La vocation de Simon-Pierre

                        L’appel à la foi
                               Luc 5 : 1-11

 


Introduction :


Le Christ  a commencé son ministère en Galilée (Cf. Luc 4 : 14) Il annonçait la
bonne nouvelle du règne de Dieu. (Cf. Luc 4 : 43) Près du lac de Gennésareth, on se pressait pour entendre sa parole. C’était une parole étrange, jamais on avait entendu un tel message : Jésus s’adressait d’abord aux pauvres, il guérissait les cœurs brisés, il proclamait aux captifs la délivrance, il offrait un espace de liberté aux opprimés, et de surcroit, il redonnait la vue aux aveugles. (Cf. Luc 4 :18,19) Jamais paroles si indicibles n’avaient été entendues, et on comprend la fascination qu’a pu produire cette prédication. Elle était ponctuée par l’annonce d’une année de grâce, dans l’intention de présenter son grand projet : la bonne nouvelle du royaume de Dieu.


Mais, quel était le cœur de ce programme ?


Dieu, par l’envoi de son fils, a disposé, au départ, un environnement favorable. Il devait être un éveil au désir de relation. Dieu a pris l’initiative  de cette parole pour permettre à toutes ses créatures humaines de lui faire confiance, dans la mise en place de ce fabuleux projet. Il était la vraie solution. Elle allait bien au-delà de la mort et elle répondait à la soif d’absolu de notre humanité...
Cette parole ne s’est pas confinée seulement dans une Ecriture ou un discours, elle s’est incarnée en Christ pour bien nous faire comprendre le désir de relation de Dieu. A quoi cela peut bien servir d’aimer, si on n’est pas avec l’être aimé.

Voilà pourquoi Dieu s’est incarné en Jésus, appelé Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous. (Cf. Matthieu 1 :23) Jésus a donc commencé son ministère en Galilée par l’annonce attractive de la venue d’un royaume de Dieu...
Il est regrettable de constater que ce programme soit encore passablement méconnu.  En quoi est-il une bonne nouvelle ? Est-ce qu’elle nous concerne encore aujourd’hui ? (Cf. Matthieu 6 : 33)
Mais au fait, c’est  quoi le royaume et la justice de Dieu ? Il nous faut d’abord chercher à comprendre ce que signifie cette parole.

Le royaume de Dieu n’est pas une entité abstraite… Le royaume fait référence à Celui qui le dirige…C’est LUI qu’il nous faut rencontrer… C’est une question de relation (Cf. Luc 17 : 20-21, l’adverbe grec : εντος  signifie à l’intérieur, au-dedans de, mais aussi parmi, c’est donc quelque chose qui est en soi et avec soi).
Notre recherche consiste donc à rencontrer Christ, pour qu’il demeure en nous. (Cf. Jean 15 :5 ; 1 Jean 3 :23,24 ; 1 Corinthiens 3 :23 ; Philippiens1 :21 ; Colossiens 3 :4 ; 1 Pierre 3 :15, 1 pierre 5 :14). 
Quant à la justice de Dieu, Paul nous éclaire (Cf. Phil 3 : 9).Il s’agit, tout simplement, d’accepter ce que le Christ a fait pour nous, à notre place.
En résumé cette bonne nouvelle du royaume prêchée par Jésus au début de son ministère en Galilée, consistait à accueillir dans les cœurs les paroles de Christ.

 

Développement :
 
C’est dans ce contexte que les sept premiers apôtres galiléens vont être appelés par le Seigneur. Le Christ avait déjà œuvré avec puissance à Capernaüm.  Au sortir de la synagogue, il s’était rendu Chez Simon où il délivra sa belle-mère d’une forte fièvre. De ce quartier général impromptu, il fit de nombreux miracles. Le plus spectaculaire d’entre eux était la délivrance démoniaque. (Cf. Luc 4 :40,41)
Simon a été témoin de toutes ces merveilles avant d’être appelé personnellement par le Seigneur. Et comme pour préparer le chemin de son cœur, le Christ va prendre l’initiative de monter dans sa barque, alors qu’il est entrain de laver ses filets sur la plage. Et, de là, le Seigneur enseigna la foule... Comme nous le constatons, l’appel au ministère apostolique de Simon a été bien préparé, et toute comme dans une bonne terre bien travaillée, la semence a été jetée au travers d’un miracle symbolique appelé la pêche miraculeuse. Et c’est ainsi que Simon, entouré de ces deux associés, Jacques et Jean, entendit cette parole quelque peu sibylline : « Ne crains point ; désormais tu seras pêcheur d’hommes » et le texte poursuit : « Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent » Luc 5 :10,11
 
Ce récit émouvant appelle plusieurs observations :
Que serait-il advenu si Simon et ses associés avaient refusé l’initiative de Christ ?
En nous appropriant ce récit posons-nous aussi la question :
Alors que comme les disciples, nous sommes occupés à produire un travail qui nous permet de faire face à nos besoins matériels, sommes-nous suffisamment attentifs aux initiatives de Dieu dans nos vies ?
La vocation de Simon est une démonstration de ce que Dieu, par Jésus-Christ, veut faire aussi pour chacun de nous.
Notre Seigneur tout comme pour Simon a le grand désir d’utiliser symboliquement notre barque. Encore faut-il l’accepter !  Arrêter ses activités multiples et prendre le temps de réfléchir sur les priorités de sa vie ! 
Le pourquoi ? est simple à comprendre, la suite du récit nous éclaire !
On aurait pu penser que le Seigneur allait demander à Simon d’avancer de suite en pleine eau !

Il n’en fut rein ! D’abord, il utilisa sa barque pour enseigner la foule. Quelle belle Pédagogie ! Christ ne veut pas être suivi aveuglément... Si notre Seigneur a voulu que Simon entende d’abord son message avant de le suivre, c’est pour attirer notre attention sur cette démarche.
La foi n’est pas la crédulité. Le Seigneur a décliné son message avant de demander à Simon d’y adhérer. Il y a donc nécessité pour nos vies d’être sensible à cette réalité.
Si les préoccupations du moment, les soucis de la vie, et bien d’autres choses ne  laissent plus de place à la réflexion, alors il est difficile pour le Christ de monter dans notre barque. Son amour est à ce point puissant, qu’il ne veut en aucune façon violer notre intimité de désir et de volonté.
Il est important de dire à cet endroit, que le désir de relation de notre Seigneur avec chacun de nous, n’est pas une demande à le suivre en aveugle. La foi se nourrit d’un enseignement et s’ancre dans la confiance, avant de devenir agissante.
D’une certaine façon, c’est après avoir exposé son programme d’actions en vue de l’établissement d’un royaume d’amour et de justice, que le Christ nous invite à adhérer à son enseignement. La foi est réellement une question d’adhérence volontaire et réfléchie.
Le texte précise : « Lorsqu’il eut fini (ou cesser) de parler, il dit à Simon… » Luc 5 :4
Pour Simon, Il y a donc bien eu  une information, que nous appellerons enseignement, avant l’appel à expérimenter une relation au quotidien. Simon a donc été sensibilisé à un message avant d’y souscrire sans réserve, et être décidé à tout quitter pour cette aventure de foi.
Dans nos parcours de vie spirituelle, il en est de même, nous ne sommes pas  pris à l’improviste, notre choix est alimenté par une information. Nous sommes donc responsables de nos décisions. Et, plus nous prendrons le temps de nous laisser sensibiliser par la parole du Christ, plus notre foi  s’enracinera dans une bonne terre bien préparée. (Cf. Matthieu 13 :1-9)

C’est alors que nous pourrons accueillir avec confiance les initiatives du Seigneur, tout comme Simon. Le Christ lui fit cette demande : « avance en pleine eau ou en eau profonde ou va au large » (suivant les versions, Luc 5 :4)  En réalité, le texte grec insiste sur la profondeur. C’est tout un symbole ! Littéralement, il est écrit : Ѐπαναγαγε είς τό βαθος= avance vers ou dans la profondeur. Cette phrase résume toute l’invitation bienveillante du Seigneur à l’adresse de chaque humain.
La vie étant mouvement, nous sommes dans l’incontournable besoin d’avancer, de faire des choix, de se risquer, d’oser... Mais délaissant toutes les sollicitations de superficialité, c’est dans la profondeur qu’il nous faut avancer. Donner du sens à nos engagements, de la cohérence à nos vies, de la vérité à nos propos...
Si Simon a accepté l’ordre du Seigneur d’avancer en eau profonde, c’est assurément parce qu’il avait, au préalable, écouté attentivement son message. Cela  nous incline à penser qu’il est bien plus difficile de suivre un ordre bienveillant du Seigneur, si on n’a pas, au demeurant, pris le temps d’écouter. Le temps de l’information sur le contenu du message d’amour de Christ, n’est point perte de temps.
Nous pouvons constater avec étonnement, que nombre de ceux et celles qui se disent chrétiens, méconnaissent les paroles du Christ, ou en connaissent que de petits fragments.
Dès lors, comment ne pas s’étonner, si nous constatons que les peurs et les doutes l’emportent sur la foi.
Car en fait, quitter le rivage, cette terre ferme, pour s’aventurer vers le large, cet inconnu, n’est pas du tout confortable !
Reconnaissons que l’inconnu nous insécurise souvent...

Et même pour des pêcheurs avertis comme Simon, les réticences vont s’exprimer. La pêche bien qu’étant une science incertaine obéit à des principes : On ne s’aventure pas en mer à n’importe quel moment. C’est pourquoi Simon déclare : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ou ayant peiné toute la nuit nous n’avons rien pris... » v.5
Aller au large pour jeter le filet, mais c’était le commun de Simon, Jacques et Jean, mais pas en plein jour.
Pour serrer de près l’exploitation spirituelle de ce récit, disons que c’est aussi dans le commun de notre quotidien, que Christ nous demande de vivre une belle aventure de foi. Et les réticences de Simon sont aussi les notres. Elles se sont mêmes décuplées avec le temps. Car enfin, accepter que nos vies soient influencées par l’enseignement d’un personnage vieux de plus de 2000 ans, peut paraître insensé. Croire qu’il est vivant, et qu’il peut combler notre existence chaotique, est contraire à notre mentalité  du 21è s. Comme le dira l’apôtre Paul déjà en son temps : c’est une folie aux yeux du monde. (Cf. 1 Corinthiens 1 : 18-23)
Mais la vraie foi va au-delà du visible...
Peut-on dès lors comprendre les réserves de Simon ? Pour avoir eu le bonheur d’aller sur les lieux de ce lac de Galilée, je puis témoigner que les eaux sont cristallines. Cette transparence de ces eaux résulte de la fonte des neiges de l’Hermon... Il est quasiment impossible de pêcher de jour dans ces eaux. Le moment le plus propice consiste à sortir la nuit sur le lac.
Oui, mais voilà, si nous sommes, comme Simon, dans l’apprentissage de la foi qui se projette vers l’invisible, notre logique sera inévitablement prise à contre-pied. Le Christ a pour habitude de renverser l’ordre naturel, pour nous éveiller à un espoir qui contient de l’inconnu.

 

Mais avant d’aller plus loin, acceptons une interpellation et impliquons-nous dans cette réflexion : Qu’en est-il de toutes nos pêches infructueuses ? Nous avons pour la plupart travailler dur, sans ménager notre peine, et en définitive qu’avons-nous pêché de cette vie ? Que de combats, de nuits d’insomnie, de souffrance, pour la plupart du temps rentrer bredouille. Et il n’y a rien de plus décevant pour un pêcheur que de rentrer bredouille...
Jésus comprend fort bien la remarque de Simon, tout comme il comprend toutes nos questions, nos rejets et nos doutes. Mais le texte met en évidence un contraste : il y aura un avant et un après cette rencontre. La démarche de foi de Simon va ouvrir les plus belles pages de son histoire d’homme. Toute sa vie va basculer sur une seule phrase, elle commence par un mais : « Mais, sur ta parole, je jetterai le filet » v.5  ou plus littéralement : « Mais, sur ta parole je laisserai descendre les filets »  (Le même verbe est employé lors de la descente du paralytique par le toit. Cf. Marc 2 :4). L’invitation du Christ n’avait-elle pas été d’avancer vers ou dans la profondeur ! L’attitude de Simon fait donc écho à l’invitation de Jésus : Il laisse aller ses filets dans la profondeur...
Si nous sommes insatisfaits de nos infructueuses pêches, de nos efforts redoublés à vouloir tout solutionner par nous-mêmes... Si nous voulons apprendre à nous décentrer de notre moi... Si, à notre tour, nous voulons nous appuyer sur la parole de Christ, alors, tout comme pour Simon, notre vie peut prendre une autre direction et trouver du sens en profondeur.


Le constat de ne rien trouver dans les filets de son existence est souvent dur à assumer, mais l’important, prenant à revers toute logique de consommation, n’est point le résultat. Plus l’audit est décevant, plus le MAIS peut être fort. L’absence de résultat ou la médiocrité de résultats, peut être une magnifique opportunité à faire acte de foi. Par un : Mais sur ta parole, nous pouvons aller dans la profondeur et accéder au bonheur.  C’est quand on s’approprie cette parole que l’aventure de la foi commence. La vie spirituelle est bien une question de relation, on s’engage sur la parole d’un autre... Mais, cet autre tranche avec tous les puissants de la terre à travers toutes les époques, sa parole est vérité. N’a-t-il pas dit : «  je suis le chemin, la vérité, la vie ». Jean 14 : 6

Dès lors, pourquoi ne pas lâcher prise, pourquoi ne pas laisser nos filets descendre en profondeur ! Nous voulons des résultats dans nos vies, alors revisitons le récit :
«...Mais sur ta parole, je vais jeter les filets. L’ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons : leurs filaient se déchiraient. Ils firent signe à leurs associés qui étaient dans l’autre bateau de venir les aider... Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus et dit : Seigneur, éloigne-toi de moi : je suis un homme pêcheur. » Luc 5 :6-8 (version la Nouvelle Bible Segond)
Le voilà le grand miracle de la vie : Celui de la conversion. Un changement d’orientation avec d’autres priorités et d’autres objectifs. Notons que dans le récit, c’est à ce moment là que Simon est appelé Simon-Pierre. Cette précision démontre que l’évènement vécu a été un départ dans sa vie. De plus, nous qui entendons souvent parler de résultats, il est à noter que ceux qui viennent de Dieu ne sont jamais mesquins, gagne-petit , étriqués. Avec le Christ, on est dans l’abondance. Le sauveur que nous voulons suivre comme Simon- Pierre, est généreux envers tous ceux et celles qui lui font confiance.

 

Conclusion :

 

Ce récit édifiant nous renvoie à l’importance d’une relation personnelle avec Christ. Elle a pour conséquence :
La prise de conscience, de nos manques, et le désir de les combler.
Prendre acte de nos pêches infructueuses n’est pas négatif en soi. Ce constat peut déboucher sur un avenir de libération et d’ouverture au bonheur. Laissons de coté nos réticences, nos excuses, nos justifications, nos peurs et nos angoisses, elles ne font qu’entretenir le vide de nos cœurs. Or, c’est vers un plein de vie qu’il nous faut avancer en eau profonde...
C’est pourquoi, le fait d’avoir expérimenté la puissance d’amour du Christ, nous stimule à aller de l’avant avec confiance, sans appréhension du lendemain.
Parfois, la meilleure façon d’assumer notre responsabilité d’humain, est dans un lâcher-prise, un abandon dans la profondeur de son amour. Notre parole libre mais engagée, peut s’inscrire, non dans un avenir, mais dans un présent aux couleurs de l’éternité. 

 

Jacques Eychenne

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