Nous le verrons tel qu'il est

 

 

 « Nous le verrons

      tel qu’il est »

       1 Jean 3 : 2

 

Introduction :

 

L’apôtre Jean a écrit sa première lettre aux communautés du bassin méditerranéen à la fin de sa vie, très certainement à Ephèse. Sa première épître met en exergue une recommandation contre les antéchrists (dont la particularité était de contrefaire les enseignements du Seigneur Jésus-Christ). L’apôtre veut asseoir son enseignement sur la saine doctrine du Sauveur. Il atteste que Jésus de Nazareth est venu réellement en chair dans notre monde pour nous montrer le chemin de la vérité.

Jean écrit avec autorité pour une raison simple. Il a été le témoin oculaire de ce qu’il rapporte (il en a été de même avec les autres apôtres ; cf. Actes 5 : 19-21, 29-32) :

 

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie » 1 Jean 1 : 1, version FBJ, (c’est moi qui souligne).

 

Les verbes étaient suffisants signifiants pour engager la confiance des lecteurs. Ils s’imposaient d’autant que les attaques contre la foi à l’enseignement du Seigneur étaient très incisives. On remettait déjà en question, en son temps, l’historicité de Jésus de Nazareth ; la foi en son humanité et sa divinité. Elles étaient remises en question, par ceux-là mêmes qui avaient adhéré à son message (cf. 1 Jean 2 : 19-23). Des faux prophètes et des personnes soi-disant inspirés perturbaient les fidèles (cf. 1 Jean 4 : 1-3). (Notons que les temps ne révèlent rien de nouveau !).

Dans ce contexte, l’apôtre est contraint d’articuler sa démonstration en faisant référence à son propre témoignage. Avec d’autres témoins, il déclare :

 

« Et nous, nous avons contemplé et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde » 1 Jean 4 : 14, version FBJ.

 

On ne se rend pas compte aujourd’hui, du côté pervers et incisif des attaques contre le christianisme authentique. La préoccupation de Jean, vieillard de plus de 90 ans, était prégnante et obsédante, car il ne s’agissait pas de convaincre des païens (gens en dehors de la judaïté), mais bien ceux et celles qui avaient appartenu à l’Eglise de Christ (cf.1 Jean 2 : 19). Quand on ajoute à cela les influences grandissantes des courants gnostiques et syncrétistes qui ont pris naissance vers la fin du premier siècle, on comprend le ressenti du dernier apôtre. S’interrogeant sur l’avenir de l’enseignement du Christ, il a dû mettre ses dernières forces à combattre ces hérésies. Elles mettaient en péril la substance même de l’Evangile. L’histoire de l’Eglise révèle encore la trace de syncrétistes, tant dans les milieux juifs que grecs. (Ils enseignaient une doctrine selon laquelle toutes les religions contiennent des éléments de vérité sans qu’aucune la révèle globalement. Quant aux gnostiques qui expriment un aspect spécial du syncrétisme, ils séparaient la matière de l’esprit, et indiquaient que le mal habitait la matière). Cette gnose (sagesse) désignait une réalité révélée et réservée à une élite. Elle permettait d’obtenir une connaissance salvatrice. (C’est elle et non les actes d’amour du Christ qui étaient source de salut). Le commun des mortels n’avait pas les moyens de saisir toutes les subtilités de ce langage. (C‘est encore le cas de nos jours !).

 

Développement :

 

C’est donc, dans ce contexte tendu que l’apôtre met toute son énergie pour affirmer :

« Et nous, nous témoignons, pour l'avoir contemplé, que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde » 1 Jean 4 : 14, version TOB. Notons l’importance des verbes (c’est moi qui souligne de nouveau) :

 

(μαρτυρέω = martureo = être un témoin, porter témoignage, c.à.d. affirmer ce que l'on a vu ou entendu ou expérimenté, ou ce que l'on connaît par ce qui nous est dit par révélation ou inspiration divine).

(θεάομαι = theaomai = voir, regarder attentivement, contempler, souvent pour un spectacle public ou des personnages importants, regardés avec admiration.

 

L’apôtre reproduit l’ordre du Seigneur Jésus, lorsqu’il retrouva les onze disciples en Galilée. L’ordre de mission était clair (cf. Matthieu 28 : 19-20). Puis, revenant à Jérusalem, avant son ascension, il déclara solennellement à ses apôtres réunis :

 

« Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » Actes 1 : 8, version FBJ.

 

Être un témoin de l’œuvre du Christ est une conséquence de la prise de conscience de faire partie de la famille divine. Le témoin agit parce qu’il se reconnaît enfants de Dieu. Ce témoignage est le signe de tous ceux et celles qui ont entendu le message prodigieux du Seigneur. Ils ont vu et connu ses effets dans leur vie. Ils ont expérimenté sa force de transformation qui les a saisis et conduits à une foi mature.

C’est ce qui amène l’apôtre Jean à écrire, avec des mots empreints d’affection et d’espérance :

 

« Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est » 1 Jean 3 : 2, version FBJ. (C’est toujours moi qui souligne).

 

C’est ce passage qui va maintenant retenir notre attention :

 

Notons en premier l’aspect affectueux de Jean. Il appelle ses fidèles lecteurs, dans l’original grec, (comme un grand Père le ferait) :  petits enfants (cf.τεκνίον = teknion = un petit enfant ; dans le NT, mot utilisé en terme de tendresse par les enseignants à leurs disciples, 1 Jean 2 : 1). En premier, il les déclare : bien-aimés (cf. ἀγαπητός = agapetos =   bien-aimé, estimé, cher, favori, digne d'amour).

 

De nos jours, l’intime bonne nouvelle d’être reconnu enfants de Dieu est une promesse qui concerne notre présent (dès maintenant). Nous le sommes parce que nous avons accueilli ce que le Christ a accompli pour nous (cf. Jean 1 : 11-13 ; Romains 8 : 15-17).

 

Jean aborde dans ce logion le concret de l’espérance chrétienne, avec délicatesse et bienveillance :

Son libellé est une invitation à la totale confiance en Celui qui a donné sa vie pour nous. Pour l’apôtre, il ne faut pas « courir plus vite » que le déroulement de l’histoire humaine, tel qu’il a été programmé. Ainsi : « ce que nous serons n'a pas encore été manifesté… ».

Que veut exprimer cette expression ?

 

L’épître aux hébreux répond à la question :

 

« C'est dans la foi qu'ils moururent tous sans avoir reçu l'objet des promesses, mais ils l'ont vu et salué de loin, et ils ont confessé qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre …Tous ceux-là, à la foi desquels il a été rendu témoignage, n'ont pas obtenu ce qui leur était promis, Dieu ayant en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu'ils ne parvinssent pas sans nous à la perfection » Hébreux 11 : 13, 39-40 version FBJ ; (Sans nous, sous-entendu : les vivants).

 

Tous les hommes et les femmes de foi, à commencer par Abel, sont dans l’attente de la résurrection qui aura lieu quand le Christ reviendra chercher ceux qui auront fait le choix d’un autre monde, où la mort ne sera plus (cf. Apocalypse 21 : 1-4 ; 20 : 4-6 ; jean 14 : 1-3). Ce temps d’attente, comparé par le Seigneur à un sommeil (ne parle-t-on pas couramment du sommeil de la mort ! cf. Matthieu 9 : 24 ; Jean 11 : 11), sollicite la foi. La résurrection du Christ est le gage de toutes les résurrections. L’apôtre Paul affirme que si nous n’avons pas foi à sa résurrection, notre foi est vaine. De plus, cela équivaut à considérer les apôtres comme de faux témoins à l’égard de Dieu, et des hommes. Cela veut encore dire que notre problème de relation à Dieu, à cause du péché, n’est pas résolu. Dans cette hypothèse nous sommes, selon l’apôtre, les plus malheureux de ce monde (cf. 1 Corinthiens 15 : 14-20).

 

Or, Jean déclare que ce que nous serons « n’a pas encore été manifesté ». La solution du rétablissement de toutes choses est donc à venir… (Le verbe est explicite : φανερόω = phaneroo = rendre manifeste ou visible ou connu, ce qui a été caché, manifester, que ce soit par des mots ou des faits ou toute autre manière ; rendre actuel et visible, réalisé ; faire savoir par l'enseignement ; devenir manifeste, être rendu connu ; exposer à la vue, se montrer, apparaître ; devenir connu, être pleinement reconnu, entièrement compris).

 

Pour l’apôtre, le projet divin n’est pas totalement accompli. Si donc le plan de Dieu n’est exécuté qu’en partie, n’est-ce pas pour rendre notre attente plus formatrice ? C’est la raison pour laquelle la foi est indispensable.

Dans ce contexte, l’apôtre Paul soulève un pan du voile prophétique :

 

« Car, la mort étant venue par un homme, c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. De même en effet que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront dans le Christ » 1 Corinthiens 15 : 21-22, version FBJ.

 

Mais, revenons au texte de l’apôtre Jean, il poursuit par ces mots :

 

« Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables… » 1 Jean 3 : 2, version FBJ. Dans la version catholique :

« Nous savons que, lorsqu'il paraîtra, nous lui serons semblables » 1 Jean 3 : 2, version TOB.

 

Être semblables à notre Sauveur victorieux du mal, quelle grandiose espérance ! Le meilleur est donc à venir ! Ce qui satisfera complétement notre attente est en lien avec l’apparition glorieuse de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. L’apôtre Jean a la conviction de sa foi. Il s’associe (cf. Nous savons) à tous ceux et celles qui adhèrent à cette même espérance.

 

Sur ce point l’apôtre Paul apporte un commentaire explicite :

 

« À présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors, ce sera face à face. À présent, ma connaissance est limitée, alors, je connaîtrai comme je suis connu » 1 Corinthiens 13 : 12, version TOB.

 

Déjà, Jean dans son Evangile avait rapporté les paroles merveilleuses de la prière du Seigneur :

« Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu'ils contemplent ma gloire, que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde » Jean 17 : 24, version FBJ.

 

Alléluia ! Ceux qui auront le cœur pur verront Dieu (cf. Matthieu5 : 8). Il s’agit là de ceux et celles qui auront adhéré de cœur à la Bonne Nouvelle incarnée en Jésus. (Mais, plus largement, notre Père saura discerner dans chaque cœur ceux et celles qui auront eu une espérance secrète, en une vie autre, avec la connaissance qu’ils auront eue).

 

Mais revenons à la déclaration de l’apôtre Jean. Elle contient un complément d’information. Il termine sa phrase par ces mots :

 

« Nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est ».

 

Toutes les questions que les humains se seront posées en regard de la nature du corps du Christ s’effaceront devant une vérité à la fois admirable et solennelle. Finis nos désordres physiques, mentaux, psychiques, amoureux ! Nous serons semblables à lui, tout comme Adam et Eve étaient semblables à Dieu (cf. Genèse 1 : 26). Ne cherchons pas à comprendre, cela dépasse notre entendement… Laissons nous simplement transporter dans le sublime, comme dans l’émerveillement de l’enfant innocent. Toutefois, restons humbles et lucides dans notre foi.

Comme l’apôtre Paul a justement traduit notre condition, il faut admettre que présentement, nous voyons confusément la réalité divine. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien, mais seulement que nos yeux sont obscurcis par une épaisse cataracte (cf. Datant de plusieurs milliers d’années avant J-C, les premiers miroirs étaient formés avec de morceaux de pierre polie qui permettaient de refléter une image. Par la suite, est apparu le premier miroir réfléchissant de manière plus distinctive avec une surface métallique, en cuivre polie. Ce n’est qu’à partir du 1er siècle que l’on voit apparaître le premier miroir possédant une plaque de verre, ainsi qu’une surface arrière faîte d’une feuille de métal).

 

Soyons clairs ! En l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons pas appréhender la nature divine du Christ, ni celle de son Père, ni celle de l’Esprit. Notre recherche ne peut qu’être limitée. Elle a pour vertu de nous en remettre aux promesses inspirées, et c’est bien ainsi, car notre confiance est davantage sollicitée. Mais pour autant, restons sur la promesse ! « Nous lui serons semblables ». On peut en déduire que la relation parfaite avec l’auteur de notre salut sera une réalité. Cette transformation sera rendue possible :

« En un instant, en un clin d'œil, au son de la trompette finale, car elle sonnera, la trompette, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons transformés. Il faut, en effet, que cet être corruptible revête l'incorruptibilité, que cet être mortel revête l'immortalité » 1 Corinthiens 15 : 52-53, version FBJ.

 

Alors, « nous le verrons tel qu’il est ». Cela nous renvoie au beau témoignage de Job : « Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant, que le dernier, il surgira sur la poussièreC'est moi qui le contemplerai, oui, moi ! Mes yeux le verront, lui, et il ne sera pas étranger. Mon cœur en brûle au fond de moi » Job 19 : 25,27, version TOB. (C’est moi qui souligne).

Notre métamorphose sera le point d’orgue de l’œuvre de Dieu pour nous (cf. 2 Corinthiens 3 : 18). Nous serons certainement toujours distincts de la nature divine, mais nous aurons la possibilité de communier, sans réserve, avec cette glorieuse nature de Dieu, de Jésus-Christ et du Saint-Esprit. Nous serons assurément très surpris de cette découverte, tellement étrangère à notre entendement, présentement humain. Notre être ayant revêtu l’immortalité, la victoire du Christ nous ayant été offerte (cf. 1 Corinthiens 15 : 51-57), alors, nous pourrons libérer notre joie, en chantant et louant ce Père bien-aimé.

 

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ » Ephésiens 1 : 3, version TOB.

 

Conclusion :

 

La déclaration de l’apôtre bien-aimé (cf. 1 Jean 3 : 2) donne de la perspective à notre foi. Si nous butons contre toutes les aspérités de la vie dans tous les domaines, repassons dans notre cœur ce qui a été promis, comme le faisait Marie. Elle gardait toutes les merveilles qui ont entouré la naissance de Jésus, et les repassait dans son cœur (cf. Luc 2 : 19).

Ce qui attend l’ayant foi n’a jamais eu ici-bas de correspondance. Ce ne sera pas un éblouissement d’un moment, comme lors d’un feu d’artifice, en période de festivité. Le sentiment de plénitude sera notre quotidien. Il nous est difficile pour l’heure d’entrer dans ce qui peut nous paraître irréel. Pour autant, nous savons que Dieu ne ment jamais (cf. Nombres 23 : 19 ; Hébreux 6 : 18). La félicité éternelle, dans une communion parfaite les uns avec les autres, et avec l’auteur de notre salut, ne peut que réjouir, dès à présent, nos cœurs souffrants. Nous ne savons pas aujourd’hui ce que représente un bonheur permanent, mais alors nous serons comblés. Le mot de l’apôtre Paul est bien à propos quand il écrit aux chrétiens de Rome :

 

« Soyez joyeux dans l’espérance, patients dans la détresse, persévérants dans la prière » Romains 12 : 12, version TOB.

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d'entre les morts » 1 Pierre 1 : 3, version TOB (c’est moi qui souligne). (Nous ne plaçons pas notre espérance dans un mort, mais dans un vivant !).

 

« Rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée » Jules Verne, 1828-1905, écrivain français.

 

« L’espoir est comme le ciel des nuits ; il n’est pas coin si sombre où l’œil qui s’obstine ne finisse par découvrir une étoile » Octave Feuillet, 1821-1890, romancier et dramaturge français.

 

                                                                                Jacques Eychenne

 

PS : FBJ, version Française de la Bible de Jérusalem ; TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible.

 

 

 

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