L'écriture du Seigneur Jésus

 

 

       L’écriture du

     Seigneur Jésus

        ou

     la trace de son amour

        Jean 8 : 6-8

 

Introduction :

 

Jésus vient d’assister à la fête des tabernacles (la dernière à laquelle il participera) à Jérusalem. Il poursuit son ministère en Judée. Depuis un moment, les autorités religieuses cherchent un prétexte pour l’arrêter afin de le réduire au silence (cf. Jean 7 : 32). Mais, lui continue à enseigner tous ceux qui veulent bien l’entendre, sans tenir compte des oppositions. Il a son quartier général à Béthanie dans la maison de Lazare et de ses sœurs Marthe et Marie. Il lui arrive de se ressourcer à la montagne des oliviers, toute proche (cf. Jean 8 :1). Nous sommes à six ou sept mois de sa crucifixion. A cette fête des tentes (ou des tabernacles), fête festive en souvenir de la sortie d’Egypte, le Seigneur avait dit clairement :

 

« Je suis encore avec vous pour un peu de temps et je vais vers celui qui m'a envoyé. Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas ; car là où je suis, vous ne pouvez venir » Jean. 7 : 33-34, version TOB.

 

Maintenant, les évènements vont s’accélérer. Tout va être mis en place pour appréhender le Seigneur, sans trop faire de vagues au sein de la population. Sa popularité est grandissante (cf. « tout le peuple venait à lui » Jean 8 : 2, version TOB).

Les scribes et pharisiens pensent qu’il faut d’abord discréditer le Christ devant le peuple. Alors que tôt le matin, le Seigneur est venu au temple pour enseigner, ils saisissent cette belle occasion pour le mettre en difficulté sur une interprétation de la loi de Moïse.

 

Développement :

 

Voici le texte qui nous intéresse : « Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. « Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? ». Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol. Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre. » Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol. » Jean 8 : 3-8, version TOB.

 

Dans cette situation, on voit le Seigneur écrire à terre a deux reprises. Beaucoup de versions préfèrent ce verbe écrire à celui de tracer. Mais qu’en est-il dans l’original grec. Est-ce que les verbes sont les mêmes ?

Avant de répondre précisément à cette question, disons d’abord que c’est la seule fois où

le Maître écrit avec son doigt sur le sol. Il le fait dans l’un des parvis du temple de Jérusalem. Il m’est venu à l’esprit de comparer les deux moments où la divinité a écrit avec un doigt.

Dieu, le Père a écrit de son doigt dans des tables de pierre à un moment solennel, et à deux reprises, après avoir libéré le peuple hébreu de l’esclavage en terre égyptienne. Yhwh-Adonaï a publié au sommet du Sinaï, l’expression la plus sublime de sa volonté pleine d’amour.

Jésus-Christ, son Fils, écrit lui aussi de son doigt, à deux reprises aussi, sur le sol de l’enceinte du temple. L’instant est aussi solennel, car la fête des tabernacles vient de se finir. (Rappelons que cette fête durait 8 jours et qu’elle symbolisait le passage de l’esclavage à la liberté). Dans les deux situations, le peuple est rassemblé. C’est dire l’importance de la communication, dans l’instant.

L’écriture dans la pierre peut symboliser l’immuabilité de ce qui est écrit, l’écriture dans la poussière de la terre d’un parvis du temple peut symboliser la fragilité d’un humain fait de la glèbe. Mais dans les deux cas on parle de délivrance, dans les deux cas, elle procède de l’action du divin. Yhwh-Adonaï s’est révélé au plus haut, Jésus s’est abaissé au plus bas pour dire au monde les sentiments de son cœur. Ce sera sa signature avec l’ancre de son cœur. Ce que le Père a voulu, le Fils l’a accompli …

 

Alors oui ! Jésus n’a laissé aucun écrit, mais ce qu’il a marqué ce jour-là dans la terre, est encore plus fort. Ce geste symbolise le testament que le Seigneur a voulu signer de son propre doigt devant le peuple et ses représentants. Que nous dit-il ? Etudions le texte !

 

« Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe. « Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? ».

 

On observe un grand absent dans cette histoire, car l’adultère implique deux personnes. Or, l’homme est absent ! Pourtant, ceux qui manient avec une certaine dextérité la loi de Moïse devraient se souvenir qu’elle dit aussi :

 

« Si l'on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, ils mourront tous les deux, l'homme qui a couché avec la femme, et la femme elle-même. Tu ôteras le mal d'Israël » Deutéronome 22 : 22, version TOB.

 

Mais cette femme était-elle mariée ? Quoiqu’il en soit, ces hommes sont prédateurs et l’amour est absent.

Quand on fait référence à la loi, il s’agit d’être précis sur les faits. Il convient encore de démontrer qu’il n’y a pas eu falsification des évènements relatés. Dans le cas présent, le Seigneur connaissait parfaitement les intentions des accusateurs de cette femme, éconduite sûrement vertement pour l’utiliser à dessein. Il s’agissait avant tout de mettre le Christ en porte-à-faux par rapport à la loi (faussement appelée de Moïse). Il leur avait déjà dit à l’occasion de cette fête des tabernacles :

« N'est-ce pas Moïse qui vous a donné la Loi ? Or aucun de vous n'agit selon la Loi : pourquoi cherchez-vous à me faire mourir ? » Jean 7 : 19, version TOB. Pour traduire cette femme en public, dans le temple, au milieu de l’attroupement des fidèles, il fallait auparavant, pour la surprendre en flagrant délit, l’avoir surveillée (voire même avoir payé le consommateur du plaisir).

Bref ! Cette femme est comme un objet aux mains de responsables sordides. Ils n’ont

qu’un seul but : arriver à faire comparaître le Seigneur devant le Sanhédrin pour qu’il soit condamné. Le combat entre le bien et le mal, sous prétexte d’adultère, était ouvert !

 

Et c’est là que le Seigneur va écrire son testament pour l’humanité toute entière. (Attendez la fin pour me dire si je me trompe !).

 

V.6 « Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui tendre un piège, pour avoir

de quoi l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des

traits sur le sol. V. 7 Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre. » V. 8 Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol ».

 

Comme nous pouvons l’observer, le texte présente deux séquences ponctuées par deux abaissements de Jésus.

La première fois, il trace avec son doigt sur la terre ; la deuxième fois, il écrit sur la terre.

En vérifiant les verbes d’action, on s’aperçoit qu’ils pointent une différence. Au verset 6, le verbe καταγράφω= katagrapho est employé, puis au verset 8, c’est le verbe γράφω=grapho. Pourquoi cette différence uniquement rélévée en partie par la version TOB, mais aussi par Françoise Dolto, Elian Cuvillier et bien d’autres ? Est-elle signifiante ? Avant d’aller plus loin, observons encore que le premier verbe est la seule occurence dans tout le Nouveau Testament grec, alors que le deuxième verbe, plus commun, est usité plus de 500 fois.

 

Examinons leur définition :

 

καταγράφω = Katagrapho = signifie dans son sens premier égratigner, écorcher, fendre, déchirer, puis par extansion : graver d’un trait, faire le tracé de ...

 

γράφω = grapho = tracer des lignes pour écrire, graver des signes sur une tablette, écrire (plus simplement). Dictionnaire Grec-Français de A. Bailly, librairie Hachette, 1950.

 

Si j’osais une interprétation, je dirais que dans le premier cas, on a le signe d’une marque laissée dans la chair. La femme adultère vit cette écorchure dans son corps. Le Seigneur veut la cicatriser. De ce fait, il trace une limite et met une séparation entre elle et ses accusateurs. En effet, l’action de fendre vient alors renforcer l’idée d’une séparation (comme dans le Psaume 23). L’intervention du Seigneur résume tout son ministère. Il est venu placer une séparation entre les humains et l’accusateur des frères (cf. Apocalypse 12 : 10). Il a tiré un trait comme une ligne de démarcation. Il est venu protéger pour donner vie. Jésus volontairement met une distance entre cette femme qu’on a placé au centre du groupe et ces accusateurs qui jubilent de mettre le Seigneur en difficulté à propos d’une interprétation de la loi.

 

Oui ! Le Seigneur est venu tracer la frontière entre le bien et le mal pour que chacun ait la possibilité de vaincre ce dernier. Désormais, un infranchissable est posé entre celui qui divise (cf. le diabolos) et celui qui unit (le Christ et son Père sont un ; cf. Jean 17 : 21).

Cette trace que Jésus a porté en terre est aussi accueil de la détresse de cette femme, qui très certainement, s’est faite piégée. Elle n’est que prétexte pour atteindre le Christ, l’oint de Dieu. C’est toute la puissance de la grâce divine qui se manifeste par un simple

 

tracé sur le sol de ce haut lieu spirituel qu’est le temple de Jérusalem. Que de force dans cet abaissement du Seigneur !

Toutefois, les accusateurs ne désarment pas, ils veulent piéger le Maître. Aussi continuent-ils à le harceler de questions… Alors Jésus se redresse et avec solennité prononce une phrase (ces phrases dont il a le secret !) et quelle phrase !

 

« Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre ».

 

La phrase fait mouche. Les accusateurs se retirent. D’abord les plus âgés qui certainement avaient plus l’expérience de la pratique du mal, puis les plus jeunes. Jésus ne les regarde pas. Il s’est de nouveau baissé, et il écrit sur la terre. La trace est devenue écriture. Nous aurions bien aimé lire ce testament, mais comme la poussière de la terre qui s’envole, son écriture est parvenue jusqu’à nous. Elle est aussi prégnante que les dix commandements écrits du doigt de son Père sur le rocher. L’écriture du Seigneur n’est pas figée. Elle s’est désormais gravée dans nos cœurs. Le paradoxe est bien là ! Cette trace fragile d’une écriture passagère a traversé les siècles. Elle s’inscrit en gros caractères dans nos esprits, car elle est l’essence même du Nouveau Testament. Pour cette femme demeurée maintenant seule au milieu d’un cercle de badauds, une vie nouvelle va pouvoir s’écrire sur une page blanche. Le souffle de la bonne nouvelle est passé par là. Désormais, l’esprit de la loi devient plus important que la lettre de la loi (cf. 2 Corinthiens 3 : 6).

 

Sur le parchemin de la terre, et dans ce lieu hautement historique et symbolique en Israël, notre Seigneur a écrit la seule et plus belle page de sa vie.

 

Désormais, nos vies de chrétiens devraient porter la trace de cette écriture. Elle a pour objectif de rester à jamais gravée dans les cœurs de ceux et celles qui se réclament du Sauveur et Seigneur Jésus.

Observons encore que le Maître ne sanctionne à aucun moment ces accusateurs rigides et mal-pensants. Aucune condamnation n’est proférée à l’encontre de ceux qui utilisent la loi comme un fouet. La pédagogie excellente du Seigneur n’a fait que les renvoyer devant leur conscience. Il les a placés face à eux-mêmes. Cette attitude ne peut qu’être invitation au changement et au pardon.

Nous qui sommes plus prompts à nous ranger du côté des accusateurs, nous qui sur le plan moral voulons avoir le dernier mot, nous devrions nous souvenir plus souvent de cette écriture testamentaire du Seigneur. Ecriture inconnue pour ceux qui refusent de croire, mais combien lisible pour tous ceux qui se laissent visiter par l’Esprit Saint.

Si nous voulons que nos accusateurs se retirent de nos vies, alors il nous faut être en présence du Seigneur de gloire. Alors, tout comme à cette femme, il nous dira :

 

« Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur », et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas :  va, et désormais ne pèche plus » Jean 8 : 10 – 11, version TOB.

 

Par sa présence le texte nous dit que le Seigneur Emmanuel a chassé les condamnations. Il en avait été de même, au début de son ministère, quand l’esprit a conduit le Seigneur au désert pour être tenté par le diable. Par sa présence et en citant l’Ecriture (l’Ancien Testament à ce moment-là) le diable n’eut qu’un seul recours : se retirer et laisser le Christ (cf. Matthieu 4 : 11).

Jésus a bien questionné cette femme pour qu’elle énonce elle-même qu’elle n’était plus sous le coup d’une lourde accusation qui méritait la mort. Puis, il lui a dit tout

simplement : « Moi non plus, je ne te condamne pas ». La phrase est puissante ! pour l’auditoire, le Seigneur pouvait être perçu comme quelqu’un qui se plaçait au-dessus de la loi. Les apparences pouvaient être trompeuses, car le Seigneur n’était pas au-dessus de la loi, mais au centre, au cœur, dans l’esprit qui la fait naître.

Le délit, pourtant réel, car certainement appuyé par des témoins, n’est pas reconnu. Elle est libre. Une voie nouvelle s’ouvre devant elle. C’est parce que le Maître investit positivement dans son cœur, qu’il peut maintenant la renvoyer vers un autre ailleurs. Désormais, elle devra s’affranchir de l’emprise des hommes et de toute prédation du mal. Elle va garder dans son cœur ce qu’elle a peut-être été la seule à lire sur le sol. La puissance de la grâce l’a visitée et certainement comme pour la Samaritaine, cette femme a dû respirer à plein poumons la glorieuse liberté des enfants de Dieu.

 

Chacun et chacune d’entre nous peuvent être libres au contact avec le Seigneur. Toutefois, il convient d’accepter la réalité qu’aucun d’entre nous est innocent. C’est lui qui nous ouvre des portes quand nous sommes enfermés sur nous-mêmes. Il agit quand nos paroles et nos actes sont mal interprétés et quand on veut nous emprisonner dans des situations que nous savons fausses. Et quand bien même nous tombons sous le coup de la loi d’une façon explicite, restons debout et assumons nos erreurs.  Le Seigneur s’est abaissé pour nous maintenir debout dans toutes les tempêtes de la vie. Lui seul, nous connaît et connaît le fond de toutes les situations dans lesquelles l’ennemi cherchera à nous accuser. En fait, c’est le Christ, qui le premier, a mené le vrai combat de la libération de la femme !

 

Conclusion :

 

Par ce testament, Jésus de Nazareth, nous redit que nous sommes tous appelés à être reconnus comme ses enfants. Cette femme libérée, c’est vous, c’est moi ! Cette trace invisible mais réelle, nous la retrouvons sur la croix, lieu d’un supplice abject et injuste. C’est à ce point ultime de son histoire terrestre que le Fils de Dieu a signé, par son sang, le testament qu’il avait tracé sur le sol du parvis de Jérusalem.  

Nous croyons que le Seigneur a enseigné, qu’il a guéri, et nous oublions qu’il a aussi écrit un jour quelque chose d’unique. Un texte non re-copiable. Des mots qui se sont certes effacés, mais qui sont restés gravés dans le cœur d’une femme. Et l’Esprit a actualisé ces mots pour chacun de nous, afin qu’ils soient bien lus et mis en pratique.

L’amour du Seigneur a réconcilié le genre humain avec lui-même. Il a repositionné la femme dans son rapport à l’homme. Il a dénoncé la distorsion du pouvoir de l’homme sur la femme. Les trois plus grandes révélations spirituelles ont été faites aux femmes (à la Samaritaine Jean 4 : 24 ; à la femme adultère Jean 8 : 6-8 ; à Marie de Magdala Jean 20 : 13-17 ; c’est Jean, le disciple de l’amour, qui a su lire l’histoire).

Vous pouvez penser que j’ai forcé le trait en parlant de testament, mais c’est mon ressenti profond. Tout y est contenu. La substance essentielle, d’ordre spirituelle, est bien là : délivrance, pardon, liberté, nouveauté de vie.

 

« Marchons sous le régime nouveau de la vie » Romains 6 : 4, Version NBS.

 

                                                                          Jacques Eychenne

 

 

PS : TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible ; NBS, version Nouvelle Bible Segond.

 

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