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La Vérité en Jésus Ephésiens 4 : 21 Jean 14 : 6 |
Introduction :
L’apôtre Paul est prisonnier à Rome quand il écrit la lettre aux Ephésiens. En tant que citoyen romain, il bénéficie, dans un premier temps, d’un emprisonnement avec aménagement de peine. Il est chaque jour assisté d’un soldat romain, mais il peut recevoir qui il veut. Luc, dans le livre des Actes, nous informe que Paul a utilisé cette semi-liberté pour convoquer les notables juifs de Rome. Ces derniers avaient-ils entendu parler de l’apôtre ? On ne le sait pas ! Par contre, Paul a ressenti le besoin d’expliquer sa situation en donnant les vraies raisons de sa détention (cf. Actes 28 : 16-31). IL a toujours eu la démarche, chevillée au corps, de convaincre les membres du peuple d’Israël : à savoir que Jésus de Nazareth était bien le Messie prédit. C’est très certainement pendant ces deux premières années de captivité qu’il écrivit la première lettre aux chrétiens d’Ephèse. Pourquoi ? Il faut se rappeler que cette ville était la plus importante de l’Asie mineure (cf. environ 200.000 hab.). D’autre part, Paul y avait enseigné près de trois ans et avait noué des liens fraternels (cf. Actes 19). C’est dans cette lettre qu’il développe la pensée que la vérité est en Jésus (cf. Ephésiens 4 : 21). C’est le sujet qui va retenir toute notre attention.
Développement :
La quête de la vérité fait partie intégrante de l’histoire de l’humanité. Mais que d’ambiguïtés dans la définition et la compréhension de ce mot universel ! De tout temps on a cherché à cerner cette vérité pour mieux la définir. Mais force est de constater, sur ce point, un feu d’artifice de perceptions, au point que par dépit peut-être, la pensée populaire a annoncé un fait acté : « à chacun sa vérité ! ». Pourtant, en interrogeant tous les penseurs, philosophes et sages, on voit bien que l’humain est en recherche d’absolu. Comme l’étoile du berger indiquant le Nord, chaque mortel veut donner à sa vie une direction pour définir sa route. Beaucoup de chercheurs, mais pas qu’eux, ont voulu saisir la vérité, la posséder, la défendre, la publier. Mais ils ont été surpris de constater qu’au moment où ils croyaient la détenir ou la cerner, elle reculait comme un mirage en plein désert…
Dès lors, sa vocation (de la vérité) ne serait-elle pas de nous placer en situation de recherche perpétuelle ? Les proverbes anciens attestent les diversités de sa perception. Pour les uns, « la vérité est cachée au fond d’un puits » (proverbe français 1752), pour d’autres, « la vérité comme l’huile vient au-dessus » (proverbe français 1620). Comme nous le constatons, la quête de la vérité n’est pas un long fleuve tranquille. Ecueils et chausse-trappes jalonnent nos parcours. Faut-il pour autant renoncer ? La vie nous pousse toujours, comme la sève de l’arbre, à verdir nos questionnements et à les rendre toujours plus profonds.
Il est pourtant un terrain sur lequel nous avons plus de chance de cerner le concept de vérité. Je veux parler de la Parole révélée, appelée le Livre (la bible = βιϐλίον en grec ancien = à l’origine écorce de papyrus, devenu papier à écrire, puis livre ; bible en français).
Toutefois, même dans cette révélation, la vérité n’est jamais totalement accessible. On ne peut que l’approcher ! La question est pourtant sérieuse. Le gouverneur romain Pilate, interpelé par sa femme, a été travaillé par le sujet, au point qu’il questionna Jésus à son procès en ces termes :
« Qu’est-ce que la vérité ? » Jean 18 : 38, version FBJ.
Avant de poursuivre, il est important de connaître l’étymologie du mot dans le contexte du Nouveau Testament.
Ainsi, la vérité = ἀλήθεια= aletheia = ce qui est vrai dans ce qui appartient à Dieu et aux devoirs de l'homme. Le mot est composé du ἀ privatif qui annonce un contraire et du radical λαθ = ce qui est non caché, vrai, sincère. Est encore ἀληθινὴ (cf. Jean 19 : 35) ce qui est véridique franc, loyal. Pour l’apôtre Paul : ἀληθεύω = aletheuo, c’est dire, ou enseigner la vérité. D’autres théologiens ont associé le ἀ privatif au mot ληθὴ qui se définit comme l’oubli. Les deux idées peuvent être complémentaire : la vérité n’est pas quelque chose de caché ou à oublier, car elle appartient au registre du révélé par Dieu.
En synthèse, la Vérité serait le non-caché et le non-oubli. Ce qui nous renvoie à deux notions théologiques essentielles : la révélation (le non-caché) et le souvenir (le non-oubli). Développons maintenant les deux versants d’une même réalité :
A la fin de sa vie, l’apôtre Jean aborde cet enseignement dès le début de son évangile. Il nous explique que la vérité est en lien directe avec une révélation divine. Dirigé par l’Esprit Saint, ce qu’il nous précise, a exercé une profonde influence sur l’ensemble de la chrétienté dès sa naissance jusqu’à nos jours.
La Révélation de Dieu aux humains s’est faite par l’intermédiaire du logos (verbe) incarné, identifié au Christ (l’oint envoyé). Tout a été prévu dès l’avènement de la création du monde. C’est par le Christ que la vraie vie nous a été infusée.
Jean affirme que « ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » Jean 1 :4, version FBJ. Et il détaille : « Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité…la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » Jean 1 : 14,17, version FBJ.
Ainsi définie, la vérité nous met en relation avec une personne, plutôt qu’avec un corps de doctrines, de préceptes ou de lois. La Vérité s’est incarnée en Jésus-Christ. Rappelons-nous la célèbre déclaration du Seigneur aux apôtres :
« Je suis le chemin, la vérité, la vie. Nul ne vient au Père que par moi » Jean 14 : 6, version LSG.
Cette découverte a des conséquences. Elle nous fait découvrir où se trouve le vrai bonheur. En lien avec notre développement personnel, on ne peut y accéder qu’en marchant vers le vrai, en soi et pour soi. Pour nous inciter à faire le bon choix, la révélation divine n’a pas cessé de nous dire la vérité. Pour bien la souligner et l’imprégner à nos consciences, le Seigneur a souvent fait précéder sa Parole par cette double affirmation : « en vérité, en vérité, je vous le dis » Jean 1 : 51 ; 3 : 3,5,11 ; 5 : 19,24,25 ; 6 : 26,32,47,53 ;8 : 34,51,58 ;10 : 1,7 ; 12 : 24 ; 13 :20,21,38 ; 14 : 12 ; 16 : 20,23 ; 21 : 18). C’est impressionnant ! Il dira encore souvent : « Je dis la vérité » Jean 8 : 40 ; 16 : 7…Cette vérité énoncée et vécue avait pour objectif de nous expliquer pourquoi le Christ a été envoyé par Dieu. C’était sa façon de nous repositionner sur le bon chemin. Il est venu pour vaincre le mal, et nous dire que notre expérience humaine n’est qu’une parenthèse dans un vaste projet d’amour (cf. Jean 14 : 1-3). Cette vérité concerne chaque humain, sans discrimination, sélection ou favoritisme (cf. Actes 10 : 34).
L’apôtre Pierre, porte-parole des apôtres, dira avec audace aux chefs des Juifs, aux anciens et aux scribes rassemblés à Jérusalem : « Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » Actes 4 : 12, version FBJ. (Autrement dit : ne cherchez pas ailleurs, un seul nom suffit, il est souverain !).
Les apôtres ont pris soin de nous rapporter cette vérité sans altération (cf. Romains 9 : 1). Pour l’apôtre Paul, un seul enseignement était prépondérant : « Non, je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus Christ, et Jésus Christ crucifié » 1 Corinthiens 2 : 2, version FBJ. Et il dira à son jeune disciple : « Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s'est livré en rançon pour tous. Tel est le témoignage rendu aux temps marqués et dont j'ai été établi, moi, héraut et apôtre - je dis vrai, je ne mens pas -, docteur des païens, dans la foi et la vérité »1 Timothée 2 : 5-7, version FBJ.
Inéluctablement, il fait partie de la personne humaine. Ce dont on se souvient s’inscrit d’une manière indélébile sur le disque dur de notre mémoire vive (cf. Le conscient est formé de représentations de mots. L'inconscient est formé de représentations de phonèmes et de choses. Ce sont des choses qui concernent l’esprit de notre corps, et qui souvent furent vécues avant la parole. L’inconscient désigne ce dont la conscience est dépourvue). Reconnu par notre conscience, les faits passés sont rattachés à des moments précis. C’est comme s’ils survivaient. Les souvenirs nous aident à donner un sens à notre passé et du sens à notre présent (et à notre avenir si on a la foi en Dieu). Mais le processus de la mémorisation consciente a besoin d’un facteur clé : la volonté d’accueillir l’information. Spirituellement, cela dépeint la bonne attitude qui consiste à accueillir positivement ce que Dieu a dit, et ce qu’il continue de dire (cf. Depuis la création du monde, en passant par les patriarches et les prophètes, jusqu'à la Révélation finale en son Fils Jésus-Christ, Dieu n'a cessé de parler aux hommes. Le Saint-Esprit poursuit inlassablement cette mission ; cf. Hébreux 1 : 1-2 ; Jean 14 : 26). Ainsi, l’histoire biblique regorge d’appels à se souvenir de ce que Dieu a dit et fait. Voici ce qui atteste cette Vérité :
« Tu te souviendras que tu as été en servitude au pays d'Égypte et que Yahvé ton Dieu t'en a fait sortir d'une main forte et d'un bras étendu » Deutéronome 5 : 15, version FBJ.
Le contexte immédiat rappelle que c’est Dieu qui a délivré de la terre d’Egypte, appelée maison de la servitude, le peuple qu’il voulait missionner pour porter au monde ses messages. Ce rappel solennel met en exergue la valeur éminemment précieuse du décalogue (cf. 10 paroles). Il est, de nos jours, reconnu comme présentant des valeurs universelles qui ont servi de modèle à l’élaboration de constitution de plusieurs pays.
Par extension, nous avons, aujourd’hui, à nous souvenir que notre Père nous a délivré de nos esclavages, tout comme il l’a fait pour le peuple d’Israël.
« Tu te souviendras que tu as été en servitude au pays d'Égypte et que Yahvé ton Dieu t'a racheté » Deutéronome 15 : 15, version FBJ.
Dieu s’est investi par amour en rachetant notre veine manière de vivre. C’est la raison pour laquelle, l’apôtre Paul aura le verbe osé à l’adresse des Corinthiens :
« Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? Quelqu'un a payé le prix de votre rachat. Glorifiez donc Dieu par votre corps » 1 Corinthiens 6 : 19-20, version TOB.
Qu’il est difficile à la nature humaine de reconnaître cette vérité historique. Dans un monde de plus en plus violent, sans foi ni loi, ce souvenir est même inacceptable, voire insupportable. Et pourtant !
« Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier » Exode 20 : 8, version FBJ).
Pour inscrire régulièrement dans nos mémoires le souvenir de la fabuleuse histoire de la vie, YhWh-Adonaî, notre Père a écrit dans la pierre la nécessité de marquer cet anniversaire afin que nous entrions dans sa joie aux premiers matins du monde. C’est donc dans la louange que nous avons à célébrer le sabbat universel (cf. Marc 2 : 27-28).
« Souviens-toi de Yahvé ton Dieu : c'est lui qui t'a donné cette force, pour agir avec puissance » Deutéronome 8 : 18, version FBJ.
Ce rappel, comme bien d’autres textes bibliques, a pour fonction de nous rappeler que nous ne pouvons transmettre, que ce qui nous a été donné par notre Père des cieux. A l’évidence, nous ne pouvons partager que ce que nous avons reçu…
« Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, avant que viennent les jours mauvais et qu'arrivent les années dont tu diras : " Je ne les aime pas » Ecclésiaste 12 : 1, version FBJ.
Dieu, notre Père veut nous rendre responsablede notre liberté de choix dès notre jeune âge. Ce devoir s’inscrit dans un contexte positif. Salomon invite les adolescents à être dans la joie et à exprimer leurs sentiments selon le désir de leur cœur. Toutefois, cette liberté est conditionnelle à un rendre compte de ses actes. On ne peut pas faire n’importe quoi sous prétexte qu’on est libre ! C’est là où le souvenir a toute sa place. Il nous repositionne sur la vérité d’un Père créateur.
« Souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d'entre les morts, issu de la race de David, selon mon Évangile » 2 Timothée 2 : 8, version FBJ.
Ce souvenir n’est pas simplement un marqueur historique…Il est essentiel, car il nous dit que la victoire du Seigneur sur la mort a ouvert une fenêtre d’espoir. Dans le présent, la relation spirituelle est toujours d’actualité. Nous n’adorons pas un mort, mais un vivant qui non seulement nous aide chaque jour (cf Mattieu 28 : 20), mais œuvre aussi comme avocat à nos côtés (cf.1 Jean 2 : 1-2), au cas où nous serions en difficulté. C’est par la foi que nous acceptons l’efficacité de son sacrifice. Il nous reconnecte, en rétablissant pour nous la communion avec notre Père. Ce souvenir embrasse : passé, présent et avenir. Il soutient notre espérance (cf. 1 Corinthiens 15 : 12-22).
« Se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir » Actes 20 : 35, version FBJ.
Ce que l’apôtre Paul rapporte n’a pas été retenu dans les Evangiles. Il a dû recevoir la Parole de Jésus par tradition orale ou par d’autres écrits que l’on se transmettait (cf. Luc
1 : 1). Comme le dira si bien l’apôtre Jean : tous les miracles et paroles du Christ n’ont pas été conservés (cf. Jean 20 : 30). Paul a fait appel à son souvenir, car cette parole l’avait sûrement marqué. Elle synthétisait, certainement pour lui, la parfaite illustration de sa mission terrestre.
Ce souvenir nous est précieux (à nous aussi maintenant), car il renforce notre adhésion de foi à l’enseignement du Seigneur. N’oublions pas qu’il a pour fondement l’amour du prochain. Le Seigneur dira : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande » Jean 15 : 13-14, version NEG.
Conclusion :
Comme nous venons de le démontrer la Vérité est en synergie avec deux éléments. L’effet cumulatif et complémentaire du non-caché et du non-oubli ouvre des perspectives d’une profondeur spirituelle insoupçonnée au départ.
La Vérité étant identifiée à la personne de Jésus de Nazareth (devenu Jésus-Christ), est au cœur du message chrétien. Pourquoi ? Parce qu’il révèle un projet d’amour. Il relève de la volonté d’un Père céleste. Cette révélation nous apprend que ce Père a construit, par son Fils, un chemin de réconciliation qui nous affranchit de tout jugement à charge. Désormais, nous avons la possibilité d’être en paix avec nous-même et notre prochain.
Pour rendre ce chemin accessible, notre Père a doté notre esprit d’un disque dur. C’est sur ce dernier que nous pouvons nous référer pour raviver notre mémoire. Il nous faut nous souvenir que Dieu a parlé, qu’il a agi et qu’il continue à le faire…
La finalité de la Vérité, pour qui veut l’entendre et l’accueillir, rejoint la réalité d’un salut. Il n’est rien de moins que la restauration parfaite de notre communion avec notre créateur. L’apôtre Paul l’exprimera en ces termes à son disciple :
« Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » 1 Timothée 2 : 3-4, version FBJ.
L’apôtre Jean (qui présente le plus le concept de Vérité), nous précise la finalité de la notion de salut des humains. Clin d’œil de l’histoire biblique, Jean place dans la bouche de Caïphe le grand prêtre qui présida à la condamnation à mort du Christ, la prophétie suivante :
« il prophétisait que Jésus devait mourir pour la nation juive, et non seulement pour cette nation, mais aussi pour rassembler en un seul corps tous les enfants de Dieu dispersés » Jean 11 : 51-52, version BFC.
Ainsi, le dessein sublime de notre Père se dessine et se dévoile. Il est de rassembler tous ceux et toutes celles qui auront eu le désir d’accueillir sa Vérité. Ils feront partie de la nouvelle grande famille des enfants de Dieu.
« Les vérités sont des fruits qui ne doivent être cueillis que bien mûrs » Voltaire, écrivain et philosophe français, adversaire implacable des religions (1694-1774). (Je me plais, avec un esprit contestataire, à donner un sens spirituel à son propos qui n’en a pas !)
Jacques Eychenne
PS : FBJ, version Française de la Bible de Jérusalem ; LSG, version Louis Segond 1982 ; TOB, version Œcuménique de la Bible ; BFC, version de la Bible en Français Courant.