JERUSALEM amour et haine

 

 

 

 

    Jérusalem

Cité de paix et de guerre

               Ou

 L’Amour et la haine

 

 


Introduction :


Jérusalem, nom évocateur d’un passé glorieux, d’un présent en tension, d’un avenir incertain. Jérusalem, cité bien-aimée à travers l’histoire du peuple d’Israël, cité admirée par les chrétiens du monde entier, lieu historique pour les trois religions monothéistes… Jérusalem, toi qui as suscité tant de convoitises ! Objet de bien des désirs, que nous transmet ton histoire ?


Développement :


Si elle tient la première place dans l’histoire de l’humanité par sa longévité, si elle est encore le centre politique et religieux du peuple juif, si elle est au centre d’une histoire d’amour dans les annales du christianisme, l’objet de vénération et de pèlerinage chez les musulmans, ses murs nous parlent aussi d’un grand projet divin. Mais faisons davantage connaissance. D’où vient ce nom ?

(En hébreu : Yerûsâlaim ; dans la Septante : ἱερουσαλήμ ; la Vulgate : Jérusalem et Jerosolyma.) Malgré les divergences liées à l’origine du mot, disons que la transcription des massorètes (transmetteurs fidèles de la tradition textuelle de la Bible), laisse entendre que la racine viendrait de Shalom qui signifie paix. Certains rattachent son vocable à Schalem, nom simplifié qui remonterait 2000 ans avant J-C, au temps où Melchisédek était roi de Salem ou Schalem. L’épître aux Hébreux nous donne une indication dans ce sens :

« En effet, ce Melchisédek était roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très-Haut ; il alla au-devant d’Abraham lorsqu’il revenait de la défaite des rois, il le bénit. Et Abraham lui donna la dîme de tout ; il est d’ abord roi de justice, d’ après la signification de son nom, ensuite roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix, il est père, sans mère, sans généalogie, il n’a ni commencement de jours ni fin de vie, mais il est rendu semblable au Fils de Dieu ; ce Melchisédek demeure sacrificateur à perpétuité. » Hébreux 7 :1-3

Ce texte énigmatique nous permet de rattacher l’histoire de cette ville, à l’histoire de Jésus, Roi, Seigneur, et sauveur de notre humanité. Comme le précise l’apocalypse, le Christ est l’alpha et l’oméga : « Je suis l’alpha et l’oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout-Puissant. » Apocalypse 1 :8 De même, le prologue de l’évangile de Jean donne au Christ, à travers le vocable de la Parole faite chair, des prérogatives identiques. (cf. Jean 1 :1, 2,14) Que Jésus ait les mêmes attributs que Melchisédek le fondateur présumé de Jérusalem, soit. Mais est-ce que cela peut nous permettre d’avancer l’hypothèse selon laquelle Jésus devait mourir à Jérusalem ?


Ce parallélisme, pour intéressant qu’il soit, ne résume pas pour autant l’histoire de Jérusalem. Le mot grec de ἱερουσαλήμ nous permet, sans forcer le trait, de dire que Jérusalem est devenue la ville sacrée de la paix (ἱεροσ= sacré et σαλήμ= paix). Est-ce que cette ville porte bien son nom, chacun peut analyser l’histoire à sa façon !

Une vieille tradition rapporte qu’Adam vint mourir à Jérusalem. Une autre, mentionnée par l’historien juif Flavius Josèphe, affirme que la ville fut bâtie (comme on vient de le voir) par Melchisédek, roi cananéen. Mais, comme nous n’avons aucune indication de temps concernant ce personnage, il est impossible de dater le début de la construction de Jérusalem. Certains remontent au troisième millénaire avant J.C, les Amorrhéens auraient donné à cette bourgade le nom d’Urushalim. Par contre, nous savons que les égyptiens se sont emparés de Jérusalem (cf.15s. av. J.C) et ont installé un prince du nom d’Abdihiba. (cf. La Géographie du P. Abel, tome II, art. Jérusalem). Jérusalem est au départ une bourgade, à cheval sur plusieurs monts. Principalement le mont Sion (au Sud-Ouest) et le mont Moria ou Morija (au Nord-est), tous deux à une hauteur de 750m environ. Les deux monts seront chargés d’histoire et de symboles. Les monts Bézétha et Ophel, formant l’autre diagonale Sud-est – Nord-Ouest, sont moins connus. La colline d’Acra est au centre.


Josué utilise pour la première fois dans la Bible le nom de Jérusalem (environ 1 siècle après la conquête égyptienne) : « Adoni-Tsédek, roi de Jérusalem, apprit que Josué s’était emparé d’Aï… » Josué 10 :1 Le livre de Josué nous conte la conquête de la Palestine. Jérusalem s’appelait Jébus. (cf. Josué 18 : 28) Elle était aux mains des Jébuséens ou Jébusiens. Si Josué accorda ce territoire à Benjamin, ce n’est que plus tard que David s’emparera de la fameuse citadelle. Elle portera son nom (cf. cité de David, voir note Bible de Jérusalem)

En effet, la conquête de cette place forte a été faite par les guerriers de David. Cette cité, perchée sur le mont Sion, n’était pas facile à prendre. Sion était un lieu naturellement bien protégé. Les Jébuséens en avaient fait leur forteresse. Il fallait être astucieux et courageux pour tenter de conquérir cette place forte. David fut cet homme-là. Agé de seulement 30 ans, David marcha sur Jérusalem contre les Jébusiens (ou Jébuséens). Les Jébusiens se moquèrent des prétentions de David :

« Ils dirent à David : tu n’entreras point ici, car les aveugles mêmes et les boiteux te repousseront ! Ce qui voulait dire : David n’entrera point ici. » 2 Samuel 5 : 4, 6 Cette déclaration provocatrice montre à quel point Jébus était considérée comme imprenable. Mais le rusé David, sachant que la ville était alimentée par un cours d’eau, fit remonter un de ses hommes par le canal, et il pénétra à l’intérieur de la cité. Ce cours d’eau avait été pendant des siècles un élément de sécurité pour résister aux assaillants. L’ingénieuse installation hydraulique assurait la communication secrète avec la fontaine abondante de Gihon, véritable source de vie pour la ville. Cette source jouera, par la suite, un rôle important dans bon nombre de cérémonies (onction des rois de la maison de David, fête du tirage des eaux à la fête de Souccot, le sacrifice de la génisse rousse etc.) Le « tunnel d’Ophel » est son nom. Il est appelé ainsi par la plupart des exégètes. Joab, le fidèle chef de David, entra le premier dans l’enceinte de la ville. On donna alors le nom de cité de David à cette forteresse. (cf. 1 Chroniques 11 : 4-9). (Plus de 2 siècles plus-tard, Ezéchias construira un autre tunnel reliant la source au réservoir de Siloé. (cf. 2 Rois 20 :20 ; 2 Chroniques 32 : 20). C’est ainsi que David, prenant possession du pays, mit fin aux fractionnements des tributs, institua une organisation monarchique, et établit Jérusalem comme capitale de son nouveau royaume.

Par la suite, il eut le désir de construire un temple en l’honneur de L’Eternel. Mais à cause de ses nombreuses guerres et de tout le sang versé, l’Eternel ne le lui permis pas. Il lui annonça toutefois que son fils accomplirait cette tâche. (cf. 1 chroniques 22 : 6-12) c’est alors que Jérusalem devint la capitale religieuse et politique d’Israël. Jérusalem était appelée à devenir, au travers de ses serviteurs, le haut lieu de la souveraineté divine. Les lévites avaient pour mission de rappeler au quotidien, dans leur service du temple, les bienfaits de Dieu pour son peuple. Le ministère d’intercession des sacrificateurs était aussi là, pour rappeler que la miséricorde divine couvrait les imperfections humaines. Les scribes et copistes devaient tenir les livres racontant l’épopée glorieuse de ce peuple d’esclaves libérés du joug des égyptiens. Tout cela devait inciter chacun à construire avec Dieu une relation de confiance et de foi. Mais les rois qui suivirent, pactisèrent avec l’apostasie, la compromission, et l’adoration de faux Dieux. Après le schisme qui avait séparé en deux les tribus d’Israël, le royaume du Nord s’effondra au 8é s. et le royaume de Juda connut le même sort lors de la prise de Jérusalem par Nébucadnetsar, en juin-juillet de l’année 587 av. J.C. Après une déportation de toute l’élite du peuple d’Israël, plusieurs autres déportations suivront et causeront la ruine de ce peuple et de sa belle cité. Le psaume 137traduit bien la tristesse de cette désolante réalité.

Mais Jérusalem reste l’objet de l’amour de Dieu : « Elle est fondée sur les montagnes saintes. L’Eternel aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob. Des choses glorieuses ont été dites sur toi, ville de Dieu ! » Psaume 87 :2-3

Jérusalem reste lieu d’espérance : « Sois transportée d’allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi vient à toi ; il est juste et victorieux, il est humble et monté sur un âne, sur un âne, le petit d’une ânesse» Zacharie 9 :9 et ailleurs : « Anne…louait Dieu, et elle parlait de Jésus à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. » Luc 2 :36-38

Dans le nouveau testament, Jérusalem est le lieu de tous les espoirs. Des vieilles cités du monde oriental, elle seule est restée debout. Memphis, Thèbes, Babylone, Ninive, toutes, ne sont plus que ruines. Tout en étant sous domination romaine, Jérusalem continua à exercer une forte influence en Palestine. Elle demeura la cité des responsables religieux et politiques.

D’ailleurs, tous les évènements importants du christianisme vont se dérouler à Jérusalem. Agé de douze ans, Jésus prend sa mission à cœur. A la fête de Pâque, il entre dans le temple de Jérusalem, et tous ceux qui l’entendent sont frappés par son intelligence et ses réponses. (cf. Luc 2 :41-50) De plus, le combat avec l’auteur du mal, le diable, se situe

aussi à Jérusalem, en haut du temple. (cf. Luc 4 :9) c’est encore à Jérusalem et dans le temple que Jésus affirme son autorité. Après avoir chassé les changeurs de monnaies, les brebis et les bœufs, et renversé les tables, Jésus déclare : « Ne faites pas de la maison de mon Père, une maison de trafic. » Jean 2 :16. La liste est longue de tous les faits et gestes importants de Jésus à Jérusalem. Il a guéri, enseigné, réformé, été jugé par le sanhédrin et condamné à mort.


Mais Jérusalem reste marquée par le sceau d’un divorce. La belle histoire d’amour n’a jamais pu prendre forme. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir tout essayé de la part de Dieu « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! » Matthieu 23 : 37 c’est la raison pour laquelle la destruction de Jérusalem, en l’an 70 de notre ère, est utilisée par le Christ comme le symbole de la grande détresse qui frappera le monde avant son retour. (cf. Matthieu 24 :15-22 ; Luc 21 : 20-24) Mais encore une fois l’amour l’emportera :

« Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes, parce que votre délivrance approche ». Luc 21 :28


Toutefois, Jérusalem a été témoin du dénouement le plus prodigieux de toute l’histoire des hommes. Dieu a tant aimé qu’il a donné. C’est au-delà des remparts de la ville, au mont Golgotha, que le Christ a donné sa vie pour le rachat du monde.

« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » Jean 3 :16.

La tradition, en faisant mourir Adam à Jérusalem, dit que c’est en ce lieu qu’il fallait que la faute d’Adam (représentant la race humaine) soit expiée. Même, si nous n’avons aucun moyen de vérifier ces dires, contentons-nous d’affirmer, que la ville de Jérusalem a été témoin oculaire d’une mort, qui somme toute, aurait pu être banale, si elle n’avait pas été suivie trois jours après, par sa résurrection. Cette preuve par neuf, qui atteste que la supercherie n’était pas possible, a donné naissance à une ère nouvelle. C’est grâce à ces événements importants que les historiens parlent d’un avant ou d’un après J.C.

La vie du Christ a marqué notre histoire et notre temps.


C’est de cette cité que la naissance du christianisme prit forme. C’est à Jérusalem que le Seigneur intima, à ses disciples, l’ordre d’attendre ce que le Père avait promis. « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. » Actes 1 : 8-9

La grande aventure, qui allait bouleverser le monde entier, partit de Jérusalem la ville bien-aimée. Jérusalem a donc été le théâtre d’une scène révélant un plan de salut, non seulement pour un peuple, mais pour l’humanité toute entière. Ce plan a réalisé les conditions qui permettent à chacun d’y adhérer ou pas. Il nous parle d’un royaume éternel sur une nouvelle terre. L’apôtre Jean, en vision, a contemplé sur l’ile de Patmos ce merveilleux spectacle. Et, qu’a-t-il vu de particulier qui vienne corroborer notre propos ?


« Et je vis descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s’est parée pour son époux. J’entendis du trône une forte voix qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. » Apocalypse 21 : 3-4

Le Nouveau testament atteste que cette vision n’est pas le fruit d’un malade mental. Elle ne fait que redire l’espérance des Patriarches.

« Abraham… attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur… Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie. S’ils avaient eu en vue celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner. Mais maintenant ils en désirent une meilleure, c’est à dire une céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité. » Hébreux 11 : 8, 10,14-15


L’épître aux Hébreux dirige notre attention vers cette révélation spirituelle fondamentale

« Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades qui forment le chœur des anges, de l’assemblée des premiers inscrits dans les cieux… » Hébreux 12 :22-23 (voir dans la Bible Segond, version 1975, la note explicative de C.I.Scofield) La Jérusalem terrestre devient le symbole d’une cité céleste. Elle sera le lieu de rassemblement de tous les adhérents de foi et d’amour au programme de Dieu. C’est ce qui constitue la véritable Eglise, dont les communautés religieuses humaines sont parfois une pâle copie.


Conclusion :


Jérusalem cité tant convoitée au cours des siècles, nous renvoie à une belle histoire d’amour entre Dieu et son peuple. Les guerres, les massacres, le sang, la haine, peuvent occulter la réalité de la vision de l’apôtre Jean, mais rien, ni personne, ne pourra arrêter l’accomplissement du projet de Dieu. Jérusalem, ce lieu de conflit permanent, aujourd’hui comme hier, ne peut estomper la réalité d’une espérance glorieuse qui mettra un point final aux prétentions humaines. L’histoire tragique de cette cité, objet de tant de désirs, de convoitises, et d’invasions ne peut effacer une réalité qui n’est visible que par la foi.

C’est vers cette descente de la nouvelle Jérusalem céleste qu’il nous faut porter nos regards. Tous les héros de la foi, mentionnés dans Hébreux 11,ont vu et salué de loin cette vision, reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur cette terre. (cf. Hébreux 11 : 13) L’histoire de Jérusalem nous dit que nous sommes en marche vers quelque chose de meilleur qui échappe au contrôle de l’homme. L’antidote à la haine des hommes est bien l’amour de Dieu, manifesté en Jésus-Christ. C’est l’amour qui triomphera. Il aura le dernier mot…

                                                                                     Jacques Eychenne

                                      

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