Jésus avec ses disciples

 

 

 

    « Jésus se tint

    au milieu d’eux »

          Jean 20 : 19-2

Introduction :

 

accompagne notre réflexion a la particularité exceptionnelle de résumer l’essence même du christianisme. En condensé, dans une situation unique, toute la quintessence de l’Evangile est présentée. Examinons donc, sans attendre, ce texte attentivement.

 

Développement :

 

« Quand ce fut le soir de ce jour, le premier après le chabbat, et que les portes du lieu où étaient les disciples étaient fermées, de peur des Yihoudâyé, Yéchou’ vint. Il se tint au milieu d’eux, et leur dit : « Paix avec vous ! » Jean 20 : 19, version araméenne La Peshittâ. (Je choisis cette version syriaque, parmi les plus anciennes, parce que ce texte sémitique donne des informations que le texte grec ne mentionne pas toujours. Saint Jérôme, dans sa version latine, s’est souvent référé à La Peschittâ. Cela n’est pas étonnant, car ce grand traducteur a vécu en terre sainte !).

 

Pour bien comprendre l’importance de la situation critique des disciples, il faut se souvenir du contexte dans lequel ils étaient. Reprenons le film des évènements :

L’apôtre Jean nous rapporte que le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rend, tôt le matin au tombeau, celui dans lequel Jésus a été déposé. Elle voit que la grosse pierre qui le fermait a été roulée. Sans entrer, apeurée, elle conclut, intuitivement, que l’on a dérobé le corps de Jésus. Précipitamment, elle retourne en ville pour en informer les disciples. Aussitôt, Pierre et Jean viennent sur place constater les faits…

Pour nous aujourd’hui, nous sommes dans la joie de la résurrection de notre Sauveur ! Mais pour eux, à cette heure, c’est une catastrophe pour au moins deux bonnes raisons.

  1. L’apôtre Jean précise, peu avant cet instant, qu’ils n’avaient pas encore compris que Jésus devait ressusciter des morts (cf. Jean 20 : 9). Ce qui veut dire que leur incrédulité était encore prégnante. Ils demeuraient toujours en questionnement dans cette sphère d’incertitude qui devait les perturber sérieusement !
  2. Pierre et Jean sont vite retournés dans la ville et se sont barricadés de peur d’être accusés et condamnés par ceux qui avaient instruit le procès de Jésus. Cela est confirmé par un apocryphe : « l’évangile de Pierre », cité en note par la Nouvelle Bible Segond, éd. 2002, page 1424 : le texte dit : Quant à moi (Pierre), j'étais dans l'affliction avec mes compagnons, et, blessés en notre coeur, nous restions cachés, car nous étions recherchés par eux comme des malfaiteurs et comme voulant incendier le Temple. En plus de tout cela, nous jeûnions et nous demeurions assis dans le deuil et dans les larmes, et ce nuit et jour jusqu’au sabbat ». (Cette description s’harmonise avec les autres précisions données par les écrivains des Evangiles).

Comme nous le constatons, les apôtres sont dans l’incompréhension la plus complète. Ils se sont barricadés. C’est comme si des ténèbres étaient tombées sur eux ; la nuit venant apporter son pesant d’angoisse. Et, ce n’est pas l’arrivée de Marie-Madeleine en soirée, venant avec empressement leur transmettre la bonne nouvelle (elle venait de voir le Seigneur) qui les a rassurés. Connaissant « ses sentiments » pour le Maître, les disciples ont dû passablement relativiser son témoignage…

 

Et pourtant, c’est ce même soir, que Jésus va venir leur apporter sa lumière

 

Οὔσης οὖν ὀψίας τῇ ἡμέρᾳ = étant donc tard le soir = traduction littérale. L’apôtre Jean établit un lien avec les évènements antérieurs. (Cela n’apparait pas dans toutes les traductions).  La conjonction de coordination οὖν (donc, en français) en fait foi. Elle relie l’évènement à la cause. Or, cette dernière décrit un désarroi : où a-t-on mis le corps du Seigneur ? Qui l’a enlevé ? Que va-t-il nous arriver ? Leur tristesse s’est certainement doublée d’une panique intérieure…

Qu’importe l’heure à laquelle se situe la scène, on sait seulement qu’il était tard, la nuit était bien avancée. Ce détail paraît anodin, mais ces ténèbres reflètent symboliquement l’état dans lequel étaient plongés les apôtres. Le « donc » va servir de lien pour mettre en évidence le contraste qui va suivre : contraste entre l’obscurité et la lumière. Contraste entre la perte de leur Sauveur et Seigneur, et son apparition dans cette chambre haute (où ils avaient l’habitude de se retrouver dans la ville de Jérusalem).  A cet instant, il faut bien comprendre, que pour eux, l’éventualité d’une résurrection était impensable, inimaginable !

Les ténèbres n’ont pas été, pour eux, seulement physiques, elles l’ont été aussi spirituelles. Les apôtres n’ont pas compris. Les informations apportées par Marie-Madeleine ont ajouté à leur perplexité. Aucun indice leur permettait de nuancer leur état d’âme. Au lieu de se réjouir, ils ont sombré dans une profonde tristesse.

Marc confirme les faits :

« Ressuscité le matin du premier jour de la semaine, Jésus apparut d'abord à Marie de Magdala, dont il avait chassé sept démons. Celle-ci partit l'annoncer à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et les pleurs. Mais, entendant dire qu'il vivait et qu'elle l'avait vu, ceux-ci ne la crurent pas » Marc 16 : 9-11, version TOB.

 

En partant de cette réflexion, j’ai laissé mon esprit vagabonder en méditant sur le vécu de leur soirée. N’avons-nous jamais été traversé par pareille épreuve pour notre foi ? Et aujourd’hui, que vivons-nous de nos jours ? De même, il semblerait que les ténèbres soient bien tombées sur notre monde. Nous subissons les conséquences d’évènements qui nous échappent. A nous aussi, tout nous semble être bouché. Impossible d’appréhender le lendemain sereinement. L’inquiétude et la désolation deviennent contagieuses. Dans ce contexte ténébreux, dans quel état d’esprit sommes-nous, quand tout se dérobe sous nos pieds, quand notre moral est au plus bas, et que nous ne voyons plus que le côté sombre de nos quotidiens ? Sommes-nous contaminés par l’ambiance de ce monde ? Que devient alors notre confiance envers les promesses divines ?  Pour avoir connu de telles circonstances stressantes, où la foi est mise à l’épreuve, l’apôtre Pierre a encouragé les chrétiens de son temps à ne pas perdre confiance. Il a prédit l’ambiance dans laquelle se trouveront croyants et non-croyants à la fin des temps. Les sceptiques seront légion :

 

« Tout d'abord sachez-le : dans les derniers jours viendront des sceptiques moqueurs menés par leurs passions personnelles qui diront : « Où en est la promesse de son avènement ? Car depuis que les pères sont morts, tout demeure dans le même état qu'au début de la création. » 2 Pierre : 3-4, version TOB.

 

Je pense que comme les apôtres, au soir du jour que nous avons décrit, nous aussi nous sombrons parfois dans la tristesse. Nous rejoignons les disciples quand un évènement dramatique nous touche. Quand nous sommes dans l’incompréhension de ce qui nous arrive. Quand nous sommes mal dans nos pensées et notre cœur… Mais, revenons au texte de Jean :

 

« Quand ce fut le soir de ce jour, le premier après le chabbat ». Cette indication aurait pu être superflue ! Elle indique pourtant que la semaine va se poursuivre. Ce temps, qui n’appartient à personne, peut aussi, le lendemain dissiper les ténèbres dans lesquelles les apôtres sont plongés. En réalité, une nouvelle aube va se lever pour chacun d’eux. Une nouvelle lumière va apparaître (cf. même si le jour pour les Juifs commençait au coucher du soleil. Il était compté d’un coucher de soleil à l’autre. La semaine était définie à partir du sabbat. Ex. le premier jour= littéralement en grec : le premier à partir du sabbat, le deuxième idem…Je passe volontairement sous silence, les questions chronologiques !).

 

Le texte précise encore que « les portes étaient fermées ». Certaines versions ont traduit : « verrouillées » TOB, « fermées à clé » BFC, « closes » FBJ. Le verbe étant au parfait, la réalité des portes fermées symbolise leur enfermement sur tous les plans. Elle se comprend fort bien, quand on sait qu’ils ont vécu l’assassinat en croix de leur maître (même à l’écart pour la plupart d’entre eux). Ils ont expérimenté l’ignominie : leur Seigneur a été reconnu comme brigand, agitateur politique dangereux pour tout le peuple (ennemi public numéro un). Comme disciples, ils avaient de fortes raisons de tout craindre, mais en se barricadant, ils s’enfermaient aussi sur eux-mêmes. On dit toujours que la peur est mauvaise conseillère, mais que pouvaient-ils faire de plus, sinon attendre que le jour vienne leur redonner le moral avec de nouvelles informations…

 

Puis, « Yéchou’ vint », Jésus vint ». Le voilà le contraste (très souvent utilisé par notre Seigneur) : l’obscurité se transforme en lumière.

Là encore, l’important est moins de savoir par où le Maître est passé, car les portes étaient bien verrouillées, que d’être sidéré, dans l’instant T, par sa présence. OUI ! L’impensable s’est produit !

 

« Il se tint au milieu d’eux, et leur dit : « Paix avec vous ! ». 

 

Jésus vint pour dissiper l’obscurité dans laquelle ils s’étaient enfermés. Il vint au milieu d’eux, au cœur de leur tristesse, de leur angoisse, de leur peur. Il aurait pu envoyer un ange, un messager céleste d’une nature spectaculaire. Il est venu lui-même simplement sans vouloir les éblouir. Délicate attention, fruit d’un amour sans pareil, il s’est invité au milieu de leur doute. Cette situation résume tout le plan du salut pour l’humain. Déjà, par le passé, YHWH-Adonaï avait ouvert cette voie de la proximité de relation : « ils feront pour moi un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux » Exode 25 : 8, version DRB.

 

Le grand dessein du Père, du Fils et du Saint-Esprit est ici illustré par le vécu de cette soirée mémorable.

 

Non seulement, Jésus vient les rassurer par sa présence, mais plus encore, il parle en leur transmettant un des biens les plus précieux : la paix.

Il ne leur a pas transmis la paix comme un vœux pieux servant à les consoler, il a partagé avec eux la raison d’être de sa mission. On a traduit « « Paix avec vous ! », mais en vrai, le texte dit « paix à vous ». C’est à vous, profitez-en !

Le Christ leur donne sa paix. Cette paix si sublime, le Seigneur leur en avait déjà parlé, il y a moins d’une semaine, alors qu’ils avaient déjà besoin de réconfort, dans cette chambre haute où ils étaient réunis (cf. Certainement la même où ce jour ils se sont enfermés) :

« Je vous laisse la paix ; c'est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s'effraie » Jean. 14 : 27, version FBJ.

 

Cette paix que le Christ a donnée est à eux (cf. « Paix à vous »), comme elle peut l’être à nous, comme un bien précieux qu’il nous faut, chaque jour, chérir et protéger. Pour le monde la paix, c’est l’absence de conflit. C’est une définition négative ! Mais, pour le chrétien la paix est un don reçu comme une richesse qu’il nous faut non seulement sauvegarder, mais plus encore embellir dans nos cœurs.

 

L’apôtre Paul a perçu cette réalité, quand il écrit aux chrétiens de la ville de Philippe :

 

« N'entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l'oraison et à la prière, pénétrées d'action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus » Philippiens 4 : 6-7, version FBJ.

 

C’est cette paix que le Seigneur a transmise à ses disciples ! La paix que Jésus a exhalée (comme un parfum) devant eux fait partie de son être. C’est la raison pour laquelle il leur présente ses mains et son côté et leur dit une deuxième fois « Paix à vous » Jean 20 : 21

Pour dissiper leur incrédulité, Jésus a dû montrer ses mains et son côté… Et c’est alors qu’ils furent remplis de joie (cf. le verbe est explicite :  χαίρω = chairo= se réjouir, être heureux ; être extrêmement réjoui).

 

A la réflexion, les disciples ont vécu leur propre résurrection le soir de ce jour !  Et, c’est le Christ qui a produit ce miracle en eux. Dès à présent, il peut leur confier une mission vers le monde. Ressuscités comme le Christ, ils peuvent être associés à l’œuvre que le Père a confiée à son Fils. Et, pour les qualifier dans cet envoi, il souffle sur eux, c’est-à-dire, qu’il partage ce qui est sien.

Il y a un instant, il leur avait donné une part de lui-même : sa paix ; maintenant, il poursuit en partageant ce qui est en lui depuis toujours (cf. Jean 8 : 58) : le souffle de vie.

 

Observons que le partage de la paix du Christ n’a pas été suffisant pour convaincre les apôtres, et asseoir définitivement leur foi dans sa résurrection. Il a fallu qu’ils voient ses mains et son côté. Peu de temps après Jésus dira à Thomas qui avait été absent ce soir-là :

« Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant. " Thomas lui répondit : " Mon Seigneur et mon Dieu ! " Jésus lui dit : " Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru » Jean 20 : 27-29, version FBJ.

Notons que notre Seigneur n’a pas réprimandé, ni rejeté l’incrédulité de Thomas, il s’est adapté à sa faible foi pour la faire grandir. Il en sera toujours de même pour ceux et celles qui ont besoin de voir et même de toucher pour asseoir leur foi dans le Christ ressuscité qui nous donne sa paix.

 

Conclusion :

 

Assurément, dans ce court récit, l’apôtre Jean résume toute la quintessence de l’Evangile, celle qui lui confère une profondeur et une beauté incomparables. Ce ne sont pas les apôtres, encore moins ceux qui ont relayé leurs messages qu’il nous faut suivre, mais bien le Sauveur lui-même. Chacun est invité à être en sa présence avec sa personnalité, ses doutes, voire même son incrédulité.

 

L’important est d’accepter qu’une aube nouvelle peut éclairer le reste de notre existence. Environnés de tant d’obscurité, notre seul recours est de nous tourner vers la lumière éclatante d’un Christ ressuscité. Cette lumière source de paix profonde est pour tous ceux et celles qui désirent la recevoir. Personne ne sera oublié ! Le Christ a ce pouvoir d’entrer dans des cœurs fermés à double tours à cause de circonstances impactant leur désir de bien vivre. Aucune porte fermée ne lui résiste !

 

Partout où les ténèbres abondent, sa présence lumineuse peut éclairer notre chemin. Il est venu pour faire se lever l’aurore dans nos vies, briser nos enfermements et nos forces de résistance, mettre dans nos cœurs sa paix. Elle fait grandir notre espérance.

Jésus vient de nouveau, aujourd’hui, au milieu de nous, avec les mêmes dispositions, celles qui ont transformé la vie des apôtres et celle de Paul, pour nous donner une bienheureuse espérance.

 

« Que le Dieu de l'espérance vous donne en plénitude dans votre acte de foi la joie et la paix, afin que l'espérance surabonde en vous par la vertu de l'Esprit Saint » Romains 15 : 13, version FBJ.

 

« L’amour est visionnaire. Il voit la divine perfection de l’être aimé au-delà des apparences auxquelles le regard des autres s’arrête » Christiane Singer, écrivaine, essayiste et romancière française (1943-2007).

                                                                                       Jacques Eychenne

 

PS : TOB, version Traduction Œcuménique de la Bible ; DRB, version Darby ; FBJ, version Française de la Bible de Jérusalem.

 

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