son envoyé ? » La Bible traduite et commentée par André Chouraqui, Editions JC Lattès, volume Exode, p.75.

Tout en tenant compte de la difficulté de ce passage insolite, essayons de comprendre ce que révèle le comportement divin. Suivant notre habitude, nous accueillons le texte tel qu’il est, sans imaginer une erreur de copiste ou une autre version de l’histoire. Il est clair que dans le texte Hébreu, YHWH Adonaï rejoint Moïse à l’endroit où il s’est arrêté pour passer la nuit, et là, d’une façon inattendue, il cherche à le faire mourir. Moïse doit alors la vie sauve grâce à l’intervention de sa femme Séphora. Elle prend l’initiative de circoncire son fils et touche les pieds de Moïse avec le prépuce coupé en s’exclamant : « tu es pour moi un époux de sang ». Et YHWH Adonaï s’éloigna de Moïse. Les faits étant actés, essayons de voir plus clair…

 

Développement :

 

La première question qui nous vient à l’esprit est : pourquoi Dieu a-t-il cherché à tuer Moïse ? Et précisons, a-t-il vraiment voulu le faire ? Il est difficile d’avoir une réponse pertinente. Mais, on peut simplement observer que dans d’autres situations, le fait que Dieu dise vouloir la mort ne correspond pas automatiquement à un réel désir de mort. Par exemple quand Dieu demande à Abraham d’offrir son fils Isaac en holocauste, nous savons (parce que l’explication nous en est fournie) que l’injonction divine avait valeur d’épreuve  (cf. Genèse 22 : 1-2, 11-18). Il en va de même avec le prophète  Jonas. Dieu lui ordonne de publier l’extermination de tous les habitants de Ninive. Or, nous observons que la menace ne fut jamais mise à exécution (cf. Jonas 3 : 2-4, 10).

D’autre part, si Dieu avait réellement eu l’intention d’éliminer Moïse, comment comprendre qu’il l’ait choisi pour sauver son peuple ? L’omniscience divine n’aurait-elle pas été mise à rude épreuve ? Non seulement Dieu n’a pas voulu la mort de Moïse mais plus encore, il l’a rappelé de la mort. En effet, le plan de Dieu révélé nous indique que la fin de vie de Moïse reste mystérieuse. Il nous est dit que c’est Dieu lui-même qui l’enterra, mais il le ressuscite après (cf. Deutéronome 34 : 6 et Jude 9). Pour confirmer le fait, à la montagne de la transfiguration (très certainement le mont Thabor), nous voyons Jésus, Pierre, Jacques et Jean converser avec Moïse et Elie (cf. Luc 9 : 29-30). Ces renseignements semblent suffisants pour ne pas retenir l’option du réel désir de Dieu de tuer Moïse ou alors l’incohérence de la situation serait énigmatique.

 

Partant de là, quel message peut-il se cacher derrière cette situation ?

 

Le texte met en évidence l’importance du geste de Sephora. Il est directement associé à la circoncision du prépuce de son fils. Est-ce Guerschom ou Eliezer ? On ne sait pas lequel, mais on suppose que ce serait l’ainé (cf. Exode 2 : 22).

Il nous faut maintenant mener l’enquête pour savoir pourquoi ce sujet de la circoncision a pris une telle importance à ce moment précis ?

 

Une première supposition logique s’impose. Si Dieu s’en prend à Moïse avec le dessein d’attenter à ses jours, c’est qu’il devait y avoir quelque chose de grave dans la conduite de Moïse.  Est-ce sur un plan spirituel ?  Rien ne nous permet de l’affirmer. A contrario, dans le contexte du livre de l’Exode, on voit que Moïse a bénéficié de grâces exceptionnelles. Nous n’observons aucune réserve sérieuse à son encontre. Non seulement sur la montagne de Dieu à Horeb, il eut la vision d’un ange qui lui apparut dans une flamme de feu au milieu d’un buisson ardent, mais Dieu lui-même lui parle, lui dit qu’il l’a choisi pour délivrer son peuple en Egypte, l’assure de son assistance, et se révèle à lui personnellement, d’une façon unique (cf. Exode 3 : 2, 4, 10, 12, 14). De plus, devant les réticences de Moïse à obéir à  l’injonction divine, Dieu condescend à lui donner des garanties pour qu’il accomplisse la mission (cf. Exode 4 : 1-2, 6-7, 10-12). Il est vrai que Moïse a maugréé des excuses. N’a-t-il pas répondu à l’Eternel : « Ah ! Seigneur, envoie qui tu voudras envoyer » Exode 4 : 13. A ce moment, certes, l’Eternel réagit fortement, mais il lui accorde la possibilité d’un travail en équipe. Son frère Aaron sera son ministre de la communication (cf. Exode 4 : 14-16).

Comme nous pouvons donc le constater, dans le contexte des chapitres précédents du livre de l’Exode  nous ne trouvons rien qui puisse étayer le moindre discrédit concernant Moïse. Le récit se poursuit et nous informe que Moïse revient informer son beau-père Jéthro qu’il part pour l’Egypte. Et, c’est là que nous retrouvons le drame.

Or, rien sur le plan spirituel n’avait paru entraver la mission de Moïse jusqu’à cet instant.  Faut-il dès lors remonter plus loin dans le temps ? Moïse aurait-il subi  une influence lors de son séjour à Madian chez son beau-père ?

Nous savons que Jéthro, son beau-père, est prêtre de Madian, territoire à l’est de la mer Rouge (aujourd’hui Arabie Saoudite en partie). Madian est un fils d’Abraham et de Céthura, sa concubine, que certains identifient comme étant Agar (cf. Genèse 25 : 1-2 ; 1 Chroniques 1 : 32). Toutefois, la Bible nous apprend que les madianites ont été les ennemis d’Israël. Moïse les combattra plus tard, car les femmes madianites avaient séduit les enfants d’Israël en leur faisant adopter le culte des idoles de Baal-Péor (cf. Nombre 25 : 16-18 ; 31 : 15-16, Josué 22 : 17). Enfin, Gédéon mettra un terme aux attaques madianites (cf. Juges 6 et 7). La question n’est donc plus saugrenue : est-ce que la famille de Jéthro et en particulier Séphora a influencé négativement Moïse ?

 

Comme nous pouvons le vérifier nous-mêmes, rien ne nous autorise directement à le penser. Mais alors, quel rapport peut-il y avoir avec la circoncision ? Il faudrait supposer que Séphora se soit opposé à Moïse pour qu’il s’abstienne de circoncire Guerschom et Eliezer. Ou alors, que Moïse ait été négligent sur l’application stricte de ce rite significatif en Israël. Ou un peu des deux, très vraisemblablement…

Il est vrai que la circoncision était une marque importante d’appartenance à Dieu. Elle s’inscrivait dans la chair. Ce signe de l’alliance, entre Dieu et Abraham devait se perpétuer. Quand le diacre Etienne comparait devant le sanhédrin il rappellera que : «  Dieu donna à Abraham l’alliance de la circoncision. » Actes 7 : 8. Il n’était pas possible de faire partie du peuple élu sans satisfaire cette obligation. Les négligences des parents entraînaient la mort de l’enfant (cf. Genèse 17 : 9-14). Dieu réitérera l’injonction à Moïse après la sortie d’Egypte. Elle concernait aussi les esclaves et les étrangers de passage voulant participer à la Pâque (cf. Exode 12 : 44,48-49).

 

Si le rite de la circoncision était à ce point important, il est vrai que la responsabilité éminente de Moïse, futur sauveur de tout un peuple, sous-entendait qu’il soit en règle dans sa propre famille (on ne se sait d’ailleurs pas si Moïse lui-même était circoncis, on le suppose quand la fille de Pharaon vit l’enfant et qu’elle dit : « c’est un enfant des hébreux » Exode 2 : 5-6. Comme il fut nourri 3 mois dans la maison de son père, avant d’être livré aux eaux du Nil, on suppose qu’il fut circoncis suivant le rite coutumier, cf. Actes 7 : 20).

 

La valeur de l’exemple s’imposait et cela pouvait représenter un handicap certain à la réussite de sa mission. Est-ce à cause de sa femme ou est-ce par négligence, ou un peu des deux ? Nous ne pourrons répondre formellement à cette question. Mais qu’importe ! Quelle que soit la raison, le fait était suffisamment grave pour que Séphora, dans l’urgence et devant le péril, prenne l’initiative d’accomplir le rite de la circoncision. La Bible en français courant traduit : « Séfora prit un caillou tranchant, coupa le prépuce de son fils et en toucha le sexe de Moïse, en lui disant: ainsi tu es pour moi un époux de sang. » Exode 4 : 25 (cf. le texte hébreu parle des pieds, non du sexe).

 

Comment comprendre l’exclamation de Séphora ? (La nouvelle Bible Segond ajoute en note « le mot traduit par époux (ou marié, cf. Ps 19 : 6+) est de la même racine sémitique que le verbe correspondant à circoncire en arabe. »). Nous pouvons comprendre que si la circoncision est le lien d’appartenance à Dieu, Séphora a peut-être voulu, elle aussi, signifier que la circoncision de son fils la liait à son époux. Elle a sûrement compris la gravité de la situation. Aussi en épouse solidaire, elle a agi. Notons aussi que dans tout le système de lois du Lévitique, le sang, qui a valeur d’expiation, redonne du sens à la relation à Dieu. Cette pratique des sacrifices sanglants s’inscrivait dans un contexte historico-culturel particulier (Il annonçait la puissance de la grâce par le sacrifice de Jésus-Christ, l’agneau de Dieu). La circoncision peut être perçue de nos jours comme une coutume barbare. Elle s’inscrivait pourtant comme le langage de la fidélité à Dieu. D’aucuns ont avancé l’idée que Séphora a,  par dépit et dans l’urgence, été contrainte d’accomplir ce geste d’amputation du prépuce de son fils. Il est vrai que pour une mère, le geste entraînant une amputation sanglante peut être ressenti comme une blessure, surtout si on n’est pas convaincu de son impérieuse nécessité. Un doute peut subsister par le simple fait que Moïse a renvoyé plus tard Séphora vers son père, laissant entendre qu’elle était pour lui un handicap dans l’accomplissement de sa mission (cf. Exode 18 : 2).

Ce que l’on peut avancer sans trop dévier du texte, c’est que Séphora a dû ressentir l’apparente négligence de Moïse comme une punition. Elle s’est soumise comme pour dire : c’est par le sang de mon propre fils que mon époux a eu la vie sauve. A première vue l’importance du geste de la circoncision semble extrêmement excessive, si on ne se souvient pas que c’est la seule ordonnance donnée à Abraham. Elle avait valeur de commandement (si on est attaché à la loi), ou valeur d’appartenance à Dieu par la foi (si on spiritualise l’acte).

D’une façon plus générale, on peut dire que ce rite qui faisait couler le sang, peut être compris en le rattachant à l’ensemble du dispositif sacrificiel de l’Ancien Testament. « Et presque tout, d'après la loi, est purifié avec du sang, et sans effusion de sang il n'y a pas de pardon. »  Hébreux 9 : 22 .

 

Qu’est-ce que cet évènement nous apprend ?

 

Que personne, pas même le  plus haut  responsable  spirituel  comme Moïse, ne peut être dispensé d’obéir à une ordonnance divine. Certainement devait-il avoir des circonstances atténuantes, mais rien ne pouvait le soustraire à l’obligation d’obéissance. Pourquoi ? Parce qu’elle est démonstration concrète et preuve de fidélité à Dieu. La cohérence nous invite à être tenus responsables de nos actes.

En regard de ce que nous dit le Nouveau Testament en quoi sommes-nous directement concernés par ce sujet ?  La nouvelle alliance inaugurée par Jésus de Nazareth, scellée au travers elle aussi d’un sacrifice sanglant à la croix, nous conduit à une conception nouvelle de l’ordonnance de la circoncision. L’apôtre Paul est pertinent sur le sujet :

« Le Juif, ce n'est pas celui qui en a les apparences; et la circoncision, ce n'est pas celle qui est visible dans la chair. Mais le Juif, c'est celui qui l'est intérieurement; et la circoncision, c'est celle du cœur, selon l'Esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. »  Romains  2 : 28-29.

 

Le rite spirituel de la circoncision demeure valable aujourd’hui encore, mais c’est celle  du cœur. Elle fait référence à notre attachement à Dieu par Jésus-Christ. L’apôtre Paul apporte un éclairage lumineux sur ce point.

« En lui (Jésus-Christ) vous avez été circoncis d'une circoncision où la main de l'homme n'est pour rien et qui vous a dépouillés du corps charnel: telle est la circoncision du Christ. »  Colossiens 2 : 11, version TOB.

La circoncision du Christ, qui nous rappelle le rite ancestral de l’appartenance à Dieu, est disponible maintenant par la foi. Le Christ l’a vécue à notre place, si bien que nous sommes tous appelés à ne former qu’un seul peuple dans la foi et l’espérance. L’apôtre Paul écrira encore aux chrétiens de cette communauté de Colosses :

« là, il n'est plus question de Grec ou de Juif, de circoncision ou d'incirconcision, de Barbare, de Scythe, d'esclave, homme libre ; il n'y a que le Christ, qui est tout et en tout. »  Colossiens  3 : 11 , version Bible de Jérusalem.

La circoncision du Christ ouvre une page nouvelle de notre histoire. Son sens spirituel nous fait entrevoir aujourd’hui une réalité glorieuse : notre lien de foi avec Dieu par Jésus-Christ. L’affirmation de l’apôtre est limpide : « vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi; vous êtes déchus de la grâce. Pour nous, c'est de la foi que nous attendons, par l'Esprit, l'espérance de la justice. Car, en Jésus -Christ, ni la circoncision ni l'incirconcision n'ont de valeur, mais seulement la foi qui est agissante par l'amour. »  Galates  5 : 4-6.

 

Conclusion :

 

Face à ce récit, des questions peuvent encore rester en suspens,  mais l’essentiel reste accessible. Bien sûr, on peut toujours dire que les pratiques de l’ancienne alliance faisaient référence à des rites barbares, mais ne tombons pas dans le piège de la caricature. Est-ce que le Dieu de l’ancienne alliance et celui de la nouvelle alliance sont différents ? Dieu n’a pas changé en cours de route, il est toujours le même, celui que Jean a défini comme étant l’essence même de l’amour (cf. « Dieu est amour » 1 Jean 4 : 8). Dieu est un Dieu de vie pas de mort (cf. Luc 22 : 38 ; Psaume 42 : 2,3). Dieu, tel un bon père voulant l’épanouissement de ses enfants, a mis au point un enseignement pédagogique adapté à chaque époque. Tous les moyens ont été utilisés pour nous faire comprendre l’importance d’un attachement volontaire à Dieu par la foi (cf. Jérémie 9 : 25b). Le lien indéfectible de l’amour est au cœur de chaque démarche divine. L’obéissance et la fidélité sont intimement imbriquées, gardons-nous de mépriser les recommandations de notre Père. Elles s’adressent à tous les vivants sans distinction de races ou de religions.  Un choix s’impose. Saisissons cette occasion pour adhérer de cœur au  projet du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

 

« Car ce n’est rien d'être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c'est d'être une nouvelle création. » Galates 6 : 15, version de Genève.

 

« Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle création. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles »  2 Corinthiens  5 : 17, version de Genève.  

                                                                                          Jacques Eychenne

 

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