A la découverte de nos manques

 

 

 

               

A la découverte de

     nos manques

       Psaume 23

Introduction :

 

Ce psaume de David est un rafraîchissement pour la pensée et le cœur. Il a fait l’objet de lectures régulières dans le rituel juif (psaume du shabbat). David exprime en termes simples les secrets de la relation de confiance. Mais, toute bonne relation s’inscrit dans une prise de conscience de ses manques. Il faut être en paix avec soi, avec son autre et avec son Dieu. David déroule avec justesse l’importance d’un bon positionnement dans toute relation. Il nous dit qu’il faut sans cesse relire sa vie en termes relationnels. Les sentiments qu’il exprime disent à la fois sa confiance, mais aussi sa joie, et son bonheur d’être en lien avec Dieu. Ce psaume est l’antidote de nos peurs, nos angoisses, nos appréhensions de l’avenir. Il est invitation à se poser pour méditer, faire un travail sur soi, éclaircir ses zones d’ombre. David, inspiré par Dieu, met en lumière toutes les facettes de notre expérience humaine. Son témoignage édifiant nous parle de l’épanouissement de la personne humaine quand elle prend conscience de ses manques

 

Développement :

 

« L’Eternel est mon berger : je ne manquerai de rien. » Psaume 23 : 1

David introduit sa louange en plaçant l’Eternel à la première place, un peu comme s’il posait le socle de la vraie relation spirituelle. Il s’approprie cette relation par un possessif qui définit la volonté de son cœur. Quand le croyant prend l’habitude de mettre Dieu en premier, non comme un paravent ou un prétexte, mais comme son hôte privilégié dans sa relation, il se positionne dans la vraie vie. Encore faut-il que sa conduite soit cohérente avec sa démarche !

Ainsi, David en reconnaissant Dieu comme son berger s’identifie comme un bélier, une brebis, ou un agneau. Il fait partie d’un troupeau qui est conduit par Dieu lui-même. Jésus reprendra cette image : « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. » Jean 10 : 11 D’autres psaumes utiliseront cette illustration. (cf. Psaume 78 : 52 ; 80 : 1) Le prophète Esaïe, parlant de la relation de Dieu avec son peuple, a écrit des mots touchants : « Comme un berger, il paîtra son troupeau. Il prendra les agneaux dans ses bras, et les portera dans son sein ; il conduira les brebis qui allaitent. » Esaïe 40 : 11

Après avoir affirmé la prééminence de Dieu, David peut partager son assurance : « Je ne manquerai de rien ». Toute sa foi est contenue dans ce « je ». Dès la première phrase, David fait référence à la notion de manque. Nous est-il possible de bien fonctionner dans la vie sans cette prise de conscience ?

De quoi l’humain peut-il manquer d’essentiel ?  David souligne deux points directement liés à la notion de manque. On peut les  résumer par :

 1) la nourriture matérielle et spirituelle  2) l’accompagnement de Dieu sous les formes de protection et de bénédiction.

La nourriture matérielle est indispensable à la vie. (Son manque a un impact différent suivant que l’on est en France, en Erythrée ou en Inde, etc... Certes, mais reconnaissons que nous ne sommes pas tous égaux sur ce plan…)

Le Seigneur nous a enseigné : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien » Matthieu 6 : 11. Mais de quel pain s’agit–il ?

Le psaume parle bien de verts pâturages censés répondre aux besoins physiologiques du corps, mais il met en avant le fait d’être en repos. A l’évidence le manque de confiance est à l’arrière-plan de l’image. A cet instant résonnent en nous les paroles de Jésus : « C'est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? » Matthieu 6 : 25

 

Une des carences récurrentes de la nature humaine est la peur du manque, ou plutôt des manques. Leurs souvenirs prégnants taraudent nos esprits :

 

  • Manque de nourriture bien sûr, plus spirituel que matériel.
  • Manque d’eaux paisibles, manque de rafraîchissement de la pensée dû au fait de sa complexité (1).
  • Manque d’une restauration de l’âme. Le religieux a remplacé le spirituel.
  • Manque de justice. Jamais la notion  de profit n’a été si présente  dans l’économie mondiale. (L’inégalité entre les riches et les pauvres est en augmentation exponentielle.)
  • Manque de certitude pour notre vie, associée à la peur de la mort.
  • Manque de confiance en soi, en l’autre son frère ou sa sœur, en Dieu.  Peur d’être en proie au mal sous toutes ses formes. Peur d’être en face d’adversaires redoutables qui tuent, violent, saccagent et pillent. Peur de  perdre son identité, ses avantages, ses biens.

 

Ce psaume de David touche le trèsfonds des manques et des inquiétudes humaines.

 

Mais comment combler un manque quand on n’en a pas conscience ?

Ce psaume est éclairant sur ce sujet. De même qu’un troupeau a besoin de berger, nous avons aussi besoin d’être conduits et repositionnés dans une relation saine à Dieu.

 

Le constat de l’histoire est suffisamment clair… Malheureusement, l’humain comme la brebis est incapable de trouver seul son chemin. Cette vérité, nos sociétés sécularisées ne veulent pas l’entendre. Les temps sont invariables concernant les prétentions humaines. Pourtant, l’histoire humaine est riche d’enseignements.

Que dit la Bible ? Rappelons-nous le naufrage dans le dernier voyage maritime de l’apôtre Paul à destination de Rome.

Le centenier (qui incarne la puissance militaire) le pilote (qui symbolise la puissance scientifique) et le patron du navire (qui représente la puissance économique) ont pris une décision : « se croyant maîtres de leur dessein, ils levèrent l’ancre… » Actes 27 : 13. Résultat : le naufrage ne put être évité. Pourtant, l’apôtre (qui incarne la responsabilité spirituelle) avait prévenu (cf. Actes 27 : 10) Il en est de même aujourd’hui, mais qui écoute ce que Dieu a dit ? La spiritualité ne pèse pas lourd face au pouvoir politique, militaire, scientifique et économique. C’est pourquoi le naufrage ne pourra pas être évité. Mais, comme dans l’histoire de ce récit les personnes sont sorties saines et sauves, il peut en être de même pour chacun de nous. 

« Car vous étiez comme des brebis errantes. Mais maintenant vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes. » 1 Pierre 2 : 25

 

Voilà pourquoi David témoigne de la nécessité de placer sa confiance en Yhwh.

Le Dieu-berger qu’il appelle a la capacité à répondre à toutes les attentes. Paradoxalement cela a pour conséquence de revitaliser notre responsabilité dans notre marche vers l’inconnu. Dieu caractérise l’absence de manque (il est toujours AVEC et DANS), autrement dit, il comble nos vides. Cette confession de David placée en préambule est une déclaration de foi et d’espérance.

Ce psaume présente une pédagogie de relation positive. La confiance sereine dans le Dieu-berger est vitale. Sa formulation est cohérente et paisible. Dans l’original : 

« Dans des prés d’herbe fraîche il me fait coucher, auprès d’eaux de repos il prend soin de moi. Mon élan vital, il le renouvelle, il me conduit par des sentiers de justice à cause de son nom. Même dans le cas où je marche dans un bas-fond de ténèbres, je ne crains nul mal!  Parce que toi – avec moi, ton bâton et ton appui, eux, ils me réconfortent… » Psaume 23 : 1 – 4

(Les spécialistes de l’hébreu disent que les formes verbales suggèrent une permanence, tandis que les substantifs donnent l’impression d’abondance.)

 

Puis, une fois reposé et rasséréné, le psalmiste est remis en route, comme dirigé vers un sentier balisé et sécurisé, celui de la justice. Non, celle qui vient de l’homme, mais celle qui émane de Dieu.

On passe ensuite à l’évocation d’un mal potentiel. Le chemin éclairé de justice laisse place au bas-fond des ténèbres. Cette alternance si présente dans nos vies entre la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, la foi et le doute, n’affecte pas David. Il déploie sa confiance, comme un rayon de lumière dans un ciel menaçant.

Pourquoi ne craint-il aucun mal ? La réponse est intimiste. Elle est en lien direct avec le toi et le moi, ou plus précisément dans l’original « toi, avec moi ». Tous ceux et celles qui, à l’instar de David, ont fait cette expérience pourront témoigner d’un ressenti de bonheur de paix. Une sérénité profonde et débordante qui donne envie d’être en marche, sachant que rien ni personne ne pourra altérer cette joie d’être avec Dieu, avec Christ, avec le Saint-Esprit.

 

Plus tard le prophète Jérémie écrira :

 

« Béni soit l'homme qui se confie dans l'Éternel, et dont l'Éternel est l'espérance ! Il est comme un arbre planté près des eaux, et qui étend ses racines vers le courant ; il n'aperçoit point la chaleur quand elle vient, et son feuillage reste vert; dans l'année de la sécheresse, il n'a point de crainte, et il ne cesse de porter du fruit. » Jérémie 17 : 7, 8

 

La semaine passée nous avons lu ce beau témoignage de l’apôtre Paul :

 

 « J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. » Galates 2 : 20

Oui ! Comme l’apôtre, il est vital d’avoir une conviction positive de notre relation à Dieu : « mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ. » Philippiens 4 : 19

 

Comme le dit si bien David, nous sommes rassurés par le sceptre et la houlette de Dieu. André Chouraqui choisit une traduction plus conforme à l’original. « Ton sceptre, ta houlette me réconforte » Psaume 23 : 4 En Hébreu, il est plus question d’être réconforté que rassuré. (En français le bâton inspire plutôt la crainte.) Les versions anglaises vont dans le même sens qu’A. Chouraqui.  La houlette est le bâton de berger. Son utilisation est liée au fait de prendre soin de l’animal ou de le défendre en cas de danger.

(« La houlette est un bâton surmonté d'un crochet métallique caractéristique utilisé par les bergers. La courbe du crochet et son écartement sont conçus pour lui permettre de se saisir d'une brebis, d'un bélier, d'un agneau, d'une chèvre, d'un bouc ou d'un cabri par la patte arrière, afin de lui administrer, par exemple, des soins. La houlette permet au berger de se tenir à une plus grande distance de l'animal que s'il devait s'en saisir à la main. Cet outil est d'autant plus utile lorsque le berger forme le projet d'attraper un animal et que celui-ci le ressent et tente de se sauver.  La houlette prend aussi racine dans une réalité symbolique très lointaine, puisque déjà le Pharaon, le jour de son sacre, recevait une houlette et un fléau. Houlette dont l'image retrouvée dans les écrits et l'iconographie de l'Égypte ancienne correspond à celle du « bâton à crochet » site internet : interBible.org, Sébastien Doane)

David nous rappelle que nous n’avons rien à craindre de l’avenir, si nous acceptons d’être réconfortés et rassurés par la houlette et le sceptre de Dieu. Sa bienveillance est notre baume dans les épreuves. La suite du psaume confirme cette analyse.

 

« Tu dresses devant moi une table, en face de mes adversaires; tu oins d'huile ma tête, et ma coupe déborde. » Psaume 23 : 5

 

Après avoir mis l’accent sur l’importance de l’accompagnement de Dieu dans le parcours humain, David ayant mis en évidence le besoin de réconfort, nous parle de protection. Une table est installée comme une séparation vis-à-vis des oppresseurs. La table-symbole de la convivialité devient lieu de démarcation vis-à-vis du mal, toujours à la porte. Mais soyons réconfortés et rassurés : « Aucune épreuve ne vous est survenue qui n’ait été humaine, et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces, mais avec l’épreuve il préparera aussi le moyen d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter. » 1 Corinthiens 10 : 13 (cf. Jacques 1 :13)  

Après avoir pris conscience de nos manques et désirer l’accompagnement divin, que peut-il advenir d’autres, sinon la bénédiction ! C’est la signification de l’huile d’onction versée sur la tête (cf. Exode 29 :7 ; lévitique 8 : 12 ; 21 : 10,12 ; Luc 4 : 18 ; 1 Jean 2 : 20). Cette insistance sur la surabondance de cette huile (qui n’est ni grasse ni épaisse, puisqu’elle parfume la tête) nous parle de tout l’amour de Dieu pour l’humain. Ce parfum emplit tout l’être de bonheur. C’est la conclusion du Cantiques des Cantiques : « fuis, mon bien-aimé, vers la montagne  des parfums. » Cantiques des Cantiques 7 : 14

« Oui, tous les jours de ma vie, ta bonté, ta générosité me suivront pas à pas. Seigneur, je reviendrai dans ta maison aussi longtemps que je vivrai. » Psaume 23 : 6  (Traduction Bible en français courant.)

 

David laisse éclater, dans ce final, sa confiance. C’est son assurance tous risques. Il a cette ferme assurance que sa relation à Dieu sera soutenue par le bonheur, la fidélité, la reconnaissance, la grâce et la gratuité de l’amour de son Dieu, jusqu’à la fin de ses jours. Sa recette : Moi avec Dieu, Dieu avec moi.

 

Conclusion :

 

Ce psaume met en évidence la notion du manque tout en apportant une réponse, celle de la présence de Dieu dans le quotidien. Il est bon de prendre le temps d’identifier ses manques, afin de ne pas passer à côté des opportunités positives de la vie. Rappelons-nous la réponse donnée par Jésus à la question du jeune homme riche « que me manque-t-il encore ? » Matthieu 19 : 20. Jésus répond : « Il te manque encore une chose » Luc 18 : 22. Cet homme devait se défaire de ses avoirs et suivre le Christ. Autrement dit, donner la première place à l’amour. L’apôtre Paul nous le redit « s’il me manque l’amour, je ne suis rien » 1 Corinthiens 13 : 2 . Le même apôtre mettra toute son énergie pour  compléter avec attention ce qui manquait à la foi des Thessaloniciens (cf.1 Thessaloniciens 3 : 10) et que dire de ce père, qui voulant que Jésus guérisse son enfant s’écrie : « Viens au secours de mon manque de foi ! » Marc 9 : 24

David a expérimenté, au travers d’épreuves redoutables, la bonté de L’Eternel. Sa foi rayonnante est communicative. On peut raisonnablement la mettre en rapport avec la prise de conscience de ses manques. Ailleurs, il l’exprimera encore et encore : « Goûtez et voyez que l'Éternel est bon! Bienheureux  l'homme qui se confie en  lui!”  Psaume 34: 8

Que le seigneur nous donne la clairvoyance pour identifier nos manques et trouver avec et auprès de lui notre bonheur, sans négliger nos  liens avec l’humain.

« Eternel ! Enseigne-moi ton chemin, et conduis-moi. » Psaume 27 : 11

                                                                                            

                                                                                          Jacques Eychenne

 

Ps : (1) Parlant de la complexité de la pensée Edgar Morin écrit : « Nous sommes un mélange d’autonomie, de liberté, d’hétéronomie (absence d’autonomie) et je dirais même de possession par des forces occultes qui ne sont pas simplement celles de l’inconscient mises au jour par la psychanalyste. Voilà une des complexités proprement humaines ». « Il n’y a pas, d’un côté, un domaine de la complexité qui serait celui de la pensée, de la réflexion, et, de l’autre, le domaine des choses simples qui serait celui de l’action. L’action est le royaume concret et parfois vital de la complexité ». Introduction à la pensée complexe, Editions du Seuil, 2005, p.91 et 108

 

 

 

 

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