Abraham ou Jésus ?

 

 

 

 La référence suprême :     Abraham ou Jésus ?

                                ou

   Le débat crucial avec les auditeurs Juifs.

 

                   Jean 8 : 48-59

 

 

Introduction :

 

Avec le chapitre huit de l’évangile de Jean nous abordons l’enjeu crucial du conflit entre les chefs juifs et Jésus. Les autorités juives se réclamaient d’Abraham. Elles revendiquaient le fait d’être de sa postérité (cf. Jean 8 : 33). Le peuple le reconnaissait comme leur père spirituel (cf. Jean 8 : 39). En parallèle, Jésus affirmait être l’envoyé de Dieu, son Père.

« Je ne suis pas seul ; mais le Père qui m’a envoyé est avec moi. Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai ; je rends témoignage de moi-même, et le Père qui m’a envoyé rend témoignage de moi. Ils lui dirent donc : Où est ton Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. » Jean 8 : 16-19.

 

Le différend qui opposait les deux parties était loin d’être anecdotique… En rattachant leur descendance à Abraham, les responsables juifs se croyaient autoriser à juger l’origine divine de Jésus. De ce fait, ils rejetaient son enseignement avec véhémence et virulence… Il est vrai que le Seigneur s’était présenté à eux en leur disant sans ambages : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » Jean 8 12. Cette prétention apparaissait inacceptable aux yeux des autorités en place. Pires, elles identifiaient cette affirmation au blasphème, car les paroles de Jésus étaient historiquement invérifiables. D’après ses opposants le fait de rendre témoignage de lui-même n’avait aucune valeur (cf. Deutéronome 17 : 6 ; Jean 8 : 17). Ils le recevaient comme étant faux : « tu rends témoignage de toi-même ; ton témoignage n’est pas vrai » Jean 8 : 13. Autrement dit, le haut clergé pensait que le blasphème reposait sur un mensonge concernant les origines divines du Christ.

Comment sortir de cette confrontation ? Qui concerne-t-elle et quelle va être l’argumentation de Jésus ?

 

Développement :

 

A qui Jésus s’adresse-t-il ? Curieusement le développement de son propos apostrophe ceux qui ont déjà répondu positivement à son message (cf. Jean 8 : 30-31). Le brûlot qu’il leur adresse laisse entendre : a) soit qu’à travers eux, ils visent directement ses opposants, soit b) que parmi eux des responsables juifs se sont infiltrés, soit c) que ceux qui avaient cru en lui avaient de fausses connaissances…

Cette réflexion étant faite sur les destinataires, examinons maintenant la teneur de son enseignement. Disons d’emblée que la démonstration du Seigneur repose sur une cohérence inattaquable. N’avait-il pas déjà abordé le sujet précédemment ?

« Je ne puis rien faire de moi-même : selon que j'entends, je juge; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Si c'est moi qui rends témoignage de moi-même, mon témoignage n'est pas vrai. Il y en a un autre qui rend témoignage de moi, et je sais que le témoignage qu’il rend de moi est vrai …   les œuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces œuvres mêmes que je fais, témoignent de moi que c'est le Père qui m'a envoyé. Et le Père qui m'a envoyé a rendu lui-même témoignage de moi. Vous n'avez jamais entendu sa voix, vous n'avez point vu sa face, et sa parole ne demeure point en vous, parce que vous ne croyez pas à celui qu'il a envoyé. » Jean 5 : 30-32 ; 36-38.  

  

Peut-on avoir de meilleur témoin que Dieu lui-même ! Par cette précision, le Christ affirme que son témoignage est vrai. Et cette vérité nous dit tout sur l’origine divine du Seigneur et sur le but de sa mission. Son témoignage est inébranlable, car son lien avec le Père est acté dès l’avènement du monde (cf. Jean 1 : 3 ). Il garantit l’authenticité et la véracité de son enseignement. Les témoignages du Père et du Fils sont concordants, donc difficilement suspects ou équivoques.

Jésus va aborder le fond du problème en démontrant que l’appartenance à Abraham est avant tout spirituelle avant d’être charnelle. L’apôtre Paul reprendra cette argumentation en disant que tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël. Bien qu’ils soient de la postérité d’Abraham, ils ne sont pas tous pour autant ses enfants (cf. Romains 9 : 6-8). On est de la postérité d’Abraham, si on a foi en Christ, l’envoyé de Dieu (cf. Galates 3 : 6-14). Rejeter le témoignage du Fils, c’est rejeter le témoignage de Dieu lui-même.

Quel est l’argument principal des opposants au Christ ?

« N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain, et que tu as un démon ? »   Jean 8 : 48 . Le passage de Jésus en Samarie, terre païenne pour un Juif, a permis de le soupçonner d’être en connivence avec leur enseignement. En effet, sur la question en lien avec le patriarche Abraham, les Samaritains avançaient le fait qu’Abraham n’a pas présenté son fils Isaac en sacrifice au mont Sion de Jérusalem, mais bien, sur le mont Garizim. Il est devenu leur référence historique, et ils se revendiquent être les vrais descendants d’Abraham. Les Juifs, par contre, considéraient les Samaritains comme des païens. Leur religion mixte (cf. 2 Rois 17 : 25-33) présentait un syncrétisme entre l’enseignement juif et païen. Les Samaritains ne reconnaissaient que les écrits du Pentateuque. De ce fait, ils n’étaient pas reconnus comme étant de la lignée du véritable peuple de Dieu, même si comme eux, ils attendaient le Messie (cf. Jean 4 : 25). On comprend mieux pourquoi la rencontre avec la Samaritaine (cf. Jean 4) ou la parabole du bon Samaritain (cf. Luc 10 : 25-37) pouvait être à haute teneur polémique pour la classe dirigeante de l’époque.

 

Traiter Jésus de Samaritain était une injure, l’invectiver de démoniaque ou de fou était la seule façon de le discréditer, car sa conduite était irréprochable. Cette furieuse agression verbale des responsables juifs faisait écho aux paroles tout aussi fortes du Seigneur : « Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il profère le mensonge, il parle de son propre fonds; car il est menteur et le père du mensonge. Et moi, parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas. » Jean  8 : 44-45.

 

Comme nous le constatons la passe d’armes était sérieuse…

Jésus va dénoncer leurs accusations mensongères. Il affirme qu’il n’a point en lui de démon et qu’au contraire, lui,  honore son Père. Ne pas reconnaître cela,  c’était le déshonorer  (cf. ἀτιμάζω = traiter indignement, déshonorer, Luc 20 : 11 ; Romains 1 : 24).

Juste avant, le Seigneur avait affirmé : « Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? » Jean 8 : 46.

La conduite irréprochable du Seigneur est gage de la véracité de son enseignement.

 

Le Seigneur va développer sa position en cinq arguments afin de répondre aux injures de ces responsables religieux.

  1. « Je ne cherche pas ma gloire ». Jésus fait référence à son parcours d’humilité, qui depuis sa naissance dans une simple étable jusqu’à ce jour, a jalonné tout son itinéraire. Les motivations du Seigneur relèvent de l’Amour divin. Elles sont définies par l’apôtre Paul. Il en dépeint les caractéristiques dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe (cf. 1 Corinthiens 13 : 4-8). Pour établir un contraste éloquent, le Seigneur affirme que cette disposition d’esprit n’est pas le fait de tous. « Il en est un qui la cherche et qui juge » Jean 8 : 50.  Le Père du mensonge est démasqué et avec lui tous ceux qui lui ressemblent et sont sous son influence… (élément de réflexion : Pourquoi gloire et jugement sont associés ?).

 

  1. Jésus promet la vie éternelle à ceux et celles qui gardent avec fidélité sa Parole. (cf. Jean 8 : 51). A l’ouïe de ses mots les Juifs sont confirmés dans la folie de Jésus, car ni Abraham, ni les prophètes, n’ont échappé à la mort et personne n’en est revenu. Mais pour qui se prend-il pour affirmer de tels propos !  «  Pour qui te prends-tu ? » traduit A. Chouraqui. Jésus persiste et invite ses auditeurs à avoir foi en ses paroles. Prendre au sérieux son enseignement et s’appliquer à le suivre ouvre la porte d’une relation éternelle. Une telle perspective ne peut en aucun cas être occultée par la mort physique (cf. Jean 5 : 24 ; 6 : 40,47 ; 11 :25-26). Seule, l’absence de foi peut rendre stérile la promesse divine.

 

  1. Jésus affirme sa préexistence, liée à sa divinité. Il démontre que le sujet de se glorifier personnellement n’a pas de sens. Il dira : « ma gloire n’est rien » Jean 8 : 54. Jésus tend à faire comprendre que l’objet d’une éventuelle glorification ne se résume pas à ce qu’il est, mais à ce qu’il va faire pour le salut de notre humanité pécheresse. C’est dans ce sens que Jésus, l’envoyé de Dieu est glorifié par son Père. Du coup, l’argument est fort : si mon Père, qui est aussi votre Père, me glorifie, pourquoi vous opposez-vous à moi ? Et si vous m’accusez avec véhémence, c’est tout simplement parce que vous ne le connaissez pas, ce qui n’est pas mon cas… (cf. Jean 8 : 54-55). 

 

  1. En regardant attentivement le texte grec on remarque que le seigneur emploie deux verbes différents pour parler de la connaissance de Dieu. Jésus dénonce l’absence de vraie connaissance de ses contradicteurs en employant le verbe  γινώσκω. Dans la Bible il s’agit plus d’une connaissance intérieure plus intime (C’est l’idiome choisi par les Juifs pour parler de la relation sexuelle homme-femme). Mais en contraste, le Maître s’attribue une autre connaissance : οἶδα (verbe utilisé dans sa forme simple 321 dans N.T. Le Seigneur l’utilise à la première personne de l’indicatif). Etymologiquement, c’est d’abord voir, puis par extension c’est savoir, connaître quelqu’un, être en relation de connaissance. C’est une vision plus globale de la connaissance de l’autre (cf. 2 Corinthiens 5 : 16). Elle est moins intimiste, mais plus générale. Dans le cas qui nous préoccupe cela sous-entend que le Seigneur a une connaissance complète de son Père. Il met en évidence ce contraste, car ces Juifs accusateurs sont dans l’illusion de la vraie connaissance.

 

  1. « Je le connais et je garde sa parole » voilà  le témoignage le plus puissant de Jésus face à ses détracteurs !

 

La preuve que je connais Dieu et qu’il me connaît va submerger ses auditeurs :

  •  « Tu n'as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ! » Jean 8 : 57. En l’absence de foi, tout était réuni pour considérer le Christ comme un fou qui délire et dit n’importe quoi…

Prenant acte de cette réalité, le Christ a certainement voulu couper court à ce dialogue de sourds. Il ponctue sa démonstration par une phrase magistrale qui fera date : « en vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis » (et non j’ai été) Jean 8 : 58. Le Seigneur se présente ici comme son Père, Yahvé-Adonaï, au travers d’un éternel présent « Je suis » (cf. Exode 3 : 13-14) Il prouve sa préexistence avant toutes choses.

 

Pour les responsables juifs, c’est la phrase de trop… « Alors, ils levèrent des pierres pour les jeter sur lui ; mais Jésus se cacha et sortit du temple » . Jésus a failli être lapidé au sein de ce haut lieu spirituel (qu’était le temple de Jérusalem) pour avoir osé dire la vérité (Elle était blasphémée à leurs yeux et méritait le châtiment de la lapidation). Ils ont voulu appliquer à la lettre la prescription donnée à Moïse : « Celui qui blasphémera le nom de l'Éternel sera puni de mort: toute l'assemblée le lapidera. Qu'il soit étranger ou indigène, il mourra, pour avoir blasphémé le nom de Dieu. »  Lévitique 24 : 16. Devant le constat d’une telle utilisation de la Parole divine, nous devons toujours rester éveillés contre les mauvaises interprétations des enseignements divins. La tragique erreur des responsables religieux juifs conduira Jésus à Golgotha. Un des chefs d’accusation reposera précisément sur le blasphème.

 

Conclusion :

 

Cet enseignement met en évidence plusieurs aspects qui nous interpellent aujourd’hui :

- On peut très bien croire en la personne du Christ et être en décalage avec son enseignement. Se considérer comme disciple du Seigneur doit faire écho à la nécessité de demeurer dans sa parole (cf. Jean 8 : 31). Est-ce que nos pratiques sont en phase et en cohérence avec son enseignement ? La réponse appartient à chacun.

- Croire en sa parole fait référence à un parcours d’humilité. Nous ne pouvons pas tout comprendre des origines divines du Christ. La foi comprend la confiance. Elle témoigne d’un désir de surmonter toutes nos incompréhensions. La portée de son message est éternelle, or nous, nous sommes mortels et limités dans notre approche des vérités célestes. Il convient donc d’accueillir humblement le message du Seigneur comme l’envoyé du Père.

 

- Les Juifs considéraient Abraham comme leur père spirituel. Or, il n’était qu’un serviteur de Dieu, comme tous les autres serviteurs qui ont marqué l’histoire biblique. Nous n’avons qu’un seul Père : Yahvé-Adonaï. Et si ce Père nous dit d’écouter son envoyé, son fils Jésus-Christ, toute autre référence théologique doit céder la priorité à cette affirmation (cf. Marc 1 : 11 ; 9 : 7). Tout enseignement chrétien doit être en conformité avec les paroles du Christ. Nous devons imiter le témoignage du Fils par rapport à son Père. En disant de son Père «  je le connais et je garde sa parole » Jean 8 : 55, Jésus nous a ouvert la voie de la foi. C’est une grâce qu’il nous faut savourer.

 

- Le Christ promet la vie éternelle à ceux qui ont à cœur d’obéir à ses préceptes (cf. Jean 8 : 51). La foi, bien que fragile, a la vertu de s’emparer de cette promesse. Rien ne peut nous séparer du lien que nous aurons tissé avec le Seigneur ici-bas, l’apôtre Paul le réaffirme avec force (cf. Romains 8 : 38).

- Jésus a évité de justesse la lapidation pour avoir osé dire la vérité sur lui-même. Prenons acte du fait, que tout vrai témoignage chrétien responsable comprend des risques. Dans nos pays, ils peuvent être considérés comme minimes (et encore cf. Le Père Hamel de Saint-Etienne-du-Rouvray), mais ailleurs d’autres meurent pour leur foi en Jésus-Christ. Que l’espérance étreigne nos cœurs dans la joie envers et contre tout (cf. Romains 5 : 5)

                                                                               Jacques Eychenne

 

 

 

 

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